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Les dynamiques de changement en francophonie: sociologie des réformes institutionnelles de la francophonie de 1970 à 2018par Constant FOMEKONG MOTSOU Institut des Relations Internationales du Cameroun - Master 2 2024 Dans la categorie: Arts, Philosophie et Sociologie > Sociologie |
Paragraphe1 : Lamondialisationcommeconjonctured'accélérationduprocessusdechangementenFrancophoniePour Philippe MOREAU DEFARGES, la mondialisation est un processus d'européanisation du monde qui a débuté il ya 2000 ans et qui implique l'explosion de nouveaux conflits entre sesdifférents acteurs.68(*) La définition qui retient notre attention est celle d'Olivier DOLLFUS, « La mondialisation c'est l'échange généralisé entre les différentes parties de la planète, l'espace mondiale étant alors l'espace de transaction de l'humanité »69(*). Cette définition nous amène à mettre en lumière l'impact que la mondialisation en tant que conjoncture a eu dans la dynamique de changement observée en Francophonie. Pour Jean TABI MANGA, « La mondialisation est une composante de la mémoire historique de la Francophonie. La Francophonie n'est pas contre le mouvement mondialiste. Mais, elle peut en contester le sens et la direction. Et, ce faisant, elle peut construire et proposer une appréhension différente de la mondialisation en l'accordant à son imaginaire, à sa culture et à son ordre de valeurs »70(*). Par cette affirmation de Jean TABI MANGA, nous pouvons rendre compte du fait que la mondialisation dans le contexte de la Francophonie ne s'est pas opérationnalisée de la même manière que dans les autres Organisations internationales, dans la mesure où la Francophonie s'est accommodée à la mondialisation en préservant ses valeurs historiques. La mondialisation s'est donc opérationnalisée en Francophonie par une lente mutation de la structure idéelle (A) et par un élargissement continu des Etats membres au sein de la Francophonie (B). A- LalentemutationdelastructureidéelledelaFrancophonieLe terme « francophonie » est apparu vers la fin du XIXe siècle sous la plume du géographe français Onésime RECLUS, pour décrire l'ensemble des pays et des personnes ayant le français en partage. Son sens commun est acquis lorsque quelques décennies plus tard, l'on observe la prise de conscience de l'existence d'un espace linguistique partagé, favorable à l'enrichissement mutuel et aux échanges. Des écrivains vont initiés le processus à partir de 1926 avec la création de l'Association des écrivains de langue française (ADELF), une association qui regroupe en son sein des écrivains partageant la langue française dans le but d'étendre la portée de cette langue par les écrits. En 1950, des journalistes réunis autour de l'Union internationale des journalistes et de la presse de langue française devenue Union de la presse francophone (UPF)71(*), une Organisation qui amène la presse francophone à s'émanciper par le partage d'expériences des uns envers les autres du même espace. Sous l'effet de la mondialisation, vont émerger des idées rendant la Francophonie propice à une plus grande ouverture associative, avec notamment la naissance de la première institution intergouvernementale francophone en 1960, sous la dénomination de Conférence des Ministres Francophones en charge de l'Education (CONFEMEN) regroupant dès sa mise sur pied 15 pays. Cette conférence ministérielle se réunit pour des orientations dans le domaine de l'éducation et de la formation au service du développement des Etats qui la constitue. Dans cet élan de construction de sa structure idéelle, dès 1970, les Etats africains nouvellement indépendants, auront l'initiative, sous l'impulsion de Léopold SEDAR SENGHOR de mettre sur pied « une communauté organique »72(*), rassemblant les Etats et gouvernements qui partagent le français. Le 20 mars 1970 à Niamey, se tient la signature de la Convention portant création de l'ACCT par les représentants de 21 Etats et gouvernements. Cette Organisation intergouvernementale est fondée autour du partage de la langue française. La mission dès la création de cette Agence de coopération est de promouvoir et favoriser la diffusion culturelle de ses Etats membres et d'intensifier la coopération culturelle et technique entre ceux-ci. Pour mettre la langue française au service du rapprochement des peuples, par le dialogue des civilisations, l'ancien président du Sénégal Léopold SEDAR SENGHOR met en oeuvre ce projet de création d'une Francophonie institutionnelle avec la participation de ses homologues le tunisien Habib BOURGUIBA, le nigérien Hamani DIORI et le prince cambodgien Norodom SIHANOUK. L'évolution de l'initiative francophone va continuer son chemin avec la mutation de l'ACCT, qui deviendra en 1998 l'Agence intergouvernementale de la Francophonie (AIF) dans l'objectif de donner une dimension politique à cette Organisation autrefois culturelle. En 2005 suite aux réformes institutionnelles adoptées à la Conférence ministérielle à Antananarivo (Madagascar), l'AIF devient Organisation internationale de la Francophonie (OIF) avec pour ambition de s'étendre plus politiquement.C'est sur cette dernière que l'on observe l'émergenced'une nouvelle francophonie orientée vers de nouveaux objectifs et valeurs, guidés par une configuration du système international en plein essor, sous l'effet de la mondialisation. L'OIF dans un monde globalisé va se déployer par le biais de ses institutions, qui prennent corps dès le premier Sommet de l'Organisation marquant la naissance de la « Francophonie politique »73(*). Ces institutions peuvent être analysées à partir de deux niveaux stratégiques d'intervention selon Jean TABI MANGA74(*). Il s'agit notamment des niveaux politique et opérationnel. Parmi les instances politiques de la Francophonie nous avons : - La Conférence des Chefs d'Etats et de gouvernement Elle est communément appelée « Sommet de la Francophonie », c'est l'instance politique suprême de l'Organisation. Elle se tient tout les deux ans, présidée par le Chef d'Etat ou de gouvernement du pays hôte jusqu'au prochain Sommet. C'est lors de ces Sommets que les initiatives de réformes sont prises, selon les besoins de l'Organisation premièrement et des membres par la suite. - La Conférence ministérielle de la Francophonie (CMF) Elle assure la continuité politique du Sommet de la Francophonie. Les Etats membres ou observateurs y sont représentéspar leur ministre75(*). Cette instance a pour rôle d'assurer la bonne exécution des décisions arrêtées lors d'un Sommet et se tient une fois par an. Elle adopte également la répartition du Fonds multilatérale unique, le budget et aussi les rapports financiers de l'Organisation internationale de la Francophonie. - Le Conseil Permanent de la Francophonie (CPF) Le CPF est en charge de la préparation et du suivi des Sommets sous l'autorité de la CMF et présidé par le Secrétariat général de la Francophonie. Il est composé des représentants personnels des Chefs d'Etats ou de gouvernement participants aux sommets. Le CPF se tient plusieurs fois en une année en session, soit ordinaire ou extraordinaire (En cas de crise au sein de l'un des Etats membres de la Francophonie). Le CPF est la nouvelle appellation de l'ancien CIS (Conseil International de Suivie) à l'issue du Sommet de Chaillot en 1986. - Le Secrétariat général de la Francophonie Il assure le gouvernement général ou le pilotage de l'Organisation Internationale de la Francophonie76(*). Il comprend un secrétariat, instances et des conférences, un Conseil de la coopération ou sont distingués et précisés les champs stratégiques d'interventions prioritaires des différents opérateurs77(*). Le secrétariat général assure la bonne tenue des sessions des instances de la Francophonie et préside le Conseil permanent de la Francophonie (CMF). C'est l'organe qui assure un lien direct entre le dispositif opérationnel et les instances de l'Organisation. Le Secrétariat est dirigé par un Secrétaire général élu par les Chefs d'Etats et de gouvernement pour quatre ans lors des Sommets. Nous distinguons également au sein de la Francophonie des instances de niveau opérationnel représentées par les Opérateurs directs qui sont au nombre de quatre. Nous avons l'Agence Universitaire de la Francophonie (AUF) qui est un réseau mondial constitué des établissements de recherche et d'enseignement supérieur francophone, opérateur chargé de diffuser les valeurs de la Francophonie orienté vers l'éducation et la formation. TV5, c'est la chaine francophone de télévision qui est une initiative renforçant la coopération francophone. L'Association internationale des maires francophones (AIMF), c'est un réseau réunissant les maires de villes des pays francophones. Enfin l'Université Senghor d'Alexandrie qui est une université internationale au service du développement africain. Ces opérateurs sont d'une importance cruciale dans la promotion des valeurs de la Francophonie, notamment la promotion de la langue française, de la diversité culturelle et linguistique, de la recherche, de la formation et aussi de la solidarité au sein de l'espace francophone.Tels ont été les processus ayant guidés l'Organisation internationale de la Francophonie à se construireà partir des interactions menées par les différents acteurs, qui ont fais émerger des idées amenant l'Organisation à évoluer et s'adapter, aux évolutions contemporaines sous l'effet de la mondialisation. * 68 Philipe MOREAU DEFARGES, La Mondialisation, collection Que sais-je ?, Presses Universitaires de France, 2010, 128p. * 69 Olivier DOLLFUS, La Mondialisation, la bibliothèque du citoyen, Presses de Sciences Po, Paris, 1997, 127p. * 70 Jean TABI MANGA, Francophonie, lieu de mémoire, projet d'espoir, Afrédit, 2010, p. 65. * 71 Consulté sur www.fancophonie.org le 31 juillet 2024 à 18h56 min. * 72 Léopold SEDAR SENGHOR cité par Jean TABI MANGA, Op.cit., p.44 * 73 Jean TABI MANGA, Op.cit., p.49 * 74 Jean TABI MANGA, OP.cit, p. 55 * 75 Consulté sur www.francophonie.org le 04 août 2024 à 21h52min. * 76 Jean TABI MANGA, Op.cit, p. 57 * 77Idem. |