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Les dynamiques de changement en francophonie: sociologie des réformes institutionnelles de la francophonie de 1970 à 2018


par Constant FOMEKONG MOTSOU
Institut des Relations Internationales du Cameroun  - Master 2 2024
Dans la categorie: Arts, Philosophie et Sociologie > Sociologie
   
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2- Cadre théorique de l'étude

La définition d'un cadre théorique est l'étape qui permet d'insérer les travaux dans la communauté scientifique. De ce fait, il est composé d'une ou plusieurs théories. Pour Gordon MACE et François PETRY, l'approche théorique renvoie à « (...)un ensemble intégré de concepts et de sous-concepts que l'on tente habituellement d'utiliser pour mieux structurer l'explication de la réalité observable »40(*). Dans le cadre de notre étude, nous mobiliserons trois théories des relations internationales dontle néo-institutionnalisme (a), le constructivisme (b) et le néoréalisme (c).

a- Le néo-institutionnalisme

L'analyse des institutions est une variable déterminante pour rendre compte de la manière dont les intentions des acteurs sont continuellement influencées par l'environnement social. Le néo-institutionnalisme émerge suites aux critiques faites à l'institutionnalisme dans les années 1960 et 1970 qui sacralisait les institutions dans une logique descriptive et formaliste tout en les positionnant au centre des changements. Il s'agit d'une « approche traditionnelle des systèmes politiques à partir d'une étude formelle des institutions politiques (le parlement, le gouvernement, etc.) »41(*). Ainsi dit, le néo-institutionnalisme est né en 1984 aux Etats-Unis d'Amérique où l'on assiste à « (...) une redécouverte du rôle des institutions dans les sciences sociales, ou en tout cas, en science politique (...) »42(*).

Parmi ses figures marquantes nous avons James MARCH et Johan OLSON mais aussi Peter HALL, Rosemary TAYLOR et Sven STEINMO. Les travaux de ces auteurs se rejoignent sur le fait que « les institutions sont des règles. Ces règles peuvent être des règles constitutionnelles formelles, définissant par exemple les formes de systèmes présidentiels ou parlementaires, ou bien des règles plus informelles, comme les normes de comportement. Ainsi, les institutions désignent les acteurs qui participent aux décisions politiques, leur rôle respectif et même la façon dont ils doivent se comparer dans le processus politique »43(*). Dans une conception davantage claire, les institutions sont des « règles, procédures ou normes formelles, mais [aussi] les systèmes de symboles, les schémas cognitifs et les modèles moraux qui fournissent les cadres de signification guidant l'action humaine»44(*). Elle va remettre en avant les institutions au centre des analyses avec cette fois ci une approche plus large. Le néo-institutionnalisme se décline en quatre variantes que sont la variante discursive, du choix rationnel, celle historique et celle sociologique. Dans le cadre de notre travail nous nous attardons principalement sur le néo-institutionnalisme sociologique et historique.

Lenéo-institutionnalismesociologique, est une variante née à partir de la sociologie des Organisations. Les institutions ici sont des porteuses de système de sens tout en structurant la vie sociale et politique tout comme le comportement des acteurs45(*). Le néo-institutionnalisme sociologique s'intéresse aux routines et aux cadres d'interprétation institutionnalisés qui permettent de comprendre les logiques d'action46(*). C'est dire que les institutions sont la conséquence des normes et modèles sociaux dominants47(*). Les institutions se conforment aux normes sociales et s'adaptent nécessairement aux différentes situations qui peuvent être changeantes. Au niveau des organisations internationales, il s'agit d'un processus d'adaptation et de socialisation permanents concourant à leur légitimité48(*). Nous sommes en présence d'un « apprentissage social qui permet aux institutions de se renouveler et s'adapter aux situations sur le terrain »49(*).

Dans le cadre de notre étude, cette variante nous renseigne sur, comment les institutions francophones ont évoluées, comment elles ont répondu aux défis et aux besoins changeant des pays membres, et comment elles ont influencé les politiques et les pratiques au sein de l'espace francophone. Cela incluent l'examen des processus par lesquels les institutions naissent ou se modifient, et comment elles façonnent les intérêts et les préférences des acteurs impliqués.

Le néo-institutionnalisme historique, c'est une approche pour l'étude des institutions politiques qui se distingue des autres sciences sociales50(*) par plusieurs aspects : son attention sur les questions empiriques, son orientation historique et sa focalisation sur la façon dont les institutions structurent le paysage politique. En fait, il s'agit de situer les évènements en fonction des conjonctures nationales et internationales, d'où l'évaluation empirique des institutions et de leurs moyens d'action sur les Etats membres. En outre, une autre approche est mise en exergue ici par Georges BALANDIER qu'il appelle la puissance des dynamiques sociales à travers les institutions51(*).

Il s'agit donc pour les adeptes de cette variante, de se focaliser sur des bornes historiques, représentant des marqueurs de l'émergence et des différents aménagements des institutions. Ceux-ci expliquent que « les institutions sont créées durant certaines conjonctures favorables. Ces périodes d'innovation sont ensuite suivies de période de consolidation. Durant ces périodes, les institutions se reproduisent jusqu'à ce que des chocs exogènes provoquent de nouveaux déséquilibres entrainant de nouvelles innovations »52(*). En revanche, deux chemins s'ouvrent pour l'explication de la stabilité : la dépendance de sentier et la sédimentation.Le plus ancien et le plus répandu auprès des institutionnalismes historiques c'est la dépendance de sentier.

Elle renvoie à l'idée que la création d'institutions et des intérêts qu'elles produisent sont acquises et simples, mais que les supprimer ou les éliminer devient plus complexe. Les conditions de la longévité ou de la durée des institutions se trouvant dans les mesures mises en place qui concourent à leur reproduction. Ainsi, à la base de leur création, on peut noter quelques flottements, ou quelques imperfections ou insuffisances, qui seront progressivement améliorées, permettant à celles-ci de survivre aux différents chocs extérieurs et internes. La tendance de sédimentation, une autre manière de comprendre la stabilité des institutions, permet de comprendre que, au lieu de modifier les règles ou les objectifs, les institutions recourent souvent à l'adaptation par l'agrégation de nouvelles micro-institutions à l'interne qui viennent ainsi renforcer celles déjà existantes.

Ramené dans le cadre de notre analyse, le néo-institutionnalisme historique permet d'expliquer comment les institutions de la francophonie ont évolué au fil du temps, en tenant compte des rétroactions politiques et des influences mutuelles entre les pays membres. Il s'intéresse aux phénomènes de changements et de continuités des politiques publiques, ce qui est essentiel pour comprendre les réformes institutionnelles sur une période prolongée.

* 40 Gordon MACE et François PETRY, Guide d'élaboration d'un projet de recherche, Québec, les presses de l'Université Laval, 2e édition, 2000, p.31

* 41 Daniel KUBLER et Jacques DEMAILLARD, Analyser les politiques, Grenoble, Presse Universitaire de Grenoble, 2009, p.129

* 42 James MARCH, Johan OLSEN, Rediscovering Institutions, New York, Free Press, 1989, p.63

* 43 Sven STEINMO, « Néo-institutionnalisme historique », in Laurie BOUSSAGUET, Sophie JACQUOT et Pauline RAVINET (dir), Dictionnaire des politiques publiques, 4e édition, Paris, Presses de Sciences Po, 2014, p.367

* 44 Peter HALL et Rosemary TAYLOR, « La science politique et les trois néo-institutionnalismes », revue française de science politique, numéro 47 (3-4), 1997, p. 469-496

* 45 Louise HERVIER, « Néo-institutionnalisme sociologique », in Laurie BOUSSAGUET, Sophie JACQUOT et Pauline RAVINET, Op. cit., p.377

* 46 Louise HERVIER, « Néo-institutionnalisme sociologique », in Laurie BOUSSAGUET, Sophie JACQUOT et Pauline RAVINET, Op. cit., p.382

* 47 Stéphane Aloys MBONO, La culture démocratique des organisations internationales dans la prévention des conflits électoraux. Analyse comparée du Commonwealth et de la francophonie, thèse de doctorat en science politique/relations internationales, Université de Yaoundé 2, 2018, p.56

* 48Idem

* 49Idem

* 50 Sven STEINMO, what is Historical Institutionalism, Donatella, Cambridge University, 2008, p.150

* 51 Georges BALANDIER, Sens et puissance : les dynamiques sociales, Paris, PUF, 2004, p.336

* 52 Kathleen THELEN, « How institutions evolve : insights from comparative historical analysis », in J. MAHONEY et D. RUESCHEMEYER, 2003, p. 209

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