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La radiodiffusion au cameroun de 1941 à 1990

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par Louis Marie ENAMA ATEBA
Université de Yaoundé I - Master II en Histoire des Relations Internationales 2011
  

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CHAPITRE II

L'APPORT DE LA RADIODIFFUSION APRÈS LES INDÉPENDANCES (1960-1990)

Le Cameroun francophone, indépendant dès le 1er janvier1960, se devait de nationaliser sa radiodiffusion, de rompre ses liens directs avec la France, ancienne métropole coloniale, de renforcer et consolider sa souveraineté, qui n'était encore que théorique. De ce fait, la radio nationale était destinée à asseoir l'unité et le développement économique et social du pays, conformément aux idéaux du Président de la République Amadou Ahidjo.

I-LA RADIODIFFUSION COMME MOYEN DE CONSOLIDATION DE LA SOUVERAINETÉ NATIONALE

Les programmes de la radio nationale du Cameroun étaient destinés à renforcer sa souveraineté politique, économique, sociale et culturelle. Ladite souveraineté était la concrétisation de l'indépendance théorique accordée au pays en 1960, et était conditionnée par son unification totale et sa croissance économique.

I.1. Les prévisions gouvernementales

Au lendemain de l'indépendance, le Cameroun fait face à des défis multiples. Le premier défi des pouvoirs publics est la lutte contre la misère et le sous-développement43(*). Les mass-médias, et plus singulièrement la radio, avaient un rôle nouveau. Il est communément admis que « celui qui détient l'information détient la clé du pouvoir » et que « ce qui est vrai pour le pouvoir l'est aussi pour le développement ». Après l'indépendance et de la réunification, le gouvernement camerounais avait attribué pour mission à la radio nationale de renforcer et consolider la souveraineté de l'État. Ce d'autant plus que la radio était le moyen d'information le plus accessible à la population, ainsi que le confirme Mankiewicz :

La radiodiffusion est, sinon, le plus accessible des moyens d'information. Grâce à la diversité de leurs modèles, dont beaucoup sont portatifs, les postes de radio permettent l'audition des programmes dans toutes sortes de conditions, chez soi, dans un lieu public, pendant des heures de loisir, le travail ou en voyage, l'écoute individuelle ou collective44(*).

I.1.1. L'actualisation de la culture politique des auditeurs

Au terme d'une étude sur les relations entre l'information et le pouvoir, B. Lempen aboutit à la conclusion suivante : les moyens d'information doivent encourager chez l'individu un comportement de confiance dans les autorités. Selon Lempen, l'action de l'information ne peut être confiée qu'à des organismes à qui l'État a explicitement attribué une mission de service public. L'État est en effet un gage de sécurité, un garant de la protection. Il assure le bien-être de ses citoyens, et leur donne accès aux commodités essentielles, capitales pour la stabilité physique, matérielle et financière. L'État est le meilleur employeur, car il éloigne de la précarité professionnelle. Les médias, par une intense activité de propagande et de vulgarisation de l'action publique, ont le devoir d'informer la population de la gestion de la chose publique. Parce que d'accès facile, la radio contribue considérablement à cet important projet de société. L'efficacité de l'administration est fonction du niveau d'adhésion des masses. Car le gouvernement agit en vue de l'amélioration de la condition des administrés. Relais par excellence de l'information issue des services étatiques, la radio doit tendre à intéresser le peuple dans sa majorité au sens de la nation. Par sa mission d'éducation et de formation, la radio apprend à la population les fondements de la citoyenneté et de l'éthique sociale. La stabilité de l'État en dépend. Toute forme d'organisation sociale résulte du consentement du peuple. En effet, ses dirigeants sont l'expression de ses choix. Ils officient en ses lieux et places. Le peuple doit ainsi respect et soumission à ses représentants. C'est la raison pour laquelle la radio nationale excluait de ses programmes des intervenants se refusant à collaborer avec le régime. Voilà pourquoi le gouvernement avait fait de Radio-Cameroun un médium national.

Après l'indépendance, la radio devait promouvoir la politique du gouvernement. Cela tenait compte des enjeux politiques et géostratégiques d'alors, à savoir consolider l'indépendance du Cameroun, en lui assurant un développement avéré, dans le respect de la règlementation internationale. La radio nationale se devait ainsi de promouvoir l'image du Cameroun à l'étranger. Pour ce faire, elle devait informer les auditeurs nationaux et internationaux des projets structurants du gouvernement et des moyens nécessaires pour leur réalisation. Elle devait également promouvoir l'image du Cameroun à l'extérieur, en vue d'attirer les investissements étrangers, et d'assurer l'aide au développement destinée aux pays pauvres. La radio était ainsi considérée comme un tremplin ; elle était le moyen de communication le plus efficace de cette période ; elle était d'accès facile et rayonnait sur un périmètre large.

Afin de concrétiser la nationalisation de la radiodiffusion, les pouvoirs publics camerounais avaient interdit les critiques à l'égard du Gouvernement, en adoptant des méthodes de censure rigoureuses et des lois contre la subversion. Ainsi, la radio nationale avait été implantée à Yaoundé, siège des institutions politiques du Cameroun ; les radios locales en servant de relais. Les journalistes de la radio nationale étaient alors tenus d'éviter les critiques, au risque de se voir condamnés par les autorités compétentes. Les émissions à caractère satirique étaient quasi inexistantes, et l'intervention directe à la radio était sélective. Les programmes de la radio prévoyaient des émissions en français et en anglais. Cela était la matérialisation du bilinguisme camerounais. En effet, en 1961, le Cameroun francophone s'était réunifié avec le Cameroun anglophone. L'E.S.I.J.Y. née au début des années 1970 avait vocation à former des journalistes devant être employés dans des structures nationales. Ceux spécialisés dans le journalisme radiophonique étaient recrutés au sein de la radio nationale. L'admission à l'E.S.I.J.Y. respectait les principes de quotas, ce qui permettait une représentativité effective de toutes les régions au sein de l'institution. Les recrutements à la radio nationale tenaient compte des mêmes principes45(*).

* 43 Le sous-développement est entendu comme le déséquilibre entre la croissance trop faible des ressources et la croissance trop rapide de la population. Un pays est dit sous-développé lorsqu'il ne parvient à subvenir aux besoins fondamentaux de ses hommes. Il se caractérise alors par la misère et la pauvreté généralisées.

* 44 Mankiewicz, La Radio-Télévision au Service de l'éducation des adultes : les Leçons de l'expérience mondiale, Paris, UNESCO, 1972, p.33.

* 45 La population du Cameroun, au lendemain de son indépendance, était majoritairement analphabète. Il existait des régions mieux lotis en équipement éducatifs que d'autres. Ce qui entrainait une alphabétisation poussée de certaines d'entre elles (la région du Centre par exemple) au détriment des autres (la région du Nord par exemple). Cela entrainait des risques qu'il n'y ait à des postes de responsabilité que des ressortissants des régions les plus avancées en matière d'alphabétisation. D'où l'adoption par le Président Ahidjo du système d' « équilibre régional » qui tendait à assurer une meilleure représentativité de toutes les régions, et à taire les idées de révolte, ce d'autant plus que la politique du Gouvernement consistait à cette période en la recherche de l'unité du pays .

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