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Vers une organisation mondiale pour la reconstruction post-catastrophe ?


par Laetitia Bornes
ENSAPVS - Architecture 2014
  

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7.1.3 LA PRÉVENTION ET LA RECHERCHE

La première action à mener dans la lutte contre les destructions dues aux désastres majeurs se situe en amont de l'événement : il s'agit de la mitigation (atténuation) des risques. Dans le cas des catastrophes naturelles, il est difficile d'agir sur l'occurrence : la prévention consiste donc à réduire la vulnérabilité. Cela se traduit par :

La surveillance : certaines catastrophes sont prévisibles, comme les inondations dues à de fortes précipitations, ou les cyclones, d'autres ne le sont toujours pas. La mise en place de systèmes de surveillance et d'alerte est primordiale dans la prévention des catastrophes prévisibles.

Selon Patrick Coulombel, « Contrairement aux séismes, les inondations sont prévisibles »170(*), pourtant (concernant les inondations à Bab el Oued) « Force est de constater également qu'un système d'alerte, inexistant encore aujourd'hui, aurait permis de sauver de nombreuses vies. [...] bon nombre de pays sont dans la même situation et [...] des milliers et même des dizaines de milliers de vies pourraient être sauvées annuellement, en utilisant tout simplement les moyens techniques élaborés tels que l'imagerie satellite associée à des systèmes d'alerte des populations. »171(*)

Le contrôle de l'urbanisation par des règles d'urbanisme : planification, définition de niveaux de risques par zonage, plans de prévention des risques.

La résistance des édifices et des ouvrages d'art aux sinistres : conception architecturale, réalisation rigoureuse et utilisation de technologies anti sinistres (élaboration de normes).

« Les séismes ne tuent pas. Ce sont les maisons qui font des victimes lorsqu'elles s'effondrent. Si nous construisons des maisons capables de résister aux séismes dans les régions sensibles, les gens auront davantage de chances de survivre si un séisme survient ».172(*)

LES ACTEURS DE LA PRÉVENTION ET LA RECHERCHE

Les acteurs de la prévention et de la recherche sur les risques naturels et autres sont nombreux, publics ou privés, et agissent à différentes échelles. Les entités présentées ci-dessous font partie des principaux acteurs français de la recherche et de la prévention dans le domaine des risques majeurs.

AFPS

L'Association Française du Génie Parasismique (AFPS) est une association (loi 1901) qui se consacre à l'étude des tremblements de terre, leurs conséquences sur le sol, sur les constructions et sur leur environnement, et la recherche et la diffusion de mesures tendant à minimiser ces conséquences et à protéger les vies humaines. Elle se compose de plus de 750 membres dans 26 pays, dont les spécialités sont variées : ingénieurs, géophysiciens, architectes, spécialistes de la gestion de crise, sociologues, etc.

L'AFPS bénéficie du soutien de l'Etat français, et le MEDDE (Ministère de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie) la consulte régulièrement sur la connaissance scientifique des séismes et de leurs conséquences, et sur les moyens de prévention, au travers de l'évolution de la réglementation parasismique.

L'association assure : le partage et la capitalisation des connaissances, leur diffusion au travers notamment de guides techniques, le développement et la diffusion des bonnes pratiques, la formation, la participation à des programmes de recherche, la coopération internationale et le retour d'expérience sur séismes majeurs.173(*)

BRGM

Le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) est le service géologique national français : il s'agit de l'établissement public de référence dans les applications des sciences de la Terre pour gérer les ressources et les risques du sol et du sous-sol.

Ses principaux objectifs sont : l'étude des phénomènes géologiques et des risques associés, le développement de méthodologies et de techniques nouvelles, la production et la diffusion des données pour la gestion du sol, du sous-sol et des ressources, la mise à disposition des outils nécessaires à leurs gestion, à la prévention des risques et des pollutions, aux politiques de réponse au changement climatique. Les missions de ce Bureau sont notamment la recherche, l'appui aux politiques publiques, et la coordination internationale.

IRSN

L'IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) est un établissement public à caractère industriel et commercial français (EPIC), expert en matière de recherche et d'expertise sur les risques nucléaires et radiologiques, fonctionnant sous la tutelle conjointe des ministres chargés de la Défense, de l'Environnement, de l'Industrie, de la Recherche et de la Santé.

CRATERRE

CRAterre, Centre international de la construction en terre, est une association et un laboratoire de recherche de l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Grenoble qui constitue une référence mondiale dans le domaine de l'architecture de terre. Le laboratoire, mène notamment des actions de recherche autour de l'habitat : Habitat économique, habitat éco-responsable, gestion des risques et reconstruction, économie de la production et développement local.

Parmi les trois principales directions de recherche scientifique qu'il suit, on trouve : « Développer en réseau international (scientifique et professionnel) des recherches sur les cultures locales du risque afin de mieux valoriser les ressources patrimoniales et culturelles des territoires pour apporter des réponses situées et économiques (accessibilité) à la reconstruction post-catastrophes naturelles (séismes, inondations, cyclones) ou civiles (conflits) ; développer des méthodes, outils et stratégies permettant de mieux anticiper sur les aléas (prévention) et de mieux gérer la post-urgence en trajectoire de reconstruction et de développement local. »

LE RISQUE SISMIQUE

La construction parasismique est l'étude du comportement des bâtiments et structures sous un chargement dynamique de type sismique et la conception de bâtiments et infrastructures résistant aux tremblements de terre.Il s'agit de comprendre l'interaction entre les bâtiments et le sol, prévoir les conséquences potentielles des séismes et développer des structures résistantes aux séismes, conformément aux normes de construction locales.

Une structure ne doit pas nécessairement être extrêmement résistante : une méthode de construction parasismique très efficace et économique consiste à désolidariser l'édifice du sol sur lequel il repose par isolement bas.

En Europe, l'Eurocode 8 est consacré à la « Conception et dimensionnement des structures pour leur résistance aux séismes174(*)» : il vise à ce que les bâtiments et d'ouvrages de génie civil en zone sismique ne mettent pas en danger les vies humaines, limitent les dommages matériels, et à ce que les structures importantes pour la protection civile restent opérationnelles.

Au Japon, les promoteurs et les architectes utilisent des systèmes toujours plus sophistiqués dans la protection des « IGH » (immeubles de grande hauteur) : vérins, ressorts, rails, cuves d'eau, haubans, boudins en caoutchouc, etc. Le coordinateur de recherches de l'Institut de recherche sur les immeubles (BRI), Mitsumasa Midorikawa explique : « Beaucoup de leçons ont été tirées de la catastrophe imprévisible de Kobe ».175(*) Selon Yoshiki Ikeda, ingénieur de l'entreprise de BTP Kajima, le désastre coïncide avec le développement de nouvelles technologies : « 1995 marque l'entrée dans une nouvelle ère où des techniques permettent de contrôler semi-activement le comportement des constructions ».176(*)

Mais la mise en place de technologies parasismiques telles que l'isolement bas n'est pas le seul moyen de protéger les édifices contre les risques sismiques : la conception architecturale (forme, structure, organisation) et même l'aménagement intérieur des édifices sont d'une importance considérable. Yoshiki Ikeda affirme : « Il est désormais nécessaire de penser simultanément l'architecture et la technologie pour que les effets antisismiques des deux s'additionnent, plutôt que de compenser les faiblesses de la première par la seconde ».177(*)

En France, quatre grands principes de conception sont mis en avant 178(*):

Privilégier les formes simples et compactes : limiter les décrochements en plan ou en élévation, et fractionner les édifices complexes en blocs homogènes reliés par des joints parasismiques continus.

Limiter les effets de torsion : équilibrer la distribution des masses et des raideurs (structure : murs, poteaux, voiles...).

Assurer la reprise des efforts sismiques : garantir le contreventement horizontal et vertical de la structure, superposer les éléments de contreventement et créer des diaphragmes rigides à tous les niveaux.

Appliquer les règles de construction : mise en oeuvre aux normes, suivi de chantier rigoureux.

LE RISQUE INONDATION

La première prévention contre l'inondation concerne l'urbanisme : planification et zonage (SCOT, PLU et carte communale),et traitement de l'espace public(notamment avec l'installation de bassins de collecte et de rétention et la plantation de végétaux consommateurs d'eau).

Le plan de prévention du risque inondation (PPRI) est un document issu de l'autorité publique, destiné à évaluer les zones pouvant subir des inondations et à offrir des propositions techniques, juridiques et humaines pour s'en prévenir. Ce document stratégique cartographique et réglementaire, dont les dispositions sont codifiées dans le code de l'environnement, définit les règles de constructibilité dans les secteurs susceptibles d'être inondés. La délimitation des zones s'appuie sur les crues de référence. Bien que cette directive ne soit pas toujours suivie, chaque commune est tenue d'élaborer un plan de prévention des risques d'inondation depuis 1995.

Cependant, la conception architecturale d'un édifice est également primordiale dans la prévention contre le risque inondation. Trois principales stratégies peuvent être envisagées au niveau du bâti pour prévenir le risque inondation :

Eviter l'inondation : se mettre hors d'atteinte de l'eau (en s'implantant hors zone inondable ou en surélevant l'habitation de telle sorte que le plancher soit au-dessus de la cote de référence).

Résister à l'assaut de l'eau : mise en oeuvre de protections soit collectives (digue, barrière périphérique), soit individuelles (batardeaux, clapets anti-retour sur réseaux d'eaux usées,...). Ces dispositifs permanents ou temporaires de protection ne permettent de protéger les bâtiments que jusqu'à un certain niveau d'agression.

Céder : laisser pénétrer l'eau dans le bâtiment et limiter les dommages par anticipation. Cette stratégie est recommandée pourles pièces enterrées des bâtiments courants :le faitde laisser une cave se remplir permet d'assurer l'équilibre des pressions d'eau de partet d'autre des murs enterrés, ce qui limite lerisque d'effondrement.

céder

éviter

résister

Figure 44 : Les trois stratégies de prévention contre le risque inondation179(*)

De plus, l'Union Régionale des CAUE (Conseils d'Architecture, d'Urbanisme et de l'Environnement) donne des prescriptions pour les constructions en zone inondable qui concernent aussi bien les choix d'implantation, constructifs et matériaux 180(*):

choisir la meilleure implantation du bâti sur la parcelle,

bannir les constructions sur remblai,

privilégier une construction sur pilotis ou prévoir un vide sanitaire important,

prévoir une zone refuge, facile d'accès, dont la hauteur est située au-dessus de la cote « plancher » fixée par le PPRI (Plan de Prévention du Risque Inondation),

envisager des possibilités d'évacuation (balcon, ouverture, toiture...),

veiller à l'accessibilité de la zone de stationnement,

éviter les clôtures qui peuvent retenir l'eau,

prévoir un clapet anti-retour aux sorties des évacuations d'eaux usées,

privilégier une structure susceptible de sécher rapidement,

éviter les cloisons légères,

remplacer les sols collés (moquettes, parquets, plastique..) par du carrelage,

surélever les coffrets électriques, installer des dispositifs de sécurité des personnes (disjoncteurs différentiels) et installer les prises à un niveau situé au-dessus du niveau des plus hautes eaux,

installer les équipements sensibles (chaudières, appareils ménagers) dans des zones moins vulnérables.

En ce qui concerne l'existant, le MEDDE (Ministère de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie) a développé et mis à jour en août 2012 un document guide : le référentiel de travaux de prévention de l'inondation dans l'habitat existant.

« Ségolène Royal a lancé le 10 juillet la stratégie nationale de gestion des risques d'inondation pour mieux anticiper et s'organiser en amont des aléas. Les objectifs poursuivis par cette politique impliquent directement ou indirectement les secteurs de la construction et de l'aménagement du territoire. Un concours international d'architecture devrait notamment être lancé prochainement. »181(*)

« Le Fonds de Prévention des Risques Naturels Majeurs (fonds Barnier) sera désormais mieux ciblé vers les communes qui font des efforts en prenant des mesures de prévention : pose de repères de crues, élaboration des plans communaux de sauvegarde, réalisation d'exercices réguliers par les maires. »182(*)

LE RISQUE CYCLONIQUE

Une construction paracyclonique est un bâtiment conçu pour résister au mieux aux effets directs imposés par un cyclone tropical : les rafales de vent, la pluie diluvienne, les inondations, les débris transportés par le vent ou les rivières, les glissements de terrain, l'onde de tempête près des côtes... Elles ne résistent pas à tous ces phénomènes (l'accent est surtout mis sur la protection aux effets du vent, aux débris aériens, et à la pluie), mais garantissent un niveau de solidité suffisant pour assurer la survie des populations affectées et, dans une moindre mesure, préserver les biens et les équipements vitaux.

Il n'existe pas de norme unique synthétisant toutes les spécificités des constructions anticycloniques. En général, les normes définissent une échelle des niveaux de sollicitation ou de résistance, avec éventuellement des préconisations sur le choix du niveau en fonction de l'exposition, définie par une carte des vents.

La protection aux effets du vent (efforts de soulèvement et horizontaux) se réalise par lestage ou ancrage et par contreventement :

Couverture : resserrement des espaces entre pannes et chevrons, augmentation des fixations ;

Façade et menuiserie : montants et vitrages plus épais ;

Contreventement : murs de refend répartis régulièrement sur chaque façade ;

Soulèvement : lestage des poteaux, ancrage de la structure de la toiture dans celle du bâtiment ;

Prise au vent : éviter les grands débords de toiture, à moins de les lester.

La protection contre les impacts de débris aériens cible :

Les murs extérieurs : réalisation en matériau assez solide, des maçonneries ou des planches en bois ;

Les vitrages des menuiseries : protection par des volets ou utilisation de vitres feuilletées ;

La végétation : absence d'arbre susceptible d'être arraché à proximité des bâtiments.

La protection à l'eau de pluie, qui peut être projetée à grande vitesse sur des trajectoires horizontales ou même ascendantes impose une grande étanchéité du bâtiment :

Utilisation de matériaux peu sensibles à l'eau ;

Imperméabilisation des couvertures et façades ;

Limitation des passages potentiels d'eau (recouvrements) ;

Récupération de l'eau infiltrée et évacuation.

LES FORMATIONS LIÉES AUX RISQUES EN ARCHITECTURE

Certaines écoles d'architecture françaises dispensent une formation parasismique dans le programme du cursus initial. Le degré d'approfondissement et les thèmes abordéssont très variables d'une école à l'autre. De plus, l'absence d'application en « projet » ne permet pas de réelles mises en pratique et mise en mémoire.

Deux écoles proposent une formation post-diplôme spécialisée : ENSA-Marseille (DPEA183(*) « Construction parasismique », formation d'un an) et ENSA-Paris-Belleville (DSA184(*) « Architecture et risques majeurs », formation de deux ans).

L'École Spéciale des Travaux Publics et du Bâtiment (ESTP), en partenariat avec la Fondation Architectes de l'Urgence, propose un mastère spécialisé : « Urgentiste Bâtiment et Infrastructures » (UBI).

* 170Source : COULOMBEL Patrick (2007), Architectes de l'urgence, L'Harmattan, Paris, p.76

* 171 Source : COULOMBEL Patrick (2007), Architectes de l'urgence, L'Harmattan, Paris, p.61

* 172Source : Stop disasters, un jeu de simulation créé par l'ISDR (International Strategy for Disaster Reduction), dépendant de l'ONU

* 173Source : afps-seisme.org

* 174Source : Eurocode 8, www.eurocodes.fr

* 175Source : www.batiactu.com

* 176idem

* 177idem

* 178Source : Stéphane Miget, Appliquer les nouvelles règles parasismiques, Article du Moniteur, Solutions techniques,29/04/2011

* 179Source : http://www.developpement-durable.gouv.fr

* 180Source : http://www.urcaue-idf.archi.fr

* 181Source : Olivier Baumann, Inondations: la nouvelle stratégie nationale s'appuie sur les architectes et le BTP, Article du Moniteur, 11/07/2014

* 182idem

* 183 Diplôme Propre Ecole d'Architecture

* 184 Diplôme de Spécialisation et d'Approfondissement en Architecture

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