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Argumentation et soliloque: une étude sémiotique dans les tragédies de Shakespeare


par Marine Garel
Université Lumière Lyon 2 - Sciences du langage 2016
  

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c. La manipulation comme partie de l'argumentation

Nous ne devons pas confondre la manipulation et l'argumentation ou même affirmer que manipuler revient à argumenter. Il est vrai que quelque part, il y a une part de l'argumentation dans la manipulation mais une brève distinction s'impose avant de nous concentrer sur Shakespeare. Lorsqu'une personne manipule une autre, il la contraint à adhérer à sa position et à adopter un certain comportement. C'est comme si le manipulé était pris dans un piège mental étant donné qu'il n'a pas conscience de cette manipulation. Le but de l'argumentation en revanche, est de laisser l'interlocuteur adhérer librement ou non à une opinion quelconque. Il peut réfuter cette opinion en en proposant une autre ou y adhérer en appuyant les propos.

Chez Shakespeare,l'argumentation concentre la manipulation. Le protagoniste ne cherche pas seulement à établir un plan d'action, il se sert aussi de la manipulation comme un moyen. A partir du moment où ce même protagoniste a décidé de mener à bien sa stratégie, tous les autres personnages se retrouvent pris dans un filet où ils n'en sortiront que par leur propre mort ou par la mort du protagoniste. Si l'on prend l'exemple de Richard III, nous sommes immédiatement pris (en tant que lecteur) dans ce filet de manipulation puisque dès la première scène, ce dernier expose clairement son intention pour prendre le pouvoir.En tant que lecteur, nous sommes touchés par ce qu'il dit : cela est dû à sa stratégie argumentative. En effet, Gloucester commence par établir le contexte en affirmant que la Guerre des Roses est terminée et que la paix règne sur le royaume. Il fait ensuite un constat sur sa propre nature : c'est là qu'interviennent pour la première fois les thématiques de l'esprit et du corps. Richard est laid et en a conscience, c'est pour cela qu'il veut se venger et obtenir le pouvoir : pour combler sa laideur. Son corps a dénaturé son esprit. Il part de ce constat pour établir son plan face à un lecteur qui n'a pas d'autre choix que de ressentir de la pitié pour lui. Le lecteur finit par être convaincu par Richard et en vient même à être certain de la quête du pouvoir du personnage éponyme. L'éthos de ce personnage est tellement fort qu'il arrive à convaincre Lady Anne de ne pas le tuer dans la scène 2 ; elle qui semblait le détester au début de la scène.

La manipulation amène souvent à la perte du protagoniste. Cette perte est le plus souvent due à la déception qu'à engendrer le personnage et son entourage. Quand les masques tombent et que les autres personnages se rendent compte de la vraie facette du personnage éponyme, ils font tout pour que ça lui retombe dessus. Evidemment, cette déception ne peut être liée à la manipulation puisque celle-ci est inattendue par le protagoniste et ne fait pas partie de ses plans.C'est comme si ceux qui ont été manipulés, reprenaient leurs esprits pour voir la réalité en face. La vérité finit toujours par triompher chez Shakespeare, peu importe le sens que prend la pièce. Il est juste d'affirmer que cette perte du protagoniste est une caractéristique propre à la tragédie. Mais nous ne pouvons pas lire une tragédie en pensant directement que le dénouement finira mal. Il est des tragédies où le dénouement se termine bien : Le Cid de Corneille néanmoins.La manipulation fait partie de l'argumentation au sens où l'énonciateur s'en sert comme un outil pour mettre au point sa stratégie.

Comme nous l'avons affirmé, l'argumentation au théâtre est indirecte du fait de cette intermédiaire utilisé par l'auteur, qui n'est autre que la fiction. Le message est rendu implicite au profit d'une mise en scène servant à plaire et à instruire le lecteur ou le spectateur. Cependant à l'intérieur même du texte, l'argumentation est rendue explicite notamment au travers des dialogues entre les personnages. L'argumentation théâtrale est certes indirecte, mais surtout dialogale. Là est toute la différence avec le soliloque où l'argumentation n'est pas perçue directement. Il conviendra ainsi dans une dernière partie, de procéder à nos analyses sémiotiques et de voir comment l'argumentation peut être rendue possible au travers d'une forme de discours peu ordinaire et cataloguée.

Partie 3 : Analyses sémiotiques du soliloque : résultats et interprétations

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