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Etat de lieu de la gestion des ordures ménagères dans la ville de Kayes, Mali


par Diarra ABDOUL KADER
2IE - Master II en Management des Entreprises des Organisations MEO 2023
  

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III. Discussion des résultats :

Les résultats ont montré qu'environ 78% des enquêtés pensent que les balayures et toutes sortes de saleté doivent être gérées comme DSM. Sauf qu'un quart de la population affirme que les déchets sont des choses inutiles et sans valeur alors que de nos jours, les déchets ne sont plus sans valeur. Ils constituent plutôt une fortune inestimable à explorer. Toute notre population d'enquête reconnait chacune son implication dans la production des déchets exception faite à une minorité qui n'a vraiment pas saisi le sens de la question. Ce qui est corroboré par les données de Buffard en 1994, chacun d'entre nous produit plus de 450 kilos (environ 1/2 tonne) de déchets par année. Ce qui implique que ces déchets doivent être fabriqués à partir de matières les rendant aptes au recyclage, à la transformation compatible avec les exigences de la production de la santé publique et de l'environnement.

En plus d'être impliqué dans la production des déchets, lors de nos entretiens, tous les répondants étaient unanimes sur la nocivité de ces DSM sur notre environnement, la faune, la santé et la flore d'où la confirmation des propos de Kangombé (2020) quand il dit `'pour les environnementalistes, un déchet est un objet susceptible d'avoir des impacts négatifs sur l'environnement''. Au même moment, la quasi-totalité des enquêtés (95%), ramasseurs comme citoyen lambda, affirme que les déchets présentent un grand danger sur l'écosystème.

Pour preuve, Dembélé (2023), lors de nos échanges n'a cessé de nous relater que les habitants proches des dépotoirs sauvages ne cessent de souffrir de leur nocivité tant sur le plan olfactif que sur le plan esthétique et surtout, lorsque des individus anonymes procèdent au brulage en plein air des ordures, de nuit comme de jour. Bien que la population ainsi que les manoeuvres de la pré-collecte soient conscients des conséquences des DSM sur l'écosystème, les mesures protectrices ne sont pas respectées. Les ramasseurs des GIE possèdent des EPI mêmes s'ils ne les utilisent pas constamment mais les ramasseurs particuliers n'en ont même pas. Les pauvres gens de la population, les enfants vulnérables ainsi que les adeptes coraniques ne cessent d'en être exposés. Et aucune rigueur ou autorité ne s'interpose contre ce méfait.

Concernant la gestion des déchets, nos résultats ont montré qu'il n'est pas de l'habitude de la plupart de la population de mettre les déchets dans les poubelles et de surcroit, ils ignorent le tri à la source. Et même si, on tente le tri, cela ne produit pas un grand effet dans la mesure où la recherche a montré qu'à la pré-collecte, les ramasseurs se permettent de mélanger tous les déchets présents dans la poubelle et à ses alentours dans leur charrette afin de les acheminer aux dépotoirs sauvages. Lors de la recherche de Siham (2012) dans la Commune Urbaine d'Agadir, il a dit qu'on peut compter plus de 300 décharges sauvages contre quelques décharges contrôlées. A Kayes, les statistiques, en proportion, ne sont pas loin des dires de Siham (2012).

Ces décharges sauvages sont beaucoup plus sollicitées par la population même ainsi que les particuliers. Cependant, des efforts restent encore à fournir. En effet, jusqu'à ce jour les éboueurs vont déverser les DSM collectés ailleurs dans certains quartiers sur la demande de leurs propres habitants, de sorte qu'ils constituent le réceptacle de toutes sortes de déchets comme le disait Romane et al. (2009). C'est pourquoi plus des deux tiers de la population n'adhèrent pas au système de pré-collecte dirigé par les GIE, ils préfèrent l'acheminement à même le sol dans les rues. Ainsi, les promoteurs de GIE, bien qu'ils ne couvrent pas tous les quartiers de la ville, se plaignent de la non-adhésion de la population à leur système de collecte et de transport des DSM. Le nombre d'abonnés ne s'augmente pas à exponentiel comme ils le souhaitent mais reste plutôt, stagnante. Ar contre, les ramasseurs particuliers ont plus d'abonnés que les GIE pour raison d'accessibilité géographique et financière. Cette minorité de la population qui verse pour la pré-collecte pense aussi que le cout de transport (bien que compris entre 1000F et 1500Fcfa) est cher et propose, à défaut de la gratuité, une bagatelle ne dépassant pas les 1000Fcfa par mensualité. Outre ces abonnés non satisfaits du prix, les non abonnés aussi souhaité un abonnement gratuit.

Environ la moitié de la population d'enquête ne se préoccupe point du lieu où l'on dépose leur DSM et encore moins, ce qu'on en fait. Plus de 58% de ceux qui connaissent la destination de leur ordure disent qu'ils les déversent tout bonnement dans la rue au vu et au su de tous. Cette réalité semble s'étendre dans d'autres contrés en se référant à Siham (2012), dans la Commune Urbaine d'Agadir, la quasi-totalité des déchets est acheminée vers les décharges sauvages sans aucun traitement au préalable et sans aménagement des sites réceptacles.

Pour les transporteurs particuliers et les GIE, les grandes difficultés résident dans la concurrence entre eux. Les GIE pensent que les charretiers travaillent dans l'illégalité totale et qu'ils doivent en être empêchés. La population se sent à l'aise, comme le prouvent nos données, avec les charretiers qu'avec les GIE et la mairie. Toujours avec les GIE, l'augmentation du nombre d'abonnés dans l'espace et dans le temps pose d'énormes problèmes pour la raison qu'ils pensent que ce sont les charretiers qui bouleversent tout ce qu'ils mettent en place comme bonne technique de gestion des DSM. Entre GIE, il y a aussi le problème de chevauchement : dans le secteur alloué par GIE, on peut retrouver un autre qui y intervienne. Mais pourquoi ? D'aucuns disent que c'est à cause du manque de gouvernance de la mairie et d'autres pensent que ce dysfonctionnement est lié à la COTAK. Selon nos données, cette coordination des GIE peut dompter la situation. La gouvernance décentralisée ne s'assume pas au sujet des DSM, d'après M. Sissoko. Tant que cet obstacle subsiste, le laxisme prendra le dessus.

En tout cas, la mairie souffre de la coordination des activités de ces deux secteurs dans la GDS dans la ville de Kayes : le formel et l'informel. Cependant, les GIE souffrent plus du problème de site de transit à l'exception des charretiers qui pensent que `'tout dépotoir en est un''.

D'autres acteurs à l'instar du le CSRéf sont aussi butés à des difficultés. Ce dernier de son côté pense que les centre de santé privés ne suivent pas les normes de la gestion des déchets assimilés aux ordures ménagères : ils ne font pas le tri. C'est pourquoi on retrouve souvent déchets médicaux issus des soins dans les sites de transit ou de décharge publique. La DRCAPN, n'étant pas assez impliqué dans les GDSM dans la ville de Kayes, se plaint du manque de communication et d'information. Alors qu'ils pensent que leur rôle principal est l'appui conseil mais s'ils ne sont au courant de rien.

Aussi bien que la mairie, les GIE font face à un sérieux manque de moyens financiers et matériels pour mener à bien leur mission. Cela est confirmé par Kangombé (2010), les GIE souffrent du manque de matériels et surtout, le manque de moyen financier qui leur pèse lourd. Car cela engendre l'instabilité de la plupart de leurs employés, la perte de certains clients. Les bailleurs se font rare d'où la lenteur de la couverture de gestion.

Une autre difficulté liée aux abonnés, au cas par cas, est l'irrégularité dans le paiement de la mensualité. Par contre, une portion considérable d'entre les abonnés et l'ensemble des non-abonnés crie défaite sous le poids de la pauvreté et de leur dénuement financier. On peut plutôt penser à une forme de l'incivisme ou de l'ignorance en fiant aux propos des charretiers sur le sujet plutôt que du manque de moyen financier. Ces données sur terrain confirment notre première hypothèse qui stipule que les difficultés rencontrées par les différents acteurs de la gestion des déchets dans la ville de Kayes piétinent son bon fonctionnement.

Il est alors judicieux que les acteurs de la gestion des DSM aient des élucubrations ou des élucidations sur des solutions efficaces pour la bonne gestion des DSM. Sissoko (2023) et Kangombé (2010) sont d'avis qu'une solution ne peut démontrer son efficacité que lorsqu'elle met fin à la mauvaise gouvernance des autorités de la collectivité. Tant que la mairie ne s'assume pas, on n'ira nulle part. Aucune évolution significative ne sera possible. Aussi, aucune taxe n'est fixée par les municipalités pour la salubrité comme étaye Kangombé (2010) sur la RDC. Les taxes pour GDSM faciliteront la résolution du manque de moyen tant financier que matériel. Ces taxes peuvent être ajoutées, comme l'a dit certains directeurs de GIE, aux factures d'eau et électricité. Pourquoi ne pas imposer des taxes ? se demandait Sissoko (2023) 

Selon le répondant de la DRACP et d'autres leaders, les séances de communication pour le changement de comportement doivent être renforcées et/ou initiées pour contrecarrer l'incivisme de la population face aux déchets et le retard dans le paiement mensuel des redevances. Trois volets de solution sont jugés indispensables selon Kangombé (2010), dans la stratégie d'amélioration de la gestion des déchets au Marché de Matete en RDC : « Jeter moins - Trier plus - Traiter mieux ». Si effectivement ces volets sont mis en oeuvre dans le processus, les objectifs escomptés dans la gestion des déchets se verront atteints.

Le plus grand obstacle dans la GDSM à Kayes constitue comme le dit notre référent à la mairie et les directeurs des GIE, le problème de décharge publique contrôlée. Des sites de transits illégaux sont tellement nombreux à Kayes que les charretiers et les populations non abonnés ne tardent à les fréquenter sans hésitation aucune. Il est possible de dire qu'aucune décharge contrôlée n'existe dans la ville de Kayes en se fiant à la loi N°01-394/P-RM du 06 Septembre 2001 qui dit explicitement en son article 23 : `'la décharge doit être entourée d'une clôture permettant d'en interdire l'accès et doit être identifiée comme tel à l'entrée au moyen d'une affiche indiquant qu'il s'agit d'une décharge.''

Cette décharge contrôlée est absente dans la ville de Kayes. La non implication de la DRACPN et le manque de rigueur de la mairie donnent l'opportunité aux GIE et aux ramasseurs particuliers de se contenter des décharges sauvages pour l'acheminement des déchets. L'implication de la mairie selon notre répondant de la mairie doit être revue, révisée et redynamisée. Ces données issues de nos recherches caractérisent le système de gestion des déchets solides ménagers dans la ville de Kayes et elles confirment deuxième hypothèse de recherche.

Aussi, il est judicieux d'affronter cet écueil selon nos sources concordantes, afin qu'une réflexion sur la revalorisation puisse faire partie de l'ordre du jour. Dans ce sens, le représentant de la DRACPN ainsi que le président de la COTAK ont insisté sur la nécessité de la réorganisation de la filière de GDSM. Selon eux, c'est une condition sine qua non pour espérer un avenir probant dans le domaine. La COTAK aussi doit-être réorganisée et redynamisée.

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