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Diplômes universitaires et chômage des jeunes une étude sociologique des représentations et de la réalité sociale dans la commune de Makala à Kinshasapar Gérard Masungi Université Pédagogique nationale ( UPN) - Licence bac+5 en sociologie 2024 |
a) La théorie de la reproduction sociale (Pierre Bourdieu)Selon Bourdieu, le système éducatif joue un rôle central dans la reproduction des inégalités sociales29(*). Le diplôme universitaire, censé être un capital culturel, n'a de valeur que dans un champ social où il est reconnu. Dans le contexte congolais, et particulièrement à Makala, les jeunes diplômés possèdent ce capital scolaire mais manquent souvent de capital économique et social (réseaux, ressources financières) pour transformer ce diplôme en emploi. Ainsi, le diplôme agit comme un capital symbolique élevé, mais sa rentabilité sociale dépend des conditions structurelles de son usage. « Le capital scolaire n'a de valeur que dans un champ social où il est reconnu comme tel » (Bourdieu, 1980)30(*). b) La théorie du capital humain (Gary Becker)Gary Becker considère l'éducation comme un investissement destiné à accroître la productivité individuelle et, par conséquent, l'accès à l'emploi31(*).Dans un marché du travail équilibré, le diplôme améliore les chances d'obtenir un emploi stable et bien rémunéré. Cependant, dans un contexte comme celui de Kinshasa, marqué par le chômage structurel, l'inadéquation formation-emploi et l'importance de l'informalité, cette théorie se heurte à ses limites. Le paradoxe du diplômé chômeur remet donc en question la rentabilité sociale et économique de l'investissement éducatif. c) La théorie des représentations sociales (Serge Moscovici)Moscovici définit les représentations sociales comme des systèmes de valeurs, croyances et pratiques qui permettent aux individus de donner sens à leur réalité32(*). Pour les jeunes de Makala, le diplôme est chargé de représentations idéalisées : réussite, prestige, ascension sociale.Mais lorsque la réalité du chômage contredit ces attentes, les jeunes sont confrontés à une crise cognitive et identitaire. Cette approche permet donc d'analyser le décalage entre ce que les diplômés croient qu'un diplôme leur garantit et ce qu'ils expérimentent dans leur vie quotidienne. d) La théorie de la stigmatisation (Erving Goffman)Goffman analyse comment les individus dont les attentes sociales ne se concrétisent pas peuvent être stigmatisés, ou se stigmatiser eux-mêmes33(*).Le jeune diplômé sans emploi peut être perçu par son entourage comme un « raté », un « inactif », voire un « inutile ». Cette stigmatisation entraîne une perte de statut social et affecte l'identité des jeunes diplômés, qui cherchent parfois à dissimuler leur diplôme ou à minimiser leur situation. À Makala, où le chômage est visible dans l'espace public, cette stigmatisation prend une dimension communautaire. * 29 Bourdieu, Pierre &Passeron, Jean-Claude, La reproduction : éléments pour une théorie du système d'enseignement, Paris, Minuit, 1970. * 30 Bourdieu, Pierre, Questions de sociologie, Paris, Minuit, 1980. * 31 Becker, Gary, Human Capital: A Theoretical and Empirical Analysis, Chicago University Press, 1964. * 32 . Moscovici, Serge, La représentation sociale du travail, Paris, PUF, 1984. * 33 Goffman, Erving, Stigmate: Les usages sociaux des handicaps, Paris, Minuit, 1975. |
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