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Le NEPAD ou l'ère de la conditionnalité intériorisée

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par Julien Vlassenbroek
Université de Louvain-La-Neuve (UCL) - Diplôme d'études spécialisées en études du développement 2005
  

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2. La genèse du NEPAD et les acteurs impliqués

Le long processus qui mène à la réalisation de la version définitive du NEPAD est riche en enseignements à tous points de vue. Que ce soit pour appréhender les rapports de force et leur évolution au cours des années précédent la mise sur pied de ce partenariat, à la fois sur le plan des relations interafricaines stricto sensu mais également afin de mettre en exergue le rôle des bailleurs de fonds (G8, IFIs, UE,...) et certaines lignes directrices des relations Afrique-Occident en général, la genèse du NEPAD s'avère un épisode dont il est selon moi impossible de faire l'économie sous peine de passer à côté de l'essentiel ou, en tous cas, de ne pas en saisir la totalité.

2.1. L'« African Renaissance » comme refuge paradigmatique

Certains auteurs font remonter les origines directes du NEPAD au milieu des années nonante. C'est notamment le cas de Sams Dine Sy qui considère que le NEPAD n'est qu'une réactivation du Plan du Caire destiné à relancer le développement sur le continent africain, agrémentée toutefois de quelques nouveautés5(*). Mais s'il est un fait qu'il existe des éléments de continuité entre le plan du Caire (1995) et le NEPAD, il ne semble pas que l'on puisse établir une parenté directe entre celui-ci et celui-là. On verra en se penchant sur les options économiques et autres éléments doctrinaux qui sont contenus dans le NEPAD que les influences paradigmatiques y sont nombreuses (quoi qu'assez univoques, cf. infra) et peuvent renvoyer à des conceptions vieilles de parfois près de trente ans. Seulement, là n'est pas le but de cette partie du travail. Il s'agit ici de tenter de saisir la ou les dynamique(s) propre(s), si tant est qu'il y en ait, qui a ou ont prévalu à l'éclosion du document qui fait l'objet de la présente étude.

Ainsi, dans le sillage de l'écrasante majorité des auteurs qui ont abordé la problématique, on fera remonter le début de la construction du NEPAD en tant que tel à la fin des années nonante. En effet, les origines du processus d'élaboration de l'accord de partenariat semblent remonter au concept de l' « African Renaissance » élaboré et popularisé par le président de l'Afrique du Sud, Thabo Mbeki. Ce concept peut en fait être appréhendé comme un condensé d'éléments philosophiquo-politiques contenus dans les grands courants de pensées africains tel que le panafricanisme, la négritude ou encore le « Black Consciousness ». Ce n'est donc pas par son caractère novateur que ce nouveau paradigme autoproclamé se distinguait mais bien par son fort potentiel émotionnel, s'avérant psychologiquement et culturellement pertinent en mettant l'accent sur la dignité et le respect de soi en tant qu'Africain mais surtout sur la fierté d'être Africain dans un contexte marqué alors du sceau de l'afro-pessimisme6(*). C'est donc par sa revitalisation de valeurs appréhendées comme authentiquement africaines que ce paradigme, bien que fruit de recyclages, a pu mobiliser les responsables politiques et les intellectuels. Cependant l' « African Renaissance » ne constitue pas en soi un paradigme totalement abouti et politiquement applicable tel quel mais bien une base philosophique sur laquelle appuyer des constructions politiques7(*).

La matérialisation sous forme programmatique des préceptes inhérents à ce courant de pensée s'est réalisée de manière décisive via le « Programme de renaissance africaine pour le nouveau millénaire » (ou MARP, pour « Millennium African Renaissance Program ») présenté par Mbeki lors du Forum économique mondial à Davos le 28 janvier 2001. Ce texte qui fait sien les recommandations du courant de l' « African Renaissance » est le fruit d'un mandat reçu par les chefs d'Etats algérien, nigérian et sud-africain lors du sommet extraordinaire de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA), à Syrte en Libye, afin de plaider l'annulation de la dette de l'Afrique auprès de ses créanciers. MM. Obasanjo, Bouteflika et Mbeki virent ensuite leur mandat s'étendre à la préparation d'un programme africain de relance pour le millénaire à venir lors du sommet de juillet 2000 à Lomé.

Le texte de ce plan est décrit comme « un diagnostic des sources de l'appauvrissement historique de l'Afrique et un appel à la prise de conscience des leaders africains »8(*). Passant par l'analyse des dérives de l'esclavage, de la colonisation et de la néocolonisation, il met notamment en lumière les prélèvements de ressources propres à chaque période (respectivement ressources humaines, naturelles et de productions agricoles ou industrielles dans le cadre d'un échange inégal). Le plan avait en outre intégré des préoccupations telles que la place de l'Afrique sur la scène internationale et les modalités d'un nécessaire partenariat avec les institutions multinationales.9(*) Il s'agit donc d'une initiative légèrement teintée d'altermondialisme et d'un ton revendicatif mais insistant également sur la responsabilité des Africains quant à leur avenir propre.

* 5 S. D. Sy, « NEPAD : A Vision for the Global Governance ? », synthèse des présentations effectuées par l'auteur lors du meeting régional de la RADI (février 2003), Dakar, 2003, url: www.reformwatch.net/fitxers/42.pdf

* 6 H. Melber, « The New Partnership for Africa's Development (NEPAD) - Scope and Perspectives », in H. Melber, R. Cornwell, J. Gathaka et S. Wanjala, The New Partnership for Africa's Development (NEPAD) - African Perspectives, Nordiska Afrikainstituet Discussion Paper n°16, Uppsala, 2002, p. 6.

* 7 Ibid.

* 8 A. Soumare, « NEPAD - New Partnership for Africa's Development - historique, présentation, ambitions, modalités de mise en oeuvre, structures », op. cit., sur http://www.assoce.net/nepad-avenir/?page=1x6

* 9 Ibid.

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