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Vers une organisation mondiale pour la reconstruction post-catastrophe ?


par Laetitia Bornes
ENSAPVS - Architecture 2014
  

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10.2.2 LA RECONSTRUCTION « PHYSIQUE »

La reconstruction « physique », i.e. le relogement d'urgence et la reconstruction ou réhabilitation des édifices et ouvrages d'art, s'est par ailleurs confrontée à des difficultés spécifiques. C'est l'un des aspects les plus critiqués et les plus commentés de la reconstruction post-séisme d'Haïti. Le relogement des personnes déplacées, en particulier, est sans doute le plus « gros échec » de la reconstruction.

CHRONOLOGIE DES ÉVÉNEMENTS

JANVIER 2010 |

Le séisme cause la destruction de 105 369 habitations et l'endommagement de 208 164 autres289(*) et on évalue le nombre de sans-abris entre 1,5 millions et 1,7 millions (selon les différentes sources).

MARS 2010 |

On estime que plus de 40 000 personnes sont menacées par les glissements de terrain et les inondations.

AVRIL 2010 |

Création de la CIRH (Commission intérimaire pour la reconstruction d'Haïti).

Création du CampCorail-Cesselesse.

JUILLET 2010 |

Le président Préval annonce que la phase d'urgence est terminée et que la phase de reconstruction commence.

7 000 abris provisoires en bois ont été livrés, et seuls 40% des bâtiments scolaires endommagés ont été déblayés.

DECEMBRE 2010 |

Seulement 5% des décombres sont dégagés, la reconstruction commence à peine.

Plus de 800 000 Haïtiens vivent toujours dans des camps humanitaires ou des campements de fortune.

 

44 000 personnes ont été expulsées de camps en mars 2011 et 166 000 sont alors menacées de l'être290(*).

MARS 2011 |

Plus de 680 000 personnes s'abritent toujours dans des camps de tentes.

JUILLET 2011 |

Lancement de l'Expo-Habitat du « projet Zorange », financé par la BID.

SEPTEMBRE 2011 |

Mise en place du « projet 16/6 » sur initiative du gouvernement haïtien : Réhabilitation de seize quartiers et retour volontaire des familles des six camps associés, afin d'améliorer les conditions de vie à travers la participation communautaire.

Mise en place du « Programme d'appui à la reconstruction du logement et des quartiers » du système des Nations Unies.

OCTOBRE 2011 |

Environ 40% des décombres ont été évacués.

FEVRIER 2012 |

Près de 500 000 personnes vivent toujours dans des camps291(*). Environ 100 000 abris temporaires ont été mis en place.

JANVIER 2013 |

Près de 358 000 personnes vivent toujours dans 496 campements de tentes, et les bidonvilles sont repartis à l'assaut des collines.

D'après la FIDH, 20 % des réfugiés sont menacés d'expulsion par les propriétaires privés des terrains, parfois soutenus par les autorités municipales. Depuis juillet 2010, 65 000 personnes auraient déjà été expulsées des camps par la force.

MARS 2013 |

Plus de 113 000 abris transitoires construits, environ 8 500 abris transitoires améliorés, quasiment 20 000 logements réhabilités et mis aux normes, et plus de 7 000 logements reconstruits.

OCTOBRE 2013 |

Environ 172 000 personnes déplacées, soit 45 000 ménages, vivent toujours dans 306 sites et camps en Haïti.

Lancement de la Politique Nationale du Logement et de l'Habitat (PNLH) : cadre de référence de tous les acteurs intervenant dans le secteur du logement et de l'habitat en Haïti.

JANVIER 2014 |

La majorité des décombres a été débarrassée. Environ 1,35 million de personnes (soit environ 89% des réfugiés) ont quitté les camps de déplacés, mais 145 000 personnes, soit 29 000 familles, vivent toujours dans 306 sites.

77 564 de ces personnes, soit 20 671 familles, sont menacées d'expulsions forcées. Des organisations non gouvernementales affirment que les conditions de vie dans certains de ces camps sont tout à fait insalubres et se détériorent.

« Neuf ménages sur dix ayant séjourné dans un camp n'ont toujours pas encore trouvé un logement adéquat. Seulement 2% des ménages dont le logement a été fortement endommagé ont reçu une aide au déblaiement, et 7% une aide à la reconstruction. L'aide institutionnelle a largement ignoré la population en dehors de l'agglomération de Port-au-Prince, alors qu'un peu plus de six ménages sinistrés sur dix se trouvaient hors de la capitale ».292(*)

Figure 65 : Evolution du nombre de camps, de ménages, et de déplacés 2010-2014293(*)

ORGANISATION DE L'AIDE

Les acteurs internationaux dépêchés sur Haïti pour répondre à l'urgence se sont organisés autour de cinq « clusters », i.e. thématiques clés, par le biais de l'IASC (Inter-Agency Standing Committee). Mais de nombreuses contraintes et incidents ne leur ont pas permis, dans un premier temps, d'installer unleadership humanitaire fort.Ainsi, lerelogement d'urgence ad'abord été pris en charge par les forces militaires, et les ONG, sans organisation, coordination, et cohérence globale. C'est dans ces conditions que le camp Corail a été mis en place.

LE « SHELTER CLUSTER »

Le « CCCM Cluster », i.e. le « Groupe Sectoriel Coordination et Gestion des Camps », créé en janvier 2010, devient en septembre 2011 le « Shelter & CCCM Cluster », i.e.le « Groupe Sectoriel Abris d'Urgence, Biens Non-Alimentaires et Coordination et Gestion des Camps ».

L'agence de file du « Groupe Sectoriel Abris d'Urgence, Biens Non-Alimentaires » est la Fédération Internationale de la Croix Rouge, et l'agence de file du « CCCM Cluster », puis du « Shelter & CCCM Cluster » est l'OIM (Organisation Internationale pour les Migrations).

Les organisations membres du cluster sont : ACTED, ACDI, Action Aid, AECID, America Continental 2000, American Friends Service committee, American Red Cross, APRODEMI, ARC, Architectes de l'Urgence, Architecture for Humanity, AVSI, British Red Cross, CARE, Caricom, Cartias Autriche, Caritas Allemagne, CHF International, Christian Aid, Concern Worldwide, CordAid, Croix-Rouge Canadienne, Croix-Rouge Espagnole, Croix-Rouge Française, Croix-Rouge Suisse, CRS, Diakonie, DPC, Fada Haiti, FICR, GOAL, Good Neighbors, Habitat For Humanity, Handicap International, HAP, Haven, HelpAge, HELP-EV, IDEA Relief, OIM, Islamic Relief, Medair, MdM, MINUSTAH, OCHA, PADF, PAHO, Première Urgence, SASH, Shelter Box, Tearfund, UCLBP, UJDHRD, UMCORE, UTPMP, PNUD, UNICEF, UNOPS, USHAHIDI, Viva Rio, WHH, World Concern, World Service of Mercy, WVI.

En dehors de quelques exceptions (Architectes de l'Urgence, Architecture for Humanity...), il s'agit principalement d'ONG, d'agences de l'ONU et d'organismes internationaux généralistes, ou spécialisés dans des thématiques autres que l'habitat (santé, enfance, etc.). On note que l'agence UN Habitat ne fait pas partie du cluster.

Ce cluster s'occupe de la gestion des personnes déplacées (IDP) : gestion des camps et livraison de shelters (abris d'urgence) et relogement.

LACIRH

La CIRH est créée par arrêté présidentiel le 21 avril 2010 suite au séisme de janvier 2010. La CIRH procédait à l'examen des projets et programmes financés par les bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux, les ONG et le secteur privé.

Priscilla Phelps, la responsable du secteur « logement » au CIRH, est spécialisée en finances municipales et logements abordables. Dans le documentaire de Raoul Peck, elle condamne le camp Corail : elle espère un « mea culpa » de la communauté internationale, mais selon elle, « le mal est fait ».

Le mandat de la CIRH, d'une durée de 18 mois, prend fin le 21 octobre 2011. Un an après, une nouvelle institution est créée sous le nom de Cadre de Coordination de l'aide externe au Développement (CAED) : ce nouveau mécanisme officiellement présenté le lundi 26 novembre 2012 est intégré au Ministère de planification et de la Coopération externe (MPCE).

Figure 66 : Abris et subventions - données annuelles294(*)

Jusqu'en 2011, la réponse de la communauté internationale et du gouvernement haïtiens aux problématiques de relogement s'est présentée comme un ensemble de projets divers et variés, impliquant un certains nombres d'interventions éparses, et répondant à l'urgence.

« La critique adressée aux ONG par certains experts est d'avoir axé l'aide sur la construction d'abris temporaires, qui ont engouffré la majeure partie des fonds versés au pays pour sa reconstruction (80% jusqu'en mai 2012). Or, ces associations agissaient dans l'urgence, pour sauver les plus démunis. Elles se sont à présent engagées à promouvoir la construction de bâtiments permanents ».295(*)

Au cours de l'année 2011, on assiste au développement de nouveaux projets et nouvelles d'initiatives, que l'on peut regrouper sous deux catégories :

Les initiatives de reconstruction propre : le projet d'appui à la reconstruction du logement et des quartiers (UN Habitat), le projet Zorange (BID), le projet Morne à Cabri, Delmas 32, Carrefour-Feuilles, le projet de réhabilitation « 16/6 »...

Les élaborations de plans de reconstruction de la zone métropolitaine de Port-au-Prince.

Le projet d'appui à la reconstruction du logement et des quartiers, en plus de ses objectifs de reconstruction, se positionne comme un nouveau coordonnateur, afin d'accompagner le gouvernement haïtien dans une politique globale de reconstruction et de relogement cohérente.

Certains projets concernant la reconstruction durable donnent de l'espoir par leur succès, d'autres se présentent comme de nouveaux « échecs ».

Les points suivants s'efforcent de pointer et de comprendre les principales difficultés rencontrées dans la reconstruction globale, de l'hébergement d'urgence à la reconstruction durable :

L'urbanisme et l'urgence

Le relogement provisoire

La reconstruction durable

L'URBANISME ET L'URGENCE

Les deux concepts d'urbanisme et d'urgence peuvent sembler contradictoires. En effet, l'urbanisme implique analyse, planification sur le long terme, prise de recul, réajustements, etc. : autant de notions qui semblent perdre leur sens dans les contraintes pragmatiques de l'urgence. Pourtant, l'exemple de la reconstruction d'Haïti démontre l'intérêt et même le caractère indispensable des réflexions urbanistiques dans l'élaboration d'une stratégie globale de réponse à une catastrophe, et ce dès la phase d'urgence.

François Grünewald insiste sur l'importance de l'urbanisme dans la stratégie globale de relèvement : « Plus grave, la mise en place des mécanismes de coordination clusters n'a pas pris en compte les enjeux particuliers du contexte urbain. Dans un contexte de désastre urbain majeur, où les enjeux de synergie entre secteurs sont essentiels et au coeur de l'action intégrée des services municipaux, il aurait fallu que l'ensemble de la stratégie soit coordonné par des spécialistes des questions urbaines qui puissent influencer avec force la stratégie de chacun des secteurs. Hélas, au contraire, chaque cluster a fonctionné en total indépendance et les réunions inter-cluster étaient tout sauf stratégiques. »296(*)

LES CAMPS INFORMELS

Suite à la destruction massive de logements, plus d'un millier de campements de survie précaire se sontformés spontanément, par auto-installations, dans laville de Port-au-Prince et sur l'ensemble des zones urbanisées du littoral haïtien sud-ouest. Ces campements de survie ont envahi tous espaces libres publics ou privés (rues, places, terre-pleind'avenues, jardins publics, terrains privés, zonesinconstructibles pentues côté montagne ou zones de détritus côté mer).

Leur existence, inévitable, pose la question de leur durée. Les conditions de vie y sont précaires, et la reconstruction est impossible sur les zones occupées. Cependant, leur localisation à proximité ou au coeur de zones urbanisées permet l'accès aux services encore présents dans ces zones.Les camps situés sur des espaces publics symboliques, tel que le palais présidentiel, sont les plus visibles, et permettent d'attirer l'attention des médias. Les habitants savent qu'ils devront quitter les lieux et ne s'installent donc pas définitivement. En revanche, les grands camps situés en périphérie de la ville sont de réels enjeux de la lutte contre la « bidonvilisation ».

Il est donc nécessaire d'établir une stratégie « d'urbanisme d'urgence », afin de contrôler la création et la localisation de ces camps, d'en améliorer les conditions, d'en limiter la durée par la proposition rapide d'alternatives, et de rendre possible la reconstruction dans des conditions optimales.

LE CAMP CORAIL

« Les réponses humanitaires, comme logiques autonomes non contextuelles, peuvent participer malgré elles à l'amplification des problèmes comme ici des mécanismes de pression d'une urbanisation non contrôlée. »297(*)

Le camp Corail-Cesselesse est créé le 10 avril 2010 pour déplacer des sinistrés qui s'étaient installés spontanément dans le camp de Pétion ville, un bassin versant, particulièrement vulnérable aux inondations. Ce camp est installé sur un vasteterrain désertique« disponible » de 25.000 hectares, à 18km au nord de la ville de Port-au-Prince, afin d'accueillir environ 7000 personnes déplacées.

Le choix de ce camp « officiel » permet à la population « volontaire » d'être moins exposée aux risques d'inondations, mais révèle rapidement de nombreux défauts :

les occupants sont déracinés,

le site est extrêmement exposé au vent et au soleil(aucune ombre),

il est situé très loin du lieu de travail ou de potentiel travail (Port-au-Prince) de la plupart des résidents,

la configuration de style militaire, est pratique mais très rigoureuse,

son manque d'infrastructures et de réseaux (eau, assainissement, voirie, électricité) entraîne la dépendance à l'égard des services des ONG,

les abris transitoires qui y seront construits sont inadéquats (cf. point « Relogement provisoire »),

il est créé sans réelle stratégie de développement futur.

Corail

Figure 67 : Localisation du camp Corail298(*)

Philippe Mathieu, directeur de l'Oxfam Québec déplore dans le documentaire Assistance Mortelle :« il n'y a pas de route, pas d'accès », « on est en train de créer, dans un terrain où l'on pourrait faire un exemple, le plus grand bidonville de Port-au-Prince ». Pour lui, le camp, dans l'urgence, s'est créé sans planification, sans « aucun plan pour dire : voilà les rues, voilà le terrain, voilà une titre de propriété ».299(*)

Selon Richard Pool, « L'ARC n'a pas été consulté lors de la planification du Camp Corail [...]relocaliser des camps loin de Port-au-Prince, où les perspectives économiques sont à peu près nulles, était une erreur ... Sans base économique, le plan était voué à l'échec. »300(*)

De plus, le 29 juillet 2010, l'Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) émet un rapport déclarant que la zone du camp Corail est « propice aux inondations et aux rafales. Comme signalé plus tôt, elle est régulièrement inondée, au moins une fois par année. » Le document conclut : « comme les inondations y sont fréquentes et intenses, le site ne devrait pas servir au transfert et à la réinstallation » des déplacés internes.301(*)

L'ancien premier ministre redoute l'inéluctable futur démantèlement du camp, car le gouvernement ne dispose pas de financements pour proposer une meilleure alternative aux habitants. Les réfugiés se sont installés dans ce camp « officiel » dans l'espoir de devenir propriétaires et, Raymond Lafontan, économiste conseiller du Président, souligne « après ce 12 janvier, qui peut chasser un haïtien qui dit que cette partie de terre de l'Etat lui appartient ? »302(*)

La création du camp Corail a résoluun problème tout en en provoquant un autre. Rapidement, le camp, qui était destiné à une population de 7000 habitants, attire dans ses environs plus de 200 000 personnes, qui s'installent en créant de nouveaux bidonvilles informels :« Un véritable appel d'air s'est produit pour de nombreuses familles, sinistrées ou pas, qui se sont installées au fur et à mesure tout autour de ce camp squattant les terrains environnants. Cette attraction ne s'est pas seulement opérée en faveur de ressortissants des quartiers affectés de Port-au-Prince, mais de très nombreuses familles de régions très pauvres. Ainsi le processus d'assistance à une population par la création d'un camp d'hébergement, facilitant les distributions pour les acteurs de l'aide, a provoqué un phénomène d'urbanisation spontané illégal. »303(*)

Canaan

Jerusalem

Onaville

Secteur 4

Secteur 3

Figure 68 : Camp officiel Corail et camps informels Canaan, Jerusalem et Onaville304(*)

Brian Castro, gestionnaire du site CORAIL pour l'ONG ARC, explique que les secteurs 3 et 4 devaient être un espace de transition vers les secteurs 1 et 2, regroupant les abris provisoires finis. Mais les secteurs 1 et 2 ont été envahis, ce qui rend les transferts très compliqués.

Progressivement, et comme redouté, avec notamment la construction d'abris de transition, le camp Corail et ses alentours se rigidifient, s'éternisent, et finissent par être considérés comme définitifs : le « provisoire » est devenu « durable ». En effet, en 2014, « Le gouvernement a obtenu de l'Organisation internationale pour les migrations de ne plus comptabiliser parmi les résidents des camps 54 000 personnes des camps de Canaan, Jérusalem et Onaville, arguant que « la zone est devenue un quartier où les gens ont l'intention de rester ». Dans la capitale, près d'une personne sur dix réside encore dans un camp. De ce fait, le logement doit être l'une des priorités des actions de reconstruction, afin d'inverser la tendance réelle à la « bidonvilisation » des camps des déplacés, qui engendre des carences sévères et rend la population encore plus vulnérable à l'épidémie de choléra qui sévit actuellement. »305(*)

Trois ans après la création du camp, Frandcise Levoy, infirmière qui travaille dans un centre de santé qui dessert aussi les habitants des camps informels alentours, affirme que le problème majeur reste l'approvisionnement en eau : « Depuis le départ gradué des organisations non gouvernementales (ONG) en 2011, il faut parcourir des kilomètres pour aller chercher de l'eau ou payer 5 gourdes le seau à la citerne »306(*).

Figure 69 : Camp Jerusalem et Onaville

Figure 70 : Camp Corail - Emergency Shelters307(*)

Figure 71 : Le camp Corail trois ans après308(*)

En revanche, selon un article de MINUSTAH, « contre toute attente, l'activité économique s'y est peu à peu développée. L'allée centrale est bordée de boutiques colorées, quincailleries, salons de beauté ou points de recharge téléphonique. A l'entrée du site, un marché permet aux paysans du coin d'écouler leurs produits. »309(*) L'école nationale accueille plus de 1000 élèves (pour 10 000 habitants environ dans le camp Corail).

Puisque la situation semble se pérenniser, il s'agit maintenant d'apporter infrastructures et réseaux à cette zone esseulée.

L'URBANISME PRÉ-CATASTROPHE

La complexité de la reconstruction réside en partie dans l'absence de contrôle de l'urbanisation en Haïti avant la catastrophe. Les instabilités gouvernementales et les nombreuses difficultés passées qu'a rencontré le pays ont placé l'urbanisme comme une problématique « secondaire ». Le manque de continuité dans les politiques successives a engendré l'absence de véritable cadre légal. Ainsi, deux problèmes majeurs ont entravé la reconstruction : l'absence d'infrastructure des droits fonciers (cadastre), et la forte densité de la ville de Port-au-Prince, y compris sur des zones à hauts risques (qui auraient dû être non constructibles).

En raison de l'exode rural, ce territoire a connu ces dernières décennies des processus exponentiels de densification et d'étalement du bâti. Sans investissements financiers et politique, ni aménagement urbain, ces densifications et étalements ont envahi des zones à risques et ont produit principalement des taudis et des bidonvilles.Mososah, le mouvement de solidarité avec les sans-abri d'Haïti, estime qu'il manquait déjà plus de 200 000 logements avant le tremblement de terre.310(*)

Philippe Lévêque, directeur de CARE France explique : « Le contexte haïtien est compliqué. Les cadastres inexistants ou manquants sont un sérieux problème. Plusieurs familles peuvent disposer d'un titre de propriété pour une même maison. Les ONG et les autorités ont très souvent du mal à s'y retrouver ».311(*)

Selon Béatrice BOYER, « Les situations foncières - la plupart du temps inextricables - non seulement bloquent tout développement rationnel mais créent des zones urbaines extrêmement vulnérables. »312(*) En effet, « si les reconstructions ou réparations sur place peuvent s'amorcer pour le retour de propriétaires de terrains bien identifiés, les situations sont beaucoup plus compliquées pour reloger des locataires qui n'ont pas de terrain en propre ou pour les habitants de zones illégales ou à risque. »313(*)

Le projet « Foncier Haïti: Modernisation du cadastre et de l'infrastructure des droits fonciers » est une initiative commune du gouvernement haïtien et de l'OEA (Organisation des États Américains). Cette opération, qui était déjà à l'étude avant le séisme (octobre 2009) est primordiale : « La modernisation de l'infrastructure du cadastre et des droits fonciers en Haïti est probablement l'investissement qui offre le taux de rendement le plus élevé étant donné ses effets transversaux positifs sur tous les aspects du développement socio-économique. »Il est difficile de prévoir le nombre de propriétés qui devront être cadastrées et inscrites, mais l'expérience du Programme d'universalisation de l'identité et de la citoyenneté dans les Amériques (PUICA) mené en Haïti permet d'espérer la mise en oeuvre du projet en sept ans environ.

En attendant, plusieurs petits projets d'urbanisme « participatif » ont prouvé leur efficacité (cf. point « Reconstruction durable »).

LE RELOGEMENT PROVISOIRE

Selon Ian Davis, professeur en gestion des risques liés aux catastrophes pour le développement durable à l'université de Lund (Suède), « l'histoire de la reconstruction post-catastrophe est une galerie riche en échecs et pauvre en réussites »314(*). Il décrit deux scénarii envisageables dans continuum hébergement / logement dans la reconstruction, représentés dans la Figure 72.

Figure 72 : Scénarii de continuum hébergement / logement dans la reconstruction315(*)

LE CHOIX DES ABRIS TRANSITOIRES

Le choix s'est porté en Haïti sur le scénario 1, avec la construction de 110 000 abris « transitoires ». En effet, le Groupe Sectoriel de l'ONU « Abris et Articles non Alimentaires » a été très actif sous la direction de la Fédération Internationale de la Croix-Rouge dans la première phase des longs mois post-crise, dans la fourniture coordonnée d'abris d'urgence (bâches, tentes), puis dans un second temps sur la fabrication d'abris de transition. Dans un premier temps, la fourniture d'abris d'urgence rencontre des difficultés d'approvisionnement. Puis, la fabrication d'abris transitoires (plus élaborés, durables) prend beaucoup de retard :selon Béatrice Boyer,« Cette action rencontre en effet de nombreuses difficultés parallèlement à un très gros effort de recherche de qualité technique en termes de résistance para-cyclonique, parasismique, adaptables à différents terrains ... »316(*)

Cette solution, qui implique déjà de nombreux inconvénients dans le cas général, s'est révélée particulièrement inadéquate dans le cas d'Haïti. Elle a pourtant été maintenue sur une longue période : des T-shelters étaient encore en construction plus de deux ans après la catastrophe.

Figure 73 : La reconstruction d'Haïti, entre relogement transitoire et relogement durable317(*)

Le choix de la construction d'abris transitoires comporte de nombreux inconvénients au regard du relèvement global :

Selon Priscilla Phelps « une somme énorme a été investie dans les logements temporaires, principalement au bénéfice de propriétaires existants de logements en milieu urbain. Au moins 500 millions de dollars auront été dépensés lorsque tous les travaux seront achevés. »318(*)

Il semble qu'il aurait été plus judicieux de consacrer cette vaste somme à la construction d'habitations permanentes, légèrement plus coûteuses que les abris : le coût moyen d'un abri est de 138,8 USD/m², alors que celui d'une habitation permanente est d'environ 166 USD/m² (Selon Haven). Cependant, la Banque mondiale (PREKAD) et le Bureau de monétisation prévoient que les habitations permanentes coûteront 7 000 dollars par unité de 18 m², soit 388 USD/m².319(*)

Les abris sont également un frein physique à la construction de logements permanents : ils occupent souvent des terrains en zone urbaine densément peuplée qui sont nécessaires pour la reconstruction d'habitations.

Ces abris sont difficilement évolutifs et améliorables en habitations permanentes : leur structure légère en bois diffère de l'ossature en béton armé avec remplissage de blocs de béton que l'on utilise pour les maisons permanentes. De plus, ils ne sont pas transportables.

Selon Ian Davis, « À en juger par l'expérience acquise au plan international, ces abris de qualité médiocre ne seront pas démolis mais utilisés comme habitations pendant des années, piteux héritage de cette catastrophe »320(*). C'est l'instrument de la pérennisation des camps.

La construction des abris n'a pas permis de nourrir l'économie du pays et de créer des emplois au niveau local et aucune formation spécialisée n'a jamais été dispensée dans le cadre des programmes de construction d'abris.

Béatrice Boyer synthétise : « Les approvisionnements en matériaux, tardifs et bloqués en douane, la préfabrication étrangère des pièces à monter, la production d'unités uniformes rarement modulables, la formation d'équipes spécialisées dans le montage, n'ont pas donné le dynamisme attendu pour la reconstruction, d'autant que les installations de ces abris en milieu urbain posent de nombreux problèmes de légitimation foncière. De plus le modèle d'un habitat répétitif constitué de volumes type maisons installées horizontalement côte à côte ne correspond pas aux volumes d'habitations urbaines qui ont tendance à s'imbriquer verticalement du fait de la densification. »321(*)

Patrick Coulombel s'insurge dans un Communiqué de presse du 9 janvier 2011 : « Je m'oppose fortement à ce type d'intervention, ce n'est pas une bonne solution car il est possible de construire des maisons pérennes, ce n'est qu'une question de volonté. » D'après lui, « l'importation d'abris à monter sur place en Haïti est commercialement intéressant pour les vendeurs, mais cela n'aide pas Haïti à créer du savoir-faire constructif. Cela ne favorise pas non plus la mise en place de filières économiques de matériaux de construction. »322(*) Ne trouvant pas d'écho à son indignation, il reformule son opposition à la construction de nouveaux abris transitoires dans un Communiqué de presse du 14 mars 2012, en réponse au rapport de l'IASC (Inter Agency Standing Committee), le « Shelter & CCCM Needs Analysis and Response Startegy pour Haïti 2012 », quipréconise la production de plus de 20 000 nouveaux T-shelters.

Figure 74 : Abris provisoires au camp Corail

PERFORMANCES TECHNIQUES DES ABRIS

La stratégie de la construction d'abris transitoires en elle-même est un frein à la reconstruction durable : perte de financements, perte de temps, absence de production de savoir-faire et de redynamisation de l'économie du pays, importation de matériaux non locaux et impact environnemental négatif, etc. De plus, les performances techniques de ces abris transitoires sont critiquées.

Selon Patrick Coulombel, ces abris « sont en réalité « des cabanes » d'une vingtaine de mètres carrés. Ils sont majoritairement faits en ossature bois habillés de contreplaqué et d'une couverture en tôles ondulées. Ils n'ont pas vocation à durer ; d'autant moins que les haïtiens vivaient déjà auparavant dans des maisons de mauvaise qualité, certes, mais en maçonnerie, en dur. »323(*)

Les abris ne disposent d'aucun aménagement intérieur, ni de sanitaires, de cuisine, d'électricité, etc. Ils ne sont pas non plus résistants aux cyclones.

Les standards que l'Organisation internationale pour les Migrations (OIM) a tenté d'imposer (une surface minimale de 18 m², une dalle en ciment, une couverture en contreplaqué ou panneaux de ciment) ne sont pas respectés par les multiples agences et ONG.

De plus, de nombreux abris comportent des malfaçons, ou sont mal adaptés : chaleur insupportable, inondations... Un habitant du camp de Corail Cessellesse déplore : «L'eau s'infiltre quand il pleut, car il n'y a pas de joint entre les panneaux de contreplaqué ». Une habitante de la côte sud-est critique : «Chez nous, les animaux peuvent entrer en se glissant sous la bâche plastique qui n'est pas solidement fixée au sol ».324(*)

Pourtant, ces abris, qui ne sont ni techniquement performants, ni améliorables ou reconvertibles, sont très coûteux. Patrick Coulombel déclare : « le coût d'un abri d'une vingtaine de mètres carré est de 3 360 euros en moyenne (soit 4 386 USD), selon les chiffres de l'Interim Haïti Recovery Commission basés sur les 114 000 abris déjà réalisés. Le prix d'une maison en maçonnerie avec des renforts parasismiques est d'environ 4000 euros pour une surface équivalente, soit 20 % de plus. Hors, cette maison a des possibilités d'extension, ce qui ne peut être le cas d'un abri. »325(*)

LE MANQUE DE STRATÉGIE ET DE COMPÉTENCES

Les raisons qui ont conduite l'aide internationale à continuer de fabriquer et livrer les produits d'une solution si critiquée sont diverses.

Tout d'abord, le relèvement manque de clarté sur la stratégie de reconstruction globale. Un membre du « Shelter & CCCM Cluster » déclare à Ian Davis :

« Je note les effets désastreux de l'absence de politique et stratégie de reconstruction sur l'avancement des travaux, dont la responsabilité incombe à tous ceux qui n'ont pas répondu aux attentes du pays. Aucun accord n'a été conclu à ce jour (18 janvier 2012) sur les plans, l'ampleur et la méthodologie détaillée de la reconstruction de logements permanents (échelonnements : combien? supervision : par qui?).

De plus, aucune politique n'a été établie pour déterminer qui a droit à une maison permanente. Aucune estimation globale n'a été entreprise pour évaluer les besoins, les coûts et le calendrier du processus de reconstruction et aucune étude n'a été menée sur la disponibilité des ressources humaines qualifiées et non qualifiées et des matériaux.

Enfin, on ne s'est pas clairement entendu sur le montant réel alloué à la reconstruction. Le Gouvernement haïtien a à maintes reprises sollicité une assistance pour pouvoir développer ces paramètres et clarifier cette information mais la communauté internationale a jusqu'à présent échoué à répondre à ses requêtes. Si les bailleurs de fonds se sont abstenus d'investir dans la reconstruction de logements permanents, c'est essentiellement en raison de l'absence d'approche clairement définie. »326(*)

De nombreuses difficultés entravent la reconstruction durable. Celle-ci étant retardée, les bailleurs préfèrent investir en priorité dans les abris « transitoires ». Certains évoquent même un intérêt financier de certains bailleurs ou des fournisseurs de shelters.

Enfin, la plupart des organisations présentes en Haïti, à qui sont attribués les financements des bailleurs, n'ont pas les compétences techniques pour engager une opération de reconstruction durable.

Selon Gwendoline Mennetrier, adjointe au coordinateur des programmes d'ONU-Habitat en Haïti, « en 2010, 2011, 2012, la plupart des ONG qui étaient sur place étaient des organisations d'urgence ». Ces organisations ne disposent d'aucune expertise en matière de constructions. Elles ne sont pas qualifiées pour faire de la formation de maçons, d'ingénieurs, ni même la sensibilisation des particuliers à la qualité de la construction. Elle déclare : «Nous avons commencé à passer à des équipes qui peuvent vraiment travailler sur le développement, avec du personnel qualifié, des urbanistes, au cours du dernier trimestre 2012327(*)

C'est ce qui explique également les pauvres performances techniques des abris de transition. Selon Raymond Lafontan,économiste et conseiller du président Haïtien: « Les ONG qui disent qu'ils allaient construire ces fameux T-shelters, ils n'ont pas ces compétences, c'est simple. Tu sais, une ONG, c'est un organisme pour les interventions d'urgence. Le T-shelter c'est un stade déjà un peu plus avancé. »328(*)

LA RECONSTRUCTION DURABLE

D'après Samuel Pierre, ingénieur et président du Groupe de réflexion pour une Haïti nouvelle : « En 2014, les grands édifices de l'Etat ne sont toujours pas reconstruits. Il en est de même pour le Palais National ». C'est également le cas de certains ministères, l'université d'Etat, l'ENS...329(*) Pourtant, de nombreuses infrastructures ont été réédifiées, et de véritables projets de reconstruction concernant le logement ont été mis en place depuis 2012.

L'actuel président, Michel Joseph Martelly, a défini les grands axes de la reconstruction comprenant :

la reconstruction des quartiers précaires avec une amélioration du cadre de vie

la densification de la trame urbaine formelle

la préparation d'extensions urbaines.

La création de l'Unité de Construction du Logement et des Bâtiments Publics (UCLBP) s'efforce d'offrir un leadership gouvernemental clair à la Primature pour la reconstruction.330(*)

Selon Ayiti Kale Je, quatre ans après le séisme, les projets ont permis de construire 3 588 nouvelles maisons ou appartements, pour un coût total avoisinant 88 millions de USD (sur les 9 milliards engagés dans la reconstruction, dont 500 millions ont été dépensés dans la mise en place des abris transitoires).331(*)

Certains projets, parmi les premiers concernant la reconstruction durable sont qualifiés de « fiascos » (Zorange, Lumane Casimir), mais d'autres sont de véritables succès « à leur échelle », porteurs d'espoir.

LE SITE DE ZORANGE

Trois projets de logements sont regroupés dans la zone de Zoranje, en périphérie nord, sur la frontière communale de Cité Soleil et de Croix-des-Bouquets :

l' « Expo Habitat » (60 prototypes d'habitat, 2 millions de USD)

les « maisons de Chavez » (128 appartements, 4,9 millions de USD)

le projet « 400% » (400 maisons en 100 jours, 30 millions de USD)

Zoranje

Figure 75 : Localisation de Zoranje332(*)

Selon Ayiti Kale Je,un partenariat établi notamment entre AlterPresse, la Société pour l'Animation de la Communication Sociale, les radios communautaires et des étudiants de la Faculté des Sciences Humaines d'Haïti,« certains de ces projets sont caractérisés par la quasi inexistence des services de base, des actes de vandalisme, des vols et des soupçons de gaspillage. »333(*)

Figure 76 : Vue aérienne de Zoranje, janvier 2010

Figure 77 : Vue aérienne de Zorange, avril 2013334(*)

Le 21 juillet 2011, le président Martelly, Bill Clinton et l'ancien premier ministre Jean Max Bellerive inaugurent l'Expo Habitat : une exposition d'une soixantaine de maisons, dont l'architecture est variée et les modes de construction non-traditionnels, répondant aux normes parasismiques et anticyclonique, et destinées aux moyennes bourses (à la classe moyenne).

Cette exposition,l'un des premiers projets approuvés par la CIRH, coûte plus de 2 millions de USD en termes de financement public, et les compagnies étrangères et haïtiennes venues exposer leurs modèles dépensent environ 2 millions de USD supplémentaires. L'intention est de « mettre en évidence les pratiques optimales pour la reconstruction de logements en encourageant des idées novatrices pour le secteur du logement haïtien » avec l'exposition et par la construction d'une « communauté exemplaire ».335(*)

Michel Martelly déclare « Cette expo de l'habitat haïtien mérite notre admiration pour l'effort qu'elle symbolise, à toutes celles et ceux qui ont mis le meilleur d'eux même, à toutes les entreprises locales et étrangères qui s'y sont dédié au nom du peuple haïtien, mes plus vifs remerciements. »336(*)

Pourtant, le projet, aussi connu sous le nom de « Building Back Better Communities Project » (BBBC), connaît un échec retentissant. David Odnell, directeur de la division logement à l'Unité de Construction de Logements et de Bâtiment Public (UCLBP), critique lors d'une entrevue en novembre 2013 : « Nous avions vu des solutions très atypiques, qui certaines fois ne correspondaient pas à notre manière de vivre. En tant qu'Haïtien, nous ne voyons pas la question de logements de cette manière. C'était des trucs importés »337(*).

De manière générale, les projets proposés pour la reconstruction sont souvent déconnectés de la réalité. Priscilla Phelps déclare dans le documentaire de Raoul Peck : « Les gens considèrent Haïti comme une ardoise vierge sur laquelle on peut projeter les idées les plus folles. Quelqu'un m'a appelé l'autre jour pour me parler de ses maisons en plastique. Il voudrait venir pour vendre ses maisons en plastique. Il les importerait sous forme de petits éléments, puis ils engageraient des Haïtiens pour assembler ces maisons. Il est convaincu que ça créerait des emplois. Il y a des milliers d'idées farfelues en matière de logement, mais aussi de santé, d'éducation, de tout. »338(*)

Quatorze mois après l'inauguration de l'Expo Habitat, la plupart des maisons modèles sont toujours vides et plusieurs d'entre elles ont été sévèrement saccagées. Le prix moyen des modèles est de 21 000 USD(pouvant atteindre 69 000 USD), un budget conséquent dans un pays où plus des deux-tiers de la population gagne moins de 2 USD par jour, et plusieurs de ces maisons sont faites de matériaux importés. Le site, remblayé à grands frais, est sur une plaine inondable.

Le manque d'accompagnement de la suite du projet après l'exposition révolte certains exposants. John Sorge, d'Innovative Composites International (ICI), l'une des firmes participantes déclare :« C'était un écran de fumée pour promouvoir le gouvernement... toute cette expo était une farce. » Selon lui, ICI a dépensé « beaucoup de temps, beaucoup d'argent » et d'énergie pour participer à l'Expo et proposer des maisons à 12 050 USD, mais la compagnie n'a jamais eu de retour : « Le silence total. »339(*)

« Selon au moins quatre sources, des évidences sur le terrain et un consultant dans un projet de l'État, ce sont des personnes déjà locataires dans le secteur de Zoranje qui ont saisi la grande majorité des maisons de l'Expo tout en mettant quelques-unes en location. » L'architecte Odnell de l'UCLBP admet que c'est possible, « Parce qu'il y a un vide. C'est parce qu'il y a absence de l'État. Je n'appellerai pas cela `gaspillage', mais plutôt mauvaise planification, parce qu'on pourrait les récupérer dans l'avenir. » Patrick Anglade, de l'agence gouvernementale Fonds d'Assistance Économique et Sociale (FAES), explique : « En dehors de la semaine où les gens lui rendaient visite, l'Expo est tombée à l'eau. Personne ne va là-bas. Personne ne la maintient en vie. Les entrepreneurs partent et ne font pas la promotion de leur logement. »340(*)

Les financements s'orientent finalement plus vers des projets classiques, similaires aux autres projets domiciliaires haïtiens construits dans la dernière décennie,comme le projet financé par la BID intitulé « 400% » pour 400 maisons en 100 jours : « des rangées de petites maisons, de minuscules espaces verts, un drainage inadéquat et, jusqu'ici, aucun système d'eau courante. »341(*) En réalité, l'eau a enfin été installée, plus d'un an après l'inauguration du projet, mais pas le reste des équipements promis.

Odnell admet : « Il existait de l'espace pour tous les services. Tout ceci était dans le plan de base. Mais malheureusement on n'est pas arrivé à les implémenter. Donc, finalement, ce sont uniquement les logements qu'on a érigés. Et, l'eau, ce n'est que récemment que ça a commencé à fonctionner après avoir trouvé du financement pour le faire ». Il ajoute :« Le projet est inachevé », « Les gens vont y rester, c'est à l'Etat de le continuer. Il faut améliorer le cadre de vie des occupants. Il faut leur donner les infrastructures nécessaires. Dans la réalisation d'un projet d'habitat, les infrastructures publiques précèdent les logements. Quand on planifie, les services doivent être déjà disponibles. Dans le cas de 400%, c'est le contraire. » 342(*)

Les prêts hypothécaires sont entre 1 500 (39 USD) et 2 000 gourdes (46 USD) par mois. Il est stipulé dans le contrat que « le non-paiement par le locataire-acquéreur de trois mensualités consécutives entraine l'application d'une pénalité de 5% du montant de la mensualité impayée » et que le « non-paiement pourrait entraîner l'expulsion. » « Le taux de récupération n'atteint pas 100%. Il n'atteint même pas 70%. Ce qui veut dire que nous avons 30% de personnes qui sont en retard de paiement »343(*), explique Anglade.

En ce qui concerne les « maisons Chavez » parasismiques, financées par le Venezuela, comportant chacun deux chambres à coucher, une salle de bain, un salon, une salle à manger et cuisine, la majoritéest « squattérisée ». Sur les 128 appartements, seulement 42 sont légalement occupés. Les autres sont restés vides pendant 15 mois, avant de connaitre l'invasion, ou d'être vandalisés.

LE VILLAGE LUMANE CASIMIR DE MORNE À CABRIT

Le projet de logement Village Lumane Casimir, financé par les fonds de Petro-Caribe,se situe dans une région désertique au pied du Morne à Cabri. Ilprévoit 3 000 logements locatifs, dont quelques 1 300 sont déjà prêts. Le village, inauguré en mai 2013, reste vide jusqu'en octobre 2013 : depuis, plus de 200 logements sont attribués.Plusieurs des maisons non encore occupées sont saccagées : « Entre 120 et 150 logements ont été vandalisés », admet Odnell de l'UCLBP.

Figure 78 : le Village Lumane Casimir à Morne à Cabrit344(*)

Toutes les maisons prêtes sont dotées d'une alimentation en eau et électricité, d'un réchaud à gaz, d'un récipient à traiter l'eau, de végétation avec un service d'arrosage des parcelles de jardin, et d'une promesse de transport automobile aller-retour à la capitale pour 20 gourdes. Le village devrait se doter en outre d'équipements : « un système d'assainissement, un commissariat, un centre de santé, un réservoir d'alimentation en eau potable, une place publique, un terrain de football, une ligne électrique, un pôle commercial, une école professionnelle, un marché public et une école fondamentale », et « Il y aura un mini parc industriel qui aura toutes les facilités visant à créer des emplois pour sédentariser les bénéficiaires »345(*), promet Odnell.

Le problème réside dans le loyer, qui doit être compris entre 7 000 (163 USD) et 10 000 gourdes (233 USD) : l'opération ne peut pas vraiment être qualifiée de « logements sociaux ».

LE PROJET 16/6

D'autres projets sont, au contraire, « couronnés de succès », et poursuivent leurs avancées. C'est le cas du projet « 16/6 » : seize quartiers pour six camps. Ce projet est mis en place le 30 septembre 2011, par le gouvernement haïtien en collaboration avec le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), l'Organisation Internationale du Travail (OIT), l'Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), et le Bureau des Nations Unies pour les Services d'Appui aux Projets (UNOPS).

« Outre la réhabilitation des quartiers meurtris de la Capitale et la provision d'une offre de logements améliorée, ce projet pilote financé par le Fonds de reconstruction d'Haïti et le Gouvernement canadien cherche à améliorer les conditions de vie des habitants des zones concernées, en favorisant la mise en place de services sociaux de base et la création d'activités génératrices de revenus. Une solution intégrée qui inclut la fermeture de six camps, la relocalisation et l'amélioration de la qualité de vie des personnes déplacées tout en répondant aux besoins urgents en matière d'infrastructures physiques et aux problèmes sociaux des communautés sélectionnées. »346(*)

Figure 79 : Projet "16/6" - Morne Hecule, phase pilote347(*)

Le projet, qui se veut un modèle d'intervention pour bien d'autres futurs, opère de manière intégrée et participative : « Les responsables du projet 16/6 de concert avec la population de la zone ont identifié des projets prioritaires parmi lesquels l'électricité, le besoin en eau, et l'assainissement dans la zone »348(*), explique Theodore Achille, chargé de projet-infrastructures communautaires UNOPS.

« MTPTC a déjà évalué toutes les maisons, nous allons réparer celles qui sont marquées en jaune, pour les maisons marquées en rouge, une subvention de 3500 USD sera donnée par famille ; et enfin les débris seront enlevés »349(*), déclare Clément Bélizaire, directeur du projet 16/6.

Le projet intégré, d'un coût total estimé à moins de 80 millions de USD, est subventionné à hauteur de 30 millions de USD par le FRH, et ses dépenses s'élèvent à moins de 28 millions de USD en décembre 2013. Le budget raisonnable du projet pilote lui a tout de même permis d'atteindre de nombreux objectifs, parmi lesquels :350(*)

Fermeture de 50 camps de déplacés : 24 dans les quartiers prévues, et 26 sur le Champ de Mars.

Retour accompagné de 44 000 personnes déplacées (11 000 familles) dans leur quartier d'origine.

Formation de 63 formateurs certifiés.

Formation de 279 ouvriers et contremaîtres.

Réparation de 939 maisons.

Accès amélioré au logement pour 1 410 familles.

Construction en cours de 136 maisons avec les ouvriers nouvellement formés.

Création de 8 plateformes communautaires validées, formées et légalisées.

Plan de prévention de risques élaboré pour les 8 quartiers ciblés.

Réalisation de délimitation cartographique et de planification communautaire dans 8 quartiers.

Mise en place de 14 infrastructures d'eau mises en place,trottoirs reconstruits et murs de soutènement réalisés.

Réhabilitation de routes et de caniveaux réalisés.

Création et mise en place d'un modèle logique d'intervention exemplaire applicable par le gouvernement (national ou local), agences, et autres acteurs impliqués dans les efforts de reconstruction nationale.

300 micro entreprises formées en marketing, business management et Comptabilité.

4473 emplois créés avec 75% de femmes.

75% de la main d'oeuvre recrutée provient des quartiers ciblés.

Renforcement de l'économie locale grâce à l'achat de matériaux de construction dans les commerces des zones du 16/6...

D'autres projets fonctionnant sur un modèle d'urbanisme participatif, et avec comme nouvel outil de densification la création de copropriétés à étages, se développent. C'est le cas de celui de Carrefour-Feuilles, qui compte également un mécanisme communautaire afin de résoudre les conflits de droits fonciers, mais aussi de Nazon, Chrit-Roi, Avenue Pouplard, Simon-Pelé...

LE DÉMANTÈLEMENT DES CAMPS

Ces nouvelles initiatives permettent de relocalisées les réfugiés « en douceur », mais sont relativement lentes et de petites tailles. Malheureusement, les démantèlements de camps massifs depuis juillet 2010 se sont parfois réalisés au détriment des intérêts des réfugiés, ou même avec violence.

Les municipalités, harcelées à la fois par les voisins des campements qui exigent leur démantèlement et par les réfugiés qui réclament un toit, sont dans les premiers temps les seules autorités publiques à s'efforcer de régler la situation. L'administration communale de Port-au-Prince a ainsi élaboré un projet de nouveau pôle urbain à Morne-à-Cabrit afin d'y relocaliser les déplacés du Champ-de-Mars,mais cette opération de 6 000 constructions vouées à la location-vente nécessite alors un budget de 76 millions de dollars, que la municipalité peine à trouver.

La mairie de Pétion-Ville essaie, pour sa part, d'obtenir le départ des réfugiés de la place Saint-Pierre, en échange d'un versement de 500 USD par famille. Les réfugiés sont alors réticents à partir, car ils craignent que cette somme ne leur permette pas de payer une année de loyer dans un logement salubre, et encore moins de financer une construction.

« À Delmas, l'action de la municipalité a été plus radicale. Au motif que ces lieux serviraient à la prostitution et au banditisme, le maire a ordonné, en mai 2011, la destruction de trois camps de tentes, détruisant du même coup les maigres biens de certains déplacés, qui ne reçurent aucun dédommagement. Cette initiative déclencha les protestations des réfugiés, d'organisations de défense des droits de l'homme, de parlementaires étasuniens et de la mission de l'ONU ».351(*)

De nombreuses victimes du séisme vivent toujours dans des camps, ou dans les trois zones informelles que sont Canaan, Onaville et Jérusalem. La moitié des camps n'a pas des services sanitaires, et seulement 8% sont approvisionnés en eau, d'après un rapport de l'UCLBP et le « CCCM Cluster » d'octobre 2013. Les 7 et 9 décembre 2013, 126 familles ont été forcées de quitter les habitations qu'elles avaient auto construites à Canaan, sans propositions de meilleure alternative.

Le déficit de logements d'Haïti, déjà estimé à 200 000 logements avant le séisme, s'accroît avec l'exode rural, et selon la Politique du logement et de l'habitat (PNLH) de l'UCLBP, publiée en octobre 2013, le pays doit renforcer ses efforts dans cette direction : « Haïti devra faire face au défi de construire 500 000 nouveaux logements pour répondre au déficit actuel et aux besoins jusqu'à 2020 ».

* 289Source : Haïti PDNA 2010, p. 80

* 290Source : OCHA Haïti 2011, p. 3

* 291Source : Matrice de suivi du déplacement (DTM), OIM, février 2012

* 292Source : Javier Herrera, François Roubaud et Claire Zanuso, Haïti : quel bilan quatre ans après le séisme ?, 12/02/2014, http://www.lesechos.fr/. NOTE : Résultats inédits présentés lors de la conférence-débat « Quatre ans après le séisme en Haïti : quel impact pour la population et quelles conséquences sur les politiques publiques ? », organisée par l'IRD, le ministère des Affaires étrangères et le ministère de l'Economie et des Finances à Bercy le 14 janvier 2014.

* 293Source : Matrice de suivi du déplacement (DTM), Janvier 2014.

* 294Source : Unité information Cluster, http://www.eshelter-cccmhaiti.info.

* 295Source : Sarah Léon, Immobilier Haïti: quel bilan 3 ans après le séisme meurtrier ?, 30/01/2013, www.valoggia.fr

* 296 Source : François Grünewald, Compréhension du contexte, coordination et espace humanitaire : quelques clés pour Haïti, Humanitaires en mouvement, N° spécial Haïti, Lettre d'information n°7, février 2011

* 297Source : Béatrice BOYER, Port-au-Prince, catastrophe urbaine - crise humanitaire, dans Humanitaires en mouvement, N° Spécial Haïti, Lettre d'information n°7, Février 2011, www.urd.org.

* 298Source : Google Maps

* 299Source : Philippe Mathieu, dans le documentaire de Raoul Peck (2012), Assistance Mortelle, Arte Video.

* 300Source : Milo Milfort, Controverse autour du camp Corail, haitinews2000, 07/03/2013, haitinews2000.net

* 301Source : Milo Milfort, Controverse autour du camp Corail, haitinews2000, 07/03/2013, haitinews2000.net

* 302Source : Raymond Lafontan, dans le documentaire de Raoul Peck (2012), Assistance Mortelle, Arte Video.

* 303Source : Béatrice BOYER, Port-au-Prince, catastrophe urbaine - crise humanitaire, dans Humanitaires en mouvement, N° Spécial Haïti, Lettre d'information n°7, Février 2011, www.urd.org.

* 304Source : Google Maps

* 305 Source : Javier Herrera, François Roubaud et Claire Zanuso, Haïti : quel bilan quatre ans après le séisme ?, 12/02/2014, http://www.lesechos.fr/.

* 306Source : 3 ans après le séisme, les déplacés du plus grand camp d'Haïti vont de l'avant, www.minustah.org

* 307Source : Photo by Giovanni Cassanni, IOM, http://chicago.urbdezine.com

* 308Photo : Igor Rugwiza - UN/MINUSTAH, www.minustah.org

* 309Source : 3 ans après le séisme, les déplacés du plus grand camp d'Haïti vont de l'avant, www.minustah.org

* 310Source : Sandra Mignot, Le logement en Haïti, la crise qui dure, 14/01/2013, http://www.slate.fr

* 311Source : Gerry L'Étang, Haïti après la catastrophe : camps, bidonvilles et crise du logement, 21/12/2011, http://www.metropolitiques.eu

* 312Source : Béatrice BOYER, Port-au-Prince, catastrophe urbaine - crise humanitaire, dans Humanitaires en mouvement, N° Spécial Haïti, Lettre d'information n°7, Février 2011, www.urd.org.

* 313idem

* 314Source : Ian Davis (2011), Quelle vision de l'avenirpour l'hébergement en abriset le logement en Haïti ?Brèves observations sur l'état d'avancementde la reconstruction en Haïti après letremblement de terre du 12 janvier 2010, Rapport de synthèse.

* 315 idem

* 316Source : Béatrice BOYER, Port-au-Prince, catastrophe urbaine - crise humanitaire, dans Humanitaires en mouvement, N° Spécial Haïti, Lettre d'information n°7, Février 2011, www.urd.org.

* 317Source : Matrice de suivi du déplacement (DTM), Janvier 2014.

* 318Source : Priscilla Phelps (2011), Commission intérimaire pour la reconstruction d'Haïti - Rapport sur le secteur du logement, point 4

* 319Source : Ian Davis (2011), Quelle vision de l'avenir pour l'hébergement en abris et le logement en Haïti ? Brèves observations sur l'état d'avancement de la reconstruction en Haïti après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, Rapport de synthèse.

* 320 idem

* 321Source : Béatrice BOYER, Port-au-Prince, catastrophe urbaine - crise humanitaire, dans Humanitaires en mouvement, N° Spécial Haïti, Lettre d'information n°7, Février 2011, www.urd.org.

* 322Source : COULOMBEL Patrick, La Reconstruction en Haïti au point mort !, dans le Communiqué de presse du 9 janvier 2011, www.archi-urgent.com

* 323Source : COULOMBEL Patrick, La Reconstruction en Haïti au point mort !, dans le Communiqué de presse du 9 janvier 2011, www.archi-urgent.com

* 324 Source : Sandra Mignot, Le logement en Haïti, la crise qui dure, 14/01/2013, http://www.slate.fr

* 325Source : COULOMBEL Patrick, La Reconstruction en Haïti au point mort !, dans le Communiqué de presse du 9 janvier 2011, www.archi-urgent.com

* 326Source : Ian Davis (2011), Quelle vision de l'avenir pour l'hébergement en abris et le logement en Haïti ? Brèves observations sur l'état d'avancement de la reconstruction en Haïti après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, Rapport de synthèse.

* 327 Source : Sandra Mignot, Le logement en Haïti, la crise qui dure, 14/01/2013, http://www.slate.fr

* 328Source : Raymond Lafontan, dans le documentaire de Raoul Peck (2012), Assistance Mortelle, Arte Video.

* 329Source : Nancy Roc, Haïti 4 ans après le séisme: Grands défis et petites victoires, documentaire filmé en Haïti en janvier 2014, réalisé grâce au support de la AIC, Alternative Insurance Company, www.nancyroc.com.

* 330Source : Extrait de Haïti: Deux années d'appui d'ONU-Habitat aux efforts de refondation territoriale, avril 2012, dans : Béatrice Boyer et Emmanuel Baunard, Evaluation du Programme d'Appui à la Reconstruction du Logement et des Quartiers, Évaluation-mission 2012, Groupe Urgence Réhabilitation Développement

* 331Source : Haiti Grassroots Watch - Ayiti Kale Je, haitigrassrootswatch.squarespace.com

* 332Source : Google Maps

* 333Source : Haiti Grassroots Watch - Ayiti Kale Je, haitigrassrootswatch.squarespace.com

* 334Source : Google Maps

* 335Source : Enquête sur Le projet d'habitat de Zorange : Erreurs et gaspillage Exponentiels, 30/09/2012, www.touthaiti.com

* 336Source : Haïti - Reconstruction : Ouverture de l'Expo Habitat à Zoranger, HaïtiLibre, 22/07/2011, www.haitilibre.com

* 337Source : Haiti Grassroots Watch - Ayiti Kale Je, haitigrassrootswatch.squarespace.com

* 338Source : Priscilla Phelps, dans le documentaire de Raoul Peck (2012), Assistance Mortelle, Arte Video.

* 339Source : Enquête sur Le projet d'habitat de Zorange : Erreurs et gaspillage Exponentiels, 30/09/2012, www.touthaiti.com

* 340Source : Haiti Grassroots Watch - Ayiti Kale Je, haitigrassrootswatch.squarespace.com

* 341Source : Enquête sur Le projet d'habitat de Zorange : Erreurs et gaspillage Exponentiels, 30/09/2012, www.touthaiti.com

* 342Source : Haiti Grassroots Watch - Ayiti Kale Je, haitigrassrootswatch.squarespace.com

* 343idem

* 344 Source : Photo :AKJ//Marc Schindler Saint-Val

* 345Source : Haiti Grassroots Watch - Ayiti Kale Je, haitigrassrootswatch.squarespace.com

* 346Source : Projet 16/6, Factsheet décembre 2013, http://www.projet16-6.org

* 347idem

* 348Source : Haiti - Reconstruction : Après les 6 camps, le projet 16/6 atteint un quartier à Pétion-Ville, HaitiNews509, 18/04/2012, http://www.haitinews509.net

* 349 idem

* 350Source : http://www.ht.undp.org/

* 351 Source : François Grünewald, Compréhension du contexte, coordination et espace humanitaire : quelques clés pour Haïti, Humanitaires en mouvement, N° spécial Haïti, Lettre d'information n°7, février 2011

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