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Diplômes universitaires et chômage des jeunes une étude sociologique des représentations et de la réalité sociale dans la commune de Makala à Kinshasapar Gérard Masungi Université Pédagogique nationale ( UPN) - Licence bac+5 en sociologie 2024 |
a) Le diplôme comme promesse non tenueDans l'imaginaire collectif, le diplôme est associé à la réussite, au prestige et à la mobilité sociale ascendante. Or, la réalité observée à Makala est marquée par : · Un taux élevé de chômage de longue durée (plus de 60 % au-delà de deux ans), · La précarité du secteur informel comme principale alternative, · L'absence de perspectives réelles de mobilité sociale. Un enquêté illustre ce paradoxe :« J'ai grandi avec l'idée que le diplôme était la clé de tout. Aujourd'hui, j'ai cette clé, mais il n'y a pas de porte à ouvrir. » (Entretien n°15, Makala-Kimbwala, juillet 2025). Ainsi, le diplôme devient un symbole ambivalent : il confère du respect mais ne garantit plus de débouchés. b) Le poids du capital symbolique face à l'impuissance économiqueSelon Bourdieu, le diplôme constitue un capital culturel et symbolique. Cependant, ce capital ne peut être transformé en capital économique qu'à travers des réseaux, des ressources et un marché du travail structuré63(*).À Makala, le diplôme reste socialement valorisé, mais son rendement économique est nul ou très faible. Ce décalage produit une dissonance sociale : l'individu est reconnu comme « intellectuel » mais reste dépendant financièrement.Un diplômé résume ce paradoxe : « Les gens me respectent parce que j'ai étudié, mais à la maison, je ne peux même pas acheter du pain. » (Entretien n°4, Makala-Salongo, juin 2025). c) L'illusion collective et ses conséquencesLes représentations sociales idéalisées du diplôme entretiennent une illusion collective : beaucoup continuent de croire que l'éducation est la voie royale vers l'emploi, malgré les preuves contraires. Cette illusion pousse les familles à investir massivement dans l'éducation, parfois au prix d'importants sacrifices. Lorsque l'attente est déçue, elle engendre une désillusion, du découragement et parfois une crise identitaire. Comme le souligne Castel (1995), le chômage prolongé conduit à une désaffiliation progressive, où l'individu perd sa place dans la société64(*). À Makala, cette désaffiliation se manifeste par : · La honte sociale ; · La perte de confiance en soi ; · La marginalisation économique. Ø Analyse sociologique Ce décalage confirme que :Le capital humain (Becker) ne suffit pas : sans marché du travail structuré, le diplôme perd sa valeur pratique.Les représentations sociales (Moscovici) jouent un rôle central dans la production d'attentes irréalistes.Le chômage des diplômés est à la fois une crise économique (absence d'emplois) et une crise symbolique (contradiction entre statut attendu et réalité vécue). Ainsi, le paradoxe du diplômé chômeur à Makala illustre ce que KimwangaNkey (2021) appelle une « crise sociologique du diplôme », où le prestige symbolique n'est plus soutenu par une rentabilité économique65(*). 3.4. Facteurs explicatifs du chômage des diplômés à MakalaL'analyse des données issues de notre enquête, combinée aux travaux académiques et institutionnels, met en évidence un ensemble de facteurs qui expliquent le chômage persistant des diplômés dans la commune de Makala. Ces facteurs sont à la fois structurels, institutionnels, économiques et socioculturels * 63 Bourdieu, Pierre, Questions de sociologie, Paris, Minuit, 1980. * 64 . Castel, Robert, Les métamorphoses de la question sociale, Paris, Fayard, 1995. * 65 . KimwangaNkey, P., Sociologie du travail et emploi des jeunes en RDC, Kinshasa, Presses universitaires, 2021. |
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