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Argumentation et soliloque: une étude sémiotique dans les tragédies de Shakespeare


par Marine Garel
Université Lumière Lyon 2 - Sciences du langage 2016
  

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Chapitre I. Caractéristiques et spécificités du soliloque

a. Définition du soliloque

Le mot soliloque vient du latin soliloquium avec solus qui signifie « seul » et loqui signifiant « parler ». Nous pouvons d'ores et déjà comprendre ce que signifie le mot en question : le soliloque est un discours qu'une personne se tient à elle-même. Dans le Dictionnaire du théâtre, Patrice Pavis donne la définition suivante :

Soliloque : Discours qu'une personne ou un personnage se tient à soi-même. Le soliloque, plus encore que le monologue, réfère à une situation où le personnage médite sur sa situation psychologique et morale, dévoilant ainsi, grâce à une convention théâtrale, ce qui resterait simple monologue intérieur (p. 332).

Nous observons dans cette définition deux éléments majeurs qu'il convient de prendre en compte et qui sera développé ultérieurement. Premièrement, nous nous imaginons un personnage seul et indifférent à ce qu'il se passe autour de lui donc enfermé dans un débat de conscience.

Par ailleurs, nous constatons que le soliloque est une variété de monologue tout comme l'apostrophe1(*) ou l'aparté. Mais nous ne pouvons pas affirmer l'inverse : un monologue n'est jamais un soliloque. Le soliloque serait donc un monologue intérieur, extériorisé dans une pièce théâtrale et rejoindrait en ce sens le concept d'endophasie. Nous pouvons faire une comparaison avec le monde réel : lorsque nous fermons la bouche, nous nous parlons par la pensée. Il existe cependant des controverses qui nient le fait que l'endophasie est un monologue ou un soliloque. Citons par exemple Marie Jemma-Jejcic sur le site de l'Association Lacanienne Internationale2(*) :

L'endophasie est cette parole intérieure qui n'est pas un monologue ou un soliloque, mais une pensée qui démontre que seul, ça parle, pas forcément à voix haute, mais ça pense, enfin on appelle cela pensé, ce qui est certain c'est que du langage suinte sans cesse [...].

Nous dirions simplement ici que le soliloque et l'endophasie sontliés par le caractère réflexif qu'ils renferment.Si l'endophasie n'est pas un soliloque, nous pouvons affirmer qu'ils sont tous les deux des débats et des manifestations de la conscience. L'endophasie (inner speech) constitue la parole intérieure. Dans Le Moyen de parler, Gabriel Bergounioux montre que l'endophasie fait partie de l'expérience commune et se retrouve figurée dans la littérature. Il n'intègre cependant pas la dimension linguistique du concept mais insiste sur l'activité mentale en tant que telle.

Enfermé dans un débat de conscience, le personnage de théâtre nous dévoile son ressenti, ses inquiétudes, ses sentiments. Le psychique est donc mis en avant et le lecteur en est bien conscient. Certains personnages de théâtre semblent plus fragiles psychologiquement que d'autres.Lepersonnage de Lucky dans le théâtre de Beckett, qualifié de théâtre de l'absurde3(*),ne sait pas exactement sur quel pied danser et développe un discours d'une grande incohérence. Le personnage shakespearien qu'est Hamlet nous fait ressortir une folie mensongère de par une tristesse profondeliée à la mort de son père et au remariage de sa mère. Son comportement est étrange et le personnage semble devenir réellement fou. Il n'y a qu'à lire les sept soliloques qu'il nous délivre. Ainsi, les personnages de théâtre qui soliloquent sont indéniablement dans un certain état d'esprit. Le soliloque est vu comme une nécessité pour ces personnages en quête de réponse.

* 1Du grec apostrophê signifiant « action de se détourner », l'apostrophe se retrouve autant au théâtre qu'en poésie. Il s'agit de mentionner l'allocutaire, présent ou absent. Dans le Cid de Corneille, Don Diègue personnifie la rage, le désespoir et la vieillesse qu'il qualifie d'ennemie (Acte I, scène 4). En poésie, l'apostrophe est utilisée pour exprimer des émotions.

* 2http://www.freud-lacan.com/index.php/fr/

* 3Le théâtre de l'absurde est apparu au XXème siècle et met en avant l'absurdité de la vie humaine. La pièce se termine en général d'une manière tragique. Le genre est connu pour sa déstructuration du langage et son caractère insignifiant. Outre Samuel Beckett, nous pouvons citer Eugène Ionesco ou encore Harold Pinter.

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