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Argumentation et soliloque: une étude sémiotique dans les tragédies de Shakespeare


par Marine Garel
Université Lumière Lyon 2 - Sciences du langage 2016
  

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b. L'utilité du soliloque dans l'argumentation

Comme nous l'avions affirmé, le soliloque tient une place importante dans le théâtre shakespearien, encore plus dans ses tragédies que dans ses comédies : que nous prenons The Tempest ou A Midsummer Night's Dream, les soliloques restent des moindres.Nous avions également affirmé que le soliloque possédait des fonctions et qu'il était utilisé pour certaines raisons. Evidemment, il s'agissait du point de vue des personnages en relation avec leurs discours (deuxième énonciation). Mais, si nous nous plaçons du côté de la première énonciation c'est-à-dire celle de l'auteur et de son texte, nous pouvons ajouter que Shakespeare utilise le soliloque pour que le lecteur prenne conscience du plan d'action du protagoniste en le voyant sous une forme autre que celle en présence des autres personnages.Ce qui amènerait à une autre raison : celle de renforcer le côté tragique de la pièce.

Les tragédies shakespeariennes mettent en avant des familles nobles ou ayant du pouvoir. Le protagoniste appartient à cette famille et se retrouve souventconfrontéentre son propre bonheur et son honneur. La place pour l'action est minime dans les scènes puisque le dialogue, les monologues et les soliloques que nous trouvons, prennent le dessus. Nous ne saurons jamais la véritable raison qui a poussé le dramaturge à mettre autant de soliloque dans ses textes. Ce qui est certain, c'est que Shakespeare accordait au soliloque une place et une nécessité quelconque. La forme est un élément clé et renforce le scepticisme des pièces.Par ailleurs, les soliloques de Shakespeare suivent presque toujours le même schéma (Annexes 2).

Pour résumer ce schéma, nous dirions premièrement que le protagoniste qui soliloque le fait car il a été poussé à le faire : quelque chose ou quelqu'un est venu perturber et a agi sur sa conscience. Nous appellerons cela le déclencheur (ou causateur). Le déclencheur peut être d'ordre naturel comme une idée de vengeance : Hamlet qui veut se venger de Claudius, son oncle. Il peut être d'ordre émotionnel tel que la jalousie ou l'ambition : Macbeth qui veut prendre le pouvoir par ambition. Il peut enfin être l'oeuvre d'autrui comme une prophétie : Macbeth agit comme tel à cause de la prophétie des trois sorcières. Le déclencheur peut évidemment être de plusieurs natures à la fois. Nous avons ensuite le soliloque en lui-même entrant dans la catégorie de la réflexion. L'énonciateur y mêle pensée et langage. Il utilise le langage comme une arme à un tel point que nous lecteurs, nous sentons concernés par les propos. La réflexion est souvent liée à une stratégie où le protagoniste met en place un plan pour arriver à ses fins. Ce qui reste une indication au lecteur qui peut suivre l'avancée du personnage dans sa quête (du pouvoir par exemple).

La troisième partie concerne l'énonciateur en lui-même. Dans les pièces de Shakespeare, les soliloques sont souvent relatés par le protagoniste. Il arrive cependant que des personnages secondaires adaptent eux-mêmes la forme du soliloque pour donner leur avis sur la situation actuelle et parfois faire face à la dure réalité de cette situation, ce qui rend la scène pathétique (du point de vue du pathos). Quant au protagoniste, il dévoile une autre facette de sa personnalité. Nous avons l'impression d'avoir non pas une, mais deux personnes dans un seul corps. Il faut aussi prendre en compte de la question du genre chez Shakespeare pour affirmer que l'énonciateur qui soliloque est majoritairement masculin.Par ailleurs, l'énonciateur est une figure complexe et combine un thème récurrent chez le dramaturge : celui du corps. Ce concept prend diverses tournures : il y a le corps blessé, le corps manipulé, le corps meurtri et le corps représenté dans toute sa beauté. Cependant, le thème de l'esprit semble lier à celui du corps et rappelle le dualisme de Descartes. Enfin, les conséquences concernent surtout les actions menées à la suite de tous ces soliloques. En général, il s'agit d'un assassinat ou de séduire une femme dans un but précis : Richard III précise son intention de séduire Lady Anne (ce qu'il arrivera à faire).Durant l'action le protagonisten'est pas seul à agir. D'autres personnages sont convoqués pour mener à bien son plan et sont considérés comme des complices de l'action.Nous retrouvons finalement de la manipulation dans cette action : la manipulation des complices du protagoniste et la manipulation de ses victimes.

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