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Les dynamiques de changement en francophonie: sociologie des réformes institutionnelles de la francophonie de 1970 à 2018par Constant FOMEKONG MOTSOU Institut des Relations Internationales du Cameroun - Master 2 2024 Dans la categorie: Arts, Philosophie et Sociologie > Sociologie |
CONCLUSION PARTIELLEParvenu au terme de cette deuxième partie, il convient tout d'abord de rappeler qu'il a été question pour nous d'analyser les enjeux et les résistances à la mise en oeuvre des changements dans la trajectoire institutionnelle de la Francophonie. Pour y parvenir, il a d'emblée été question de mener une étude sur les typologies des réformes institutionnelles et les acteurs de la mise en oeuvre. Ceci à travers un examen des différentes réformes opérées en Francophonie, qui a permit de mettre en exergue les réformes liées à l'organisation et au fonctionnement de la Francophonie ainsi que les réformes liées aux objectifs et aux missions de la Francophonie. A cela, s'ajoute l'analyse sur le rôle des acteurs dans la mise en oeuvre de ces réformes. Cela nous a permit de faire une analyse sociologique sur les rôles des acteurs comme les Etats membres de la Francophonie, le Secrétariat général, les institutions et la société civile. Ensuite, il a été question pour nous dans la continuité de notre analyse de ressortir les enjeux et les résistances à l'opérationnalisation des réformes institutionnelles où nous avons mis en exergue les enjeux liées à l'opérationnalisation des réformes institutionnelles en Francophonie. Cela s'est fait en ressortant comme enjeux, l'adaptation des institutions de la Francophonie aux nouveaux défis, le renforcement de la cohésion et de la représentativité. Enfin, il nous a été donné de s'attarder sur les résistances au changement en Francophonie, en mettant en lumière les résistances liées aux facteurs politiques, économiques et socioculturels. CONCLUSION GENERALEDans une dynamique d'adaptation aux changements opérés sur la scène internationale sous l'effet de la mondialisation, la Francophonie soucieuse de devenir plus efficace et pertinente va entamer un processus de transformation dans la période allant de 1970 à 2018. Jean TABI MANGA parle d'une troisième Francophonie, plus globale qui intègre la diversité des peuples à travers les régions, celle qui développe au quotidien un sentiment communautaire par la solidarité169(*). Interrogeant les processus, les acteurs, les déterminants, les enjeux et les résistances ayant permis à la Francophonie d'atteindre le changement par le biais des réformes institutionnelles, ce travail de recherche se structure autour d'un premier questionnement sur comment une Organisation intergouvernementale comme la Francophonie, avec des objectifs linguistiques et culturels au départ ait subi des changements au point de devenir une Organisation internationale avec divers centres d'intérêts ? L'intérêt pour la Francophonie de s'adapter au changement sous l'effet des nouveaux défis date depuis 1997 avec l'adoption d'une Charte comme toute les autres Organisations internationales lors du Sommet de Dakar. C'est autant d'éléments qui nous permet d'orienter notre recherche autour d'une question principale à savoir : Qu'entend-ton par changement et comment s'est-il opérationnalisé dans la trajectoire institutionnelle de la Francophonie dans la période allant de 1970 à 2018 ? Nous avons tenté d'y répondre en affirmant que la Francophonie a connu un processus de changement institutionnel caractérisé par des séquences de réformes successives. Chaque réforme a eu des conséquences sur les suivantes, et l'ensemble de ces réformes ont eu un effet de transformation sur les systèmes de politiques publiques institutionnelles au sein de la Francophonie. Dans ce sens, il s'est agit dans un premier temps de faire une analyse des principaux déterminants du changement en Francophonie et dans un second temps de ressortir les enjeux et les résistances à la mise en oeuvre du changement dans la trajectoire institutionnelle de la Francophonie.C'est la raison pour laquelle, dans une première partie nous avons fait une analyse des repères structurels du changement en Francophonie, avant d'aborder le changement comme le produit d'une adaptation régulière de la Francophonie à la conjoncture internationale. Puis dans une deuxième partie nous avons examiné les typologies des réformes institutionnelles et les acteurs de la mise en oeuvre ainsi que les enjeux et les résistances à l'opérationnalisation de ces réformes. Sur le plan théorique, notre réflexion sur les dynamiques de changement en Francophonie, menée à partir d'une sociologie des réformes institutionnelles opérées en Francophonie dans la période allant de 1970 à 2018, s'est faite à partir d'un cadre théorique. Ainsi, nous avons opté premièrement pour le néo institutionnalisme dans ses variantes, sociologique et historique. Indépendamment de ces différentes variantes, le néo institutionnalisme de manière globale, aborde les institutions comme « Règles ; mais aussi, désignent les acteurs qui participent aux décisions politiques, leur rôle respectif et même la façon dont ils doivent se comporter dans le processus politique »170(*). Ainsi, la variante sociologique nous a été utile pour mettre en exergue la manière dont les institutions francophones ont évoluées, comment elles ont répondu aux défis et aux besoins changeant des Etats membres, et comment elles ont influencé les politiques et les pratiques au sein de l'espace francophone. La variante historique nous a permit d'expliquer comment les institutions de la Francophonie ont évolué au fil du temps. Le néo institutionnalisme sociologique a été important pour notre travail de recherche pour saisir l'influence des normes et des cultures institutionnelles en Francophonie. Il a permis de mettre l'accent sur la manière dont les valeurs collectives, comme la promotion de la langue française ou la solidarité ont influencé les décisions prises lors des réformes institutionnelles. Il a permis d'analyser comment certaines pratiques comme les Sommets, la coopération linguistique, sont devenues des normes institutionnelles attendues au sein de la Francophonie. En fin,le néo institutionnalisme sociologique nous a permis de comprendre que les réformes n'ont pas été des ruptures brutales, mais des adaptations progressives de la Francophonie à des contextes évolutifs. Quant au néo institutionnalisme historique, son apport à été important dans l'analyse des évènements critiques comme la mondialisation, les configurations géopolitiques, la montée du multilinguisme et les crises politiques dans certaines zones de l'espace francophones qui ont influencés l'Organisation dans la conception des réformes institutionnelles. Ces moments ont permis de rendre compte de la manière dont la Francophonie a redéfini ses priorités, modifier ses structures institutionnelles et introduit de nouvelles politiques. Le néo institutionnalisme historique a donc permis de comprendre l'impact de ces évènements qui sont considérés comme des catalyseurs du changement en Francophonie. Nous avons deuxièmement mobilisé la théorie du constructivisme, qui a été crucial dans notre travail de recherche pour mettre en exergue d'une part comment les identités des pays membres de l'OIF ont évolué et influencé leur manière de percevoir leurs intérêts collectifs et leurs besoins de réformes. D'autre part, l'analyse des réformes institutionnelles en Francophonie sous le prisme constructiviste a permis de comprendre la manière dont les idées sur la coopération linguistique et culturelle ont évoluées entre 1970 et 2018 influençant ainsi les réformes institutionnelles. Et aussi, le constructivisme a permisd'explorer dans un premier temps comment les interactions entre les membres de la Francophonie ont été façonnées par des idées partagées et des discours. Et dans un second temps de reconnaitre l'influence des acteurs non étatiques (société civile) dans le processus de changement. En fin, le néoréalisme a été important pour comprendre comment les rapports de force entre les membres de la Francophonie influencent dans la prise des décisions principales dans le processus de réformes. Cette théorie permet d'analyser comment les Etats membres de l'Organisation ont cherchés à maximiser leur influence et leur sécurité, en redéfinissant les objectifs et les structures de la Francophonie. Cela a permis de percevoir les réformes institutionnelles comme moyen pour les Etats membres de s'adapter aux dynamiques internationales tout en maintenant les valeurs de l'Organisation comme la promotion de la langue française et de la coopération culturelle et linguistique. Sur le plan empirique, il était question de rendre compte sur ce que notre travail de recherche a décelé concrètement et ce que l'on peut en retenir. Par ces termes, nous voulons dire quedepuis sa création en 1970, sous l'appellation ACCT, la Francophonie a vu ses missions s'élargir progressivement. Axée sur la promotion de la langue française et de la coopération culturelle et linguistique au départ, elle a dû sous l'effet des évolutions du système international intégrer d'autres dimensions telles que la démocratie, le développement durable, les droits de l'homme, l'éducation et la coopération économiquepour devenir plus efficace et pertinente sur la scène internationale dans la période allant de 1970 à 2018. Plusieurs réformes institutionnelles ont marqué cette période pour répondre aux enjeux géopolitiques et socioéconomiques des pays membres. La Charte de la Francophonie de 1997 a permis de structurer les missions de l'Organisation et clarifier les domaines d'intervention, renforçant ainsi la coopération entre les pays membres. L'OIF met au coeur de ses priorités la promotion de la démocratie et les droits de l'Homme avec la Déclaration de Bamako en 2000, marquant ainsi un changement significatif. La réforme de 2005 a permis de rendre l'OIF plus efficiente avec une meilleure répartition des rôles entre les différentes structures de cette Organisation (le Sommet, la CMF et le CPF). Ainsi, les réformes institutionnelles en Francophonie naissent de la volonté d'une multiplicité d'acteurs dont le Secrétariat général, les institutions francophones, la société civile et la volonté des Etats membres influencés par les besoins et aspirations nationaux. Les transformations institutionnelles dévoilent une réallocation des rapports de force entre le Nord et le Sud, avec une prise de conscience progressive des Etats d'Afrique, d'Asie et des Caraïbes sur la nécessité d'une coopération Sud-Sud. La Francophonie devient ainsi un espace d'action pour renforcer la coopération entre les pays en développement. Les réformes institutionnelles ont permis de renforcer les institutions démocratiques dans plusieurs pays membres grâce à l'accompagnement de l'OIF dans des domaines comme les élections et la médiation des conflits. Le changement en Francophonie matérialisé par les réformes institutionnelles s'opère par un long processus qui comprend des déterminants, suivis des enjeux qui motivent l'Organisation dans sa perspective évolutive, sous l'impulsion de plusieurs acteurs. Malgré ces avancées, plusieurs défis persistent, créant des résistances à la mise en oeuvre des réformes institutionnelles, le rôle de la Francophonie face à la montée des nationalismes, la marginalisation de la langue française au profit de l'anglais, et le conformisme social. De plus, la difficulté dans la coordination des actions des Etats membres aux intérêts parfois divergents limite parfois l'efficacité des réformes. La période allant de 1970 à 2018 a vu la Francophonie évolué d'un espace de coopération culturelle à une Organisation multilatérale influente avec des réformes institutionnelles orientées vers des objectifs politiques, économiques et sociaux. * 169 Jean TABI MANGA, Op.cit., p.23 * 170 Sven STEINMO, cité par Aloys MBONO, Op. Cit., p.304 |