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Diplômes universitaires et chômage des jeunes une étude sociologique des représentations et de la réalité sociale dans la commune de Makala à  Kinshasa


par Gérard Masungi
Université Pédagogique nationale ( UPN) - Licence bac+5 en sociologie  2024
  

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a) L'inadéquation formation-emploi

La principale explication avancée par les enquêtés réside dans le décalage entre les filières universitaires et les besoins réels du marché du travail.

59 % des diplômés interrogés proviennent des filières en sciences sociales et humaines (droit, sociologie, gestion), lesquelles débouchent difficilement sur des emplois stables dans le contexte congolais66(*).

Le système universitaire congolais est largement critiqué pour son orientation théorique, qui privilégie la transmission de savoirs académiques au détriment des compétences pratiques adaptées aux exigences du marché67(*).

Ainsi, beaucoup de diplômés de Makala se retrouvent dans une saturation du marché pour certains profils (juristes, gestionnaires), alors que les secteurs techniques (technologies, métiers industriels, ingénierie) sont en manque criant de main-d'oeuvre qualifiée.

Un diplômé en sciences de l'éducation exprime cette frustration : « On nous forme pour enseigner, mais les écoles n'engagent plus. Finalement, notre diplôme devient un papier inutile. » (Entretien n°5, Makala-Salongo, juin 20245).

b) L'importance du capital social et des réseaux relationnels

Dans un contexte marqué par l'informalité et le clientélisme, l'accès à l'emploi ne dépend pas uniquement du diplôme, mais surtout du réseau social de l'individu. 72 % des répondants estiment que « sans connaissance, il est presque impossible de trouver du travail ».

Cette situation illustre l'analyse de Bourdieu (1980) sur le rôle du capital social comme ressource déterminante pour la mobilité professionnelle68(*). À Makala, la majorité des jeunes diplômés sont issus de familles modestes, disposant de peu de connexions dans les milieux politiques ou économiques. Cette absence de réseau réduit considérablement leurs chances d'insertion professionnelle.

Un diplômé en économie témoigne : « J'ai envoyé des dizaines de CV. Mais on me dit toujours : trouve d'abord quelqu'un qui peut te recommander. » (Entretien n°14, Makala-Kimbwala, juillet 2025).

c) La corruption et le clientélisme

La corruption apparaît comme un facteur majeur aggravant le chômage des diplômés :Plusieurs enquêtés affirment que l'accès à certains postes nécessite le paiement de sommes importantes. Les concours publics, censés être transparents, sont souvent dénoncés comme étant biaisés en faveur de candidats liés à des réseaux politiques ou financiers. Transparency International (2022) classe la RDC parmi les pays où la corruption institutionnelle constitue un frein majeur à l'égalité des chances69(*).

Une diplômée en sciences infirmières témoigne :« Pour entrer dans un hôpital public, on m'a demandé 500 dollars. Comme je ne les avais pas, le poste est allé à quelqu'un d'autre. » (Entretien n°7, Makala-Mikalayi, juin 2025).

* 66 . Données issues de l'enquête terrain (questionnaires, Makala, 2025).

* 67 Ministère de l'ESU, Rapport sur la massification de l'enseignement supérieur en RDC, Kinshasa, 2021.

* 68 . Bourdieu, Pierre, Questions de sociologie, Paris, Minuit, 1980.

* 69Transparency International, Corruption Perceptions Index, Berlin, 2022.

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