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Argumentation et soliloque: une étude sémiotique dans les tragédies de Shakespeare


par Marine Garel
Université Lumière Lyon 2 - Sciences du langage 2016
  

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c. Argumentation et concept de la quête

L'argumentation se manifeste autour de ce concept de la quête où la femme est vue comme un trophée, un prix à gagner. Tout comme le soliloque précédent, l'argumentation peut être analysée au travers des différentes isotopies temporelles, spatiales et actancielles.

Sur le plan temporel, les isotopies renferment une idée de quelque chose de temporaire, qui ne va pas durer : Lady Anne n'est qu'un plaisir à moitié. Richard en est bien conscient car il va devoir la tuer. Autrement dit, il y a satisfaction de la quête mais une satisfaction qui ne durera pas dans le temps. Les questions posées renforcent cette réflexion et dévoile un personnage en plein débat avec sa conscience : Richard se félicite d'avoir conquiert Lady Anne et en est fière. Cependant, en employant une forme impersonnelle avec le « On », les interrogations reflètent une connaissance partagée et un degré de sociabilité plus grand. C'est-à-dire que Richard ne se concentre pas uniquement sur sa personne mais sur les hommes en tant que généralité. Nous pouvons penser que l'utilisation de cette tournure impersonnelle est contraire au caractère d'unité associé au soliloque. Mais, le soliloque est paradoxal et nous avons affirmé que même si l'énonciateur reste dans sa solitude, il essaie tout de même de convoquer autrui.

La réflexion personnelle commence vraiment dès l'emploi de la première personne du singulier avec: « Je l'aurai, mais je ne la garderai pas longtemps ».A partir de là, se joue donc la seconde partie de l'argumentation. Cette réflexion s'étend jusqu'à la fin du discours. Dans cette seconde partie, plusieurs arguments sont mis en avant : Richard aborde la quête en elle-même et s'étonne presque d'avoir séduit Lady Anne malgré sa profonde tristesse. En tant que thématisation, la quête passe par une figurativisation limitée car d'un côté Richard est fière d'avoir séduit Lady Anne et veut le faire savoir et en profiter, mais d'un autre côté il reste réticent face à ce changement de comportement si soudain. D'ailleurs, la question qui suit dévoile principalement un doute : « A-t-elle oublié déjà ce brave prince, Edouard, son seigneur, qu'il y a trois mois j'ai, dans une boutade furieuse, poignardé à Tewksbury ? ». « Et pourtant elle consent à abaisser ses regards sur moi [...] » remet en avant cet espoir que garde Richard pour être aussi important que le prince Edouard aux yeux de Lady Anne. Enfin, il met l'accent sur sa difformité : une difformité qu'il va essayer d'étudier par l'acquisition d'un miroir. En fait, Gloucester se minimise pour mieux se convaincre que Lady Anne n'est pas étrangère à son égard. L'objet miroir est intéressant sur le plan actanciel et montre un personnage en quête d'identité physique. Nous sommes ainsi en présence de deux discours qui se superposent et qui constituent le coeur de l'argumentation. Il y a de l'espoir et en même temps de l'indécision.

L'argumentation change de tournure à partir de « Mais, d'abord, fourrons le camarade là-bas dans son tombeau [...] »et s'ouvre vers une conclusion solipsiste avec la dernière phrase qui vient renforcer la réflexion personnelle. Nous voyons ici que Richard ne voit que lui. D'ailleurs, le miroir souligne cette idée : Richard veut faire acquisition d'un miroir ; il se met donc en avant et ne voit que lui. Nous revenons donc à notre idée que le soliloque éloigne autrui et souligne cette solitude. A défaut de miroir, il se sert même de son ombre pour s'admirer. Richard est un personnage narcissique, n'ayant d'intérêt que pour lui-même.

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