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Argumentation et soliloque: une étude sémiotique dans les tragédies de Shakespeare


par Marine Garel
Université Lumière Lyon 2 - Sciences du langage 2016
  

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Chapitre 3 : L'argumentation chez Shakespeare

a. De l'argumentation tragique

Le théâtre de Shakespeare est principalement connu pour ses personnages complexes, ses multiples motifs, symboles et ses thèmes récurrents. Shakespeare mêle contradiction et diversité dans son théâtre et le plus souvent, montre des personnages méditatifs. La principale raison s'attache à l'auteur lui-même : le dramaturge étant un passionné de la vie et de la pensée. Ainsi l'accent est surtout mis sur la sensibilité, bien plus que sur le savoir-faire intellectuel.

Dans notre étude, l'accent est surtout mis sur les tragédies de Shakespeare. Une autre raison montrant le caractère indirecte de l'argumentation théâtrale, outre que celles énoncées plus haut, consiste à se servir des différents genres théâtraux pour véhiculer un message. En ce sens, la tragédie présente des personnages illustres qui représentent une action et dont le but est de susciter la terreur, la pitié, la compassion, etc... Ce sont surtout les passions humaines qui sont soulignées. Il ne faut cependant pas confondre la tragédie avec le tragique : la tragédie est un genre ; le tragique est une notion philosophique. Dans ses tragédies, Shakespeare met en scène des personnages au coeur d'un conflit s'ouvrant le plus souvent sur une crise : le cas le plus fréquent se constitue d'un conflit des hommes entre eux. Pour sortir de cette crise, le dénouement se termine généralement par la mort du protagoniste qui a été mené à sa perte. Seulement pour faire passer un message et transmettre quelconques émotions, il existe des règles propres au genre.Il était donc du devoir de tout dramaturge classique de plonger le lecteur ou le spectateur dans un univers avec des unités de lieu, de temps et d'action et de lier vraisemblance et bienséance. C'est d'ailleurs pour cette raison que retrouvons des personnages de renom chez Shakespeare : des rois ou encore des princes.

Ce genre de tragédie a une portée moralisatrice que le lecteur doit essayer de trouver tout au long de la pièce.Aristote parlait de mimèsis ou représentation pour désigner ce plaisir intellectuel qui est de contempler et de reconnaître des actions propres à nos connaissances au travers de la tragédie et précisément de son corps. Autrement dit, il faut contempler un malheur qui nous est propre à soi. Ce plaisir intellectuel amène à ce qu'Aristote appelait comme étant la catharsis. En fait, il s'agit simplement des émotions ressenties du fait de ce plaisir intellectuel : la peur par exemple. Le but recherché étant la purification de l'âme du lecteur ou du spectateur. De nos jours, la catharsis est aussi utilisée dans le domaine de la psychanalyse12(*) en tant que méthode thérapeutique permettant d'obtenir une abréaction13(*) appropriée d'un traumatisme psychique. La catharsis entraîne à son tour autre chose : la compassion. La compassion se définie par le fait de ressentir les souffrances d'autrui et serait accompagnée d'une intention d'amour. Ainsi, la tragédie est un genre théâtral renfermant un enchaînement d'émotions et de vertu ressentis par le spectateur mais ayant une portée moralisatrice.

En nous servant de ce qui a vient d'être énoncé, nous ajoutons que l'argumentation chez Shakespeare est principalement fondée sur la persuasion : les personnages de la pièce ont souvent recours au registre pathétique ou même lyrique. A ce propos, la peur est un moyen de persuasion comme un autre et est très bien présente dans les tragédies de Shakespeare. Les complices de Richard III (notamment Buckingham) restent à ses côtés et l'aident dans sa quête du pouvoir principalement par peur. L'appel à la peur serait un des moyens de gagner le pouvoir même si une fois au sommet, la chute est inévitable chez le dramaturge. Il convient de nous pencher dorénavant sur le soliloque en tant que place et utilité dans l'argumentation de Shakespeare.

* 12Sigmund Freud et Joseph Breuer, Etudes sur l'hystérie.Paris :Presse Universitaire de France, 2002, p.254.

* 13Dans le vocabulaire psychologique et psychiatrique, l'abréaction désigne une diminution, voire une disparition de la volonté et se retrouve notamment dans la dépression.

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