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UNIVERSITE DE YAOUNDE
II
THE UNIVERSITY OF YAOUNDE II

Institut des Relations Internationales du
Cameroun
International Relations
Institute of Cameroon
LES ENJEUX DE L'EMISSION OBLIGATAIRE PAR LES
COLLECTIVITES TERRITORIALES DECENTRALISEES : LE CAS DE LA COMMUNAUTE
URBAINE DE DOUALA.
Mémoire présenté en vue de
l'obtention du Diplôme d'Etudes Supérieures
Spécialisées (D.E.S.S.) en relations internationales
Option :
Banque Monnaie Finance Internationales
Par
KUIATE SOBNGWI Christian
Sous la supervision de :
Pr. Claude NJOMGANG
Agrégé de Sciences
économiques
Année académique 2004-2005
SOMMAIRE
SOMMAIRE
ii
DEDICACE
iv
LISTE DES ABREVIATIONS
vi
LISTE DES TABLEAUX
vii
LISTE DES FIGURES
viii
RESUME
ix
ABSTRACT
x
INTRODUCTION GENERALE
1
I Généralités
2
II Problème général et
questions de recherche
9
III Hypothèse de recherche
11
IV Objectifs de l'étude
12
V Intérêt du sujet
12
VI Méthodologie
13
VII Revue de la littérature
14
VIII Délimitation et plan de
l'étude
18
PREMIERE PARTIE
20
CHAPITRE 1 : La communauté urbaine de
Douala, collectivité territoriale décentralisée
21
I Le processus de
décentralisation : nécessité d'efficacité.
21
I.1 L'existence d'affaires locales
23
I.2 L'autonomie des autorités locales
vis-à-vis du pouvoir central
24
I.3 Une gestion autonome
27
II La communauté urbaine de Douala,
collectivité territoriale décentralisée.
29
II.1 Les organes de la communauté
urbaine de Douala.
32
II.2 La structure financière de la
communauté urbaine de Douala.
35
Chapitre 2 : Les mécanismes de
l'émission obligataire municipale.
48
I L'émission obligataire :
opportunité de financement par le marché financier.
48
I.1 Fondements théoriques du
financement par le marché.
49
I.2 Le marché financier camerounais,
structure d'accueil d'une émission obligataire.
53
II Les mécanismes d'une
émission obligataire municipale.
60
II.1 Les acteurs de l'émission
obligataire
60
II.2 Caractéristiques du titre
obligataire CUD Finance.
65
DEUXIEME PARTIE
73
Chapitre III : Rentabilité de l'emprunt
obligataire et déterminants du risque de défaut.
74
I Rendement d'un investissement
obligataire.
75
II Déterminants du risque de
défaut de l'emprunt obligataire CUD Finance S.A.
78
II.1 Les composantes financières du
risque de défaut de l'emprunt obligataire.
78
II.2 Les composantes juridiques du risque
de défaut de l'emprunt obligataire CUD Finance S.A.
84
Chapitre IV : Résumé de
l'analyse, suggestions et recommandations
92
I Résumé des
éléments de risque identifiés
92
I.1 Les aspects financiers
92
I.2 Les aspects juridiques
94
II Suggestions et recommandations
95
CONCLUSION GENERALE
97
BIBLIOGRAPHIE
99
ANNEXES
100
ANNEXE 1 : COMPTE ADMINISTRATIF EXERCICE
1999/2000
101
ANNEXE 2 : COMPTE ADMINISTRATIF EXERCICE
2000-2001
102
ANNEXE 3 : COMPTE ADMINISTRATIF EXERCICE
2001/2002
103
ANNEXE 4 : COMPTE ADMINISTRATIF EXERCICE
TRANSITOIRE 2002
105
ANNEXE 5 : COMPTE ADMINISTRATIF EXERCICE
2003
106
TABLE DES MATIERES
108
DEDICACE
A Jacqueline et Benjamin
Pascal pour le résultat de leur entente mutuelle et
cordiale.REMERCIEMENTS
Nous adressons nos remerciements
tout d'abord à Monsieur le Professeur Claude NJOMGANG qui, malgré
ses multiples sollicitations a accepté de nous consacrer une partie de
son précieux temps afin que ce travail puisse être conduit dans le
strict respect des règles scientifiques de base.
Nous tenons ensuite à manifester notre gratitude
à l'endroit de la direction de l'Institut des Relations Internationale
du Cameroun et tout particulièrement à son corps professoral pour
les enseignements reçus tout au long de notre formation.
Nos remerciements s'adressent ensuite à Madame Suzanne
NGANE pour le suivi permanent qui a été le sien au sujet de
multiples préoccupations d'ordres tant techniques que pratiques.
Que tous les membres de la famille SOBNGWI trouvent ici
l'expression de notre profonde gratitude pour l'ensemble des conseils
prodigués et le soutien multiforme qu'ils nous ont apporté tout
au long de notre formation.
Enfin, nous remercions tous nos camarades de promotion
à l'Institut des Relations Internationales du Cameroun pour la
cordialité de nos relations.
LISTE DES ABREVIATIONS
LISTE DES TABLEAUX
Tableau 1.1 : Nomenclature budgétaire
communale issue de la loi communale de 1974.
44
Tableau 3.1 :Flux de trésorerie
engendrés par la détention du titre CUD Finance S.A.
76
Tableau 3.2 : Tableau récapitulatif des
ratios d'analyse financière locale.
79
Tableau 3.3 : Ratios de structure et
flexibilité des recettes courantes
80
Tableau 3.4 : Ratios d'épargne de
gestion
82
Tableau 3.5 : de dynamisme de la politique
d'investissement
83
Tableau 3.6 : Ratios d'autonomie
financière
83
LISTE
DES FIGURES
T
Figure 2-1 : Architecture du marché
financier camerounais.
59
Tableau 2.1 : Tableau d'amortissement de
l'emprunt CUD Finance
69
Tableau 3.1 :Flux de trésorerie
engendrés par la détention du titre CUD Finance S.A.
76
Figure 3.1 : Diagramme des flux de
trésorerie pour l'investissement en obligations CUD Finance S.A.
77
Tableau 3.2 : Tableau récapitulatif des
ratios d'analyse financière locale.
79
Tableau 3.3 : Ratios de structure et
flexibilité des recettes courantes
80
Figure 3.2 : Evolution des recettes courantes
et des recettes propres
81
Tableau 3.4 : Ratios d'épargne de
gestion
82
Tableau 3.5 : de dynamisme de la politique
d'investissement
83
Tableau 3.6 : Ratios d'autonomie
financière
83
Figure 3.3 : Récapitulatif des taux de
réalisation budgétaire et des recettes fiscales et propres de la
CUD
90
RESUME
Le financement des entités publiques est depuis
quelques années sujet de discussion vives étant entendu que
l'Etat est de plus en plus amené à se désengager des
secteurs productifs de l'économie. Les collectivités
territoriales décentralisées au Cameroun n'échappent pas
à cette situation. Elles se doivent de trouver de nouvelles sources de
financement adaptées aux missions qui sont les leur. De ce fait, le
recours au marché obligataire s'inscrit comme étant une solution
à ces problèmes de financement. L'emploi de cette forme de
financement implique que la collectivité territoriale
décentralisée se conforme aux normes de gestion requises par le
secteur privé. De ce fait, il devient nécessaire
d'apprécier l'opportunité d'une telle opération en
examinant les déterminants de la stimulation de la demande des titres
émis par les collectivités territoriales
décentralisées. Cette appréciation s'effectue en terme de
risque et de rentabilité. Le risque étudié ici est
principalement le risque de défaut au travers de ses composantes
juridiques et financières.
Le cas de la communauté urbaine de Douala sert
d'exemple d'analyse. Pour cela, il est fait recours à une
méthodologie relevant des principes d'analyse financière. Elle
est complétée par un examen des caractéristiques
juridiques de l'opération.
Il ressort de cette étude que le risque de
défaut inhérent à une émission obligataire par une
collectivité locale dépend autant des caractéristiques
financières de celle-ci que de la solidité du montage juridique
employé. Mais un accent doit être mis sur les relations entre la
tutelle et la collectivité, car plus le pouvoir de tutelle est fort,
plus dépendante sera la collectivité. Cet état de
dépendance est porteur d'un risque d'aléa moral et il est de
nature à réduire les marges de manoeuvre de la
collectivité.
ABSTRACT
INTRODUCTION GENERALE
I Généralités
Les questions de financement des entités publiques en
Afrique sub-saharienne revêtent une importance particulière depuis
quelques années, ceci en raison du désengagement progressif de
l'Etat des secteurs productifs de l'économie. Ce désengagement
s'inscrit dans un mouvement général de rationalisation et de
transparence en matière de gestion publique. Ceci se traduit par une
plus grande attention de la part des dirigeants en ce qui concerne
l'application effective des principes de bonne gouvernance. Mais afin de leur
faciliter la tâche et de réduire les éventuels goulots
d'étranglements qui pourraient naître d'une telle situation, il
s'est avéré nécessaire de procéder à une
redistribution de rôles au sein de l'appareil étatique. Cette
redistribution de rôles nécessite que soient clairement
identifiés les domaines de compétence de chacun des futurs
acteurs. De même, les fondements de cette redistribution se doivent
d'être clairement définis afin qu'aucune confusion ne puisse
naître et qu'aucun chevauchement d'autorités ne puisse exister.
C'est ainsi qu'a été initié au
Cameroun1(*), la
réforme relative à la décentralisation. Plus
précisément, la décentralisation territoriale qui se
distingue de la décentralisation par services. En effet, au sens de
Finken2(*) (1996), la
première fait référence à une technique
administrative reposant sur la distribution de compétences entre
plusieurs personnes morales sur une base géographique. Par contre, la
seconde s'appuie sur la spécialisation technique des différents
acteurs pour leur octroyer de nouvelles fonctions. Au travers dudit processus,
deux niveaux de collectivités territoriales ont été
clairement identifiés : il s'agit de la commune et de la
région.
Cette distinction provient de la nécessité de
répartir les responsabilités entre différents acteurs
locaux suivant leurs natures respectives de façon à rapprocher au
maximum le pouvoir des populations. En effet, ceci permettra de mettre en
oeuvre un processus de développement participatif mieux à
même de satisfaire les besoins de populations concernées. Cette
redistribution de responsabilités conduit à une définition
du champ de compétences de chacun des acteurs. A la commune, dont il est
ici question, il a été dévolu des compétences en ce
qui concerne le développement économique, le développement
sanitaire et social, l'éducation, le sport et les activités
culturelles3(*). Cette
institution, s'est de ce fait vue attribuer un rôle central en ce qui
concerne l'épanouissement des populations dont elle a la charge.
Mais, l'accomplissement d'une telle mission nécessite
la possession de moyens adaptés à la nature et à l'ampleur
de ladite mission. Ces moyens sont de plusieurs ordres, il peur s'agir des
moyens humains, institutionnels ou financiers. De ce fait, il est
nécessaire de s'attarder sur la question relative à
l'adéquation entre les moyens mis à la disposition des acteurs et
les objectifs qui leur ont été assignés.
Il serait illusoire de prétendre ici à une
analyse exhaustive de chacune de ces ressources. A cet effet, nous nous
appesantissons sur la ressource financière. La question des moyens
financiers mis à la disposition de l'autorité locale en vue de
l'accomplissement des objectifs à elle assignés pourrait conduire
à une variété de débats. En effet, il est tout
d'abord possible d'analyser la nature de ces moyens financiers. De plus, il
semble tout autant important d'en évaluer la quantité et la
qualité, mais au delà de tout cela, une analyse des
méthodes d'acquisition et de renforcement de ces moyens nous semble
pertinente.
En ce qui concerne la nature des ressources
financières à la disposition des communes, d'après la loi
d'orientation de la décentralisation, il est possible d'identifier deux
principaux types de ressources : il s'agit des ressources fiscales et de
la dotation générale de la décentralisation. De plus,
l'examen du décret N°98/266/PM du 21 août 1998 portant
approbation du plan comptable communal et adoption de la nomenclature
budgétaire communale, nous amène non seulement à examiner
en détail le contenu des ressources fiscales, mais aussi à nous
rendre compte de l'existence d'une possibilité de financement des
communes par l'emprunt.
Le budget communal est l'instrument au travers duquel il est
possible d'obtenir une maîtrise de la nature des ressources de la
commune. Il se définit comme étant l'acte par lequel sont
prévues et autorisées les recettes et les dépenses des
organismes publics4(*).
Ledit budget est équilibré en recettes et dépenses.
Chacune de ces rubriques est subdivisée en volets fonctionnement et
investissement. Les recettes budgétaires de la commune sont de plusieurs
ordres. Tout d'abord, les communes bénéficient d'un transfert de
fiscalité plus ou moins effectif de la part de l'Etat. En effet, le
transfert de fiscalité s'effectue au moyen de l'institution
d'impôts locaux dont les opérations d'assiette, de recouvrement et
de liquidation dépendent de la commune, mais dans le respect des limites
légales. C'est à ce propos, que l'on peut noter l'existence de
taxes communales directes telles que la taxe d'eau, la taxe d'éclairage
public, la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, la
taxe de fonctionnement des ambulances municipales et la taxe
d'électrification. Toutes ces taxes rémunèrent des
services rendus par la commune aux habitants de l'agglomération dont
elle a la charge5(*).
L'impôt libératoire, les patentes, les licences, la taxe sur le
bétail, la taxe sur les armes à feu, les droits de mutation
à titre onéreux et une partie de la redevance forestière
de par leur caractère local en ce qui concerne l'assiette et le
recouvrement constituent aussi des sources de revenus sur lesquelles les
communes ont un pouvoir assez étendu.
Il est aussi possible d'identifier des ressources fiscales
locales de par le processus d'assiette, mais dont le recouvrement incombe
à l'Etat qui par la suite se charge du processus de
redistribution6(*)
auprès des diverses autorités locales. Il s'agit ici
principalement des revenus des centimes additionnels communaux. Ces derniers
sont en fait des impôts représentant un pourcentage d'un autre
impôt sur lequel ils sont greffés. Ainsi, sont
générateurs de centimes additionnels communaux l'impôt sur
les sociétés, l'impôt sur le revenu des personnes
physiques, la taxe sur les jeux, la taxe sur la valeur ajoutée et la
taxe foncière.
En plus des taxes communales directes et des autres
impôts, il peut être voté par le conseil municipal la
création de droits et taxes indirects. Il s'agit principalement des
taxes d'abattage, d'inspection sanitaire, sur les spectacles, sur la
publicité, sur les lots urbains non mis en valeur, de transhumance, de
transit et la taxe douanière municipale. Il s'agit aussi des droits de
timbre, de fourrière, de place sur les marchés, sur les permis de
bâtir, d'occupation temporaire de la voie publique, d'occupation des
parcs de stationnement, de stade et de la redevance pour dégradation de
la chaussée.
Pour ce qui est de la dotation générale de la
décentralisation, les textes devant préciser son mode de
fonctionnement sont toujours attendus.
Enfin, il existe dans la rubrique des recettes
budgétaires des communes, un volet consacré aux recettes diverses
et accidentelles. Elles proviennent des emprunts, subventions, avances et dons.
Elles sont de ce fait assimilables à des recettes d'investissement ou
d'équipement.
Au vu de la multiplicité de ces ressources communales,
il est possible d'émettre l'hypothèse de leur suffisance en ce
qui concerne les besoins de l'entité locale. Mais seule une étude
de leur volume et de leur qualité peut conduire à une opinion
correcte concernant ces ressources.
A ce propos, Finken7(*) (1996) note que le talon d'Achille du processus de
décentralisation au Cameroun se situe au niveau de l'aspect financier et
plus précisément fiscal. Bien que durant la période allant
de 1987 à 1992, les communes aient dégagé une
épargne budgétaire nette excédentaire, cet auteur insiste
sur la nécessité d'un transfert réel du pouvoir fiscal aux
communes, surtout en matière de recouvrement. Dans le même ordre
d'idée, Kom Tchuente (1996) relève comme frein à
l'autonomie financière des communes, le manque de flexibilité
dans la détermination du niveau de leurs recettes, la très forte
dépendance vis à vis des services fiscaux de l'Etat, les
problèmes de liquidités auxquels fait face le trésor
Public et le mauvais recouvrement des taxes communales indirectes8(*). De plus, il ressort de ces
analyses que le volet équipement des communes a été
jusqu'ici assuré en grande partie par l'Etat au moyen du Fonds
Spécial d'Equipement et d'Intervention Intercommunale (FEICOM)9(*) dont les subventions et les
prêts ont servi à financer la majeure partie des besoins
d'investissement des communes.
Il nous semble de ce fait intéressant de
procéder au renforcement des capacités d'investissement des
communes au moyen de l'ouverture sur d'autres sources de financement à
savoir les ressources d'emprunt.
L'emprunt communal a une histoire qui remonte à
plusieurs décennies. Pour ce qui est des pays occidentaux, il
représente une part importante du financement des collectivités
locales ; à savoir : 9% des recettes budgétaires
totales en Allemagne, pareil en Belgique, et environ 12% en France10(*). Il relève de
l'overdraft economy de Hicks ou de l'économie à
découvert de Bourguinat11(*). A ce propos, Blanc et Rémond (1994)
signalent la nécessité pour les collectivités locales de
recourir à l'emprunt étant donnée la
pérennité de leur besoin de financement. Les débats
théoriques au sujet de l'emprunt communal sont le théâtre
de contradictions, en effet, Thomas (2004)12(*) relève que « le choix d'un mode
de gestion des finances locales basé sur une convention d'orthodoxie
budgétaire agirait positivement sur le dynamisme économique de
cette ville. Inversement, un management public local reposant davantage sur
l'endettement et faisant référence à une convention de
nature keynésienne influerait négativement sur
l'attractivité communale. » Or, l'étude
menée par Thomas s'applique dans une situation de réduction des
dépenses de fonctionnement des communes, mais il faut noter que dans le
cas du Cameroun, les communes ont vu ces dernières années
l'étendue de leurs compétences s'accroître ostensiblement.
De ce fait, il devient quasiment impossible pour ces entités de
dégager une épargne en mesure de financer leurs besoins
d'investissement.
Au Cameroun, l'emprunt des communes sur le marché est
quasi-inexistant, les seules formes d'emprunt présentes jusqu'en 2004
étaient celles relatives aux financements concessionnels octroyés
par le FEICOM et les organismes de financement multilatéraux tels que la
Banque Mondiale. Pourtant, le décret N°94/232 du 05 décembre
1994 précisant le statut et les attributions des receveurs municipaux
donne la possibilité à certaines communes13(*) d'ouvrir des comptes bancaires
distincts de leurs comptes auprès du trésor public et donc
échappant à la règle d'unité de trésorerie.
Cette ouverture donnée par la loi aurait dû permettre le
développement de l'activité de crédit envers les communes
tout au moins à l'échelle des banques locales, sans
espérer que ce soit en provenance du marché financier
étant donné sa relative jeunesse. Mais, il s'est
avéré que les communes n'avaient jusque là pas eu
accès aux financements régis par les règles du
marché. C'est donc à ce niveau que se situe le problème.
Il faudrait savoir ce qui empêche les communes de réaliser leur
potentiel en matière d'emprunt et dans quelles mesures l'on pourrait
renforcer cette capacité.
Ceci peut donc susciter des inquiétudes en ce qui
concerne l'emprunt obligataire émis par la communauté urbaine de
Douala (CUD) auprès du marché financier camerounais. En effet,
dans le cadre d'un programme d'émission de titres obligataire pour un
montant total de 16 milliards de francs CFA, la CUD a lancé par
l'entremise de CUD Finance S.A. une première tranche d'un montant de 7
milliards de francs CFA le 26 avril 2005. Ceci est donc la première
émission de titres obligataires sur le marché financier
camerounais, qui plus est de la part d'un organisme municipal. Il s'agit de ce
fait d'une émission d'obligations municipales. La particularité
des obligations municipales est que celles-ci sont des titres de créance
négociables représentatifs d'une fraction d'un emprunt
émis par une collectivité locale14(*).
Cette émission est de nature à permettre
à la CUD d'acquérir de nouvelles ressources devant lui permettre
de réaliser des travaux d'investissement, mais la réussite de
cette émission, ainsi que des futures émissions prévues
dans le programme dépend en grande partie de la
crédibilité de l'emprunteur. Cette crédibilité
s'analyse en deux volets : tout d'abord, elle concerne la CUD en tant
qu'institution, puis, elle concerne le titre CUD en tant qu'actif financier. Il
est donc question de s'attarder sur les fondements de l'analyse du niveau de
crédibilité de cette émission. C'est à ce propos
qu'il peut être menée une analyse des
« enjeux de l'émission obligataire
par une collectivité territoriale
décentralisée ». Cette émission
impliquant l'existence d'un risque de défaut pour la communauté
financière, les enjeux dont il est question se veulent être la
représentation du défi de crédibilité pour la CUD.
A ce propos, Faerber15(*) définit la crédibilité d'un
émetteur comme étant sa capacité à faire face aux
paiements d'intérêts à temps et au remboursement du
principal à l'échéance. De ce fait, le risque de
défaut provient de l'incapacité à remplir l'une ou l'autre
de ces obligations contractuelles. Il ressort des analyses en la matière
que le niveau de risque de défaut propre à une émission
est un élément essentiel de la décision d'investissement.
De ce fait, il est important pour l'émetteur que ce risque soit maintenu
au niveau le plus bas possible.
C'est pour cette raison que Finken (1996) relève que le
risque de la commune est à la source des difficultés des communes
en matière d'accès aux ressources d'emprunt. Le financement de
l'investissement communal implique la prise en compte de la nature du projet
à réaliser, or il a été dit plus haut que les
compétences de la commune la cantonnent principalement dans un
rôle social. La possibilité lui est donnée par la
loi16(*) de mettre sur
pied des activités auto-génératrices de revenus existe,
mais elle est se heurte aussi à la nécessité de contribuer
à l'épanouissement des populations. De ce fait les principes de
gestion privée bien que lui étant applicables, devront être
tempérés par un souci de bien être général.
Ainsi, au vu de la complexité du contexte d'émission d'un titre
obligataire municipal, il apparaît que l'évaluation du risque
communal passe par une évaluation non seulement des aspects politiques,
environnementaux, légaux et financiers de la commune, mais aussi un
examen des caractéristiques du projet à financer17(*).
II Problème
général et questions de recherche
Tout travail de recherche est sous-tendu par le besoin de
combler l'écart entre une situation de départ insatisfaisante et
une situation d'arrivée désirable18(*). De ce fait il est important pour cette étude
de permettre aux dirigeants des collectivités locales d'avoir droit
à un peu plus de sécurité dans le cadre de leur gestion.
Cette sécurité fait référence au volume de capitaux
permanents à la disposition de l'exécutif local. Cette
nécessité de sécurité financière repose sur
l'obtention de ressources financières susceptibles d'accroître le
volume de trésorerie disponible et ainsi de faciliter la décision
d'investissement à l'échelle de la municipalité. Il est
donc question ici de s'interroger sur le renforcement des capitaux permanents
de la municipalité de Douala au moyen de l'émission obligataire.
Ceci passe nécessairement par l'étude des déterminants du
succès d'une émission obligataire, en ce sens qu'il importe de
rechercher les voies et moyens de stimulation de la demande d'obligations CUD
dans le but de mener à terme le programme d'émission
sus-cité.
De ce fait la question générale de cette
étude découle donc du problème énoncé,
à savoir :
· Quels sont les facteurs de stimulation de la
demande d'obligations CUD qui permettront de s'assurer du succès du
programme d'émission et donc de garantir une certaine
sécurité à l'exécutif communal ?
Dans le but de mieux répondre à cette
préoccupation, il est important de circonscrire le champ de cette
étude. S'octroyer la tâche de la détermination de tous les
facteurs de stimulation de la demande des obligations CUD peut sembler quelque
peu irréaliste dans le cadre de cette étude uniquement. De ce
fait, Leigland19(*) (1997)
fait état d'un cadre de travail identifiant les principaux facteurs
d'accélération du développement du marché
obligataire à l'échelle municipale dans les pays
émergents. Ledit modèle présente non-seulement les
facteurs de stimulation de l'offre d'obligations municipales mais aussi les
facteurs de stimulation de la demande desdites obligations. Ce modèle
est ensuite repris en partie par Daher (1997)20(*) en ce qui concerne les pays en voie de
développement tels que le Cameroun. De ce fait, il est mentionné
un point essentiel dans ce cadre de travail, il s'agit de la réduction
du risque de défaut et le renforcement de la rentabilité
dégagée par un tel investissement. De cette approche
théorique, il apparaît que la stimulation de la demande
d'obligations CUD est tributaire du niveau de risque lié à ces
obligations et de la rémunération offerte aux souscripteurs.
Les débats théoriques à ce sujet
indiquent que les investisseurs sont attirés par un taux
d'intérêt élevé et un niveau de risque
réduit. Ceci veut donc dire que chacun de ces facteurs permet de
réduire la portée de la faiblesse de l'autre facteur dans le
cadre de la décision d'investissement. Plus le risque est
élevé, plus le taux d'intérêt devra être haut
afin de rémunérer l'investisseur ; moins le risque sera
élevé, plus faible sera le taux étant donné la
faible probabilité de défaut de l'émetteur.
La CUD pour sa part a émis la première tranche
de son programme d'émission avec un taux d'intérêt nominal
d'une valeur de 8.25%, ce qui semble relativement haut en comparaison avec le
taux directeur de la Banque des Etats de l'Afrique Centrale (BEAC) de la
même période qui se situait à 5.75%21(*).
Au vu de cette différence, il devient essentiel de
mener une investigation en ce qui concerne la détermination des facteurs
de succès et d'échec de cette émission obligataire. Pour
ce faire, cette étude s'attèle à répondre aux
questions spécifiques suivantes :
· Quels sont les facteurs de risques
inhérents à l'émission d'obligations de la
CUD ?
· Quel est le niveau de rentabilité
effectif garanti par l'investissement en obligations CUD ?
III Hypothèse de recherche
Il est question dans ce travail de recherche de s'interroger
sur les garanties de remboursement proposées aux investisseurs dans le
cadre de la souscription aux obligations CUD et sur le niveau global de
rentabilité dudit investissement. Les garanties susmentionnées
sont d'ordres juridique et financier. L'hypothèse de recherche
s'atèle donc à fournir une réponse anticipée
à une interrogation en vue d'une vérification future. De ce
fait, l'hypothèse qui sous-tend ce travail peut être
formulée tel qu'il suit :
· La réussite de l'émission
obligataire CUD est plus menacée par la nature du montage juridique que
par ses caractéristiques financières.
IV Objectifs de l'étude
Une fois ces préoccupations clairement
identifiées, il est possible de formuler en des termes clairs les
objectifs que vise cette étude.
L'objectif général est celui de la
détermination des facteurs de succès de l'émission
obligataire CUD vis-à-vis des investisseurs potentiels.
En terme d'objectifs spécifiques nous sommes
intéressés par :
· L'identification et l'analyse des facteurs du
risque de défaut spécifiques à l'obligation
CUD.
· Les déterminants de la
rentabilité desdites obligations.
V Intérêt du sujet
Dans le cadre d'un exercice de recherche
dans le domaine de la finance, il est important pour le jeune chercheur de se
mettre dans la peau du professionnel qu'il envisage de devenir. C'est de cette
quête intellectuelle personnelle que découle
l'intérêt initial de ce travail. En effet, il est important que
cette étude soit le préliminaire à d'autres travaux de
conseil auprès des investisseurs et émetteurs sur le
marché financier naissant du Cameroun. A ce titre, le financier en tant
« qu'acheteur de capitaux et vendeur de titres »22(*) se doit d'optimiser les choix
de politique financière de l'entreprise.
De plus, un tel travail de recherche s'inscrit dans le cadre
d'une clarification conceptuelle des faits saillants de l'actualité
économique et financière. En effet, l'émission obligataire
de la CUD a été réalisée au courant de
l'année 2005, ce qui implique le besoin d'en examiner les contours en
vue d'une présentation à l'ensemble des observateurs et
d'apporter le cas échéant un avis éclairé. Ce
travail est donc une contribution à la diffusion de l'information
financière.
Sur le plan théorique, ce travail de recherche se veut
l'application des principes d'analyse financière prospective en ce sens
qu'étant donnée la jeunesse du marché obligataire
camerounais et particulièrement celle du secteur des émissions
municipales, il est important que des précisions soient apportées
quant au risque spécifique et intrinsèque des entités
émettrices. Le risque est un concept qui, bien que très
développé dans les manuels de finance, nécessite que des
précisions soient apportés quant à sa nature et ses
manifestations suivant les différentes situations où il est
évoqué.
Enfin, sur le plan académique, il est le symbole de la
fin d'un cycle d'études au sein de l'Institut des Relations
Internationales du Cameroun, et à ce titre, il se doit d'être en
conformité avec les standards académiques de cette institution
pour ce qui est de l'option Banque, Monnaie, Finance Internationale.
VI Méthodologie
L'unité d'analyse ici est la Communauté Urbaine
de Douala en tant que collectivité territoriale
décentralisée. Celle-ci, par l'émission obligataire
qu'elle a réalisé se trouve donc au centre des
préoccupations de ce travail de recherche. A cet effet, étant
donné qu'il est question de mener une double investigation concernant
à la fois le risque et la rentabilité des obligations CUD, il est
d'abord question ici d'étudier la CUD dans son architecture
institutionnelle et financière. Cette étude est
complétée par l'étude du titre CUD lui-même en tant
que porteur de risque et de rentabilité.
Un autre volet concerne les investisseurs, de leur
volonté à investir dépend le succès de
l'opération d'emprunt. De ce fait, il est important de mener une
investigation autour de leur motivation à souscrire à l'emprunt
CUD.
Pour que soient effectives toutes ces études, il est
donc important que soient étudiées plusieurs types de
données. Il s'agit tant d'une étude qualitative que
quantitative.
En effet, l'examen du montage juridique de cet emprunt
obligataire relève d'une analyse purement qualitative de ses
caractéristiques. Il est question ici d'analyser la
légalité du montage et les voies de recours offertes aux
souscripteurs de titres.
En ce qui concerne les caractéristiques
financières, il s'agit d'une analyse quantitative d'un ensemble
d'indicateurs numériques dont le niveau permet d'apprécier le
risque relatif à l'emprunt émis.
Ce sont donc principalement des données secondaires
qui font l'objet d'une étude ici dans le but d'apprécier le
niveau de risque et de rentabilité de cet emprunt.
VII Revue de la littérature
La question relative au risque d'une obligation et plus
précisément celui d'une obligation municipale a été
au centre de plusieurs travaux de recherche. Le taux d'intérêt
facial proposé aux investisseurs est à ce moment porteur d'une
prime de risque ayant pour objet la rémunération du risque
encouru par lesdits investisseurs. De plus, plusieurs approches ont
été proposées afin d'apprécier le niveau de risque
propre à chaque émission obligataire.
Pour ce qui est de la couverture du risque de défaut
propre à une émission obligataire, Cochran, Schaffer, Von Der
Heiden et Peterson (1997)23(*), dans une étude sur le marché
obligataire municipal en république sud-africaine, relèvent que
la réussite des émissions durant la période d'apartheid
était due au système de souscription obligatoire en vigueur dans
le pays. Les investisseurs institutionnels étaient obligés
d'investir une partie de leurs fonds dans les émissions des
gouvernements locaux. De plus, ces émissions disposaient de la garantie
implicite du pouvoir central. De ce fait, il est possible d'émettre
l'hypothèse selon laquelle la garantie de l'Etat est un
pré-requis à la réussite d'une émission obligataire
de la part des collectivités locales.
Dans le même ordre d'idée, Noel (2000)24(*) insiste sur la
nécessité de mettre sur pied un marché obligataire
municipal en vue de répondre aux besoins de financement induits par la
rapide urbanisation dans les pays en voie de développement. Mais, ce
développement du marché obligataire municipal est exposé
à un certain nombre de contraintes parmi lesquelles le risque relatif
à l'asymétrie informationnelle qui découle de son
fonctionnement. En effet, la garantie implicite qu'offre l'Etat aux
émissions obligataires municipales est caractéristique d'une
relation d'agence et donc, génératrice d'un
phénomène de hasard moral en ce sens que des autorités
locales capables d'emprunter à volonté sur le marché
financier, mais dont les sources de revenus sont limitées, seront
enclines à contracter des dettes garanties sur les transferts de fonds
octroyés par l'Etat. Une telle situation d'après Noel ne fera
qu'accroître le risque de défaut de l'emprunteur qu'est la
collectivité.
Il semble de ce fait nécessaire de déterminer
des caractéristiques propres aux emprunteurs qui puissent assurer les
investisseurs du remboursement de l'emprunt émis.
A ce sujet, Leigland25(*) identifie un ensemble de caractéristiques
propres au marché obligataire municipal aux Etats-Unis et qu'il faudrait
répliquer pour s'assurer du développement d'un marché
obligataire municipal efficient dans des économies émergentes.
Parmi ces caractéristiques, plusieurs insistent sur le crédit des
émetteurs et donc concernent la réduction du risque de
défaut qui est le leur. Il insiste ainsi sur le niveau de confiance des
investisseurs, la liquidité du marché, la législation
relative aux investissements sur le marché financier, le niveau de
rendement garanti, le crédit des émetteurs, l'information
relative aux risques et l'assistance dans l'interprétation de ces
informations. Cette étude est d'un apport essentiel en ce qui concerne
l'identification des caractéristiques essentielles d'un marché
obligataire dynamique, mais elle pèche par le caractère
générique de ses recommandations.
Freire, Petersen, Huertas et Valadez (2003) apportent des
précisions quant au cadre analytique d'une évaluation du risque
sur le marché obligataire municipal. Ils proposent ainsi une
étude du cadre financier et légal de l'émetteur ainsi que
celui des instruments utilisés afin d'aboutir à une meilleure
approximation de la crédibilité de l'émetteur. Ce besoin
d'évaluer le risque de défaut d'explique par la
nécessité de déterminer la prime de risque des
émissions obligataires municipales. Ladite prime de risque permettra de
procéder à une évaluation du titre financier
lui-même et de ce fait dirigera la décision d'achat ou de vente.
C'est dans cette optique que Serve (2002)26(*) réalise un étude
sur la prime de risque des emprunts obligataires émis par la ville de
Marseille de 1997 à 2000. Dans cette étude, elle s'attarde sur
les taux de rendement des emprunts obligataires municipaux. Ainsi, les travaux
de Hastie (1972) et Rubinfield (1973), Capecci et Liu (1991), Seyyed (1991),
sont tout d'abord évoqués en ce qui concerne l'impact des
variables fiscales et socio-économiques sur la prime de risque. Il en
ressort qu'une fiscalité étendue et un revenu par habitant
élevé sont de nature à réduire la prime de risque.
L'étude de Serve a la particularité d'isoler clairement les
caractéristiques propres à l'émetteur de celles de
l'émission en vue d'une analyse de niveau de risque. Ainsi, la taille de
l'émission, la maturité et les clauses légales et
techniques rattachées à l'émission jouent un rôle
important dans l'évaluation de la prime de risque et donc du niveau de
risque. En ce qui concerne l'émetteur, ses déterminants
financiers, fiscaux et socio-économiques constituent une bonne base pour
l'évaluation de son risque de défaut. A ce propos, plusieurs
méthodes d'appréciation desdites caractéristiques
existent. Elles sont pour la plupart basées sur des ratios. Ainsi, Serve
fait usage des ratios proposés par la Direction Générale
des Collectivités Locales en France. Ces ratios sont d'un grand apport
dans la compréhension du niveau de risque qui est inhérent
à la structure financière et fiscale de l'émetteur, mais
ils sont adaptés à l'environnement socio-politique et fiscal
français.
Pour pallier à cette difficulté, le Partenariat
pour le Développement Municipal (PDM) qui est un organisme chargé
du suivi du processus de décentralisation en Afrique sub-saharienne, a
développé une série de ratios plus adaptés à
l'environnement africain qui est celui de la CUD.
Allant plus en profondeur que Serve, Badu, Daniels et Amagoh
(2002)27(*)
procèdent à une analyse de la pertinence des facteurs autres que
ceux relatifs au marché dans la détermination du coût
réel de l'emprunt pour une collectivité locale. Dans cette
étude, il est question d'étudier les composantes d'une note
attribuée par les agences de notation à divers emprunts afin de
faire ressortir les facteurs les plus significatifs pour la
détermination du coût d'un emprunt. Ainsi, il apparaît qu'au
delà des données purement financières propres à
l'émission, il est important d'étudier les éléments
socio-économiques propres à l'entité émettrice afin
d'obtenir une vision plus globale de son risque de défaut.
Malgré la pertinence des précédentes
études, Dalmaz (1995) insiste sur le fait qu'il subsiste une
différence majeure entre le risque de défaut intrinsèque
individuel des collectivités emprunteuses tel que perçu au moyen
de l'analyse financière traditionnelle et le risque financier
perçu par la communauté des investisseurs et
reflété par la prime de risque. Elle utilise pour cela un
échantillon de 14 émissions obligataires de collectivités
territoriales françaises.
Les précédentes études avaient la
particularité de s'être appuyées sur des
échantillons tirés de régions où le marché
financier est relativement développé, où plusieurs types
d'émissions avaient été lancées, ainsi, il
était possible sur ces marchés de construire une courbe de taux
et d'avoir des emprunts d'Etat supposés sans risque à partir
desquels l'évaluation de la prime de risque pouvait s'effectuer. Etant
donné l'absence de pareils instruments sur le marché camerounais,
il est difficile de procéder à pareille évaluation. De ce
fait, il est du ressort de ce travail de s'appesantir sur le cas unique de la
Communauté Urbaine de Douala qui servira de champ d'application des
modèles ayant fait leur preuve sous d'autres cieux. Cette étude
se veut donc un moyen d'appréciation du risque de défaut dans une
perspective prévisionnelle ceci au moyen d'une approche relevant des
principes d'analyse financière.
VIII Délimitation et plan de l'étude
Tel que précédemment mentionné, cette
étude se cantonne au cas de la CUD ; cette collectivité
locale étant la seule à avoir procédé à une
émission obligataire, toute étude ne peut que se dérouler
à partir de ce cas en vue d'une réplication par les autres
collectivités locales.
L'émission obligataire ayant été
bouclée sur le marché primaire, cette étude ne
s'intéresse pas à son suivi sur le marché secondaire
à cause du non démarrage des cotations à bourse des
valeurs de Douala. Seules les caractéristiques relatives à
l'émission et à la souscription sont donc analysées en vue
de la constitution d'une opinion relative au risque de l'émission
obligataire.
Sur le plan de l'analyse proprement dite, celle-ci se
focalise sur la compréhension des mécanismes d'une
émission obligataire et plus précisément ceux propres
à une émission de la part d'une collectivité locale. En
plus de cela, un examen du risque propre à cette émission est
mené en vue d'une comparaison avec le taux de rendement offert aux
investisseurs. De ce fait, il s'agit ici d'appliquer les principes d'une
analyse du crédit de l'emprunteur et de la qualité du titre en
plus de la détermination de la rentabilité effective de
l'opération.
Il n'est donc point question dans cette étude d'un
examen de l'état du processus de décentralisation au Cameroun,
encore moins d'une étude de la fiscalité locale. Ces deux
domaines servent de support à la conduite de l'étude sans jamais
s'y substituer.
La réalisation d'une telle tâche
nécessite donc que soit d'abord examiné le volet institutionnel
de la question. Il s'agit de comprendre la collectivité locale qu'est la
commune à travers ses états financiers, puis il est
nécessaire de maîtriser le concept d'émission obligataire
municipale.
Une fois cette base acquise, il est possible de
procéder à l'étude proprement dite de cette
émission. Celle-ci passe par la détermination du niveau effectif
de rendement offert aux investisseurs, puis par l'appréciation du risque
contenu dans l'émission.
C'est au terme de ces analyses qu'une conclusion pourra
être formulée en ce qui concerne le renforcement des capitaux
permanents de la CUD au moyen d'une émission obligataire compte tenu de
son risque.
PREMIERE PARTIE
CHAPITRE 1 : La
communauté urbaine de Douala, collectivité territoriale
décentralisée
La naissance des communautés urbaines en 198728(*) et plus
précisément de celle de Douala est une étape d'un
processus enclenché depuis la période coloniale29(*). Ledit processus était
tributaire d'une approche relevant des principes de décentralisation. Il
était question de créer des entités politiques de nature
à renforcer l'action de l'Etat au niveau local. La communauté
urbaine de Douala (CUD) en faisant partie, une étude de ses
opérations, mêmes financières nécessite que l'on
s'attarde tout d'abord sur les fondements de ce processus d'autonomisation afin
de présenter ses implications en ce qui concerne les nouvelles
capacités qu'il octroie aux acteurs institutionnels. Avec de pareilles
précisions, il sera possible de procéder à la
présentation de la CUD en tant que collectivité territoriale
décentralisée à travers ses organes, ses
compétences et ses états financiers.
I Le processus de décentralisation :
nécessité d'efficacité.
Dans un Etat, qu'il soit unitaire ou fédéral, il
subsiste toujours le besoin de résoudre la dialectique entre l'un et le
multiple. Les particularités régionales ne sont pas toujours en
parfait accord avec l'objectif national. De ce fait, la décentralisation
permet de faire respecter à la fois l'unité et
l'indivisibilité nationales et simultanément encourager la
diversité locale30(*).
Les besoins des collectivités locales peuvent donc
être satisfaits au travers des institutions mises sur pied par le
processus de décentralisation. La question qui subsiste est celle
relative au degré d'autonomie dont jouissent ces acteurs locaux dans la
définition et la mise en oeuvre de leurs objectifs. Afin d'analyser
cette question, il est important de savoir de quoi il est question dans un
processus de décentralisation et quelles sont ses implications pour les
acteurs locaux face à la prépondérance de l'Etat.
S'inscrivant dans le cadre de la rationalisation de la gestion
du territoire, la décentralisation se définit comme étant
une technique administrative permettant d'attribuer à des
autorités locales plus ou moins autonomes des pouvoirs de conception, de
décision et d'exécution relativement à certains
problèmes (Kom, 1996)31(*). Cette redistribution des rôles peut
s'effectuer suivant deux principaux critères, soit le critère
spatial, soit le critère fonctionnel.
L'application du critère fonctionnel conduit tel que le
mentionne Finken (1996)32(*) à identifier la décentralisation par
services. Celle-ci répond à des exigences techniques. Il s'agit
ici de confier à une personne morale la gestion de certains services
publics déterminés sur la base d'une spécialisation
technique. Ce type de décentralisation bien que n'étant pas
à omettre ne constitue pas le point focal de cette étude.
Sur la base du critère territorial, l'on aboutit
effectivement à la création de collectivités territoriales
décentralisées (CTD). Au Cameroun, la révision
constitutionnelle de 1996 reconnaît l'existence de la commune et de la
région comme collectivités territoriales
décentralisées.
Ce mode de décentralisation repose sur une base
géographique. Concernant ce critère spatial, Baguenard
(1996)33(*) fait la
distinction entre les agents administratifs dont la compétence
s'étend à toute la collectivité nationale (tels que les
ministres) et ceux dont la compétence ne peut s'exercer qu'à
l'égard d'une partie territorialement délimitée de la
collectivité nationale. Ces derniers agents dont l'exemple le plus
patent pour le cas du Cameroun est l'exécutif municipal, se voient donc
attribués la gestion d'une portion du territoire national. Mais
l'effectivité du transfert de ce pouvoir est sujette à caution.
A cet effet, la mise en place et l'effectivité de la
décentralisation nécessitent que soient remplies trois
principales conditions. Il s'agit de l'existence d'affaires locales, de
l'autonomie des autorités locales vis-à-vis du pouvoir central et
enfin une autonomie de gestion.
I.1 L'existence
d'affaires locales
Selon le Professeur Rivero (1971)34(*), la reconnaissance d'une
catégorie des affaires locales, distinctes des affaires nationales, est
la donnée première de toute décentralisation. Cette
nécessité traduit très bien l'existence de possibles
divergences entre les objectifs nationaux et ceux des collectivités
locales. C'est à ce sujet que Blanc et Rémond (1994) indiquent
que l'existence et la reconnaissance d'affaires locales permettent à
l'exécutif local de mieux assurer la défense des
intérêts locaux.
A ce sujet, au Cameroun, la loi d'orientation de la
décentralisation, loi N°2004/017 du 22 juillet 2004 précise
en ses articles 15 à 28, le processus de transfert des
compétences aux CTD. La matérialisation et la
délimitation de ce transfert de compétences sont
effectuées au moyen de la loi relative aux règles applicables aux
communes35(*). Il est
ainsi précisé que les communes ont des devoirs envers la
population sur le plan du développement économique, du
développement sanitaire et social, et du développement
éducatif, sportif et culturel. L'on pourrait relever à ce niveau
le souci de précision qui a été celui du
législateur camerounais dans la définition des affaires locales.
En effet, contrairement au caractère juridique
généralement imprécis36(*), il a ici été fait une
énumération exhaustive des domaines d'intervention de la
commune.
Au delà de la simple existence des affaires locales,
celles-ci doivent être confiées à un exécutif local
autonome vis-à-vis du pouvoir central.
I.2 L'autonomie des
autorités locales vis-à-vis du pouvoir central
L'héritage colonial du Cameroun dominé par la
culture française a conduit durant les premières décennies
de l'indépendance à renforcer la tutelle administrative sur les
communes. L'Etat était très présent dans le processus de
désignation et de destitution des exécutifs locaux. Elang
Tchounbia (2004) qualifie à ce propos cette tutelle de
tentaculaire37(*). Mais en
fait, les évolutions plus ou moins récentes dans le
système politique camerounais permettent de témoigner d'une
réelle amélioration du degré d'indépendance des
pouvoir locaux.
Cette notion d'indépendance, Baguenard l'exprime
à travers la nécessité pour les organes locaux d'exercer
leurs responsabilités sans craindre à tout moment qu'il soit mis
fin à leurs fonctions temporairement ou définitivement à
la discrétion du pouvoir central.38(*)
Finken (1996) qui traduit ce concept d'indépendance par
le mode de désignation de l'exécutif local démontre
qu'avec l'avènement du multipartisme au Cameroun et donc à
travers le suffrage universel, il est possible de considérer
l'exécutif local comme étant de plus en plus indépendant
des autorités gouvernementales. Ainsi, les élections
multipartites de 1992 sont une étape dans ce processus d'acquisition
d'autonomie de l'exécutif local. Elles ont permis aux exécutifs
locaux de s'affranchir du pouvoir central.
Mais réduire l'indépendance à la seule
condition du mode de désignation serait faire abstraction de l'autre
volet de ce concept ; en effet, le Professeur Waline39(*) distingue la subordination au
pouvoir central pour ce qui concerne l'investiture et la dépendance qui
résulte du pouvoir de révocation. C'est ici qu'il est possible de
différencier la décentralisation de la déconcentration. En
effet, la déconcentration implique une dépendance totale, l'agent
administratif chargé de la collectivité dépend totalement
tant pour sa nomination que pour sa révocation de l'autorité
gouvernementale.
Une étape intermédiaire de
semi-dépendance est celle où l'exécutif local
dépend du pouvoir central soit pour sa nomination, soit alors pour sa
révocation. Enfin, seule une indépendance totale assure une
autonomie fonctionnelle mieux à même d'assurer la plénitude
du pouvoir local.
Pour ce qui est du Cameroun les auteurs s'accordent sur la
rigidité de la tutelle exercée sur les communes. Elang Tchounbia
(2004)40(*) définit
la tutelle comme étant l'ensemble des contrôles exercés par
les représentants de l'Etat sur les personnes et les biens, les organes
et les actes communaux en vue d'assurer le respect de la légalité
républicaine, la sauvegarde de l'intérêt
général contre d'éventuels errements administratifs, en
vue de contrer aussi les excès et les empiètements des pouvoirs
locaux.
Cette tutelle tant administrative que financière ou
politique s'exerce par le truchement de différents représentants
du pouvoir central. Cette tutelle légale de l'Etat sur les CTD
s'opère par l'action du Ministère de l'Administration
Territoriale et de la Décentralisation à travers les gouverneurs,
préfets, sous-préfets et chefs de districts. Elle se
matérialise par divers pouvoirs octroyés à ces
autorités. Il s'agit du contrôle du processus de
désignation, du fonctionnement des organes, des pouvoirs de sanction,
approbation, annulation et substitution.
Tout d'abord, pour ce qui est de la désignation des
exécutifs locaux, il revient au ministre de l'Administration
Territoriale et de la Décentralisation de constater l'élection du
maire et de ses adjoints, il peut en cas d'irrégularités
procéder à l'annulation d'un scrutin, il peut désigner un
conseil intérimaire après cette annulation et même, il a le
droit de déclarer des conseillers municipaux comme
démissionnaires en cas d'incapacité,
d'inéligibilité ou d'incompatibilité prévue par la
loi et déclarée par le préfet. En plus de cela, toujours
pour ce qui est du mode désignation des exécutifs locaux, la
désignation par décret présidentiel des
délégués du gouvernement dans les communes à
régime spécial et dans les communautés urbaines
dénote une fois de plus de la subsidiarité du pouvoir local
vis-à-vis du pouvoir central.
La présence de la tutelle gouvernementale se fait
encore ressentir au niveau du fonctionnement des organes locaux. Le
préfet est en effet très présent dans le processus de
convocation et le déroulement des réunions du conseil municipal,
il lui est en outre octroyé un droit à l'information
vis-à-vis de la majorité des actes de la commune.
En ce qui concerne les sanctions, il est prévu des cas
de suspension du conseil municipal, de révocation des
délégués du gouvernement ou de destitution de conseillers
municipaux.
L'exécution des délibérations du conseil
municipal est soumise à une approbation préalable de la tutelle
avant qu'elle ne soit considérée comme exécutoire. C'est
ainsi que les opérations de la commune sont soumises selon leur
importance à l'approbation préalable soit du Ministre de
l'Administration Territoriale et de la Décentralisation, soit à
celle du Gouverneur ou encore à celle du préfet.
Découlant du précédent, il est possible
pour la tutelle d'annuler des délibérations prises par le conseil
municipal selon que l'autorité gouvernementale juge la décision
conforme ou non à la loi.
Le pouvoir de substitution fait état de la
possibilité qui est offerte aux autorités gouvernementales de
prendre des actes en lieu et place des organes locaux. Il s'agit principalement
de la gestion financière de la commune en ce sens qu'il est possible que
le gouverneur ou le préfet réduise ou supprime (mais ne peut
augmenter) les dépenses au budget de la commune pour cause
d'irrégularités ou d'inopportunité.
Les articles 66 à 77 de la loi d'orientation de la
décentralisation se consacrent uniquement à cette notion de
tutelle sur les communes. C'est dire l'importance que revêt ce sujet pour
le pouvoir central.
La dernière condition à remplir pour assurer
une décentralisation effective fait référence à la
gestion autonome de la collectivité. Il est important que la
collectivité puisse s'auto-administrer.
I.3 Une gestion
autonome
Il est important que la commune, au delà de son
existence juridique puisse assumer avec efficacité les tâches qui
sont les siennes. Baguenard (1996) parle ici d'une autonomie qui se
décline en autonomie fonctionnelle et en la compétence et la
disponibilité des responsables locaux.
Pour ce qui est l'autonomie fonctionnelle, la commune doit
avoir les moyens juridiques, financiers et techniques qui lui permettent de
jouer pleinement son rôle.
Les moyens juridiques lui sont garantis par la loi. Les
évolutions enregistrées en ce qui concerne le statut juridique
des communes sont une preuve de leur relative capacité à
s'auto-gérer. Elles sont définies comme étant des
« personnes morales de droit public jouissant de l'autonomie
administrative et financière pour la gestion des intérêts
locaux. 41(*)»
Il est donc possible dans le cas du Cameroun de supposer l'existence juridique
réelle des communes.
En ce qui concerne l'aspect financier, ce travail de recherche
s'attèle à explorer les voies de renforcement de ces ressources
eu égard aux ouvertures institutionnelles existantes. En effet, dans le
cadre du renforcement de l'autonomie financière des communes au
Cameroun, il leur a été accordé plusieurs avantages. Parmi
ceux-ci, outre les textes relatifs à la fiscalité locale,
l'on pourrait noter la possibilité d'ouverture de comptes bancaires
octroyées aux communes dotées d'un budget de plus de 250 millions
de francs CFA par an. Cet avantage permet ainsi à ces entités
d'échapper à la règle d'unité de trésorerie
qui ralentissait quelque peu le processus de mise à disposition des
ressources financières des communes. L'on pourrait aussi noter le
caractère prévisible que peuvent revêtir certaines recettes
locales telles que les centimes additionnels communaux (CAC) étant
donné les modalités de recouvrement instituées par
l'arrêté N°00349/MINAT/MINEFI du 22 octobre 2001. Ce texte
permet de différencier dès la base les recettes allouées
aux communes de celles de l'Etat. Ce distinguo est de nature à faciliter
l'acquisition de ces ressources.
Malgré ces efforts, il subsiste encore des
écueils sur le chemin de l'autonomie financière des communes.
C'est à ce propos qu'Elang Tchounbia (2004)42(*) insiste sur la
nécessité de la mise sur pied d'une fiscalité
foncière qui sous d'autres cieux s'est avérée être
d'un rendement meilleur que les systèmes actuels.
Les aspects techniques de l'autonomie des communes font
référence à la capacité des communes à
s'octroyer la maîtrise d'ouvrage de leurs projets. Il est
nécessaire qu'au sein des services techniques des communes soient
disponibles non-seulement le matériel permettant de réaliser les
projets, mais aussi les compétences humaines. Par le biais du Fonds
Spécial d'Equipement et d'Intervention Intercommunale (FEICOM),
certaines communes ont pu acquérir un équipement qui leur permet
de réaliser certaines de leurs missions sans avoir à faire
recours à des partenaires extérieurs. Mais l'aspect humain de ces
moyens techniques rejoint le second volet de la notion d'autonomie de
gestion.
Sur le plan humain, l'analyse est double. Elle concerne
à la fois les capacités managériales de l'exécutif
communal que les compétences techniques des collaborateurs. Pour ce qui
est du manager local, celui-ci doit être non seulement disponible, mais
aussi, il doit être informé des techniques de gestion urbaine les
plus avancées et les plus adéquates afin d'insuffler la dynamique
requise à la bonne marche de l'organisation.
Concernant les collaborateurs du maire et de ses adjoints,
ceux-ci doivent être des personnels aguerris de la gestion et des
réalités urbaines. Dans le cas du Cameroun, le Centre de
Formation pour l'Administration municipale assure depuis 1977 la formation et
le recyclage des personnels administratifs et techniques des communes, des
personnels chargés de la tutelle des communes et des personnels
chargés de l'Etat civil. Il peut donc être présumé
de la qualité des personnels communaux, mais il n'est pas possible de
porter un jugement global sur l'ensemble de ces personnels à
l'échelle du Cameroun, seule une étude de ceux exerçant au
sein de notre unité d'analyse nous permettra de juger de leur
contribution effective au processus de décentralisation.
Une fois cette revue des pré requis du processus de
décentralisation dans le cas du Cameroun, il est possible de conclure
à la réalité de la mise en oeuvre du processus. Mais ce
qui importe dans le cadre de cette étude c'est de savoir quelle a
été la contribution de ce processus à l'autonomisation des
communes et donc au renforcement du bien-être de populations à
travers l'acquisition de ressources financières nouvelles. C'est
à ce propos, qu'il est possible de procéder dès maintenant
à une présentation des différentes formes de communes
rencontrées sur le territoire camerounais dans le but de déceler
la spécificité de la CUD.
II La communauté urbaine de Douala,
collectivité territoriale décentralisée.
La précédente section s'est attelée
à montrer en quoi le processus de décentralisation a pour
objectif de renforcer les capacités institutionnelles des acteurs locaux
que sont les communes et les régions. Or, cette évocation de la
notion de commune s'est faite sans que soit précisée les
éléments relatifs à sa nature dans le contexte du
Cameroun. Cette entité est la première et la plus vieille des CTD
camerounaises. Son existence remonte à la période coloniale tant
sous influence française que sous influence britannique43(*). L'on peut ainsi noter la
création dès 1941 des communes mixtes urbaines dans les
agglomérations de Yaoundé et Douala pour ce qui est de la partie
orientale de l'ex-colonie et la naissance dès 1932 des local
councils sur les cendres des local authorities dans la zone
occidentale.
L'environnement communal camerounais depuis cette date a connu
de multiples évolutions, celles-ci ont conduit à la naissance de
communes mixtes rurales, communes de plein et moyen exercice pour enfin aboutir
à l'harmonisation de 197444(*) donnant naissance aux communes urbaines et communes
rurales avec le cas particulier de communes urbaines à régime
spécial. Cette dernière catégorie réservée
aux villes de Yaoundé, Douala, Nkongsamba et Bamenda marque bien le
caractère particulier de ces villes et l'attention que leur porte les
autorités. De cette définition des catégories de communes,
l'on a aboutit à leur multiplication au fil du temps et aujourd'hui le
Cameroun compte 339 communes au total.
L'attention particulière dont il était question
plus haut s'est matérialisée par la création en 1987 des
communautés urbaines et des communes urbaines d'arrondissement. Cette
architecture combinant communes urbaines d'arrondissement (CUA) et
communauté urbaine revêt un intérêt particulier en ce
qui concerne le développement local. En effet, ce montage institutionnel
donne lieu à un partage de responsabilités où la
communauté urbaine se voit octroyée la plus grande partie des
compétences. A cet effet, la loi du 15 juillet 1987 renforcée par
la loi du 22 juillet 2004 fixant les règles applicables aux communes
permettent d'identifier clairement les domaines de compétences de
chacune de ces entités. Ainsi, à la communauté urbaine, il
a été dévolu les compétences suivantes :
· La création, l'entretien, la gestion des espaces
verts, parcs et jardins communautaires ;
· La gestion des lacs et rivières
d'intérêt communautaire ;
· Le suivi et l contrôle de la gestion des
déchets industriels ;
· Le nettoiement des voies et espaces publics
communautaires ;
· La collecte, l'enlèvement et le traitement des
ordures ménagères ;
· La création, l'aménagement, l'entretien,
l'exploitation et la gestion des équipements communautaires en
matière d'assainissement, eaux usées et pluviales ;
· L'élaboration des plans communautaires d'action
pour l'environnement, notamment en matière de lutte contre les nuisances
et les pollutions, de protection des espaces verts ;
· La création, l'entretien et le gestion des
cimetières publics ;
· La gestion de toutes les installations à
caractère sportif d'intérêt communautaire ;
· Les opérations d'aménagement
d'intérêt communautaire ;
· La constitution des réserves foncières
d'intérêt communautaire ;
· La création et la gestion des centres culturels
d'intérêt communautaire ;
· La construction, l'équipement, la gestion,
l'entretien et la maintenance des équipements marchands
d'intérêt communautaire, notamment les marchés, gares
routières et abattoirs ;
· La participation à l'organisation et la gestion
des transports urbains de voyageurs ;
· L'élaboration et l'exécution des plans
communautaires d'investissement ;
· La passation avec l'Etat ou la région de
contrats de plan pour la réalisation d'objectifs de développement
communautaire ;
· La planification urbaine, les plans et schémas
directeurs, les plans d'occupation des sols ou les documents d'urbanisme en
tenant lieu. A cet effet, la communauté urbaine donne son avis sur le
projet de schéma régional d'aménagement du territoire
avant son approbation ;
· La création, l'aménagement, l'entretien,
l'exploitation et la gestion des voiries communautaires primaires et
secondaires, de leurs dépendances et de leurs équipements, y
compris l'éclairage public, la signalisation, l'assainissement pluvial,
les équipements de sécurité et les ouvrages
d'art ;
· La création et l'aménagement d'espaces
publics urbains d'intérêt communautaire ;
· La coordination des réseaux urbains de
distribution d'énergie, d'eau potable, d
télécommunications et tous intervenants sur le domaine public
viaire communautaire ;
· Les plans de circulation et de déplacement
urbains pour l'ensemble du réseau viaire.
Il est mentionné dans la loi que les compétences
de la communauté priment sur celles des CUA. C'est dire combien cette
entité est d'une importance particulière dans le cadre du
processus de développement local.
Douala ayant été érigée en
communauté urbaine, il est du ressort de ce travail de présenter
les caractéristiques fonctionnelles d'une telle institution. Ceci passe
par la présentation des organes de la communauté, de ses
compétences et enfin de sa structure financière.
II.1 Les organes de la communauté urbaine de
Douala.
Créée par le décret 87/1366 du 25
septembre 1987 dans les limites territoriales du département du Wouri
avec pour siège Bonanjo, la CUD est avec Yaoundé l'une des deux
communautés urbaines rencontrées dans l'environnement municipal
du Cameroun. Elle est subdivisée comme le prévoit la loi en
communes urbaines d'arrondissement dont le nombre est de cinq45(*). La présentation de
cette entité autonome tant sur la plan juridique que sur le plan
financier passe par l'étude de ses organes décisionnels. Au
Cameroun, les communes disposent en général de deux types
d'organes :
· Un organe exécutif
· Un organe délibérant.
Pour le cas des communautés urbaines, il s'agit
d'étudier les fonctions du délégué du gouvernement
et du conseil de communauté. L'examen de la loi du 15 juillet 1987 est
à la base de cette étude.
II.1.A Le délégué du
gouvernement : chef de l'exécutif de la communauté
urbaine.
Autant le maire dans les communes rurales et les communes
urbaines46(*) est le chef
de l'exécutif, autant le délégué du gouvernement
auprès de la communauté urbaine conduit au quotidien la marche de
cette dernière. Présenter ce personnage central de la vie de la
communauté urbaine nécessite que l'on précise les
éléments relatifs à sa nomination, ses attributions et sa
destitution. Toutes ces informations sont tirées de l'examen des
articles 17 à26 de la loi du 15 juillet 1987.
En ce qui concerne sa désignation, le
délégué du gouvernement est nommé par décret
présidentiel. Il est le représentant de l'Etat dans la
communauté urbaine. Il est assisté d'adjoints, eux aussi
nommés par arrêté du Président de la
République. L'exercice de la fonction de délégué du
gouvernement auprès d'une communauté urbaine est interdit aux
personnes ayant été élues comme conseiller municipal ou
maire d'une commune urbaine d'arrondissement.
En ce qui concerne les attributions du
délégué du gouvernement, elles sont au nombre de
six47(*) :
· La préparation et l'exécution des
délibérations du conseil de la communauté.
· La préparation et l'exécution du budget
de la communauté ;
· L'organisation et la gestion des services de la
communauté ;
· La gestion des ressources et du patrimoine de la
communauté ;
· La direction des travaux de la communautaires ;
· De la représentation de l'agglomération
dans les cérémonies protocolaires.
En plus de ces principales fonctions, le
délégué du gouvernement est chargé de
représenter la commune dans les actes de la vie civile, il exerce en
plus des pouvoirs de police selon les règles prévues par la loi.
Le délégué du gouvernement peut en outre convoquer des
réunions des conseils municipaux des communes urbaines d'arrondissement
et à cet effet, il peut se faire entendre par lesdits conseils.
En tant qu'ordonnateur du budget de la communauté, il
est chargé de la confection du compte administratif qu'il
présente au conseil de communauté en fin d'exercice pour
approbation.
Pour ce qui est de sa destitution, relevant de
l'autorité du Président de la République, il ne peut
être destitué que par lui.
Cette revue de la nature de la fonction de
délégué du gouvernement ayant été faite, il
est maintenant possible de passer aux caractéristiques de l'organe
délibérant qu'est le conseil de communauté.
II.1.B Le conseil de la communauté,
organe délibérant de la communauté urbaine.
Comme précédemment mentionné, la CUD est
composée de cinq communes urbaines d'arrondissement et d'une commune
rurale, il s'agit :
· De la commune de Douala premier avec pour siège
Bonanjo
· De la commune de Douala deuxième avec pour
siège New-Bell
· De la commune de Douala troisième avec pour
siège Logbaba
· De la commune de Douala quatrième avec pour
siège Bonassama
· De la commune de Douala cinquième avec pour
siège Kotto
· De la commune rurale de Manoka.
Des conseils municipaux de ces communes urbaines
d'arrondissement est issu le conseil de la communauté urbaine de Douala.
Tout comme il était nécessaire d'étudier le cas du
délégué du gouvernement, il semble important de relever
les aspects relatifs à la constitution, aux attributions et à la
destitution du conseil de la communauté urbaine. Les explications y
afférentes sont tirées des articles 13 à16 de la loi du 15
juillet 1987.
En ce qui concerne la constitution de cette instance, le
conseil de la communauté urbaine est composé de conseillers
municipaux des communes urbaines d'arrondissement avec un quota de cinq
conseillers par conseil municipal. De plus, les maires des CUA y sont admis
d'office. Ce conseil est présidé par le
délégué du gouvernement auprès de la
communauté urbaine.
En matière de compétences, le conseil de la
communauté urbaine est chargé :
· Du vote du budget de la communauté ;
· De l'approbation du compte administratif et du compte
de gestion du comptable ;
· Des autorisations spéciales de recettes et de
dépenses ;
· De la création des établissements publics
et des sociétés d'économie mixte d'intérêt
communautaire ;
· De l'adoption de la dénomination des rues et
places publiques ;
· Des avis sur les plans d'urbanisme, les schémas
directeurs d'aménagement et d'urbanisme et les plans de modernisation et
d'équipement ;
· De l'autorisation des acquisitions
d'immeubles ;
· De la fixation des emprunts et l'acceptation des dons
et legs.
Ce dernier élément est d'une importance
particulière dans le cadre de ce travail de recherche ; il permet
d'apporter un élément d'appréciation du cadre juridique
des emprunts de la communauté urbaine.
Enfin, en ce qui concerne la destitution du conseil de la
communauté, elle provient en première instance de la fin du
mandat des conseillers municipaux des CUA. Il est prévu par la loi une
délégation spéciale chargée de remplacer un conseil
municipal ayant été dissous ou suspendu. En plus cette
règle, il est à noter que les instructions relatives à la
tutelle sur les communes confèrent au Président de la
République et au Ministre de l'Administration Territoriale et de la
Décentralisation le droit de destituer des conseils municipaux.48(*)
Une fois ces précisions relatives aux instances
décisionnaires de la communauté urbaine, il est dès lors
possible de passer à la présentation de la structure
financière de la communauté urbaine de Douala.
II.2 La structure financière de la communauté
urbaine de Douala.
Un exposé sur l'emprunt d'une collectivité
territoriale décentralisée ne peut s'effectuer sans que soient
présentés les outils d'analyse. Autant une société
anonyme est requise par le droit comptable OHADA de présenter en fin
d'exercice un bilan, un compte de résultat, un tableau financier des
emplois et ressources et un état annexe, tous certifiés, il est
nécessaire que l'analyste financier qui étudie les conditions
d'investissement dans une obligation émise par une CTD soit averti de la
nature d'un budget communal, du compte administratif et du compte de gestion.
De ce fait, ce paragraphe s'évertue à présenter les
règles d'élaboration de ces états, leurs structures
respectives afin de permettre au lecteur de comprendre la suite du propos qui
est consacrée à l'analyse de ces états.
II.2.A Le budget de
la commune : état financier, juridique et politique
prévisionnel.
Dans le domaine du contrôle de gestion, un budget est
établi premièrement dans une optique prospective. Il
représente la dernière étape de la planification sous la
forme de prévisions sur une durée d'un an49(*). Dans le cadre des finances
publiques, cette optique reste de mise. Il est juste question de recentrer la
question afin de comprendre l'utilité d'un tel instrument dans le cadre
du déroulement des opérations financières d'une
entité publique telle que la commune. La présentation de cet
outil nécessite que nous fassions état du cadre juridique et
technique puis, de la procédure d'élaboration, d'adoption et
d'exécution de ce document et enfin, que nous en fassions une
présentation succincte.
Le cadre juridique et technique
du budget communal.
Le budget est l'acte par lequel sont prévues et
autorisées les recettes et les dépenses des organismes
publics50(*). Tel que le
mentionne Muzellec (2000)51(*), le budget de la collectivité territoriale
décentralisée revêt à la fois une nature juridique,
politique et financière. Son contenu dépend et influence la
marche de la collectivité sur ces trois aspects. A cet effet, il existe
des règles relatives à son élaboration qui se doivent
d'être respectées afin de s'assurer d'une gestion saine de la
commune. Ces règles sont au nombre de six. Il s'agit des règles
d'annualité, d'antériorité, d'universalité,
d'unité, de la spécialité et d'équilibre. Nous nous
appuyons ici sur les écrits de Finken (1996) et Lekene (1987)52(*).
· La règle d'annualité.
Le budget décrit les opérations pour une
durée d'un an allant du 1er janvier au 31 décembre.
L'inscription des opérations budgétaires au Cameroun s'effectue
suivant le système de l'exercice qui s'oppose à celui de la
gestion. Le premier prend en considération le rattachement juridique de
l'opération. Dans le cadre de ce système, les dépenses et
les recettes sont imputées sur l'année à laquelle elles
sont rattachées par le budget même si matériellement ces
recettes ou ces dépenses ne sont ni encaissées, ni
payées53(*).
Le système de la gestion prévoit l'imputation sur l'année
budgétaire courante de toutes les dépenses et les recettes
effectivement payées ou encaissées entre le 1er
janvier et le 31 décembre quel que soit la date de l'acte
créateur de ces opérations.
Le système de l'exercice, à cause des
inconvénients relatifs au retard dans la clôture des comptes qu'il
crée, il a été prévu une période
complémentaire de trois mois pour permettre l'exécution
matérielle de toutes les opérations se rapportant à
l'exercice.
· La règle de
l'universalité.
Il est prévu ici que l'ensemble des ressources de la
commune doit être fondue en une seule masse et que les dépenses
entières y soient imputées. Ainsi, il ne peut y avoir ni
affectation des recettes ou des dépenses, ni contraction. En effet, la
règle subsidiaire de non affectation prévoit qu'aucune
dépense ne soit affectée à une recette précise
étant donnée la distinction entre ces deux blocs. Quant à
elle, la règle de non contraction prévoit qu'il ne peut
être possible de procéder à des compensations entre
recettes et dépenses, seul doit être inscrit le produit brut.
· La règle
d'antériorité.
Le budget est un acte revêtant un caractère
d'autorisation. Cette autorisation provient de la procédure d'adoption
du budget et qui est un préalable à la réalisation d'une
recette ou à l'engagement d'une dépense. Dans le cadre de cette
procédure d'adoption, le budget doit être approuvé par
l'organe délibérant de la commune.
· La règle de la
spécialité.
L'autorisation dont il était question dans la cas de la
règle d'antériorité, n'est pas accordée en bloc
pour tout type de dépenses ou de recettes. Les autorisations sont
accordées tant pour le montant global du budget que pour chaque chapitre
et article budgétaires. Toutefois, il peut être admis des
virements de crédits en cours d'exercice budgétaire. Il s'agit
de la possibilité de transférer tout ou partie d'un crédit
d'un article à un autre article, d'un paragraphe à un autre
paragraphe, ou d'un chapitre à un autre. Cependant, ces virements de
crédits sont soumis à l'approbation du conseil municipal et du
préfet.
· La règle de l'équilibre
budgétaire.
Lors du vote du budget par l'organe délibérant,
ce dernier doit veiller à l'équilibre du budget, c'est à
dire à l'égalité entre le montant des recettes et celui
des dépenses. Cet équilibre doit se vérifier pour chacune
des sections du budget à savoir l'investissement comme le
fonctionnement. L'équilibre du budget doit en plus de cela être
réel, c'est à dire résulter d'une évaluation
sincère des recettes et des dépenses.
· La règle de l'unité.
Cette règle stipule que le document budgétaire
de la commune est établi sous une forme unifiée. Toutes les
dépenses et les recettes prévues et autorisées doivent
figurer dans un seul et même document. Cependant, il existe des
dérogations à cette règle :
· Dans le cas de l'existence d'un contrat soit
d'affermage, de concession ou de régie d'un service public entre la
commune et une autre entité.
· Dans le cas de la réalisation
d'équipements sur plusieurs exercices, il peut être
autorisé l'ouverture de comptes hors budget.
· Dans le cas de l'existence de recettes ou de
dépenses intervenant après le vote du budget, il peut être
délivré des autorisations spéciales qui permettent de
corriger le budget en cas de non-conformité de certaines dispositions
avec la réalité.
Une fois ces règles d'élaboration du budget
précisées, il est possible de passer à la procédure
budgétaire en elle-même.
La procédure
budgétaire à l'échelle des communes.
Acte devant engager tant l'exécutif que l'organe
délibérant de la commune, le budget est au centre d'une
procédure allant de son élaboration à son exécution
en passant par son adoption et son approbation par les instances
compétentes.
· La préparation du budget.
La loi54(*) fait du maire ou du délégué du
gouvernement le responsable de la préparation du budget. Il est
assisté dans cette tâche par les services financiers de la commune
et dans le cas de communautés urbaines par le contrôleur
financier55(*)
auprès de la communauté urbaine. L'élaboration de ce
document repose sur trois phases : la collecte de l'information, les
calculs budgétaires et les choix budgétaires.
Pour ce qui est de la collecte de l'information, il s'agit de
regrouper touts les informations relatives aux recettes et aux dépenses
et pouvant servir de bases au prévisions étant donné que
le budget est un document prévisionnel. Plusieurs techniques de collecte
de l'information existent56(*) en matière budgétaire, mais Finken
(1996) précise que dans le cas du Cameroun, celle qui est utilisé
à l'échelle des communes est la méthode de la
pénultième année. Elle consiste à partir des
données du dernier exercice exécuté pour effectuer les
prévisions budgétaires. A ces données peuvent être
adjoints des correctifs prenant en compte l'évolution de la conjoncture
économique et financière.
En ce qui concerne les calculs budgétaires, ils
concernent l'élaboration d'une ébauche de budget par le
regroupement des précédentes données en chapitre, articles
et paragraphes suivant la nomenclature comptable et budgétaire.
La phase de choix budgétaires est la dernière
étape dans la préparation du budget. Elle consiste à
réaliser l'équilibre budgétaire au travers de choix entre
les différentes opérations. En effet, toutes les
opérations n'ont pas le même niveau d'importance ; à
cet égard, l'on note l'existence de dépenses obligatoires tant
dans le volet fonctionnement que dans le volet investissement. En cas de choix
budgétaires à effectuer, sont privilégiées les
dépenses obligatoires. Sur le plan du fonctionnement, il
s'agit :
Ø Des dépenses de personnel
Ø Des dépenses relatives au fonctionnement des
services municipaux
Ø Des contributions et participations de la commune aux
dépenses d'intérêt social ou économique.
Sur le plan de l'investissement, il s'agit :
Ø De l'acquittement des dettes et le remboursement des
emprunts souscrits par la commune.
Ø Des dépenses d'investissement
Ø Des contributions et participations de la commune aux
dépenses d'intérêt social ou économique.
Il faut tout de même noter avec Finken (1996)
l'imprécision de certaines de ces rubriques.
· Le vote et l'approbation du budget.
Dans le cadre de ses attributions, l'organe
délibérant est chargé du vote et de l'adoption du document
budgétaire présenté par l'exécutif communal. Cette
adoption s'effectue après examen et étude du document par une
commission des finances pouvant être éventuellement
créée au sein du conseil dans le but d'étudier les
questions financières de la commune. Ces séances de
délibérations sont publiques.
Dans le cadre de la tutelle qu'exerce l'Etat sur les CTD, le
document budgétaire une fois adopté par l'organe
délibérant est envoyé au préfet qui le transmet au
gouverneur pour approbation. Des contrôles de fond et de forme sont alors
effectués par le service provincial des communes afin de faire respecter
les règles budgétaires. A cet effet, le gouverneur peut supprimer
ou réduire des dépenses pour cause d'irrégularité
ou d'inopportunité et il peut inscrire des dépenses étant
obligatoires.
· L'exécution du budget.
Une fois le budget adopté et approuvé, il fait
l'objet d'une exécution par l'autorité compétente qu'est
le chef de l'exécutif communal. Cette procédure comporte
différentes étapes d'exécution selon qu'il s'agit des
recettes des dépenses.
Ø L'exécution des
recettes.
Bien que le recouvrement d'une très grande partie des
ressources des communes soit réalisé par le biais de
l'Etat57(*),
l'exécution des recettes par les communes repose sur trois principales
étapes : l'assiette, la liquidation et le recouvrement.
En matière d'assiette, il est question de
déterminer de façon administrative le montant de la
matière imposable imputable à chaque contribuable.
La liquidation consiste en la matérialisation de la
créance de la commune au moyen de l'émission d'un titre de
recettes ou ordre de recettes par le délégué du
gouvernement.
Il incombe au receveur municipal d'assurer le recouvrement des
recettes tout en s'assurant de la régularité des titres de
recettes.
Ø L'exécution des
dépenses.
Elle repose sur quatre principales phases, à
savoir : l'engagement, la liquidation ; le mandatement et le
paiement.
Pour ce qui est de l'engagement, il s'agit de l'acte par
lequel le chef de l'exécutif communal en tant qu'ordonnateur
budgétaire crée ou constate à l'encontre de la commune une
obligation de laquelle résultera une charge. Ces obligations
résultent de contrats, de décision unilatérale ou d'une
réglementation.
La liquidation consiste en la vérification de la
réalité d'une dette et en l'arrêt du montant de la
dépense. Elle est réalisée par le
délégué du gouvernement une fois de plus.
Le mandatement ou ordonnancement permet à l'ordonnateur
de donner l'ordre au receveur de payer une dette liquidée à
travers un mandat de paiement.
Le paiement est une phase comptable qui consiste pour la
commune à se libérer de sa dette soit par bon de caisse pour les
règlements en espèces, soit par avis de virement pour les
paiements par voie bancaire.
Toutes ces précisions relatives à la
préparation, l'adoption, l'approbation et l'exécution du budget
ayant été faites, il est possible de procéder dès
lors, à la présentation du document budgétaire proprement
dit.
II.2.A.1 Le budget de la
commune
Subdivisé en deux parties, l'une consacrée aux
recettes et l'autre aux dépenses, le budget ou document
budgétaire est établi suivant les instructions contenues dans le
décret N°98/266/PM du 21 août 1998 portant approbation du
plan comptable sectoriel communal et adoption de la nomenclature
budgétaire communale. Chacune des parties du budget est quant à
elle divisée en chapitres, articles et paragraphes. Le regroupement de
différents chapitres soit dans le volet fonctionnement ou le volet
équipement et investissement constitue un titre. Cette
présentation du budget procède par la description de chacune des
rubriques que sont les recettes et les dépenses.
· Les recettes
Elles sont classées en deux titres :
Titre 1 : Les recettes de
fonctionnement
Chapitre 7.1- Produits des recettes fiscales et taxes
diverses ;
Chapitre 7.2- Produits d'exploitation du domaine et des
services communaux ;
Chapitre 7.3- Ristournes et redevances consenties par
l'Etat ;
Chapitre 7.4- Produits financiers
Chapitre 7.5- Subventions de fonctionnement
reçues ;
Chapitre 7.6- Transferts reçus ;
Chapitre 7.7- Autres produits et profits divers ;
Chapitre 7.8- Reprises sur amortissements
Titre 2ème : Les recettes
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