III. Discussion des résultats :
Les résultats ont montré qu'environ 78% des
enquêtés pensent que les balayures et toutes sortes de
saleté doivent être gérées comme DSM. Sauf qu'un
quart de la population affirme que les déchets sont des choses inutiles
et sans valeur alors que de nos jours, les déchets ne sont plus sans
valeur. Ils constituent plutôt une fortune inestimable à
explorer. Toute notre population d'enquête reconnait chacune son
implication dans la production des déchets exception faite à une
minorité qui n'a vraiment pas saisi le sens de la question. Ce qui est
corroboré par les données de Buffard en 1994, chacun d'entre nous
produit plus de 450 kilos (environ 1/2 tonne) de déchets par
année. Ce qui implique que ces déchets doivent être
fabriqués à partir de matières les rendant aptes au
recyclage, à la transformation compatible avec les exigences de la
production de la santé publique et de l'environnement.
En plus d'être
impliqué dans la production des déchets, lors de nos entretiens,
tous les répondants étaient unanimes sur la nocivité de
ces DSM sur notre environnement, la faune, la santé et la flore
d'où la confirmation des propos de Kangombé (2020) quand il dit
`'pour les environnementalistes, un déchet est un objet susceptible
d'avoir des impacts négatifs sur l'environnement''. Au même
moment, la quasi-totalité des enquêtés (95%), ramasseurs
comme citoyen lambda, affirme que les déchets présentent un grand
danger sur l'écosystème.
Pour preuve, Dembélé (2023), lors de nos
échanges n'a cessé de nous relater que les habitants proches des
dépotoirs sauvages ne cessent de souffrir de leur nocivité tant
sur le plan olfactif que sur le plan esthétique et surtout, lorsque des
individus anonymes procèdent au brulage en plein air des ordures, de
nuit comme de jour. Bien que la population ainsi que les manoeuvres de la
pré-collecte soient conscients des conséquences des DSM sur
l'écosystème, les mesures protectrices ne sont pas
respectées. Les ramasseurs des GIE possèdent des EPI mêmes
s'ils ne les utilisent pas constamment mais les ramasseurs particuliers n'en
ont même pas. Les pauvres gens de la population, les enfants
vulnérables ainsi que les adeptes coraniques ne cessent d'en être
exposés. Et aucune rigueur ou autorité ne s'interpose contre ce
méfait.
Concernant la gestion des déchets, nos
résultats ont montré qu'il n'est pas de l'habitude de la plupart
de la population de mettre les déchets dans les poubelles et de
surcroit, ils ignorent le tri à la source. Et même si, on tente le
tri, cela ne produit pas un grand effet dans la mesure où la recherche a
montré qu'à la pré-collecte, les ramasseurs se permettent
de mélanger tous les déchets présents dans la poubelle et
à ses alentours dans leur charrette afin de les acheminer aux
dépotoirs sauvages. Lors de la recherche de Siham (2012) dans la Commune
Urbaine d'Agadir, il a dit qu'on peut compter plus de 300 décharges
sauvages contre quelques décharges contrôlées. A Kayes, les
statistiques, en proportion, ne sont pas loin des dires de Siham (2012).
Ces décharges sauvages sont beaucoup plus
sollicitées par la population même ainsi que les particuliers.
Cependant, des efforts restent encore à fournir. En effet,
jusqu'à ce jour les éboueurs vont déverser les DSM
collectés ailleurs dans certains quartiers sur la demande de leurs
propres habitants, de sorte qu'ils constituent le réceptacle de toutes
sortes de déchets comme le disait Romane et al. (2009). C'est pourquoi
plus des deux tiers de la population n'adhèrent pas au système de
pré-collecte dirigé par les GIE, ils préfèrent
l'acheminement à même le sol dans les rues. Ainsi, les promoteurs
de GIE, bien qu'ils ne couvrent pas tous les quartiers de la ville, se
plaignent de la non-adhésion de la population à leur
système de collecte et de transport des DSM. Le nombre d'abonnés
ne s'augmente pas à exponentiel comme ils le souhaitent mais reste
plutôt, stagnante. Ar contre, les ramasseurs particuliers ont plus
d'abonnés que les GIE pour raison d'accessibilité
géographique et financière. Cette minorité de la
population qui verse pour la pré-collecte pense aussi que le cout de
transport (bien que compris entre 1000F et 1500Fcfa) est cher et propose,
à défaut de la gratuité, une bagatelle ne dépassant
pas les 1000Fcfa par mensualité. Outre ces abonnés non satisfaits
du prix, les non abonnés aussi souhaité un abonnement gratuit.
Environ la moitié de la population d'enquête ne
se préoccupe point du lieu où l'on dépose leur DSM et
encore moins, ce qu'on en fait. Plus de 58% de ceux qui connaissent la
destination de leur ordure disent qu'ils les déversent tout bonnement
dans la rue au vu et au su de tous. Cette réalité semble
s'étendre dans d'autres contrés en se référant
à Siham (2012), dans la Commune Urbaine d'Agadir, la
quasi-totalité des déchets est acheminée vers les
décharges sauvages sans aucun traitement au préalable et sans
aménagement des sites réceptacles.
Pour les transporteurs particuliers et les GIE,
les grandes difficultés résident dans la concurrence entre eux.
Les GIE pensent que les charretiers travaillent dans l'illégalité
totale et qu'ils doivent en être empêchés. La population se
sent à l'aise, comme le prouvent nos données, avec les
charretiers qu'avec les GIE et la mairie. Toujours avec les GIE, l'augmentation
du nombre d'abonnés dans l'espace et dans le temps pose d'énormes
problèmes pour la raison qu'ils pensent que ce sont les charretiers qui
bouleversent tout ce qu'ils mettent en place comme bonne technique de gestion
des DSM. Entre GIE, il y a aussi le problème de chevauchement :
dans le secteur alloué par GIE, on peut retrouver un autre qui y
intervienne. Mais pourquoi ? D'aucuns disent que c'est à cause du
manque de gouvernance de la mairie et d'autres pensent que ce dysfonctionnement
est lié à la COTAK. Selon nos données, cette coordination
des GIE peut dompter la situation. La gouvernance décentralisée
ne s'assume pas au sujet des DSM, d'après M. Sissoko. Tant que cet
obstacle subsiste, le laxisme prendra le dessus.
En tout cas, la mairie souffre de la coordination des
activités de ces deux secteurs dans la GDS dans la ville de Kayes :
le formel et l'informel. Cependant, les GIE souffrent plus du problème
de site de transit à l'exception des charretiers qui pensent que
`'tout dépotoir en est un''.
D'autres acteurs à l'instar du le CSRéf sont
aussi butés à des difficultés. Ce dernier de son
côté pense que les centre de santé privés ne suivent
pas les normes de la gestion des déchets assimilés aux ordures
ménagères : ils ne font pas le tri. C'est pourquoi on
retrouve souvent déchets médicaux issus des soins dans les sites
de transit ou de décharge publique. La DRCAPN, n'étant pas assez
impliqué dans les GDSM dans la ville de Kayes, se plaint du manque de
communication et d'information. Alors qu'ils pensent que leur rôle
principal est l'appui conseil mais s'ils ne sont au courant de rien.
Aussi bien que la mairie, les GIE font face à un
sérieux manque de moyens financiers et matériels pour mener
à bien leur mission. Cela est confirmé par Kangombé
(2010), les GIE souffrent du manque de matériels et surtout, le manque
de moyen financier qui leur pèse lourd. Car cela engendre
l'instabilité de la plupart de leurs employés, la perte de
certains clients. Les bailleurs se font rare d'où la lenteur de la
couverture de gestion.
Une autre difficulté liée aux abonnés, au
cas par cas, est l'irrégularité dans le paiement de la
mensualité. Par contre, une portion considérable d'entre les
abonnés et l'ensemble des non-abonnés crie défaite sous le
poids de la pauvreté et de leur dénuement financier. On peut
plutôt penser à une forme de l'incivisme ou de l'ignorance en
fiant aux propos des charretiers sur le sujet plutôt que du manque
de moyen financier. Ces données sur terrain confirment notre
première hypothèse qui stipule que les difficultés
rencontrées par les différents acteurs de la gestion des
déchets dans la ville de Kayes piétinent son bon
fonctionnement.
Il est alors judicieux que les acteurs de la
gestion des DSM aient des élucubrations ou des élucidations sur
des solutions efficaces pour la bonne gestion des DSM. Sissoko (2023) et
Kangombé (2010) sont d'avis qu'une solution ne peut démontrer son
efficacité que lorsqu'elle met fin à la mauvaise gouvernance des
autorités de la collectivité. Tant que la mairie ne s'assume pas,
on n'ira nulle part. Aucune évolution significative ne sera possible.
Aussi, aucune taxe n'est fixée par les municipalités pour la
salubrité comme étaye Kangombé (2010) sur la RDC. Les
taxes pour GDSM faciliteront la résolution du manque de moyen tant
financier que matériel. Ces taxes peuvent être ajoutées,
comme l'a dit certains directeurs de GIE, aux factures d'eau et
électricité. Pourquoi ne pas imposer des taxes ? se
demandait Sissoko (2023)
Selon le répondant de la DRACP et d'autres leaders, les
séances de communication pour le changement de comportement doivent
être renforcées et/ou initiées pour contrecarrer
l'incivisme de la population face aux déchets et le retard dans le
paiement mensuel des redevances. Trois volets de solution sont jugés
indispensables selon Kangombé (2010), dans la stratégie
d'amélioration de la gestion des déchets au Marché de
Matete en RDC : « Jeter moins - Trier plus - Traiter mieux ». Si
effectivement ces volets sont mis en oeuvre dans le processus, les objectifs
escomptés dans la gestion des déchets se verront atteints.
Le plus grand obstacle dans la GDSM à Kayes constitue
comme le dit notre référent à la mairie et les directeurs
des GIE, le problème de décharge publique contrôlée.
Des sites de transits illégaux sont tellement nombreux à Kayes
que les charretiers et les populations non abonnés ne tardent à
les fréquenter sans hésitation aucune. Il est possible de dire
qu'aucune décharge contrôlée n'existe dans la ville de
Kayes en se fiant à la loi N°01-394/P-RM du 06 Septembre 2001 qui
dit explicitement en son article 23 : `'la décharge doit être
entourée d'une clôture permettant d'en interdire l'accès et
doit être identifiée comme tel à l'entrée au moyen
d'une affiche indiquant qu'il s'agit d'une décharge.''
Cette décharge contrôlée est absente dans
la ville de Kayes. La non implication de la DRACPN et le manque de rigueur de
la mairie donnent l'opportunité aux GIE et aux ramasseurs particuliers
de se contenter des décharges sauvages pour l'acheminement des
déchets. L'implication de la mairie selon notre répondant de la
mairie doit être revue, révisée et redynamisée. Ces
données issues de nos recherches caractérisent le système
de gestion des déchets solides ménagers dans la ville de Kayes et
elles confirment deuxième hypothèse de recherche.
Aussi, il est judicieux d'affronter cet écueil selon
nos sources concordantes, afin qu'une réflexion sur la revalorisation
puisse faire partie de l'ordre du jour. Dans ce sens, le représentant de
la DRACPN ainsi que le président de la COTAK ont insisté sur la
nécessité de la réorganisation de la filière de
GDSM. Selon eux, c'est une condition sine qua non pour espérer un avenir
probant dans le domaine. La COTAK aussi doit-être
réorganisée et redynamisée.
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