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La radiodiffusion au cameroun de 1941 à 1990

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par Louis Marie ENAMA ATEBA
Université de Yaoundé I - Master II en Histoire des Relations Internationales 2011
  

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II.2.2. Un facilitateur de l'éclosion de la pensée nationaliste locale

Nous avons mentionné plus haut que la radiodiffusion du Cameroun avait été créée pour asseoir la domination française sur le pays. Aussi, l'administration coloniale française avait-elle mis sur pied des mesures destinées à compromettre le nationalisme camerounais. C'est ainsi que l'U.P.C., créée le 10 avril 1948 par Ruben Um Nyobe et ses acolytes, s'était vue refuser tout accès à la radiodiffusion du Cameroun, car, pensaient les autorités coloniales, elle était susceptible de révolter l'opinion local. Bien plus, seuls les Français pouvaient exercer au sein de la radiodiffusion camerounaise, compte tenu du fait que très peu de nationaux étaient lettrés37(*), et les intellectuels locaux étaient animés par le souci de restaurer la souveraineté du pays38(*), position que ne partageait pas l'administration coloniale. Les sévices infligés aux Camerounais en quête de souveraineté internationale, doublés des manipulations orchestrées par la radiodiffusion, avaient conduit les dirigeants de l'U.P.C. à amplifier leurs revendications et à sensibiliser davantage l'opinion sur la nécessité d'une prise de conscience générale du caractère immoral de la colonisation39(*). Soulignons que la radiodiffusion du Cameroun donnait des informations et diffusait des émissions allant dans le sens de la politique française, et se rendait ainsi peu fiable aux yeux des révolutionnaires camerounais. D'où l'importance accordée aux radios étrangères, dont l'écoute était d'ailleurs proscrite : Radio-Pékin ; Radio-Moscou40(*). Par le canal de ces radios étrangères, les partisans de la rupture avec le système colonial obtenaient des informations venant de leurs partenaires étrangers, et des instructions concernant les stratégies à adopter pour venir à bout de leurs « maîtres ». Par la voie de la radio, les révolutionnaires camerounais se renseignaient des politiques françaises et pro-françaises, et harmonisaient ainsi leurs méthodes de revendication41(*).

En accomplissant ses missions éducatives et agricoles, la radiodiffusion avait contribué à l'épanouissement des populations camerounaises. L'éducation par la radio avait permis à une frange de Camerounais de s'abreuver à la pensée occidentale, qui prônait la liberté des personnes et s'insurgeait contre l'exploitation de l'Homme par l'Homme, projet dans lequel s'était investie la colonisation. L'éducation avait aussi enseigné aux Camerounais les règles d'hygiène et l'harmonie sociale, le respect de l'autre et l'ardeur au travail, des valeurs qui conduisaient à l'autonomisation des personnes et à l'amélioration de leur condition par elles-mêmes. La formation aux techniques agricoles avait permis, bien que de façon limitée, d'accroitre les rendements, et d'assurer une alimentation décente aux indigènes. Elle avait également intéressé nombre de Camerounais aux métiers liés à l'agriculture. Ce qui permit aux indigènes d'obtenir des bénéfices consistants à cette période, et de s'approvisionner, sans difficultés, en quelques commodités essentielles42(*).

La radiodiffusion avait donc favorisé les progrès des indigènes. L'indépendance du Cameroun sous tutelle française en 1960 avait suscité la nationalisation de sa radiodiffusion. Dès lors, les pouvoirs publics devaient faire de la radio un facteur du développement politique, économique et socio-culturel de la nation.

* 37 Ondoa Ondoa Augustin, 71 ans, Enseignant retraité, Yaoundé, 26 janvier 2010.

* 38 Ayant acquis des notions de liberté dans les écoles européennes, les intellectuels camerounais aspiraient à libérer le pays de la domination coloniale.

* 39 Entretien avec Augustin Ondoa Ondoa, 71 ans, Enseignant retraité, Yaoundé, 26 janvier 2010.

* 40 Eroumé Joseph, 61 ans, Professeur d'ENIEG du Cameroun, Yaoundé, 05 janvier 2010.

* 41 Ondoa Ondoa Augustin,...05 janvier 2010.

* 42 Document de l'Agence de Coopération Culturelle et Technique (A.C.C.T.), Vers une radio rurale locale africaine , Paris, n° 2818, 1993, p.16.

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