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Les dynamiques de changement en francophonie: sociologie des réformes institutionnelles de la francophonie de 1970 à 2018


par Constant FOMEKONG MOTSOU
Institut des Relations Internationales du Cameroun  - Master 2 2024
Dans la categorie: Arts, Philosophie et Sociologie > Sociologie
   
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Paragraphe2 : L'émergencedenouvellespuissancesfrancophones commemoteurduchangementenFrancophonie

L'émergence de nouvelles puissances francophones au sein de la Francophonie est un phénomène reflétant les dynamiques changeantes de la géopolitique mondiale. Ces évolutions géopolitiques jouent un important rôle dans l'adaptation de l'Organisation internationale de la Francophonie à la conjoncture internationale. L'évolution de certains Etats francophones comme la Cote d'Ivoire, le Maroc, le Sénégal entre autres sur la scène internationale peut inclure de faire une analyse de leur croissance sur le plan économique, diplomatique, culturelle et de leur participation aux Organisations internationales. L'on peut également relever le rôle joué par le Québec dans l'émergence de la Francophonie en tant qu'acteur international, il a développé ses relations internationales plus que tout Etat non souverain et l'axe franco-québécois a été le moteur de son émergence sur la scène diplomatique82(*).

Nous allons analyser dans ce paragraphe comment l'émergence de nouvelles puissances francophones comme moteur du changement en Francophonie, a suscité une influence des pays en développement dans l'équilibre des pouvoirs au sein de la Francophonie (A) et à contribuer au renforcement de la solidarité Sud-Sud comme facteur déterminant des choix stratégiques de la Francophonie (B).

A-L'influencedespaysendéveloppementdansl'équilibredespouvoirsauseindelaFrancophonie

L'arrivée au sein de la Francophonie dès 1970 des puissances occidentales comme la France, le Canada et la Belgique, va contribuer à l'accélération du processus de changement entamé par l'institution. Le poids de ces puissances au sein de l'Organisation, peut se justifier soit par leur position stratégique sur la scène internationale, soit par leur influence. Ces puissances se démarquent également par leur capacité à la promotion et la diffusion de la langue française dans le monde, mais aussi par leur participation importante au budget de la Francophonie. La France par exemple est le premier pays contributeur au sein de la Francophonie suivie du Canada et enfin de la Belgique.

Ces différentes puissances ont jouées d'importants rôles dans l'évolution de l'OIF, mais l'impact ou l'influence des pays en développement dans l'équilibre des pouvoirs au sein de la Francophonie n'est pas négligeable. Le projet francophone initié autour du partage de la langue française en 1970, a été l'oeuvre des Etats africains. Ces derniers pèseront de leur poids pour faire évolué l'Organisation. D'ailleurs, le tout premier à prendre la tête du Secrétariat général, l'institution clé, est un africain en la personne de l'égyptien Boutros Boutros GHALI, élu le 16 novembre 1997 lors du VIIe Sommet de la Francophonie à Hanoi au Vietnam, a sa suite, ABDOU DIOUF, fera trois mandats. L'occupation de l'institution clé par les africains dès le départ montre une certaine influence africaine. L'Afrique va tenir les rênes de l'Organisation jusqu'à la succession de l'ex président sénégalais par une puissance occidentale en l'occurrence, le Canada.

En 2014, un changement reflétant une période de transition à la tête du Secrétariat général de la Francophonie, marquant la rupture de l'influence africaine au sein de l'Organisation pour une période. La canadienne Michaëlle JEAN prend le poste deSecrétaire générale, elle devient ainsi la première femme élue à ce poste. L'influence des pays en développement majoritairement africains dans l'équilibre des pouvoirs au sein de la Francophonie va conduire à l'élection d'une seconde femme au poste de Secrétaire général de la Francophonie en 2018. Cette élection marque le repositionnement de l'Afrique au sommet de l'Organisation. La particularité de cette élection est la mise en oeuvre des consensus pour parvenir à l'élection d'une nouvelle Secrétaire générale ressortissante d'un pays d'espace anglophone. Ceci illustre à suffisance l'opérationnalisation de la mondialisation comme phénomène transformateur dans l'évolution de la Francophonie en favorisant l'adhésion en son sein des Etats et gouvernements qui n'ont pas la langue française en partage.

L'élection de la rwandaise Louise MOUSHIKIWABO portée par un consensus africain soutenu par la France, est le début d'une Francophonie ou les pays africains en développement ont réussis à maintenir un équilibre de pouvoir au sein de cette Organisation dominée par le Canada, la Belgique et surtout la France qui est le bailleur principal dans le fonctionnement. Pour Ousmanou NWATCHOCK A BIREMA, «  La première leçon à tirer de l'élection L. Mushikiwabo est le « grand retour » de la France au sein de la Francophonie »83(*). La France, par le canal de son hégémonie au sein de l'Organisation, étend sa diplomatie culturelle, ceci par le biais des Etats africains parlant français, qui sont majoritaires au sein de l'OIF. Le Canada se voit donc écarter, mettant ainsi à nue la vulnérabilité de la diplomatie canado-québécoise face à la force de la diplomatie française. Tout ces évènements ont permit à l'Afrique, continent en pleine croissance démographique,de reprendre sa place dans le processus décisionnel de la Francophonie, matérialisant ainsi un rééquilibrage des pouvoirs au sein de l'Organisation et influencer dans la prise décision.

* 82 Consulté sur www.francophonie.org le 06 aout 2024 à 21h05.

* 83Ousmanou NWATCHOCK A BIREMA, Op.cit., p.35

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