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Argumentation et soliloque: une étude sémiotique dans les tragédies de Shakespeare


par Marine Garel
Université Lumière Lyon 2 - Sciences du langage 2016
  

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Chapitre 2 : Une argumentation principalement dialogale

a. Le théâtre, art du dialogue

Aucun autre genre littéraire n'est autant art du dialogue que le théâtre. Le dialogue peut être certes, présent de nombreuses fois dans un roman ou dans une nouvelle mais pas autant que dans le théâtre. Ce qui caractérise la présence du dialogue dans le genre, relève purement de la représentation : le théâtre avait comme but premier d'être joué donc de distraire ou d'émouvoir le spectateur. Seulement au fil des siècles, le théâtre prit une tournure beaucoup plus morale. Le théâtre possède une double contrainte : il est texte et représentation à la fois. La mise en scène s'appuie sur ce texte. C'est d'abord le texte qui fût mis en avant plutôt que la représentation. Aristote affirmait en effet que le théâtre est un art « qui se sert seulement du discours, soit en prose, soit en vers, que ceux-ci soient de différentes sortes mêlées ou tout du même genre [...] cet art n'a pas encore reçu de nom jusqu'à maintenant ».10(*)

Le théâtre n'est pas l'art du dialogue par hasard. Des règles et des enjeux s'imposent pour permettre cette fonction. Etant donné le nombre de personnages qui peuvent s'y trouver, il n'est pas possible de les faire intervenir tous en même temps. C'est pourquoi il faut une certaine maîtrise de la parole, une économie. Dans une scène, les locuteurs peuvent donc être soit deux, soit trois, voire parfois plus (ou un seul locuteur dans le cas du monologue ou soliloque). Il est du rôle des didascalies de permettre un tel équilibre de la parole. En effet, les didascalies permettent de déterminer qui parle à qui, le lieu où se situent et se déplacent les personnages, quand les personnages s'expriment et dans quelle humeur, etc. En tout cas, les didascalies sont purement informatives et constituent des indications scéniques pour la représentation. La parole peut aussi être régulée par le rythme, le tempo des échanges. Une scène pourra bien avoir un effet de rapidité grâce aux stichomythies (brèves répliques) ou un effet de lenteur grâce aux tirades (longues répliques). C'est là encore une différence avec le roman. Le romancier se sert de la description pour en dire long sur ses personnages et pour donner au lecteur le plus d'informations possibles puisque le roman est fait pour être lu, et non joué. Le dramaturge lui, ne doit pas utiliser de description et doit laisser place à ses personnages et par extension à l'action.

Nous pouvons cependant poser des limites quant à affirmer que le théâtre n'est rien autre que l'art du dialogue. Reprenons notre exemple concernant A Piece of Monologue de Samuel Beckett. Cette pièce vient totalement perturber le genre théâtral et remettre en question le fait que le théâtre est l'art du dialogue. Nous ne pouvons pas affirmer que le monologue est un dialogue même si certains y voient un dialogue caché de par les traits dialogaux que nous pouvons trouver à l'intérieur de la forme. Affirmer que le théâtre est l'art du dialogue n'a pas de sens dans cette pièce.

Il conviendra par la suite de s'intéresser de plus de près à la situation d'énonciation et de s'attarder sur le cas du dialogue. Au théâtre, les personnages échangent constamment entre eux et les répliques s'enchaînent. Nous pouvons donc penser qu'ils y a un échange de point de vue, voire une délibération.

* 10Aristote, Poétique.Paris : LesBelles-Lettres, 1980. Traduction de Jean Hardy (1932).

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