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Argumentation et soliloque: une étude sémiotique dans les tragédies de Shakespeare


par Marine Garel
Université Lumière Lyon 2 - Sciences du langage 2016
  

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Introduction

Art du dialogue et de l'émotion, le théâtre est avant tout art de l'imitation. Cette « imitation de l'action » comme le qualifiait Aristote se retrouve au travers des différentes figures de personnages de la pièce. C'est une imitation présente avant tout par le texte que par la représentation même si le genre ne s'accomplit réellement que dans cette dernière. C'est d'ailleurs grâce à cette mise en scène que le théâtre est un genre mis à l'écart dans la littérature. Un roman peut très bien être adapté au cinéma mais ce n'est pas dans sa nature de base. Comme l'affirmait Molière, « le théâtre a été conçu pour être représenté », même si le texte a son importance. D'ailleurs au Moyen-Age, les premières pièces de théâtre furent jouées avant même que les premiers textes dramatiques n'apparaissent. Il s'agissait de théâtre religieux, puis de théâtre profane inspirés directement de la Bible. Ce qui est important ici, c'est de voir que le théâtre apparaissait comme un jeu. Nous retrouvons ce goût pour la mise en scène au XVIIème siècle, notamment avec Shakespeare pour le théâtre anglophone et Corneille pour le théâtre francophone.

Aujourd'hui, la pièce de théâtre est un genre littéraire connue autant pour son texte que pour sa mise en scène. Dans ce mémoire, l'accent sera principalement mis sur le texte et son organisation discursive. Le texte théâtral fait cohabiter deux mondes : un univers de la fiction et un univers où elle prend corps. Analyser un texte théâtral revient à prendre en compte la double énonciation. Il y a double énonciation du fait que le théâtre soit un genre à la fois textuel et visuel. La première énonciation concerne l'auteur et sa relation avec le texte ; la seconde le personnage en relation avec le texte.

Louis Jouvet affirmait que « la pièce de théâtre est une conversation ». Là est toute la différence avec le roman : ce dernier étant tourné vers un discours commentatif. Les descriptions de personnages ou de lieux sont moins abondants, voire quasi-inexistants dans une pièce de théâtre. Par « conversation », Louis Jouvet souligne l'importance du dialogue dans le texte. La pièce de théâtre ressemble à une grande conversation grâce aux dialogues mis en place au travers des personnages. Le dialogue demeure la forme la plus importante et la plus étudiée au théâtre. La linguistique interactionnelle qui a émergé dans les années 90s, a su mettre en avant le dialogue et son mécanisme au travers d'une analyse de la conversation. Nous retiendrons principalement les récents travaux de Catherine Kerbrat-Orecchioni sur le principe d'alternance qui énonce au moins la présence de deux interlocuteurs pour que l'on puisse parler de dialogue. Evidemment, cet échange a besoin de règles pour pouvoir se dérouler dans les meilleures conditions, notamment les règles de politesse. Cependant, le dialogue n'est pas la seule forme de discours existante au théâtre : l'aparté, le monologue et le soliloque en font également parties mais leurs apparitions sont moins denses et même, moins attendues du public. Quelle place leur reste-t-il donc à côté du dialogue ?

Dans ce mémoire, notre attention sera portée sur le soliloque avec quelques allusions faites au dialogue et au monologue. L'intérêt du sujet réside dans le caractère méconnu de la forme, la moins étudiée du théâtre. Etudier le soliloque revient avant tout à étudier le discours théâtral dans sa globalité. Il ne sera pas question ici d'analyser proprement l'art de communiquer comme ont pu le faire les interactionnistes mais d'envisager l'étude du soliloque comme un tout, notamment sur la place que prend la forme au théâtre.Que l'on ait affaire à une interaction dans la vie réelle ou dans la fiction, nous serons toujours face à un échange rythmé par des tours de parole dans le cas du dialogue, du trilogue, etc. Cette notion d'échange est remise en cause dans le cas du soliloque en ce qu'il n'existe pas de tour de parole puisqu'une seule personne parle. Malgré cela, le soliloque est considéré comme un discours faisant sens et qui véhicule des figures rendant possible ce sens.

De-là, nous pourrons nous demander en quoi le soliloque, qui à première vue ne renferme qu'une longue suite de pensées, rend possible l'argumentation, à l'image du dialogue ou de toute autre forme de discours ?

  Ce sujet sera principalement traité d'un point de vue sémiotique mais aussipragmatique pour rendre compte de l'organisation de l'argumentation dans le soliloque. Si l'on devait donner une simple définition du soliloque sans entrer dans la complexité de la forme et dans l'analyse, nous pouvons affirmer qu'il s'agit d'un discours qu'une personne se tient à elle-même. De par une longue suite de pensées, le personnage se parle et se répond sans que personne ne puisse l'interrompre et être en désaccord avec lui. Le soliloque étant une forme de discours, il convient d'affirmer qu'il possède une structure externe et interne.Au sens général, l'argumentation est la stratégie qui consiste à défendre une thèse en la faisant admettre à un destinataire et à se mettre en valeur. Enfin, la sémiotique est définie comme étant l'étude de la signification. Elle s'intéresse au paraître du sens au travers d'un discours montrant ce sens et le rendant communicable. Greimas et Courtés la définissent même comme une «  théorie de la signification ».

L'objectif de ce mémoire est de mettre en avant une forme peu connue du théâtre, une forme qui nécessite d'être définie et comparée à d'autres formes rencontrées dans le genre pour pouvoir être comprise. La sémiotique permettrait donc de rendre compte de cette effectivité puisqu'elle explore différents modes d'écriture. Les données ont été traitées et analysées à l'aide d'un corpus composé de trois soliloques des pièces de Shakespeare : Macbeth, Richard III et Hamlet. C'est dans ces trois analyses que la sémiotique entre en jeu et permet de rendre compte du niveau de l'argumentation. Nous choisissons de privilégier un plan commençant par des concepts théoriques et finissant sur notre analyse pratique pour mieux comprendre les mécanismes du soliloque.

Ce mémoire comprend trois parties, divisées chacune en trois chapitres. La première partie (I) souligne le caractère indirect de l'argumentation dans le soliloque en insistant notamment sur les spécificités de la forme : le soliloque y est étudié d'une manière purement théorique. L'accent est mis sur les fonctions et la place que peut occuper le procédé dans une pièce de théâtre. S'en suit une réflexion sur la question de l'interlocuteur, question que nous jugeons majeure pour le mémoire. Une comparaison avec le monologueest effectuée,d'une partsur leur synonymie, d'autre part sur leur distinction tant sur le plan de l'adresse que du contenu. Enfin, un point sur le dialogue est présentépour établir une distinction avec le soliloque principalement au niveau argumentatif. Après quelques généralités sur le dialogue, nous nous concentrons sur la distinction entre les deux formes.

La seconde partie (II) concerne l'argumentation dans le théâtre. Est traitée dans un premier temps, l'argumentation en tant que caractère indirect avec une brève présentationpuis une comparaison avec l'argumentation directe pour en venir à la question de l'efficacité. D'autre part, l'argumentation dans le théâtre est également vue comme dialogal. En ce sens, nous nous attachons à faire un point sur le théâtre en tant qu'art dialogual pour aboutir au double concept du dialogue et de la délibération. Nous sommes plus précis par la suite avec lechapitre sur l'argumentation chez Shakespeare en rappelant les caractéristiques propres à la tragédie. Ce qui nous amène à voir l'utilité du soliloque dans l'argumentation shakespearienne pour enfin terminer sur une notion jugée importante dans son argumentation : la manipulation.Plus pratique que théorique, la troisième partie (III) est constituée de nos trois analyses sémiotiques. Nous commençons par analyser le soliloque de Macbeth en le situant dans la pièce et en y étudiant l'argumentation au travers des différents concepts sémiotiques. Nous en faisons de la sorte pour le soliloque de Richard III en mettant en avant le concept de la quête et ainsi pour le soliloque d'Hamlet avec le concept de l'existence.

Partie 1 : Le soliloque, une des manifestations indirectes de l'argumentation

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