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Xavier MALON Sous la direction
de Francis BESTION T uteur universitaire
Accompagnement :
Elhadji Abdou GUEYE Tuteur de stage Bureau Formation
Professionnelle Agricole
DAKAR
MEMOIRE D'ÉTUDE

| | 100 km
LA FORMATION AGRICOLE ET RURALE DANS LA
VALLEE DU FLEUVE SENEGAL :
APPUI À LA MISE EN PLACE
D'UN CADRE DE PILOTAGE REGIONAL
Master Professionnel
Ingénierie de la Formation
Et des Systèmes d'Emploi Aout 2007
UNIVERSITÉ DES SCIENCES SOCIALES - TOULOUSE 1
MEMOIRE D'ÉTUDE
LA FORMATION AGRICOLE ET RURALE DANS LA
VALLEE DU FLEUVE SENEGAL :
APPUI À LA MISE EN PLACE

Croisière sur le Bou el Mogad (fleuve
Sénégal)
D'UN CADRE DE PILOTAGE REGIONAL
TABLE DES MATIERES
INTRODUCTION 6
I- PREMIERE PARTIE - LE CONTEXTE 8
I-1. contexte de l'agriculture 8
I-1.1. L'importance du secteur agricole au
Sénégal 8
I-1.1.1. Les missions assignées à
l'agriculture 8
I-1.1.2. La régression de l'agriculture
sénégalaise: essai d'explication 10
I-1.2. L'agriculture dans la vallée du fleuve
senegal 15
I-1.2.1 L'utopie séculaire d'un potentiel
stratégique 15
I-1.2.2 La mise en valeur du Fleuve Sénégal
16
I-2. La formation agricole et rurale au Sénégal
19
I-2.1. Quels dispositifs ? 19
I.2.1.1- Formation de techniciens et encadreurs
19
I.2.1.2- La formation professionnelle des producteurs
20
I-3. contexte de la formation agricole et rurale dans la
vallée 26
I-3.1. Les systemes d'acteurs a l'oeuvre 26
I-3.1.1. Représentation graphique des acteurs en
présence (et proximité) 26
I-3.1.2. Systèmes et acteurs en présence (et
proximité) 27
I-3.2. Le Réseau Formation Fleuve (RESOF)
28
I-3.2.1. La naissance du RESOF 28
I-3.2.2. Evolution du RESOF 29
I-3.2.3. Fonctionnement et organisation du RESOF
30
I-4. une strategie nationale, pour des reponses-formation
territorialisees 34
I-4.1. Les enjeux 34
I-4.2. un acteur recent mais attendu
36
I-4.3. le cadre reglementaire 38
I-4.4. les instruments en place qui favorisent
l'implication du BFPA. 39
II - DEUXIEME PARTIE - LES CONCEPTS MOBILISES 46
II-1. Explicitation des concepts mobilises 46
II-1.1. REGULATION 46
II-1.2. Pilotage 48
II.1.3- REGULATION PARTICIPATIVE 50
II. 1.4- CONCERTATION 52
II.1.5- QUALITE DE LA FORMATION 55
La demande de formation 56
Approche par la demande (de formation ?) 57
III- TROISIEME PARTIE - LA DEMARCHE DE RECHERCHE 61
III-1. L'originalité de ma démarche (en tant
qu'acteur du processus depuis 2004) 61
III- 2. Les éléments de départ 62
III- 2.1. Le RESOF est créé en 2000 :
Pourquoi ? 62
III- 2.2. Le pilotage (ou son absence) pose
problème aux yeux des acteurs 64
III- 3. Les faits (analyse détaillée en
4ème partie) 65
III-3.1. La démarche du RESOF 65
III-3.2. les actes posés (jusqu'à la
dernière mission du BFPA fin juin 2007) 65
IV- QUATRIEME PARTIE - LA «LONGUE MARCHE » VERS LE
PILOTAGE PARTAGE. 68
IV-1. Les « résultats » 68
IV-2. Quelles leçons tirer ? 83
RECOMMANDATIONS 86
CONCLUSION 89
Liste des abréviations 94
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES 96
WEBOGRAPHIE 98
ANNEXES
REMERCIEMENTS
Je tiens ici à remercier tous ceux qui, de près
ou de loin, ont contribué à l'élaboration de ce
Mémoire, que ce soit par leurs conseils avisés, leur connaissance
du sujet, ou tout simplement par leur soutien et leurs encouragements.
Mes remerciements s'adressent à Monsieur Francis
BESTION, professeur à l'Université de Toulouse 1 - Sciences
Sociales, pour la confiance qu'il m'a témoigné.
Une mention toute particulière pour mes deux
collègues et amis, Elhadji Abdou GUEYE, et Souleymane SARR, du Bureau de
la Formation Professionnelle Agricole, pour toutes leurs qualités
humaines, nombreuses, et pour m'avoir accordé toute leur confiance et
leur amitié complice.
Un clin d'oeil à mon épouse, qui a
supporté dans l'ombre toutes mes sautes d'humeur, que je remercie
très sincèrement pour sa patience et sa compréhension ; un
second clin d'oeil à mes deux enfants, à qui j'espère
pouvoir montrer que l'effort est payé de retour, à condition de
ne jamais abandonner le but que l'on s'est fixé.
Je dédie ce travail personnel, qui vient conclure un
cycle de près d'un an et demi de dur labeur, à ma maman
aujourd'hui décédée, et à mon père. Fils de
cultivateurs, je n'avais pas souhaité reprendre la ferme paternelle qui
me tendait naturellement les bras à la fin de mes études, au
début des années 80 ; cette décision a sans doute
provoqué chez eux une blessure cachée mais profonde, et
j'espère de tout coeur que mon cheminement depuis lors puisse être
source d'apaisement et de fierté pour eux deux.
INTRODUCTION
La construction progressive d'un dispositif
cohérent et articulé de formation agricole : une
impérieuse et incontournable nécessité
Ce travail constitue le prolongement du premier mémoire
de recherche que nous avons réalisé en 2006 dans le cadre de
notre formation Master professionnel « Ingénierie de la Formation
et des Systèmes d'Emploi » et qui s'intitule « Le
réseau formation fleuve (RESOF) - Pour une régulation
participative de la formation agricole et rurale ».
La relation étroite entre ces deux travaux explique et
justifie les nombreux renvois du second vers le premier, ainsi que les emprunts
que nous nous sommes permis ici et là d'effectuer, notamment pour la
partie descriptive du contexte de notre intervention.
Questions de régulation dans le premier, questions de
pilotage dans le second : nous avons tenté au cours de l'année
écoulée de cerner les deux faces d'une même médaille
; dans la partie relative aux concepts que nous avons mobilisés, nous
tentons de démontrer que l'une ne peut aller sans l'autre.
Ce document est le travail d'un étudiant, certes plus
très jeune, mais c'est aussi un travail tout court, correspondant
à une « commande » qui m'a été passée par
le Service du ministère sénégalais de l'agriculture,
où j'ai été affecté en position de conseil : le
Bureau de la Formation Professionnelle Agricole. Ce service, doté de
ressources humaines fort peu nombreuses, a la tâche immense de porter,
jusqu'à aujourd'hui, au niveau national la stratégie de formation
agricole et rurale qui a été élaborée de
façon participative en 1999.
L'enjeu consiste à travailler de concert avec tous les
acteurs, individus et organisations, qui travaillent dans le champ de la
formation agricole et rurale, dans un contexte où l'Etat a reconnu
depuis déjà quelques années qu'il ne pouvait plus
élaborer et mettre en oeuvre, seul, les politiques de
développement rural. D'où ce titre en haut de page, la
construction progressive d'un dispositif cohérent et articulé de
formation agricole est bien une impérieuse et incontournable
nécessité.
Par la force des choses, et surtout sous le coup de
l'ajustement structurel qui lui a été imposé, l'Etat a
dû se désengager assez brutalement de nombreux secteurs
d'intervention, brouillant ainsi le paysage : de très étatique,
normé et ordonné, le sous secteur de la Formation Agricole et
Rurale a vu très rapidement de nombreux opérateurs prendre la
place laissée vacante, dans une relative cacophonie.
L'idée générale est donc d'apporter un
peu plus de cohésion et de cohérence dans le dispositif global
sénégalais, pour mieux rationaliser ; la contrainte principale
est d'y parvenir en fédérant tous les acteurs autour d'objectifs
communs d'amélioration de l'offre de services, par la persuasion
plutôt que par la contrainte, car l'Etat n'a plus les moyens aujourd'hui
de faire respecter « à la baguette » la réglementation
qu'il pourrait être enclin à mettre en place, d'autant plus que la
décentralisation est passée par là, officialisant le
transfert de nombreux domaines de compétences aux collectivités
territoriales, dont notamment l'éducation et la formation
professionnelle.
Et il y a une certaine urgence !
De très majoritairement rurale, la
société sénégalaise est passée en quelques
décennies à une urbanisation exacerbée, largement
alimentée par l'exode rural et l'attrait de l'activité
économique foisonnante de la capitale Dakar. Depuis 2004 en effet, la
population urbaine représente
désormais 51 % de la population totale, et cette
proportion va encore croître. Cependant, à la différence de
pays comme la France, qui a aussi connu ce basculement rural-urbain, le
Sénégal ne peut compter sur un secteur secondaire
développé et en expansion pour absorber les flux de main d'oeuvre
issus de l'exode rural.
L'activité économique, qui se situe massivement
dans « l'informel » (à plus de 90%), n'offre aucune garantie
aux plus exposés, c'est à dire à ceux qui n'ont que leur
seule force de travail pour faire vivre leur famille ; les
diplômés, y compris du Supérieur, ne sont guère
logés à meilleure enseigne étant donné
l'étroitesse du marché de l'emploi relatif au secteur formel (le
seul qui permette de valoriser un niveau de formation certifié).
Il n'est pas aisé dans ces conditions de se construire un
avenir, ni même de l'imaginer.

On en mesure mieux aujourd'hui la conséquence la plus
visible et la plus médiatisée ; il s'agit du
phénomène des « pirogues-people », né
immédiatement après les évènements tragiques qui se
sont produits dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, en 2005, et
dont l'ampleur n'a fait que révéler crûment une
émigration moins visible mais croissante jusqu'à cette date. Ce
phénomène, qui révèle l'état de
désespérance des jeunes, prêts à affronter la
mort1 pour une hypothétique clandestinité dans des
pays qu'ils ne connaissent le plus souvent que par la télévision,
semble vouloir être combattu par les plus hautes autorités de
l'Etat depuis mi 2006.
Celles-ci misent beaucoup sur un plan de retour vers
l'agriculture, destiné aux clandestins rapatriés au
Sénégal, mais aussi à tous ceux qui sont tentés par
l'émigration. Toutefois, au vu des conditions de vie peu enviables du
paysannat, les jeunes ont largement fait savoir que leurs ambitions
étaient toutes autres.
Quel rapport avec la mise en place d'un cadre de pilotage, pour
la formation agricole et rurale, dans la région du fleuve
Sénégal ?
L'idée est simple : faire en sorte que la prise en
charge de ces questions puisse se faire à un niveau de proximité
raisonnable, dans le droit fil de la décentralisation. Que les habitants
d'une région puissent s'adresser à leurs représentants, et
leur demander des comptes le cas échéant, lorsque la situation ne
leur paraît pas satisfaisante, plutôt que de s'en remettre à
un Etat central qui a déjà fort à faire ailleurs.
La stratégie nationale de formation agricole et rurale
ne trouvera une traduction concrète sur le terrain que si les
intéressés prennent en charge leur devenir ; pour cela, des
cadres de concertation sont indispensables pour que chaque catégorie de
bénéficiaires puisse faire entendre son point de vue, pour que le
débat soit public, et pour que les décisions prises,
éventuellement, le soient en toute transparence et avec l'assentiment du
plus grand nombre.
1 Le slogan de la jeunesse sénégalaise
est édifiant : « Barça ou Barsa » (en Wolof :
Barcelone, ou la mort)
I- PREMIERE PARTIE - LE CONTEXTE
I-1. CONTEXTE DE L'AGRICULTURE
I-1.1. L'IMPORTANCE DU SECTEUR AGRICOLE AU
SÉNÉGAL
I-1. 1. 1. Les missions assignées à
l'agriculture
Bien que comptant parmi les plus urbanisés d'Afrique de
l'ouest, le Sénégal est toujours, en 2007, un pays
majoritairement rural ; dans un pays dont la capacité d'absorption de
main d'oeuvre du secteur secondaire est très faible et en stagnation,
l'agriculture représente un atout économique, au moins potentiel,
qu'il importe de ne pas négliger.
En 2004, un diagnostic du secteur2 a
été réalisé par Pierre DEBOUVRY, à la
demande du Bureau de la Formation Professionnelle Agricole du ministère
sénégalais de l'agriculture. (étude disponible sur le
site d'Agropolis, ou sur celui du BFPA).
Partant des missions généralement
assignées au secteur agricole, il s'est livré à un travail
approfondi de collecte et d'analyse des données disponibles au niveau
d'un Etat, pour mettre en perspective l'évolution des performances du
secteur agricole, à l'aune des projections démographiques pour
les vingt prochaines années.
Ces missions, parfois contradictoires puisque les
priorités seront différentes selon les acteurs en
présence, peuvent être résumées au nombre de cinq
:
Nourrir la population,
Fournir des ressources en devises,
Permettre à ses acteurs de vivre de leur travail dans des
conditions décentes, Gérer l'exploitation durable des ressources
naturelles,
Générer des emplois (pour les pays dont la
capacité d'absorption de main d'oeuvre du secteur secondaire est
faible).
I-1.1.1.1 Nourrir la population.
Depuis 1990, les principales productions agricoles ont
tendance à stagner : arachide, maïs, mil et sorgho, tandis que sur
la même période, la population est passée de 7.6 à
plus de dix millions d'habitants en 2005. Les importations de
céréales (riz et blé) ont pratiquement
décuplé sur la période 1960-2003, passant de 90 000 tonnes
à 870 000 tonnes en volume annuel, pendant que la population totale
triplait (cf. graphes en annexe).
Ces importations ne sont donc pas proportionnelles à
l'évolution démographique, et traduisent à la fois une
évolution des habitudes alimentaires et une dégradation de la
productivité ; ainsi il n'est pas exagéré d'affirmer que
dans un contexte d'urbanisation rapide, le secteur agricole n'est plus capable
d'alimenter correctement les populations des centres urbains, obligeant l'Etat
à mobiliser une part croissante de ses devises pour importer des
aliments.
I-1.1.1.2 Fournir des ressources en devises
Les ressources du secteur primaire exportées sont peu
nombreuses, il s'agit essentiellement, et dans un ordre décroissant, de
l'arachide, des produits halieutiques et du coton. Pour ce dernier,
2 « Développement du capital humain du secteur
agricole - Programme d'appui aux services agricoles et aux organisations
paysannes (PSAOP-BFPA) Mission d'appui à la mise en place d'un
groupe de nationaux chargé de l'élaboration d'une «
Stratégie nationale de Formation agricole»
la production n'a connu qu'une hausse de 10% depuis 1993, pour
se situer à environ 55 000 tonnes. La situation est tendue du fait
notamment du très haut niveau de subventions pratiqué, entre
autres, par les Etats-Unis. Après une période de forte
croissance, la production halieutique connaît aujourd'hui au mieux une
stagnation, du fait d'une pression excessive sur la ressource. Enfin,
l'arachide est une filière en crise, structurellement, en raison d'une
désaffection importante des consommateurs mondiaux, qui lui
préfèrent d'autres huiles d'origine végétale. D'un
million de tonnes au début des années 60 jusqu'au milieu des
années 90, la production est tombée à moins de 400 000
tonnes au début des années 2000.
En partie du fait de la mondialisation des échanges
commerciaux, qui induit une concurrence souvent inégale avec les
agricultures subventionnées des pays développés,
l'agriculture sénégalaise assume à l'évidence de
moins en moins cette mission qui, faut-il le rappeler, fut la première
assignée d'abord par le colonisateur, puis par le jeune Etat
indépendant.
I-1.1.1.3 Permettre à ses acteurs de vivre de leur
travail dans des conditions décentes
En raison de la dégradation de la fertilité des
sols, du morcellement croissant des unités de production transmises
à chaque génération, et de l'absence d'investissements
structurels dans les exploitations agricoles (insécurité du
capital foncier), la situation devient critique. Les dernières
études conduites3 montrent que la pauvreté se
concentre en milieu rural (pour 75% de l'ensemble) et rend
particulièrement fragile cette population déjà très
dépendantes des aléas climatiques. Dans de très nombreux
cas, les revenus monétaires tirés de l'agriculture sont loin
d'atteindre deux euros par jour (en moyenne annuelle) : le métier
d'agriculteur ou d'éleveur repousse aujourd'hui plus qu'il n'attire.
I-1.1.1.4 Gérer l'exploitation durable des
ressources naturelles
La population continue d'augmenter en zones rurales, ce qui
accentue les prélèvements sur les ressources naturelles (parcours
de bétail, sols, ressources halieutiques, déforestation), qui ne
disposent plus du temps nécessaire à leur
régénération naturelle. Les jachères ont quasiment
disparu, les sols du bassin arachidier sont en partie victime de
remontées salines, tout comme les terres situées de part et
d'autre de la route nationale Saint Louis - Matam dans la Vallée du
Fleuve Sénégal sans compter l'érosion, les pirogues
rentrent au port de moins en moins pleines et les conflits liés à
l'usage du foncier entre agriculteurs et éleveurs deviennent
récurrents.
On le voit, la dégradation des ressources naturelles,
engendrée par la surexploitation, est bien réelle. Si l'on y
prend garde, l'abandon de l'activité agricole, déjà en
cours dans certaines régions, va prendre de l'ampleur, sans que
n'existent des solutions palliatives pour fournir une activité
économique à leurs habitants. A terme, sans changement des modes
de gestion, c'est bien l'ensemble des capacités productives du secteur
qui est durablement menacé.
I-1.1.1.5 Générer des emplois
Les jeunes générations, qui accèdent plus
facilement qu'avant à l'école, ne veulent plus travailler dans
les mêmes conditions que leurs parents. Les mentalités
évoluent également à la campagne, et il est de plus en
plus difficile pour un jeune qui a accès à la
télévision, d'accepter d'attendre un âge mûr (autour
de 40 ans) pour se voir enfin libre de décider de ses décisions ;
les anciens ont en effet toujours la haute main sur le foncier, qu'il s'agisse
de la ressource productive ou de la caution qu'elle peut représenter
pour accéder au financement de certains investissements productifs.
Dans cette optique, l'école est perçue comme le
moyen privilégié d'échapper à la condition «
ancestrale » du paysan ; de plus, l'absence d'enseignement des sciences du
vivant (tout au moins une initiation) au cycle Primaire ne milite pas en faveur
d'une connaissance plus objective du métier de leurs parents.
3 dans le cadre du Document de Stratégie de
Réduction de la Pauvreté (DSRP)
Si l'on ajoute à tout ce qui précède un
développement plus que timide des métiers d'amont et d'aval de la
production, l'on ne s'étonnera guère de l'accentuation de l'exode
rural vers les villes et de l'émigration vers les pays du nord.
Déjà aujourd'hui, certaines petites régions naturelles
sont en proie à un déficit de main d'oeuvre4 au moment
des pointes de travaux agricoles.
En guise de conclusion pour ce chapitre, nous sommes
contraints de reconnaître que le secteur agricole et rural assume de plus
en plus difficilement les principales missions qui lui sont dévolues.
I-1. 1.2. La régression de l'agriculture
sénégalaise : essai d'explication
La reconversion impérative du commerce au milieu du
19ème siècle, suite à l'abolition de l'esclavage, profite
à la même période de la croissance de la demande
européenne en oléagineux (huile de table, savon de Marseille,
tourteaux et lubrifiants) : l'exploration à l'intérieur des
terres remplace la politique des comptoirs côtiers, et les axes de
pénétration, créés et sécurisés par
Faidherbe, vont se révéler de formidables voies de communication
qui vont transformer le commerce et assurer la propagation de l'arachide ; le
développement de la monoculture arachidière devient le pivot de
l'économie coloniale d'abord, puis de l'économie rurale du
Sénégal après son indépendance.
De là, naît l'extrême dépendance du
Sénégal à l'arachide, culture de rente essentiellement
destinée à l'exportation, dont la structure et l'évolution
du marché échappent à la compréhension des paysans
sénégalais.
Depuis l'Indépendance, la politique agricole
sénégalaise a presque toujours privilégié la
mission « fournir des devises » aux autres missions ; l'encadrement
assuré par les techniciens des services de l'Etat avait pour unique but
d'accroître la production d'arachide et de coton, et les engrais
distribués par les sociétés régionales
(étatiques) de développement agricole n'étaient pas
prévus pour les cultures vivrières. Sans le claironner sur les
toits, le paysan répartissait lui même les fertilisants sur ses
différentes spéculations, provoquant involontairement un
prélèvement net de la fertilité sur ses parcelles
d'arachide : lorsque la production nationale se situe durablement autour du
million de tonnes, ce prélèvement net est lourd de
conséquences pour l'avenir.
Dans ce contexte d'une agriculture très
administrée, où les consignes du niveau central étaient
traduites sur le terrain par des bataillons d'encadreurs et de techniciens en
itinéraires techniques standardisés, que les paysans n'avaient
plus qu'à appliquer, la formation professionnelle des agriculteurs et
à fortiori des éleveurs pouvait paraître largement
superflue !
C'est ainsi que, sans autre formation professionnelle que les
connaissances et savoirs-faire transmis de génération en
génération, analphabètes dans leur immense
majorité, tenus éloignés des canaux d'information et des
circuits situés en aval de la production, les producteurs
sénégalais se sont retrouvés fort dépourvus
lorsque la crise fût venue, pour paraphraser Jean de la
Fontaine...
Une crise qui frappera à deux reprises (sans compter
les sécheresses successives) : d'abord avec l'ajustement structurel
imposé par les institutions financières internationales de
Brettons Wood, puis avec la crise de l'arachide dont la demande
européenne se raréfie.
En effet, si, à l'avènement de la
République et de l'autonomie interne, en 1958, le Sénégal
se tourne brièvement vers des options socialistes (c'est la
période des coopératives et de l'animation rurale), dès
1964 le virage vers des politiques productivistes est pris. Nous le
résumerons à travers l'importance accordée aux transferts
de technologies, à l'encadrement des producteurs agricoles et
l'administration des populations rurales.
4 des villages entiers sont peuplés uniquement
de personnes âgées en saison sèche.
Il s'agit plus en réalité d'un modèle
d'économie administrée que d'une véritable
libéralisation de l'économie. C'est la période de gloire
des Offices nationaux et des Sociétés Régionales de
Développement Agricole (contrôlés par l'Etat), mais aussi
des écoles de formation agricole qui tournent à plein
régime pour fournir les bataillons nécessaires à
l'encadrement des producteurs, sans se soucier de leur devenir, puisque leur
intégration au sein de la Fonction Publique est automatique.
Tout ce dispositif finira par coûter trop cher aux
finances publiques et, les comptes de la nation se dégradant, conduira
en 1979 aux portes de l'ajustement structurel qui, de l'avis de nombreux
observateurs, n'est toujours pas terminé aujourd'hui. Pour le secteur
agricole, cet ajustement conduira à l'élaboration du
Programme d'Ajustement Structurel du Secteur Agricole
(PASA), qui consistera essentiellement à supprimer les
Offices et sociétés de développement étatiques,
sans vraiment proposer d'alternatives : du jour au lendemain, les paysans se
retrouvent sans interlocuteurs ni techniciens, et éprouvent les plus
grandes difficultés à s'approvisionner en intrants. Le
Programme d'Investissement pour le Secteur Agricole
en sera la suite logique, tardive car le mal est fait, mais surtout sa
traduction opérationnelle sur le terrain mettra des années
à se mettre en place (les premiers programmes et ou projets viennent
seulement de s'achever en 2005).
L'évaluation du Programme National de
Vulgarisation Agricole (1990 - 1995) n'est guère
réjouissante : elle pointe du doigt i)une approche thématique ne
tenant pas compte des préoccupations des producteurs dans le cadre de
leurs systèmes de production, ii) un faible taux de couverture
malgré un dispositif lourd et iii) la faible implication des
Organisations de Producteurs dans la définition des programmes.
En 1995, la Lettre de Politique de
Développement Agricole se veut un cadre pour asseoir de
nouvelles orientations en vue de corriger les dysfonctionnements
constatés dans les précédentes politiques, de saisir les
opportunités offertes par le changement de parité du FCFA
(dévaluation de 100% en 1993) et d'impulser une dynamique de croissance
dans le secteur agricole. Elle redéfinit les missions de services
publics du Ministère de l'Agriculture en distinguant celles qui sont
régulièrement dévolues à l'Etat, telles que la
définition des politiques et stratégies agricoles au niveau
national et leur traduction au niveau régional, la recherche agricole,
la vulgarisation et la formation de base, la police et le contrôle pour
l'application des lois et règlements ou encore la collecte et la
diffusion de l'information (statistiques) et enfin les actions
préventives et curatives face aux risques majeurs et aux
calamités naturelles.
Toutes les autres missions sont transférées aux
acteurs non étatiques du monde rural : l'animation et la structuration
du monde rural, l'assistance technique et la diffusion des technologies et la
participation des plus démunis ( jeunes, femmes et petits producteurs
)
En 1999, la Lettre de Politique de
Développement Institutionnel du secteur agricole vient
confirmer les orientations fixées par la LPDA, en affirmant que la
politique de l'Etat privilégiera trois axes :
· renforcer la capacité des organisations
paysannes pour qu'elles soient en mesure de jouer un rôle effectif dans
la concertation avec les autres acteurs du monde rural en vue de la prise en
charge des activités de développement.
· promouvoir un secteur privé agricole
renforcé,
· renforcer les capacités des services
étatiques recentrés sur leurs missions de services publics,
et améliorer leur efficacité en les rendant
comptables de résultats devant les utilisateurs.
Elle reconnaît que les Organisations de
Producteurs sont devenues des interlocuteurs crédibles et que le
processus de décentralisation habilite progressivement les
collectivités locales dans la prise en charge de la gestion de leurs
ressources et leur développement économique et
social.
Cette LPDI constitue l'annexe principale de l'accord de
crédit signé avec la Banque Mondiale pour le financement du
Programme des Services Agricoles et d'Appui aux Organisations de Producteurs
(PSAOP, dont la seconde phase a démarré en 2007). Elle constitue
aujourd'hui le « socle politique » sur lequel s'appuient tous les
acteurs en ce sens qu'elle reconnaît le rôle dominant de
l'agriculture paysanne multi fonctionnelle à travers des exploitations
familiales polyvalentes. Elle aborde et officialise également, et c'est
une première, la modernisation irréversible des systèmes
de production, et la nécessité de rendre durables les
systèmes de production en tenant compte de la préservation des
ressources naturelles.
Le programme PSAOP concrétise ces orientations, à
travers ses diverses composantes :
· mise en place d'un fonds national de la recherche
agronomique et agro alimentaire, ou encore d'un conseil agricole et rural, tous
deux régis par la demande ;
· ligne « petits projets », gérée
par les organisations de producteurs ;
· appui à la déconcentration des services du
ministère de l'agriculture.
Extrait du site du gouvernement
sénégalais
Lettre de politique du développement institutionnel
du secteur agricole
Les données sur l'agriculture
sénégalaise révèlent plusieurs
caractéristiques du système de production agricole du
Sénégal : i) Les exploitations agricoles sont de type familial;
ii) Elles se regroupent au sein des terroirs villageois où elles
s'imbriquent les unes aux autres et leurs tailles sont réduites.Les
résultats actuels des politiques agricoles et le poids des contraintes
incitent à prévoir que le mode d'organisation dominant de la
production agricole, au sens large, sera à l'horizon 2010, l'agriculture
paysanne multifonctionnelle à travers des exploitations familiales
polyvalentes malgré une diminution de leur poids relatif dans la
population active.
Ces exploitations familiales seront polyvalentes du fait
non seulement de la pratique d'activités agricole, d'élevage et
de sylviculture mais également parce qu'elles développeront de
nouvelles activités et de nouveaux métiers liés à
la transformation , ce qui permet tout en incorporant davantage de valeur
ajoutée, de répondre à des demandes croissantes des
consommateurs. La modernisation irréversible des systèmes de
production, à travers les changements fondamentaux qu'induira la
nouvelle politique d'appui au développement rural du PSAOP devra
permettre d'atteindre des niveaux et des coûts de production :
- qui assurent la rentabilité économique des
activités et qui permettent de gagner des parts de marché
intérieur et extérieur
- capables de rendre durables les systèmes de
production et qui tiennent compte de la préservation des ressources
naturelles
A côté de ce type d'organisation, se
développera une agriculture de type entrepreneurial dont la synergie
avec l'agriculture paysanne sera développée. Toutefois, les
producteurs constituent, aujourd'hui et demain encore plus, le coeur du
dispositif du développement de l'agriculture, le choix de
l'activité agricole et des objectifs de production leur reviennent
librement. La stratégie de développement agricole retenue par
l'Etat en rapport avec ses partenaires dans le cadre du Document d'Orientation
Stratégique et les réformes institutionnelles qui l'accompagnent
doivent permettre au producteur en tant qu'individu ou organisation de
s'épanouir dans un cadre institutionnel et de politique
amélioré lui permettant de bénéficier:
1- d'un meilleur accès au marché
(systèmes d'information, infrastructures, stockage, transport
etc..)
2-d'un cadre réglementaire et législatif
favorisant des interventions dans la transparence et dans la
compétitivité ainsi que la sécurisation des
investissements
3-de services en conseil et recherche agricole et rural
capables de répondre à sa demande
4-d'un renforcement de ses capacités du point de vue
technique et commercial
5-de cadres de concertation et de négociation lui
permettant d'asseoir un partenariat avec l'ensemble des acteurs 6-d'une plus
grande transparence de ses structures de représentation
La mise en oeuvre de cette stratégie agricole
et de ce cadre institutionnel permet de projeter sur dix ans la vision
ci-après:
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-Des organisations de producteurs au niveau
local, régional et national dotées d'une gestion transparente et
efficace capables: i) de fournir ou de faire fournir effectivement des services
à leurs membres pour leur permettre d'améliorer leur
productivité et augmenter leur production ii) d'exprimer et de soutenir
leurs options et opinions en terme technique par rapport à la
génération et au transfert de technologies iii) de prendre en
charge le financement des activités de recherche et de conseil agricole
et rural grâce, entre autres, aux ressources captées par les
interprofessions tirées des prélèvements actuels sur la
production agricole.
-Des interprofessions jouant pleinement leurs
rôles dans l'assainissement et la gestion des filières
agricoles
-Des services de conseil agricole
répondant aux besoins des producteurs et devant lesquels ils sont
comptables . Les décisions concernant les programmes
de conseil agricole et rural seraient prises par les organisations de
producteurs auxquelles incomberait une part substantielle du coût des
services .
-Au niveau local, les activités recherche
développement et de conseil agricole et rural seraient
identifiées et programmées conjointement avec les organisations
de producteurs et assujetties à des dispositions contractuelles entre
les organisations de producteurs d'une part, et les services de recherche et de
conseil agricole et rural d'autre part.
-Une recherche agricole et agro-alimentaire dont les
concepts sont repensés et reconsidérés pour
répondre de façon rationnelle aux demandes exprimées par
les producteurs. Elle va accompagner les stratégies que ces derniers ont
développées, se tourner davantage vers l'analyse des dynamiques
économiques au niveau national et régional, se rapprocher des
grands projets de développement de l'Etat et procéder à
une analyse minutieuse des filières de produits agricoles depuis la
production jusqu'à la consommation en passant par la transformation et
la commercialisation. Elle sera mise en oeuvre par des ressources humaines
compétentes, productives, réactives et motivées.
Le financement des activités de recherches
agricoles et agro-alimentaires se fera essentiellement à travers une
structure autre que celle qui mène les opérations de recherche.
Ainsi un Fonds National pour la Recherche Agricole et Agro- alimentaire va
être mis en place pour le financement des activités de recherche .
Sa gestion sera indépendante de celle des Instituts de recherche. Les
décisions relatives aux affectations de ressources pour la recherche
seront prises par un comité scientifique et technique composé de
personnalités scientifiques nommées intuiti-personnae et un
comité de gestion dont les membres comprendront des utilisateurs des
résultats de la recherche. Ce fonds constitue une étape
essentielle vers l'édification du système national de recherche
agricole et agro-alimentaire.
-Des Ministères qui assureront la définition
et le contrôle des politiques avec les opérateurs/partenaires du
secteur, dans le cadre d'une administration déconcentrée et
décentralisée. Cette fonction visera essentiellement à
renforcer l'équité dans l'accès aux ressources au niveau
national, la valorisation des avantages comparatifs de l'agriculture
sénégalaise dans le contexte régional et international et
la gestion du patrimoine environnemental.
-Un cadre réglementaire amélioré et des
investissements publics structurants qui permettront l'accroissement,
l'efficience et la sécurisation des investissements privés dans
le secteur agricole.
La politique de développement institutionnelle sera
axée sur la mise en place d'institutions de développent agricole
et rural capables de promouvoir cette vision.
http://www.gouv.sn/politiques/lpdia3.html
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La Stratégie Nationale de Formation Agricole et
Rurale (SNFAR)
A la même époque, une réflexion
engagée en 1998 va aboutir à la validation en juin 1999, lors
d'un atelier national réunissant 120 acteurs de la formation agricole et
rurale, d'un document de référence intitulé : «
Former les acteurs d'une nouvelle économie agricole et rurale -
Orientations et stratégies de formation à l'horizon 2015
».
Cet exercice a été suivi et encouragé
par les différents ministères concernés jusqu'à la
concrétisation de ce document, qui sert aujourd'hui de
référence. Son contenu est organisé autour d'une triple
analyse historique, diagnostique, et prospective, qui propose le choix de la
modernisation de l'agriculture paysanne face à la tentation d'une
agriculture sans paysan. Ce choix permet d'esquisser un ensemble
cohérent de politiques inclusives en faveur d'un développement
agricole et rural durable. A partir des constats mis en évidence, le
document pose la problématique en ces termes :
« La Formation Agricole et Rurale doit avoir pour
priorité la modernisation de l'agriculture familiale, l'émergence
d'une véritable économie rurale et leur intégration dans
une économie nationale et internationale ouverte. Elle doit appuyer
aussi le développement d'une agriculture intensive à base de
capitaux. »
Quatre grandes orientations et les stratégies
d'intervention ont été définies à partir
de ces nouvelles missions et priorités :
Généraliser en milieu rural l'éducation de
base et assurer à tous les ruraux l'accès à
l'alphabétisation.
Répondre aux besoins de formation professionnelle des
ruraux dans tous les domaines.
Renforcer, adapter et mieux articuler les formations secondaires
et supérieures entre elles et avec celles destinées aux
ruraux.
Réguler l'ensemble des institutions publiques et
privées de formation agricole et rurale
Nous terminerons logiquement ce tour d'horizon des politiques
agricoles par la Loi d'Orientation Agro-Sylvo-Pastorale (LOASP),
promulguée le 4 juin 2004, dont l'esprit a
été guidé par les documents de politique qui l'ont
précédé. Cette loi d'orientation, aux ambitions
très vastes, a le principal mérite d'inclure dans la
législation du Sénégal des notions fondamentales telles
que la nécessité d'accompagner le développement de
l'exploitation familiale, la nécessaire reconnaissance des
métiers de l'agriculture, ainsi que le statut des Organisations
Professionnelles, désormais habilitées de par la Loi à
prendre part à la définition, à la mise en oeuvre et au
contrôle des politiques agricoles.
Dans son article 62, la LOASP stipule que « L'Etat
définit et met en oeuvre, en partenariat avec l'ensemble des acteurs du
développement agro-sylvo-pastoral, une Stratégie Nationale de
Formation Agro-Sylvo-Pastorale (SNFASP). .../... l'Etat crée, dans un
délai de dix ans, des structures de formation aux métiers de
l'agriculture dans chaque département ».
L'article 63 consacre le droit à la formation initiale
et continue, désormais reconnu aux personnes exerçant les
métiers de l'agriculture et à tous les acteurs ruraux. « Ils
bénéficient à ce titre d'une formation
générale, technique et professionnelle dans les métiers de
l'agriculture, de la sylviculture et de l'élevage, qui est
dispensée par des institutions publiques ou privées
agréées. Cette formation est soutenue par l'Etat ».
Dans un soucis d'exhaustivité, nous signalerons
également les lois de décentralisation de 1
9965, transférant aux collectivités locales neuf
domaines de compétence ; la Loi n° 96-07, dans son Titre second,
liste ainsi les responsabilités de la Région, de la Commune, et
de la Communauté Rurale pour chacun des quatre volets suivants :
l'éducation, l'alphabétisation, la promotion des langues
nationales et la formation professionnelle.
Si les orientations reflétées par
l'évolution des politiques agricoles vont dans le même sens, ce
qui est plutôt encourageant, il n'en reste pas moins que le
décalage est profond avec la réalité quotidienne
vécue par les « producteurs » et les autres ruraux.
Les intentions sont certes louables et l'Etat, sous la
pression des autres acteurs (notamment les Organisations Professionnelles et
les Partenaires au développement), a admis qu'il ne peut plus être
le seul maître à bord ; au quotidien, subsistent cependant des
velléités de toute puissance héritées d'un long
passé d'administration de l'agriculture, mais subsistent surtout des
lacunes dans la gestion des filières (quasi absence d'interprofessions),
ou même dans la réorganisation des circuits d'approvisionnement en
intrants et de collectes des produits.
5 Loi n° 96-06 du 22 mars 1996, portant Code des
Collectivités locales, et Loi 96-07 du 22/03/1996, portant transfert de
compétences aux régions, aux communes et aux communautés
rurales.
Là ou l'Etat a dû se désengager, dans des
secteurs éminemment stratégiques tels que les semences, la mise
à disposition d'engrais au bon moment, le secteur privé peine
à s'implanter : il semble plus exact d'affirmer qu'il n'en manifeste pas
l'envie, du fait de conditions assez peu favorables (atomisation de la demande,
besoins formulés au dernier moment en raison de trésoreries
fragiles, concurrence de produits subventionnés par l'Etat
épisodiquement, par exemple dans le cadre de programmes spéciaux
de relance d'une culture).
Enfin, dans les domaines de la formation et du conseil
agricole, l'expression de la demande est encore largement conditionnée
par l'offre de services, souvent plus proche de l'organisme financeur que le
demandeur lui-même. Même dans les cas où les producteurs,
via leurs organisations représentatives, sont réellement les
commanditaires des actions de renforcement de capacités qu'ils
sollicitent, l'expérience montre que l'absence de dispositif devant
accompagner une réelle construction de la demande de services n'a pas
permis de faire en sorte que les actions déroulées
s'écartent des sentiers battus6 :
aux femmes les thèmes récurrents de fabrication de
savon ou de teinture et tricot ; aux hommes, l'embouche bovine, quelque soit la
région considérée.
I-1.2. L'AGRICULTURE DANS LA VALLÉE DU FLEUVE
SENEGAL
I-1.2.1 L'utopie séculaire d'un potentiel
stratégique7
Les premières expériences de colonisation
agraire par des français de la métropole remontent à 1816,
quelques mois après que se soit échouée la frégate
La Méduse au sud de la côte mauritanienne, dont le radeau sera
immortalisé par Théodore Géricault en 1819.
La volonté de mettre en oeuvre cette colonisation
agricole reposait sur une représentation idyllique du potentiel
démographique et des potentialités des zones riveraines du fleuve
sur plusieurs centaines de kilomètres, jusqu'à Bakel. L'objectif
était double pour le colonisateur : approvisionner la métropole
en produits exotiques appréciés (café, indigo, coton), et
assurer une dépendance croissante et irréversible des populations
indigènes.
Il n'est pas superflu de rappeler que le Pacte Colonial
consistait d'abord en l'obligation faite aux colonies de commercer
exclusivement avec la puissance colonisatrice. (accessoirement, il leur
interdisait également de transformer sur place leurs produits
agricoles).
Cependant, les ambitions seront très vite revues
à la baisse : en effet, les troubles interethniques, les
négociants qui s'opposent au système de monopole, et
l'adversité Maure et Bambara auront finalement raison de l'implantation
des colons ;
Entre temps, l'épisode du baron Roger, sorte de
gentleman farmer nommé gouverneur de Saint-Louis en 1822, se terminera
par un fiasco agricole et économique : malgré un coûteux
système incitatif de primes à la plantation (indigo et coton),
les recettes d'exportation de ces produits ne couvriront qu'un huitième
des dépenses consenties par la métropole, déclenchant des
inspections qui concluront que les conditions particulières du «
Sénégal » (sols, climat, facteur humain) sont peu
compatibles avec sa mise en valeur agricole, et qu'il convient de favoriser
à nouveau et au plus tôt le commerce, moins risqué.
Comme le remarque très justement P. DEBOUVRY, cette
longue litanie d'erreurs, seulement esquissée ici, n'empêchera pas
le modèle de se reproduire pendant les cent cinquante
6 Source : Rapport d'achèvement de la
première phase du programme PSAOP
7 Ce chapitre s'inspire d'une série de
recueil de fiches de lecture de P. Debouvry, dont notamment : « Du
commerce illicite au commerce licite : abolition de l'esclavage et de la traite
négrière », et « La saga des Bordelais, ou
l'émergence de l'arachide sénégalaise ». (disponible
chez leur auteur)
années suivantes. « il annonçait, contre
toute logique, la série des futurs projets de mise en valeur
fondés sur l'imposition autoritaire de structures et de formes
d'exploitation de l'espace, en s'appuyant sur l'injection massive de capitaux
et d'expertise, sans soucis des us et coutumes des populations locales
».
Dès 1850 pourtant, une approche plus inductive,
à l'initiative du gouverneur PROTET allait assurer l'essor fulgurant de
l'arachide, sans intervention directe sur la production mais en
sécurisant son environnement et son écoulement ; la pistache de
terre, originaire du Brésil correspondait à une nouvelle demande
européenne (huile de table, savon) et sa production
(expérimentale au départ, par des maisons de négoce
bordelaises) allait passer de 1000 à 20 000 tonnes entre 1840 et 1870,
pour atteindre un million de tonnes en 1970. Ainsi naîtra le bassin
arachidier, caractérisé par sa monoculture, au centre du
pays...bien loin de la Vallée du Fleuve Sénégal qui
restera à l'écart de cette dynamique.
I-1.2.2 La mise en valeur du Fleuve
Sénégal
La bande la plus septentrionale du Sénégal est
caractérisée par un écosystème sahélien,
à la frontière du Sahara dont seul le fleuve
Sénégal la sépare par endroit. Les conditions de survie y
sont naturellement rudes pour l'homme, les plantes et les animaux, et le milieu
se prête peu au développement d'une agriculture pluviale intensive
et performante.

La pluviométrie se situe de nos jours aux environs de
250 mm par an, avec de fortes variations inter-annuelles, et la carte ci dessus
indique un glissement marqué des isohyètes vers le sud. Dans un
tel environnement, le fleuve proche est synonyme de vie, et d'un
développement potentiel ...pour peu que son cours soit
maîtrisé.
Depuis sa source située dans le massif du Fouta-Djalon
en Guinée, le fleuve Sénégal coule vers le nord sur 1700
km, et traverse des contrées de plus en plus arides. De tout temps, la
crue du fleuve a été essentielle à la mise en culture des
deux rives, d'autant plus que les pluies se raréfiaient. Cette crue
annuelle apparaît en fin de saison des pluies et permet l'exploitation de
la moyenne vallée, plaine alluviale cultivée en saison
sèche après le retrait des eaux. Un système de production
millénaire s'est ainsi construit dans le temps, jouant de la
complémentarité des
cultures et parcours de décrue dans le Walo (basses
terres), qui succédaient aux cultures et pâturages sous pluie du
Diéri, non inondables (hautes terres).
Selon une étude de l'IRD pour l'Organisation de Mise
en valeur du Fleuve Sénégal (OMVS) en 1999, sur la période
1946-1971, 65 000 hectares étaient cultivés côté
Sénégal, alors que les surfaces inondées étaient
estimées à 312 000 ha des deux côtés du fleuve (pour
108 000 ha cultivés). L'OMVS, organisation sous-régionale, est
née par la volonté de ses trois Etats membres : le Mali, la
Mauritanie et le Sénégal, à la suite des
sécheresses de 1972 et 1984 ; cette coopération devait permettre
à l'avenir, en gérant mieux le débit du fleuve, de
développer une irrigation maîtrisée et de produire de
l'électricité.

Photos satellite (source : Google Earth)
(Bassin versant du fleuve Sénégal)
C'est ainsi que deux barrages ont été construits
dans la seconde partie des années 80 :
- en aval, près de l'embouchure et de Saint-Louis, pour
empêcher l'eau de mer de remonter vers le fleuve en saison sèche
;
- en amont, le barrage de Manantali au Mali, qui sert de
réservoir pour réguler le niveau du fleuve et produire
l'électricité.
Pour Adrian Adams, « .../...Les projets de mise en
valeur du fleuve, fondés depuis l'époque coloniale sur la
riziculture irriguée, n'ont jamais tenu compte de ce système de
production millénaire. A partir des années 1960,
les pluies et la crue ont fortement diminué,
disparu même certaines années. Pour l'élevage comme pour
l'agriculture, la sécheresse allait simplifier les choses, en permettant
aux « développeurs » de faire comme si les systèmes de
production traditionnels de la Vallée appartenaient désormais au
passé ; l'avenir, c'était l'agriculture irriguée. Avec
l'adhésion du Sénégal au programme de l'OMVS, la politique
de la table rase devenait irrévocable ; les barrages projetés ne
supprimeraient pas la pluie, mais ils permettraient de supprimer en grande
partie la crue » 8.
Déjà dans les années 1960, l'ambition de
l'Etat de faire de cette région un grenier à riz (après le
coton et l'indigo) s'était traduite par d'importants investissements
consentis pour l'aménagement de périmètres
irrigués, par le truchement de la société
d'aménagement et d'exploitation des terres du delta (SAED) ; ces
périmètres sont gérés sous une forme collective,
par des unions hydrauliques qui négocient chacune des centaines de
millions de FCFA de prêts annuels avec la Caisse National de
Crédit Agricole

Source : « diagnostic agro-économique de la
communauté rurale de Ronkh, delta du fleuve Sénégal »
- Mémoire (réalisé en 2004) de cycle ESAT / CNEARC
Montpellier, par DIARRA Ibrahima Fanan et HAMIDOU Nouhou
L'installation d'agro-industries pour rentabiliser en partie
les investissements hydro-agricoles est une autre spécificité de
la région : la plus ancienne est la Compagnie Sucrière du
Sénégal (canne à sucre), qui exploite 12 000 hectares et
emploie 8000 salarié-e-s. On y trouve également la
Société de Conserverie Alimentaire du Sénégal
(SOCAS), qui produit du concentré de tomate à partir de cultures
de plein champ conduites par les paysans, sous forme contractuelle ; la tomate
est cultivée à la suite du riz, sur les mêmes
périmètres, ce qui rend très interdépendantes ces
deux spéculations.
8 Source :
http://www.iied.org/pubs/pdf/full/X170IIED.pdf.
L'auteur, Adrian Adams vit depuis vingt ans au Sénégal et
travaille avec une association paysanne de la Vallée. Dans son dernier
livre «A claim to land by the river : a household in Senegal
1720-1994» elle décrit comment les organisations paysannes ont
lutté pendant 20 ans pour défendre leur vision du
développement, centré sur les populations locales, en contraste
avec les objectifs de développement des organisations gouvernementales
responsables des projets d'irrigation dans la Vallée
Tout dernièrement, les Grands Domaines du
Sénégal (Fruitière de Marseille) se sont installés
dans le delta, pour y développer des cultures maraîchères
d'exportation ; exploitant déjà près de 300 hectares, dont
plus de 70 sous serres, cette entreprise verse chaque mois une masse salariale
importante (les GDS emploient jusqu'à 3500 saisonniers, et ce n'est
qu'un début).
Malgré tout, les résultats n'ont jamais
été à la hauteur des investissements colossaux consentis ;
alors qu'il était prévu de mettre en valeur rien de moins que 400
000 hectares de cultures irriguées (blé et riz), soit quatorze
fois plus qu'avant, les surfaces cultivées sont aujourd'hui de l'ordre
du dixième de cet objectif. Actuellement, la situation se
présente comme suit :
Potentiel irrigable : 240 000 hectares
(le bassin du fleuve Sénégal couvre 289 000
km2)
Superficies aménagées : 94 000 hectares
Superficies exploitables : 64 000 hectares ( où la
maîtrise de l'eau est encore possible)
Surfaces cultivées : 35 à 40 000 hectares (tous
systèmes confondus)
Production de riz : 85 000 tonnes (début 60),
jusqu'à 200 000 T (2002-2004)
On notera pour l'anecdote que l'objectif fixé l'an
passé est de doubler cette production d'ici à trois ans
(seulement) pour satisfaire la demande nationale, qui a obligé le pays
à importer chaque année (en moyenne sur la période 2000 -
2003) 630 000 tonnes de riz, et 240 000 tonnes de blé...
En définitive, le delta a
bénéficié de l'implantation des périmètres
irrigués, mais l'irrigation par motopompes grève les prix de
revient et hypothèque la rentabilité du riz
sénégalais, tandis qu'en la privant des crues du fleuve, la
vallée a perdu le double intérêt des cultures de
décrue, minimisant les risques9, et plus rentables et
productives à surfaces égales. Cette réduction des risques
n'est pas un mince avantage, car, du fait de nombreux aléas y compris
climatiques, et de l'importance des charges d'exploitation, la zone du delta
connaît une situation récurrente de cumul d'arriérés
de remboursement auprès du Crédit Agricole.
I-2. LA FORMATION AGRICOLE ET RURALE AU
SÉNÉGAL
I-2.1. QUELS DISPOSITIFS ?
Assez naturellement, c'est vers la puissance colonisatrice
que le Sénégal s'est tourné pour s'inspirer d'un
modèle de formation professionnelle agricole. Il existe aujourd'hui
plusieurs dispositifs, publics et privés, et leur relative
spécialisation constitue une particularité : même s'ils
s'en défendent, les établissements qui forment les futurs
techniciens rechignent à former les futurs agriculteurs, comme l'atteste
l'unicité du programme dispensé.
Pour l'essentiel, la formation des producteurs agricoles a en
réalité été le fait de la vulgarisation et de
l'encadrement technique, les agents techniciens de l'Etat ayant pour
principale, voire unique mission, de s'assurer de la bonne application des
recommandations techniques et de « paquets technologiques »
recommandés par la Recherche et imposés aux agriculteurs.
Cependant, plusieurs tentatives pour implanter des systèmes de formation
agricole, formelle et non formelle, ont vu le jour, toujours à titre
plus ou moins expérimental. Nous dressons ci- dessous un rapide portrait
d'ensemble des écoles et centres de formation agricole et rurale, tous
niveaux de formation confondus (Cf. tableau page suivante : source BFPA)
I.2. 1. 1- Formation de techniciens et encadreurs
La formation des techniciens a toujours relevé
exclusivement du dispositif de formation public. A notre connaissance, la plus
ancienne école date de 1938 : il s'agissait alors d'un centre de
formation d'aides-vaccinateurs ; celui-ci a évolué au fil du
temps pour devenir d'abord l'Ecole
9 d'après les travaux réalisés
de 1987 à 1990 par l'Institute for Development Anthropology, basé
aux Etats-Unis.
des Agents Techniques d'Agriculture10, puis en 1990,
le Centre National de Formation des Techniciens d'Elevage et des Industries
Animales. (CNFT.EIA)
La seconde à voir le jour sera l'école
d'horticulture de Dakar en 1962, destinée à former les ouvriers
de la Direction des Parcs et Jardins publics de Dakar ; basée dans la
banlieue de Dakar, elle existe toujours sous le nom de Centre de Formation
Professionnelle Horticole de Cambérène, et délivre un CAP
et un Brevet de Technicien Horticole.
Au cours des années 60 et 70, d'autres écoles de
techniciens ont été créées, en nombre très
limité cependant ; citons pour information :
· L'école des agents techniques d'agriculture,
située à Ziguinchor, en Casamance (aujourd'hui CNFT Agriculture
et Génie Rural) ;
· L'école des agents techniques des eaux et
Forêts (Ziguinchor également)
· L'Ecole Nationale des Cadres Ruraux de Bambey
(Ingénieurs des Techniques Agricoles) ;
· L'Institut National des Sciences Agronomiques, de
Thiès, au milieu es années 80, devenu par la suite ENSA
(Ingénieurs Agronomes), avant de fusionner avec l'ENCR au sein d'une
U.F.R (Sciences Agronomiques et Développement Rural) de
l'université de Thiès ;
· Et plus récemment, les Lycées
d'Enseignement Technique Agricole de Bignona (2002) et de Thiès
(rentrée 2007), sous tutelle du Ministère de l'Education alors
que toutes les autres écoles de niveau technicien relèvent depuis
1998 de Départements ministériels sectoriels.
Une particularité mérite d'être
soulignée à ce stade : tous ces centres revêtent un
caractère monopolistique, en ce sens qu'ils constituent des cas uniques,
chacun dans leur spécialité ou domaine de formation.
Ajoutons également que, jusqu'à la
décision prise au début es années 90 de mettre un terme au
recrutement automatique dans la Fonction Publique des sortants de ces
écoles, toutes formaient uniquement des
élèves-fonctionnaires, ainsi qu'un nombre variable mais non
négligeable de jeunes ressortissants de pays d'Afrique de l'Ouest et du
Centre.
« Par définition » pourrait-on dire, aucun
producteur au sens « commun » ne pouvait y accéder, même
s'il convient de remarquer que depuis 1992, quelques techniciens formés
et non fonctionnarisés se sont malgré tout installés comme
exploitants agricoles. Cette réalité est cependant marginale et
ne concerne que quelques individus, souvent pluri-actifs ; du reste, aucun
décompte n'est disponible.
I.2. 1.2- La formation professionnelle des producteurs
Nous aborderons successivement ces deux pendants, que sont
l'offre de formation initiale, et l'offre de formation continue.
I.2.1.2.1- L'offre de formation initiale (non
diplômante, en totalité)
A quelques rares exceptions près11,
celle-ci est l'apanage (relatif) d'un dispositif de formation public, dont les
premiers centres ont été créés à la suite de
l'école d'horticulture de Cambérène déjà
citée, au tout début des années 60.
10 On remarquera que cette appellation renvoie
à un grade de la Fonction Publique, plus qu'à un
diplôme.
11 Voir panorama de l'offre de formation agricole et
rurale (page suivante)
Il s'agit d'un dispositif (national) de modeste ampleur, qui
compte six Centres d'Initiation Horticole (CIH) aux configurations très
proches (3 formateurs en moyenne), répartis dans la moitié des
onze régions administratives que compte aujourd'hui le
Sénégal. (Dakar, Thiès, Saint- Louis, Diourbel, Kaolack et
Ziguinchor).
La nouvelle école d'horticulture de
Cambérène, et ses premiers produits formés, ont
constitué une opportunité pour doter en personnels formateurs les
CIH, qui furent imaginés par la tutelle de l'époque
(Ministère de la Promotion Humaine) comme une réponse à la
difficulté d'insertion des jeunes ruraux quittant précocement le
système scolaire (écueil du concours d'accès en
6ème). Il s'agissait donc de leur proposer d'acquérir une
capacité technique en maraîchage, aviculture, petit élevage
et en apiculture, dix mois durant.
Cette formation devait théoriquement permettre
à ces jeunes ruraux (de 16 à 24 ans) de retourner dans
l'exploitation familiale, pour y mettre en pratique les techniques «
modernes » apprises au centre et ainsi contribuer à la
modernisation progressive de ces exploitations, en améliorant la
productivité (jugée trop faible) et les techniques de production
(jugées archaïques) d'un paysannat généreusement
qualifié de traditionnel par les techniciens de l'Etat.
De 1965 à la fin des années 90, moins de 20
jeunes (âgés de 14 à 24 ans) ont été
formés annuellement dans chaque CIH, dont un cinquième environ a
pu poursuivre une formation diplômante (CAP) au Centre de Formation
Professionnelle de Cambérène.
Depuis qu'il a été mis fin au système
d'aides scolaires, au bénéfice des apprenants, les centres
peinent de plus en plus à recruter : certains ont mis un terme à
ce cycle standardisé, d'une durée de 9 mois et non
diplômant, depuis 1999, faute de candidats tandis que d'autres ont
abandonné les tests de sélection à l'entrée et
malgré cela doivent se contenter de promotions aux effectifs
réduits (de l'ordre de la douzaine). Une réflexion est en cours
avec la profession agricole, à l'initiative de la tutelle, pour adapter
le dispositif en place à la demande réelle, et lui permettre de
recouvrer une utilité sociale qu'il semble bien avoir perdu.
En parallèle du dispositif ci-dessus, peu attractif,
des initiatives éparses, localisées et non reliées entre
elles existent ou ont existé ; citons rapidement :
L'ONG CARITAS, dont l'installation
fait suite à la sécheresse des années 70. Elle a construit
plusieurs Centres de Formation Agricole, destinés à faciliter
l'insertion des jeunes ruraux en leur délivrant une formation à
temps plein (non diplômante mais gratuite) durant deux années, en
alternant théorie et pratique sur l'exploitation agricole
pédagogique du centre. Actuellement, seuls deux CFA perpétuent
cette formation, après avoir connu récemment plusieurs
années blanches en raison d'un désintérêt croissant
des jeunes ciblés12.
Un dispositif Maisons Familiales
Rurales, construit sur le modèle et avec l'aide de son
homologue français : une trentaine de MFR, certaines âgées
de près de 30 ans. A l'heure actuelle, la plupart sont en état de
léthargie, et toutes ont cessé depuis plusieurs années
d'offrir une formation de longue durée spécifiquement
destinée aux jeunes, leurs actions relevant davantage de
l'accompagnement des ruraux en activité.
12 Voir à ce sujet notre dossier
réalisé dans le cadre du module Systémique : «
étude comparée de deux centres de formation agricole de la
région de Kaolack » :
http://www.senswiss-far.org/part/bfpa/ter/Travaux_Boisseval_Faye_Malon.pdf

(*) : présent dans la vallée du fleuve
Sénégal
Des initiatives relevant du secteur
confessionnel (catholique), toutes isolées et sans
formalisation ; il s'agit d'apprendre à quelques jeunes les rudiments
pratiques de l'agriculture et de l'élevage, quelques mois durant ; il
est très difficile de trouver des données précises sur
l'encadrement en place, les effectifs ou les programmes éventuels
On le constate donc, le tableau d'ensemble est sombre et il
n'est pas exagéré d'affirmer que, si la formation initiale des
jeunes futurs agriculteurs s'est de tout temps cantonnée dans la
marginalité, elle a quasiment disparu du paysage aujourd'hui.
Dans un pays majoritairement rural, dont la moyenne
d'âge est de 15 ans et où la majorité des ruraux vivent
principalement ou accessoirement des activités agricoles et
d'élevage, force est de reconnaître que l'offre plurielle de
formation professionnelle agricole initiale n'attire pas les jeunes, ni
aujourd'hui, ni même hier !
Selon les données du Recensement National Agricole de
1999, il existait 450 000 exploitations agricoles au Sénégal ;
or, sur la base d'un renouvellement générationnel tous les 30
ans, nous en déduisons approximativement que ce sont environ 15 000
exploitations familiales qui changent de main annuellement.
Il est donc périlleux d'affirmer dans ces conditions
que la demande de formation (au moins potentielle) est inexistante ;
vraisemblablement, il semble s'agir plutôt d'un problème de
pertinence et/ou d'attractivité de l'offre de formation
proposée.
Ainsi, de ce postulat découle l'idée
simplificatrice qu'il suffirait de former des jeunes, plus réceptifs,
à l'utilisation de techniques importées et performantes, pour
progressivement doter le secteur agricole au sens large de ressources humaines
de qualité.
Avec le recul, on le sait désormais, c'était
aller un peu vite en besogne, en faisant totalement abstraction de
l'environnement global du secteur productif en milieu rural, et de ses
nombreuses contraintes qui rendent pour le moins hypothétique le
bénéfice attendu d'un simple transfert de technologie. Cependant,
cette logique correspondait à tout point de vue à celle des
tutelles successives du dispositif CIH ( Education nationale, puis Formation
Professionnelle, en enfin Agriculture depuis 1998 jusqu'en 2003), mais aussi
des autres acteurs (Maisons Familiales exceptées, nous y
reviendrons).
Dans les programmes de ces formations, le focus est mis
systématiquement sur la création d'un nouveau profil de
professionnel : le paysan moderne ! A aucun moment, l'enseignement mis en place
n'essaie de comprendre comment les paysans environnants pratiquent, ni quelles
sont les raisons qui les poussent à pratiquer de la sorte.
C'est en quelque sorte sur une négation
délibérée de la réalité quotidienne
environnante que se sont implantés dans le paysage rural ces centres de
formation professionnelle, avec pour principale conséquence que les
produits formés se sont retrouvés dans l'impossibilité
technique, financière mais aussi sociale de reproduire à leur
retour dans leur famille ce qu'ils avaient appris durant leur formation.
La distance certaine entre l'institution Education Nationale
et les problématiques de développement rural explique sans doute
en partie ce parti pris d'isolement, fondé sur la croyance que rien
d'intéressant ne pouvait être emprunté aux pratiques multi
séculaires d'un paysannat massivement analphabète.
Si elle l'explique en partie, elle n'explique cependant pas
tout ; en effet, la plupart des centres de formation agricoles (et leurs
programmes) a été largement inspirée par le modèle
de l'enseignement agricole français (LEGTA, CFPPA), qui a
participé directement à les façonner,
soit par des partenariats directs avec des lycées
agricoles, soit par le détachement d'enseignants français en
position de coopérants techniques.
Là encore, le mirage du transfert de savoirs et de
technologies, comme réponse unique et irrécusable aux
problèmes rencontrés par les agricultures du sud, n'a pas
facilité l'ancrage et l'adaptation de ces centres de formation dans leur
terroir.
La tentative d'implantation à l'identique du
système des Maisons Familiales Rurales Françaises
s'avérera également trompeuse : bien que s'attelant cette fois
à construire à partir de l'existant, pour l'améliorer, la
formation initiale en alternance sur le modèle français atteindra
vite ses limites (en raison principalement de son coût, mais pas
uniquement) avant d'être purement et simplement abandonnée.)
Ce dispositif se cherche actuellement un second souffle ;
c'est d'ailleurs en ce sens qu'il a demandé en 2006 l'appui du
dispositif MFR français, qui l'a répercuté au
Comité mixte Franco- Sénégalais pour le
développement du secteur agricole, qui s'est réuni en septembre
2006 à Gorée, sous la présidence de l'ancien directeur
général de l'Enseignement et de la Recherche du Ministère
français de l'agriculture, Monsieur Henri-hervé BICHAT.
I.2.1.2.2- L'offre de formation professionnelle continue
(professionnels en activité)
Cette offre est éminemment plurielle, mais au final
très peu diversifiée. Le secteur public est moins présent
que dans le domaine de la formation initiale : seuls subsistent aujourd'hui
deux Centres de Promotion Agricole, en quasi cessation d'activité.
Mis en place durant la période du Programme Agricole,
caractérisée par un fort interventionnisme de l'Etat dans les
années 70 (intrants, commercialisation, équipements et
subventions, encadrement) grâce à l'appui technique et financier
du Bureau International du Travail (BIT), ce dispositif qui comprenait
également des centres de formation d'artisans ruraux a vécu sous
perfusion, de façon relativement artificielle : les adultes en formation
étaient obligatoirement de jeunes couples, et la bourse accordée,
à laquelle s'ajoutait le fruit de leur travail pratique sur
l'exploitation « moderne » du centre de formation durant toute une
année, étaient censés leur permettre de s'installer
ensuite à leur compte, avec un capital de départ.
Mis à part ce cas anecdotique et peu reproductible en
l'absence de bailleurs de fonds, l'ensemble de la formation continue
proposée aux producteurs en activité est le fait d'ONG, de
consultants individuels et bureaux d'études, et de quelques (mais rares)
fédérations d'Organisations Professionnelles. Elle est de
très courte durée (un jour à une semaine) et revêt
un caractère très ponctuel, du fait de l'incertitude liée
aux canaux de financement, largement exogènes au milieu rural.
Autrement dit, l'élaboration rationnelle d'un plan de
formation se heurte en général (pour sa mise en oeuvre) à
la rareté ou l'imprévisibilité des bailleurs de fonds
intéressés. (les possibilités de contribution
pécuniaire des bénéficiaires directs permettant rarement
de dépasser 10 à 20 % du budget nécessaire).
Enfin, et bien que ce secteur de la formation fasse l'objet
d'une forte marchandisation, en raison de la forte compétition des
acteurs en présence sur l'offre, la qualité ne semble pas au
rendez-vous tant l'impact global apparaît manquer de
visibilité.
En conclusion, nous ne pouvons nous empêcher de remarquer
que la plupart de ces établissements de formation professionnelle
s'adressent principalement voire exclusivement, au
marché du travail... salarié (pour la formation
initiale), ou à un public considéré comme captif car peu
solvable par lui-même (formation continue).
Or, le secteur agricole, et plus largement rural, se situe
très majoritairement dans le secteur informel, lequel valorise
plutôt mal le diplôme acquis. Pire, l'emploi dans le secteur
agricole est en réalité de l'auto emploi, dans plus de 90% des
cas, et la prise en compte du profil de chef d'entreprise (ou chef
d'exploitation) est totalement absente des référentiels et
programmes de formation en vigueur.
Il y a là matière à réflexion, au
niveau de la définition des politiques éducatives nationales,
d'autant plus que les singularités évoquées ci dessus pour
caractériser le secteur rural se trouvent être les mêmes
dans les secteurs secondaires et tertiaires (rappelons à nouveau les
données issues de l'étude de Pierre Debouvry d'octobre 2004,
basée sur les données officielles au plan macroéconomique,
qui font état d'un secteur formel national ne représentant que 8%
de l'emploi et auto-emploi, secteurs public et privé confondus).
I-3. contexte de la formation agricole et rurale dans
la vallée (page suivante)

I-3.1. LES SYSTEMES D'ACTEURS A L'OEUVRE
SOCAS
CSS (canne
I-3. 1. 1. Représentation graphique des acteurs en
présence (et proximité)
(tomate) à sucre) GDS
(Horti
Secteur agrobusiness
Inspectio n d'Académie
Communes Régions Communautés
C olleités ttor
(4)
Rurales
Eaux & Forêts
Education
Inspections
Nationale
départementales
Bureau x d'é td
Agence régionale de développement
Programme National de développement local (PNDL)
Bureaux d'études
ON G
Services déconcentrés des
ministères techniques du développement
Services rural vétérinaires
CFPEF S
ONG
Dir. rég. du dév. rural
CNCAS (crédit agricole)
FPA
C
(dir. rég. de l') agence nationale de conseil
agricole et rural
CFA CIH CPFP
BFPA
Office National de Financement de la
Formation Professionnelle
ONFP
ASESCA
Organisations Professionnelles (OP)
& Associations
FEPRODE S
... /
Cadre Local de Concertation
Cadre Régional de Concertation des Ruraux
Légende : Membres du RESOF
I-3. CONTEXTE DE LA FORMATION AGRICOLE ET RURALE DANS
LA VALLÉE
I-3. 1.2. Systèmes et acteurs en présence
(et proximité)
Le schéma qui précède tente de faire
ressortir les quatre catégories d'acteurs suivantes :
· Les collectivités locales, de la communauté
rurale à la région ;
· Les organisations professionnelles agricoles et rurales
:
· L'Etat et ses démembrements ;
· Le secteur privé (agrobusiness, mais aussi
prestataires de services)
Malgré quelques contraintes techniques de
réalisation, ce schéma permet de faire apparaître les
points suivants :
· En règle générale, les centres de
formation ont peu de relations avec les collectivités locales ;
· Le dispositif « éducation nationale »
n'entretient pas de relations avec les autres acteurs, exceptés avec les
élus locaux par l'entremise, principalement, de l'inspection
d'académie.
· Les trois entreprises d'agrobusiness ne constituent pas
à proprement parler un système, mais représentent des
apports monétaires très conséquents dans l'économie
régionale.
· Les autres services déconcentrés de l'Etat
sont plutôt proches des organisations professionnelles, qu'ils
accompagnent désormais après les avoir longtemps
encadrés.
· Les membres du réseau formation fleuve (RESOF)
se comptent très majoritairement du côté des centres de
formation professionnelle publics et privés et des prestataires de
services, et du côté des OPA.
Toutes les structures représentées
relèvent de tutelles multiples, ce qui constitue un obstacle
(administratif) supplémentaire pour le développement de synergies
ou la circulation et l'échange d'informations :
· Ministère de l'Intérieur13, pour
les collectivités territoriales ;
· Ministères de l'éducation, et
ministère de l'enseignement technique et de la formation professionnelle
;
· Ministère de l'agriculture,
représenté sur le terrain par ses directions régionales du
développement rural, les centres d'initiation horticole et les centres
polyvalents de formation des producteurs (trices), mais aussi l'ANCAR et la
SAED ;
· Ministère de l'élevage, dont
dépendent les inspections régionales des services
vétérinaires, et le centre national de formation des techniciens
de l'élevage et des industries animales.
· Ministère de la promotion de la femme
· Ministère de l'environnement
· Ministère de l'emploi, tutelle des
associations, des OP et des ONG.
· .../...
Soulignons également que la vallée du fleuve
Sénégal est davantage une région agro écologique
qu'une entité autonome : elle recouvre en tout ou partie quatre
régions administratives14 et plus d'une dizaine de
départements ; dans chacune de ces quatre collectivités
territoriales se retrouvent les différents démembrements de
l'Etat et, pour certains, leurs antennes départementales.
Ajoutons enfin l'échelon collectivité
territoriale de base qu'est la communauté rurale (une
trentaine en moyenne par région administrative), qui gère un
patrimoine foncier souvent important et bénéficie des services de
l'agence régionale de développement, au même titre que la
région.
13 Puis ministère de la
décentralisation, depuis 2006.
14 Saint-Louis, Louga, Matam et le département
de Bakel dans la région de Tambacounda.
Toutes les communautés rurales disposent de plans de
formation, élaborés dans le cadre de leurs Plans locaux de
développement, et bien sûr, nombre d'élus sont par ailleurs
des responsables d'organisations professionnelles agricoles.
Cette multiplicité d'acteurs et de centres de
décision, du niveau local au niveau régional et dans un
même contexte agro climatique et écologique, milite pour un
pilotage partagé, afin de pouvoir influer, réguler l'offre de
services des prestataires de Formation Agricole et Rurale.
I-3.2. LE RÉSEAU FORMATION FLEUVE (RESOF)
I-3.2.1. La naissance du RESOF
La dynamique qui a porté en 1999 la Stratégie
Nationale de F.A.R sur les fonds baptismaux s'est heurtée à un
défi gigantesque pour appliquer au niveau opérationnel les
principes et orientations retenus : tout ou presque était à
faire, depuis l'alphabétisation de tous les ruraux jusqu'à la
réforme de l'enseignement supérieur !
L'urgence de l'action, amplement démontrée par
les constats d'alors, a sans doute contribué (selon notre perception)
à brouiller les cartes de « l'opérationnel », en
regroupant des objectifs parfois contradictoires au sein des programmes
d'action. Ainsi, le document « Bilan et perspectives de la phase 1999-2002
» du programme d'appui au renforcement des capacités des acteurs du
monde rural au Sénégal15 présente t-il le
troisième chantier financé comme suit : « étude
de faisabilité de Pôles régionaux de formation / recyclage
des techniciens, conseillers agricoles, et des jeunes agriculteurs
».
S'appuyant sur l'une des stratégies d'intervention
recommandée par la SNFAR, il y est question de mettre en réseau
au sein d'une même région les compétences dispersées
dans les diverses structures publiques et privées (centres de formation,
de recherche, bureaux d'études et ONG, sociétés de
développement). Cette réorganisation sur une base territoriale
était dictée par le soucis i) d'articuler l'offre à la
spécificité de la demande locale, ii) d'exploiter le potentiel
dispersé de l'offre de formation, et iii) de responsabiliser les
élus, les OP et les opérateurs privés dans le pilotage et
le financement de la formation agricole et rurale.
Des économies d'échelle importantes en
étaient attendues, à travers une réponse concertée
et efficace à la demande de formation. Ce document-bilan rappelle qu'en
Casamance, l'initiative a été prise par le Conseil
Régional qui a mis sur pied un comité régional de
planification stratégique de la FAR, regroupant les principales
Organisations Professionnelles et les établissements publics et
privés de formation.
A Saint-Louis, ce sont les structures de formation qui ont
conduit la concertation ayant abouti à la mise sur pied d'un
réseau regroupant OP, écoles, ONG et services d'appui. Une des
premières tâches du RESOF a été de s'atteler
à l'élaboration d'un répertoire des compétences
disponibles au sein de la trentaine d'organisations membres. Cette prise de
responsabilité laisse à penser que cette catégorie
d'acteurs était inquiète, à la suite de la mise en
évidence de ses lacunes importantes (diagnostic de la SNFAR), et qu'il
était stratégique pour elle de piloter ce processus de
réseautage pour ne pas être mise à l'écart par la
suite.
Chronologiquement, l'aboutissement de la SNFAR et le
programme d'appui à la formation agricole et rurale évoqué
plus haut se situent au même moment : ce dernier est en effet le cadre
d'application de l'accord de coopération signé en juin 1999 entre
la Suisse et le Sénégal. C'est donc bien dans le cadre du
troisième chantier de ce programme d'appui que sont créées
les conditions qui amèneront à la création du RESOF, le 21
juin 2000.
15 Conçu et financé par le Bureau
d'Appui à la coopération sénégalo-suisse, unique
soutien financier du RESOF.
I-3.2.2. Evolution du RESOF
Nous relevons dans le rapport d'activité de la
coopération suisse de décembre 2000 les constats suivants (points
104 à 107 du rapport) :
· Une méconnaissance, par la majorité des
partenaires potentiels du pôle (élus locaux, OP, privés)
de la stratégie nationale qui sous-tend la création de
pôles régionaux de formation.
· Des acteurs locaux qui peinent à clarifier le
rôle du pôle et à aller au delà de la seule mise en
place d'un cadre organisationnel.
· La prégnance des écoles et centres de
formation dans la dynamique nouvelle, avec « le risque de limiter le
pôle à une simple expression de l'offre de formation ».
Cette absence de vision partagée par tous les acteurs est
pointée comme une faiblesse majeure, de nature à provoquer
l'enlisement de la démarche.
Du côté des élus locaux, il faut bien
comprendre que les nouvelles responsabilités à assumer sont
très larges ; depuis les lois de décentralisation de 1996, les
collectivités locales se sont vues transférer neuf domaines de
compétences or, elles n'ont pas les moyens de leur politique. Elles
bénéficient d'une dotation globale de l'Etat central
sous-évaluée, et peinent à récupérer les
impôts et taxes locales.
Dans ce contexte, on peut comprendre la prudence des
collectivités locales à s'engager, et leur réticence
à mettre en commun leurs ressources et leurs compétences. D'autre
part, au plan des logiques institutionnelles, leurs nouvelles
responsabilités en matière d'éducation et de formation
professionnelle les ont peut être porté à croire que le
sous secteur des formations agricoles et rurales, éclaté entre de
multiples tutelles, était marginal dans le dispositif éducatif
global. Il s'y ajoute le fait, comme cela nous fut rappelé à
plusieurs reprises, que l'agriculture ne figurait pas au nombre des
compétences nouvelles transférées.
Vingt mois plus tard, en janvier 2002, le rapport annuel du
RESOF présente dans son préambule le « pôle »
comme suit : « un cadre de concertation, de réflexion et
d'échanges entre ses membres et avec l'extérieur, dans le domaine
de la FAR ».
L'évolution semble notable, et notoirement
éloignée de l'idée originelle de pôle
régional de formation, si tant est qu'un pôle de formation a
vocation à faire de la formation (cf. notre précédent
parallèle avec un réseau de professionnels de santé).
Les objectifs déclinés dans ce même
document le confirment : il s'agit désormais de faciliter la
réflexion collective sur des thèmes fédérateurs et
les échanges de pratiques, de diffuser les expériences, de
faciliter la mobilisation des ressources et de contribuer à
l'élaboration de la politique régionale de FAR.
Un dernier objectif (en réalité, le premier de
la liste) a trait à la promotion de la qualité dans la conception
et la réalisation des programmes de formation.
Ceci est du reste confirmé dans le projet de programme
de mise en oeuvre du pilotage régional de la FAR. Ce document,
proposé par le Secrétariat du RESOF en mai 2006, réaffirme
son ambition « de faire une place primordiale à la
régulation participative de la FAR dans la mise en oeuvre
de la Stratégie Nationale dans la Vallée du Fleuve
Sénégal ».
Le démarrage du RESOF fut laborieux ; d'abord
assurée par la structure hébergeante16 au cours des
neuf premiers mois, son animation sera confiée en mars 2001 à
l'assistant des programmes de formation du CIFA, qui deviendra ainsi
l'animateur principal du RESOF. Au nombre de ses
16 En l'occurrence le Centre Interprofessionnel de
Formation aux métiers de l'Agriculture (CIFA), situé à
Ndiaye, à 30 km de Saint-Louis.
missions, figurent (déjà) la re-dynamisation du
réseau et la mobilisation des acteurs majeurs présents dans son
environnement.
D'ailleurs, si à la naissance du RESOF en juin 2000,
quinze organisations ont payé la cotisation annuelle (5 000 Francs CFA,
soit moins de huit Euros), elles ne sont plus que trois l'année
suivante, dont la structure hébergeante. (malgré
l'adhésion de deux nouveaux opérateurs privés en 2001).
Lors de la dernière Assemblée
Générale du 29 décembre 2005, le décompte des
membres ressort à 46 organisations. Celles-ci se répartissent
à peu près équitablement sur les deux catégories de
l'offre et de la demande.
Cette longue introduction, relative aux finalités du
réseau, tente de montrer que chacun des acteurs pressentis à
l'origine pour participer à cette dynamique de rupture avec le
passé est venu avec en perspective sa propre stratégie :
· pour les uns, plutôt situés sur la
demande de formation, il s'agissait de contribuer à mettre en place un
instrument destiné à assainir les pratiques dans le secteur, et
à faire évoluer la réponse-formation globale par des
échanges de pratiques et la diffusion d'expériences originales
;
· pour d'autres, les plus nombreux, il s'agissait davantage
de se positionner, en perspective de remplir son carnet de commande ;
· pour les organisations professionnelles et quelques
associations de développement communautaires, le réseau semblait
représenter un espace intéressant pour faire valoir leur point de
vue en tant que demandeurs de formation.
· quelques autres enfin, ont « acheté leur
ticket, pour voir » ; il s'agit essentiellement des services d'appui au
développement rural.
Ces attentes multiples, et l'équilibre qui en est
résulté, ont sensiblement modifié l'idée originelle
de pôle régional de formation jusqu'à sa forme actuelle,
plus proche d'un cadre de concertation, bien que les activités conduites
mêlent encore parfois les deux finalités, apportant à notre
sens parfois de la confusion lorsque le réseau commandite et prend en
charge des actions de renforcement de capacités au
bénéfice d'individus issus de ses organisations membres, ses
situant alors en position de concurrence avec certains de ses membres,
opérateurs, voire financeurs de formation.
I-3.2.3. Fonctionnement et organisation du RESOF
Depuis sa création, le Résof est
hébergé par le Centre Interprofessionnel de Formation aux
métiers de l'Agriculture (CIFA), qui engage sa signature envers les
tiers et gère les actifs du RESOF ; cette relation va donc au
delà du simple hébergement physique d'un réseau
virtuel.
Le C.I.F.A. est un cas unique au Sénégal : il
occupe les locaux de l'ancien centre de formation de l'imposante
société publique d'aménagement des terres du Delta (SAED)
et il est présidé par la profession agricole ; reconnu
d'utilité publique, il reçoit une dotation annuelle de l'Etat
d'environ cinquante millions de F CFA pour remplir des missions de service
public, à la demande de la SAED. Le RESOF est structuré comme
suit :
Une assemblée générale, ou chacune des
organisations membres à jour de sa cotisation dispose d'une voix.
Un Secrétariat technique, composé à
l'origine de deux membres, et élargi par la suite à cinq membres,
afin qu'y soient représentés les trois pools géographiques
du Résof dans la Vallée du fleuve.
Un animateur17, sur un poste à mi-temps pris
en charge par la coopération suisse.
17 Par ailleurs formateur du CIFA

Pool St-Louis
14 membre
Secrétariat du Résof (5 membres)
Pool Delta
Animateur
8
b 23 membres
Pool PMB (Podor- Matam-Bakel)
L'organisation du Réseau en pools a été
décidée pour restaurer un caractère de proximité
à son action, et donc de visibilité, vis à vis de ses
membres répartis tout au long de la Vallée du Fleuve
Sénégal, de la côte Atlantique jusqu'à Bakel
(région administrative de Tambacounda), où le fleuve
pénètre au Sénégal.
Dès 2004 en fait, un atelier de diagnostic18
visant à évaluer les points faibles du mode d'organisation et de
fonctionnement du Résof avait mis en évidence le schéma
relationnel suivant :

Secrétariat
En relation
Absence de relation
Animateur
Pool St Louis
Pool Delta Dagan
Pool
Podor
18 atelier organisé à Louga en avril
2004 par le RESOF, avec l'appui de l'International Institute for Environnement
and Development (IIED)
Cette absence d'échanges directs entre les pools est
révélatrice d'un dysfonctionnement du Résof, ainsi que
nous avons eu à le relever dans le cadre de notre
précédent Mémoire de recherche.19
Dans un tel cas, le réseau multipolaire qui devrait
faciliter la communication horizontale entre tous ses membres paraît
dériver insensiblement vers une coordination centralisée et son
corollaire : la communication verticale et hiérarchisée. Cette
tendance, comme l'explique Guy Le Boterf, apparaît souvent en
réponse à des dysfonctionnements répétés,
souvent causés par la lenteur des processus engagés ou le manque
de coopération de certains acteurs.

La répartition des membres entre les trois pools est
assez irrégulière, mais ce qui paraît être le plus
lourd de menaces pour l'avenir du dispositif réside à notre sens
dans l'ampleur des aires d'intervention ; ainsi, le pool Podor-Matam-Bakel, qui
s'étend sur près de 400 km de long, semble le plus exposé
au risque de non fonctionnalité ; l'étendue de cette zone
paraît battre en brèche l'avantage des pools, dont l'idée
originelle consistait à rapprocher le RESOF de ses membres.

19 X Malon - « le réseau formation fleuve
au Sénégal : pour une régulation participative de l'offre
de formation agricole et rurale » ; D.U Ingénierie de la Formation
et des Systèmes d'Emploi -01/2007.
I-3.2.4. Les organisations membres du RESOF20

Légende
Pool Saint-Louis
Pool Delta (Dagana)
Pool Podor-Matam-Bakel
Org. Professles & associations : OP, ONG, Asso
Etablissements publics de formation : EPF
Opérateurs privés de formation : Prest
Services d'appui (publics) : SAP
Catégorie
|
STRUCTURES/localisation
|
Pools
|
1 Prest
|
GRAPEF/ Louga
|
Saint-louis
|
2 OP
|
CIFA Centre Interprofessionnel pour la Formation aux
Métiers de
l'Agriculture/Ndiaye
|
Delta
|
3 OP
|
GROPEN : Groupe pour la promotion de l'élevage au
nord/Richard-Toll
|
Delta
|
4 EPF
|
CFPEFS : Centre de Formation et de Perfectionnement en Economie
Familiale et Sociale Dagana
|
Delta
|
5 SAP
|
ANCAR Agence Nationale de Conseil Agricole et Rural
|
Saint-louis
|
6 SAP
|
ANCAR Agence Nationale de Conseil Agricole et Rural
|
Matam
|
7 Prest
|
CONFORME ; Conseil Formation
|
Saint-louis
|
8 Prest
|
MICRIFINEDABASE : micro finance et gestion de projets
|
Saint-louis
|
9 Prest
|
GRIFEI : Groupe d'Initiative pour la Formation à
l'Entreprenariat et à l'Insertion
|
Saint-louis
|
10 EPF
|
CFPEFS : Centre de Formation et de Perfectionnement en Economie
Familiale et Sociale Saint-Louis
|
Saint-louis
|
11 EPF
|
CPFP : Centre Polyvalent de Formation des Producteurs de Ogo
|
Matam
|
12 OP
|
CNCF : Comité Nationale de Concertation de la
Filière Patate Douce / Richard-Toll
|
Delta
|
13
|
GIE Bamtaaré Cali
|
Matam
|
14 EPF
|
CNFTEIA : Centre National de Formation des Techniciens de
l'Elevage et des Industries Animales
|
Saint-louis
|
15 EPF
|
CPP : Centre de Perfectionnement des Pêcheurs de Mbane
|
Delta
|
16
|
|
|