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Les établissements pénitentiaires pour mineurs: l'identité des personnels en question

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par Olivier CHEVRIER
école nationale de la protection judiciaire de la jeunesse - chef de service éducatif PJJ 2007
  

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La perspective d'un travail en partenariat9(*

A partir de ces constats, on mesure toute l'ambiguïté d'agir ensemble puisque les perspectives de travail ne sont pas identiques. Ces méthodes engendrent ou bien alimentent des représentations erronées sur le travail des uns et des autres.

A cela s'ajoute le corollaire des difficultés rencontrées dans le quotidien professionnel de chacun. Difficultés professionnelles du métier de surveillant10(*) (la routine carcérale, le manque de considération, les contraintes de la surveillance et de la sécurité...) et difficultés de l'éducateur (gestion du groupe, relations avec les magistrats, les familles...) qui peuvent parfois se recouper mais qui sont à l'origine de divergences de conceptions ou de représentations sur le métier de l'autre. Il s'agit donc de se demander si le dispositif des E.P.M risque d'amplifier ou au contraire de diminuer ces incompréhensions.

Les apports d'une expérience professionnelle éducative auprès des surveillants à L'Ecole Nationale de l'Administration Pénitentiaire (ENAP)

Depuis l'année 2006, j'ai effectué au total trois interventions à l'E.N.A.P, auprès des promotions de surveillants pénitentiaires. Deux pour la formation continue d'adaptation au quartier mineur, et une pour la première promotion de surveillants amenée à travailler en E.P.M.

Ici l'expérience de travail en hébergement est à expliquer, et à valoriser. Elle apporte à ces personnels à la fois une réassurance et permet un « passage de relais » pour un « savoir faire éducatif ». Cette rencontre a cautionné l'idée qu'il existe beaucoup de représentations sur le métier de surveillants, notamment les miennes. En effet, je pensais que j'aurai face à moi des personnels en butte à l'éducatif. Mais grande fût ma surprise, de voir à quel point ces derniers sont avides de découvrir le métier d'éducateur et surtout d'en tirer des enseignements sur les pratiques exercées en foyer.

Ces personnels sont majoritairement inquiets quant à un mode de prise en charge qu'ils ne connaissent pas et susceptible de générer des situations nouvelles pour eux. C'est par exemple l'idée de « vivre avec » ou de « faire avec » les détenus et même peut -être la crainte d'avoir à gérer un collectif de jeunes sur des actions de vie quotidienne. Mais, il existe aussi des préoccupations « toutes pénitentiaires », comme celle de la peur du suicide. Comment l'éducateur fait-il devant ce problème ? Est-ce une situation courante dans sa pratique?

En cela, la possibilité d'expliquer notre métier à partir de l'expérience de terrain et d'hébergement permet de rassurer, de diminuer la « barrière » entre surveillants et détenus, mais aussi de « casser » les représentations éventuelles du surveillant sur l'éducateur de justice. C'est l'occasion d'expliquer que ce dernier n'agit pas toujours en faveur du jeune. Et qu'il est là aussi pour rappeler la loi, travailler sur la culpabilité et sur le rôle que chacun doit tenir en société. Comme le dit Fernand Deligny11(*) l'éducateur en hébergement « remplace les murs et les barreaux ».

Au fond, la question essentielle posée par les surveillants est bien celle du « savoir-être » éducatif. Face à la difficulté pressentie à se situer par rapport à une fonction nouvelle au sein des E.P.M, ces personnels sont curieux de connaître le positionnement de l'éducateur face à un groupe d'adolescents. En manque de repères professionnels, leur question est la suivante : comment faites-vous ? Les deux approches professionnelles sont-elles compatibles, voire complémentaires ? Au foyer, le « vivre avec » est un outil de la pédagogie, en est-il de même pour un surveillant ?

C'est la question de la « dilution » des rôles et des fonctions12(*) qu'il faut interroger. Ainsi, on peut considérer que la distance entre le gardien et le détenu se maintient parce qu'elle est « parasitée » par des relations qui lui sont extérieures (avec avocat, éducateur, famille...)13(*).

Le détenu se trouve en quelque sorte « distrait » de ce face à face. Mais comment envisager cet état de fait si le professionnel qui jusque là fait tiers dans cette relation, est présent en permanence et constitue le binôme du surveillant ?

Ce problème se retrouve dans la question de la distance professionnelle entre les jeunes détenus et les surveillants. L'emploi du vouvoiement par les surveillants est de rigueur dans la culture carcérale alors que le tutoiement  est généralement employé par les éducateurs et participent de la culture PJJ en hébergement. Comment alors se positionner sur cette question ? Faut-il adopter la même ligne de conduite ? Ou bien cette différence de distance risque-t-elle de créer dans les esprits des mineurs une différenciation entre les professionnels? Et si oui, cette dernière est-elle bénéfique ou non ?

Il y a en fait toute une nouvelle culture professionnelle à élaborer, voire peut-être à réinventer avec la préoccupation sous-jacente de se demander comment les mineurs vont repérer les rôles de chacun. Autrement dit cette mixité professionnelle imprimera-t-elle un changement dans les fonctions des uns et des autres?

En tout état de cause, il s'agit d'échafauder un « savoir-être » qui s'inspirera peut-être de celui de l'éducateur mais qui devra s'en détacher pour éviter la dilution des rôles. C'est là certainement l'enjeu de la formation pour les surveillants. La construction d'une identité professionnelle nouvelle.

* 9 F. DHUME, Du travail social au travail ensemble, le partenariat dans le champ des politiques sociales, éd. ASH, 2001,206 p., : « C'est une méthode d'action coopérative fondée sur un engagement libre, mutuel et contractuel d'acteurs différents mais égaux, qui constituent un acteur collectif dans la perspective d'un changement des modalités de l'action (faire autrement ou mieux) sur un objet commun (de par sa complexité et/ou le fait qu'il transcende le cadre de l'action de chacun des acteurs) et élaborent à cette fin un cadre d'action adapté au projet qui le rassemble, pour agir ensemble à partir de ce cadre ».

* 10. Ibid, p. 121.

* 11. P.F MOREAU, Fernand Deligny et les idéologies de l'enfance, Ed. Retz, coll. Divergence, Paris, 1978, 207.

* 12. E. DE GREEF, Autour de l'oeuvre de, L'homme criminel, Ed. Nauwelaerts, Louvain, 1956, 256 p.

* 13. C. CARLIER, op. cit.

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"Les esprits médiocres condamnent d'ordinaire tout ce qui passe leur portée"   François de la Rochefoucauld