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Argumentation et soliloque: une étude sémiotique dans les tragédies de Shakespeare


par Marine Garel
Université Lumière Lyon 2 - Sciences du langage 2016
  

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Chapitre 1 : Macbeth et l'idée de clôture

a. Présentation et contexte de l'extrait

Macbeth a été écrit aux alentours de 1606 après l'accession de Jacques Ier (James I en anglais)autrône d'Angleterre. Les coïncidences entre l'oeuvre de Shakespeare et la réalité de son temps restent intéressantes. L'un des motifs de l'oeuvre est la sorcellerie. A cette époque, la sorcellerie était un sujet à ne pas prendre à la légère et certains étaient même brûlés pour avoir été soupçonné de sorcellerie. Jacques Ier était très intéressé par la sorcellerie au point d'en écrire un livre.

L'extrait en question (Annexe 3) se situe à la scène VII du premier Acte. Macbeth est confronté à un choix crucial : celui d'assassiner ou non Duncan, le Roi d'Ecosse. Ce choix est dû à la prophétie des trois sorcières qui lui ont certifié son accès au trône. Pris dans un filet entre ambition, doute et appréhension, le protagoniste se livre sous la forme du soliloque.Macbeth est un homme d'action et la pièce entière tourne autour de ce qu'il fait. Bien que son esprit puisse être aveuglé par l'ambition, c'est un personnage déterminé qui va au bout des choses une fois la décision prise. Sa conscience est très développée en ce qu'il peut très bien se visualiser les actes qu'il va commettre : l'assassinat de Duncan par exemple où il se voit en possession du couteau. Macbeth possède une double personnalité qui n'échappe pas au lecteur : il ne se comporte pas de la même manière en publique et en privée. Dans ses soliloques nous voyons qu'il est soumis à la partie obscure de son être. Le démon qui est en lui ressort pour laisser de côté sa bonté. Macbeth est une figure d'acteur complexe car doté d'une grande capacité d'imagination.

b. Mise en contexte sémiotique

Pour nos trois analyses sémiotiques, nous aurons principalement recours à la sémiotique discursive donc à un raisonnement figuratif et figural. Dans ce cas-là, le soliloque fonctionnera tel le principe d'immanence, c'est-à-dire comme un tout de signification produisant les conditions de sa lecture. Pour une première approche, il s'agira de repérer comment le texte articule des dispositifs actoriels, temporels et spatiaux et de décrire les structures sémantiques ainsi constituées.

Le temps et l'espace constituent un cadre dans lequel sont inscrits des acteurs. Selon Greimas et Courtès « l'acteur est une unité lexicale de type nominal, qui, inscrite dans le discours est susceptible de recevoir, au moment de sa manifestation, des investissements de syntaxe narrative de surface et de sémantique discursive [...] ».14(*) Autrement dit, il est au croisement des deux types de sémiotique puisqu'il présente des programmes narratifs et en même temps possède un rôle thématique. Dans ce soliloque, Macbeth est un acteur individuel puisqu'il se trouve seuldans la scène. Il est constamment présent et en déplacement du fait de son entrée dans la chambre au commencement de la scène.Nous n'en savons pas plus sur ce déplacement ; nous pouvons donc penser que Macbeth reste statique à l'image du soliloque qu'il énonce. Nous observons la présence d'acteurs temporaires : des valets et un écuyer. Ils apparaissent avant Macbeth mais n'existent plus une fois le soliloque commencé. Un dernier acteur apparaît uniquement par référence : il s'agit de Duncan, le Roi d'Ecosse. Cet acteur ne se déplace pas puisqu'il n'est que dans la pensée de Macbeth. Il est quand bien même, présent indirectement tout le long du soliloque et participe à l'inquiétude de Macbeth. Les acteurs sont identifiables par des figures ou des marques d'acteurs. Macbeth est le plus souvent référencé sous la forme de pronom à la première personne du singulier. Duncan, lui, est référencé une fois avec un pronom personnel, mais également sous sa propre appellation.

Macbeth est donc situé dans un cadre temporel et spatial. En sémiotique, ce concept de temps est assez refoulé. Greimas et Courtès le définissent comme un socle où se réunissent simultanéité et succession. Nous devons distinguer les diverses manifestations du temps dans ce texte : les marques de conjugaison par exemple où nous remarquons en majeure partie du présent et du conditionnel. Macbeth n'est pas certain de son plan d'action alors il s'imagine ce que cela donnerait s'il réussissait. Seul le conditionnel permet de faire des hypothèses. Le temps peut aussi se manifester sous forme de chrononymes. Nous n'en trouvons pas beaucoup dans ce soliloque, mise à part « à venir » ou « une fois ». Cette absence de chrononymes pourrait nous amener à remettre en question l'effet de sens « réel » produit par le texte. Avec ces deux chrononymes, nous sommes dans l'incertain, et non dans l'immédiateté.

A défaut d'ellipse ou de flashback, nous ne sommes pas en présence d'un temps brouillé, d'autant plus que le présent à valeur de caractérisation ici, domine : il s'agit du temps thématisé, repérable dans un produit sémiotique défini. Il y a bien un enchaînementdes évènements : rien que dans la didascalie, l'action se succède. Ce temps thématisé est fictif au théâtre. Il est une représentation du temps réel, un simulacre. Tout est mis en place pour que nous ayons une impression du réel ; c'est pourquoi nous employons le terme d'impression référentielle en sémiotique. Le temps de disposition présente quant à lui, une succession des simulacres qui coïncident avec le temps thématisé. C'est un ensemble d'unités sémiotiques responsables de cet effet de réel : dans un film, la présence de ces unités sémiotiques est très forte. Le temps concerne enfin la durée. Dans ce soliloque, nous remarquons principalement une accumulation du rythme due à l'enchaînement des propositions. Ceci créait un effet de foisonnement comme si les phrases se multipliaient. Le rythme du texte est plutôt lent du fait de ces longues phrases. Nous devons également faire référence au temps de l'auteur qui joue un rôle crucial à la construction et au développement du récit. Shakespeare a écrit sous le règne élisabéthain ; la pensée du dramaturge se situe au 17ème siècle mais rien mise à part la langue de Shakespeare qui lui est propre, ne laisse prétendre que cetextrait date de cette époque.

L'espace ou organisation spatiale est une organisation particulière d'un lieu naturel. Elle s'inscrit dans une culture quelconque en relation avec le temps de l'auteur : avec Shakespeare, nous sommes en Angleterre. D'ailleurs, il est précisé avant le début de la pièce, que l'action se situe en Ecosse et en Angleterre. L'espace de production se concentre autour de l'auteur concernant les lieux où il a bien pu écrire la pièce.Mais cette espace de production est double puisque nous devons inclure l'espace de la mise en scène. L'espace de l'énoncé narratif est unique et concerne la chambre : Macbeth entre mais ne sort pas de ce lieu. Il s'agit d'un lieu thématisé puisqu'il constitue le cadre du soliloque. C'est un espace ouvert car accessible au public. En revanche, elle s'oppose aux autres espaces qui eux, sont des espaces évoqués : espace céleste notamment.

* 14Greimas et Courtès, Dictionnaire raisonné de la théorie du langage. 7ème Edition. Paris : Hachette, 1993, p. 454.

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