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Argumentation et soliloque: une étude sémiotique dans les tragédies de Shakespeare


par Marine Garel
Université Lumière Lyon 2 - Sciences du langage 2016
  

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Chapitre 2 : Richard III et l'idée de quête

a. Contexte et présentation de l'extrait

Richard III est le dernier volet de la première tétralogie shakespearienne. Publié en 1597, cette pièce s'inspire des évènements perpétrés sous le règne des Tudors, notamment en célébrant la victoire d'Henry VII, le vainqueur de Richard III.

L'extrait étudié se situe à la scène II de l'Acte premier. Le Duc de Gloucester est arrivé au bout de son second plan : celui de séduire Lady Anne alors que celle-ci semblait le haïr et lui reprocher la mort de son père. Il se félicite de cette conquête et est bien conscient du mal qu'il fait. Cette scène est difficile pour le lecteur : comment peut-on détester une personne et se laisser séduire quelques minutes après par cette même personne ? Richard en arrive à son comble de la manipulation dans cette scène. Nous avons l'impression qu'il est dans sa nature de manipuler autrui. Il a ce caractère inné de la manipulation que les autres personnages n'ont pas. En manipulant son entourage, Richard dévoile sa double personnalité à un lecteur qui ne sait quoi croire et surtout pour qui prendre parti. C'est un personnage encore plus complexe qu'Hamlet ou Macbeth en ce qu'il renferme une véritable psychologie machiavélique.

b. Mise en contexte sémiotique

Le Duc de Gloucester est un acteur individuel et statique qui ne se déplace pas durant son soliloque. Le cortège et le corps d'Henry VI sont des acteurs temporaires et disparaissent une fois le soliloque commencé. D'autres acteurs sont évoqués mais sont mis au plan secondaire : il s'agit de Lady Anne, le prince Edouard et le Roi Henry VI. Richard est reconnaissable par des marques d'acteurs relevant de pronoms à la première personne du singulier A son tour, la fille cadette de Warwick est référencée par des pronoms à la troisième personne du singulier. Le prince Edouard apparaît directement en son nom et sous d'autres appellations telles que « seigneur » ou « gentilhomme ». Enfin, le Roi Henry VI est référencé avec des pronoms personnels et sous d'autres appellations comme « père » ou « camarade ».

Comme dans Macbeth, le temps se manifeste sous diverses formes : les marques de conjugaison majeures sont le passé composé et le présent. Le présent d'énonciation reflète bien l'acte de parole en lui-même, prononcé à un moment précis. Le passé composé est ancré dans la situation d'énonciation pour exprimer notamment le contexte du discours. Plusieurs chrononymes sont employés dans ce soliloque : ils permettent ainsi l'homogénéisation de l'argumentation et structurent les différents arguments. Nous ne pouvons pas affirmer la présence d'un temps brouillé pour cet extrait puisque nous ne sommes ni en présence de flashbacks, ni en présence d'ellipses. De même que pour Macbeth et pour tout autre discours, nous avons un temps thématisé reflétant le monde réel. Concernant la durée, un certain nombre de questions et d'exclamations se présentent qui ralentissent le rythme du discours. L'emploi de la forme exclamative fait ressortir la fierté de Richard quant à l'accomplissement de son plan et l'emploi de la forme interrogative vient appuyer sa réussite. Lorsqu'il n'y a pas de questions ou d'exclamation, les phrases s'enchaînent et son d'ailleurs plutôt longues. Ce sont ces phrases longues qui peuvent créer un effet de lassitude chez le lecteur.

Dans ce soliloque, l'espace de l'énoncé concerne une rue dans Londres. Nous remarquons encore une fois la concordance entre l'espace de production de l'auteur et l'espace de l'énonciation puisque la scène se passe en Angleterre. Nous avons aussi un espace évoqué qui n'est autre que Tewksbury et qui fait référence à l'assassinat du prince Edouard. Dans l'espace de représentation, la rue ne sera pas représentée comme telle. Seuls les décors permettront de comprendre que Gloucester se trouve dans une rue. Comme déjà affirmé, il n'y a pas de déplacement dans le discours.

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