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Diplômes universitaires et chômage des jeunes une étude sociologique des représentations et de la réalité sociale dans la commune de Makala à  Kinshasa


par Gérard Masungi
Université Pédagogique nationale ( UPN) - Licence bac+5 en sociologie  2024
  

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a) Durée et ampleur du chômage

Selon les données recueillies par questionnaires :62 % des diplômés interrogés sont au chômage depuis plus de deux ans après l'obtention de leur diplôme60(*).21 % déclarent être au chômage depuis plus de cinq ans, malgré des recherches actives.Seuls 17 % ont trouvé un emploi formel dans leur domaine de formation.

Cette durée prolongée traduit l'inertie structurelle du marché de l'emploi congolais, caractérisé par une faible capacité d'absorption.

b) Types d'activités exercées

Face à l'absence d'opportunités, de nombreux diplômés se réorientent vers des activités de survie, souvent éloignées de leur domaine de formation :Commerce informel (vente de crédits téléphoniques, denrées alimentaires, friperie) : 44 %,Transport urbain (moto-taxi, receveur de bus) : 15 %,Petits services (call-box, coiffure, réparation téléphonique) : 12 %,Stages non rémunérés ou sous-payés : 18 %,Autres activités précaires : 11 %.

Un enquêté témoigne : « J'ai étudié la gestion, mais aujourd'hui je vends des habits au marché de Salongo. Ce n'est pas ce que j'espérais, mais il faut survivre. » (Entretien n°9, Makala-Salongo, juillet 2024).

c) Dépendance familiale et sociale

La majorité des jeunes diplômés chômeurs demeurent à la charge de leurs familles : 67 % vivent encore dans le ménage parental ou dépendent financièrement des parents.

Certains avouent ressentir une honte sociale vis-à-vis de leurs proches :« On me reproche de toujours demander de l'argent, alors que j'ai un diplôme. On pense que je suis paresseux, mais ce n'est pas le cas. » (Entretien n°17, Makala-Kimbwala, juin 2024).

Cette dépendance fragilise leur statut social et accentue la stigmatisation déjà observée (cf. Goffman, 1975).

d) Stigmatisation et marginalisation

Les diplômés chômeurs subissent des formes de stigmatisation dans leur entourage et dans leur quartier :Certains sont qualifiés de « banaya diplôme sans avenir » (jeunes diplômés sans avenir).D'autres préfèrent taire leur niveau d'études pour éviter les moqueries : « Quand je dis que j'ai un diplôme et que je ne travaille pas, les gens se moquent. Alors je dis juste que j'ai arrêté mes études. » (Entretien n°22, Makala-Mikalayi, juillet 2024).

La stigmatisation engendre une perte de confiance en soi et une marginalisation progressive, confirmant l'analyse de Castel (1995) sur la désaffiliation sociale61(*).

e) Conséquences psychologiques et sociales

La persistance du chômage engendre plusieurs effets :Désespoir et perte de motivation : 41 % des enquêtés déclarent avoir « perdu espoir » de trouver un emploi correspondant à leur diplôme. Migration interne : 12 % envisagent de quitter Makala pour chercher des opportunités ailleurs (Gombe, Limete, voire Lubumbashi). Petite délinquance et insécurité : certains diplômés, désoeuvrés, rejoignent des groupes de jeunes marginalisés, accentuant les problèmes d'insécurité locale62(*).

Ø Analyse sociologique

Ces résultats montrent que le chômage à Makala n'est pas seulement un phénomène économique, mais aussi un fait social total (au sens de Mauss), touchant la dignité, l'identité et la cohésion sociale.

- La théorie du capital humain (Becker) se heurte ici à ses limites : le diplôme ne garantit plus l'emploi.

- La théorie de la désaffiliation (Castel) explique bien la spirale d'exclusion vécue par les diplômés de longue durée.

Les représentations sociales (Moscovici) alimentent une attente frustrée qui aggrave la crise identitaire.

Ainsi, la réalité du chômage à Makala apparaît comme une trappe sociale, où les jeunes diplômés oscillent entre prestige symbolique et marginalisation effective

3.3 Décalage entre représentations sociales et réalité du chômage

L'analyse croisée des représentations sociales (cf. section 3.1) et de la réalité du chômage (cf. section 3.2) met en évidence un écart profond entre ce que les jeunes diplômés attendent de leur diplôme et ce qu'ils expérimentent effectivement. Ce décalage s'articule autour de trois dimensions principales :

* 60 . Données issues de l'enquête terrain (questionnaires, Makala, 2025).

* 61 . Castel, Robert, Les métamorphoses de la question sociale, Paris, Fayard, 1995

* 62 . PNUD, Diagnostic socio-économique de Makala, Kinshasa, 2022

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