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Le discours religieux en Tunisie: L'exemple de la communauté juive

( Télécharger le fichier original )
par Sadek MTIMET
Faculté de droit et des sciences politiques de Tunis ( Université Al-Manar) - Master en sciences poltiques 2007
  

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§ II - L'émigration

Déclenchée notoirement depuis la création en 1948 de l'Etat d'Israël et dès les dernières années du protectorat, l'exode des juifs de Tunisie s'est poursuivie en s'amplifiant dans les années qui ont suivi l'accession de la Tunisie à l'indépendance. L'exode a touché, non seulement les juifs français, mais encore les juifs tunisiens .

Les juifs de nationalité française étaient affectés par les mesures, au lendemain de l'indépendance, de tunisification du personnel administratif. Alors, ces juifs, à l'instar de tous les français furent invités " à demander leur remise à la disposition de la Métropole " (2) sauf pour le cadre enseignant ( instituteurs et professeurs ) qui sont régis par un accord culturel entre

(1) Sebag P., op cit, p.294. (2) Ibid p.294

les deux pays . Pour les autres , exerçant dans tout les secteurs de l'économie tunisienne , réagirent comme tous les français en se persuadant de leur extranéité en Tunisie et qu'il y a lieu de quitter tôt au tard ; alors mieux valait le faire sans tarder . En trois ans , la moitié de la population française ont quitté le pays .

Les juifs de nationalité tunisienne n'auraient pas dû être affectés par les changements que connut le pays au lendemain de l'indépendance, dés lors que les textes constitutifs de l'ordre nouveau accordaient les mêmes droits à tous les citoyens, quelle que fût leur religion et que les hauts dirigeants du pays proclamaient l'égalité de tous les nationaux devant la loi. En octobre 1956, le Président Bourguiba est intervenu auprès du Raïs Jamel Abdenasser pour que les juifs tunisiens établis au Caire ne fussent pas atteints par les mesures d'expulsion, décidées contre les juifs d'Egypte. Il entendait par-là qu'il ne fait pas de distinction entre nationaux qui ont les mêmes droits à la protection de l'Etat (1) .

Mais malgré la bonne volonté des autorités du pays traduite à travers les nouveaux textes instituant l'égalité de tous, les juifs de Tunisie ne devaient pas tarder, les uns après les autres , à quitter la terre natale pour des raisons multiples ( A ) mais à des destinations préconnues (B).

A - Les raisons de l'exode

Le départ auquel n'avait jamais pensé les juifs restants va être vécu comme "un arrachement pour la plupart " et comme "l'échec d'une vie qu'ils croyaient consacrer à la Tunisie " (2). D'autres ont cru bien faire de rester afin de pouvoir continuer "à militer pour que change la société, à apporter une contribution à la réflexion sur les moyens de ce changement " (3). Ils croyaient fermement que " le combat, le leur , était donc celui des autres tunisiens " mais sans ignorer que " leur condition de juifs ne leur donnaient pas tout à fait les mêmes possibilités qu'aux arabe, mais ils sentaient qu'ils devaient lutter pour faire reconnaître leur citoyenneté à part entière (4) .

Au fil des jours, il n'y a plus de vie communautaire car les tendances distinctives se dégageaient à travers des comportements d'individus ou à la limite de groupes d'individus . A travers ce déclenchement du mouvement de départ, on peut déceler les raisons de cet "exode" :

Extérieures et intérieures .

_________________________________________________________________

(1) Haddad Ch., Juifs et Arabes, cité par Sebag P.,op cit p.312 (2)Sllama B.,"La déchirure" . Confluences Méditerranée ,1994,n°10,p.130. (3) Naccache G., Cristal-Tunis, Ed.Salambo,1982,p.143. (4) Naccache G., op cit , p.143

1- Des raisons exogènes

a - L'arabisation de l'Administration : Promu au rang de langue officielle de l'Etat, l'arabe

devient pratiquement la seule langue en usage dans les ministères de souveraineté (justice, défense, intérieur) et dans l'administration régionale. Le français demeure toutefois à être utilisé comme langue de travail dans d'autres services techniques de l'administration .

Par ailleurs, l'arabisation concerne le personnel à recruter. Le souci légitime du gouvernement d'ouvrir largement aux musulmans, longtemps frustrés, les emplois dans l'administration, les banques, le commerce, le barreau, les hôpitaux, etc.,. réduisit d'autant les possibilités des juifs, au demeurant pour la plupart arabophones très médiocres (4) . Mais certains pensent que "la montée de cadres tunisiens, ne se fait pas selon les règles de méritocratie, ni même pour récompenser des services rendus pendant la lutte nationale, mais selon l'appartenance à la majorité musulmane " (1). Alors "une vexation ou une concurrence déloyale avec les collègues musulmans au travail " (2) devenaient une monnaie courante et "c'est triste de le dire , la vie a donné raison à ceux qui partaient " (3). Ainsi, grand nombre, de nationalité tunisienne et de confession juive, finirent par partir à l'exception de ceux qui s'estimèrent trop avancés en âge pour recommencer leur vie dans un autre pays .

b - La discrimination confessionnelle : En dépit des textes législatifs accordant à tous les nationaux les mêmes droits et les mêmes devoirs, les Tunisiens juifs ont souffert d'un certain nombre de discrimination de fait. Tout d'abord au niveau du recrutement, ils furent tenus à l'écart des ministères de souveraineté comme si on doutait de leur loyalisme. Ensuite, au niveau de la promotion et l'avancement pour certains qui travaillaient déjà, ont été déresponsabilisés des emplois fonctionnels. Enfin, la discrimination touchait des secteurs d'activité où la nouvelle administration favorisait systématiquement les entreprises musulmanes par rapport aux juives. Elle accordait largement des licences et des autorisations d'activité aux uns et privait d'autres, ou donnait à contre coeur. Il en est de même pour le concours financier des établissements de crédit(4). Par ailleurs, les agents du fisc s'acharnaient volontiers sur les entreprises juives que musulmanes et taxaient plus lourdement les premiers. Alors le comportement de tous ceux qui exerçaient une parcelle de pouvoir persuadait les juifs qu'en dépit des déclarations officielles et des lois de la République, ils ne seraient jamais traités comme leurs concitoyens musulmans. Alors, ils prenaient la décision de partir dès qu'ils le pouvaient .

. (1) Kazdaghli H., "L'engagement des juifs dans l'anticolonialisme" , op cit, p.235. (2) Valensi L., "Espace public", op cit, p.107. (3) Haïk M.-A., entretiens et témoignages avec Kazdaghli H., op cit, p.234 . (3) Haïk M.-A., op cit, p.235 . (4) Sebag P., op cit , 296

c - La politique économique : Après avoir fait pendant quelques temps un libéralisme économique, les pouvoirs publics optèrent pour un développement planifié de l'économie en vue de promouvoir une forme de "socialisme destourien". Les juifs ont été peu enclins à faire partie de coopératives dont la gestion leur échappait, se trouvaient cantonnés dans un secteur privé durement concurrencé par le secteur de l'Etat. Alors, làs des difficultés d'approvisionnement et de la modicité des contingents alloués, ils décidèrent de vendre leurs fonds de commerce et de partir. Hormis quelques rares réussites individuelles, les entreprises économiques juives se trouvèrent étouffées par un socialisme autoritaire qui finit par dresser les couches de la population en 1969. Mais le retour de l'économie libérale en 1970 constata la disparition des entreprises économiques juives .

3 - Des raisons endogènes

a - Le complexe minoritaire : La réduction lente mais certaine, au fil des ans, des effectifs de la population juive avivait chez ceux qui restaient un complexe de minorité. Dans un pays où une politique d'intégration est menée par des mesures législatives, l'autonomie de la Communauté est battue en brèche et le complexe minoritaire surgit du fait de la sensation d'être exposés à toute éventualité de la part de la majorité que l'Etat ne pourrait ni prévenir ni endiguer. Cette crainte est d'autant plausible et papable que l'histoire de cette Communauté est plein d'événements de vexations et de brimades mais jamais, il est vrai, faire l'objet d'une explosion de violence meurtrière. Déjà, dans les années 1960 le milieu etait propice au développement de ce genre de crainte surtout à l'échelle régional arabo-musulman où le problème palestinien planait sur la conscience collective des peuples et qui ne cessait de donner à la minorité juive des raisons de s'inquiéter. En Tunisie, par deux fois, l'inquiétude prit le caractère d'une panique qui fut à l'origine de départs nombreux : la première fut au cours de la crise qui affecta les relations franco-tunisiennes par l'exigence du gouvernement tunisien de l'évacuation immédiate de la base de Bizerte par l'armée française. Pendant les événements tragiques, un bruit court que les juifs à Bizerte s'étaient rangés à coté des Français et leur avaient prêté main-forte. Il n'en fallut pas d'avantage pour que les juifs se croient menacés de représailles et ne prennent, dans la précipitation, la décision de partir à l'exemple des milliers de Français qui quittèrent la Tunisie, l'année de Bizerte en 1961 .

La deuxième épreuve de l'inquiétude générale des juifs tunisiens fut la journée du 5 juin 1967 pendant la guerre israélo-arabe. Ce jour-là à Tunis, des manifestations se déclenchèrent, qui rencontrent une opposition vaine des forces de l'ordre, dans les rues de la concentration de la minorité juive, détruisirent des magasins et mettaient à feu la grande synagogue de l'avenue de Paris. Malgré la condamnation de la tournure des manifestations par le Président de la République le soir même et sa promesse d'indemniser les préjudices, la nouvelle vague de départ précipités se déclencha aggravant le complexe minoritaire de ceux qui restèrent .

b - La désunion des familles . Alors que tant de raisons poussaient les juifs à partir, ceux qui y demeuraient possédaient des biens qu'ils hésitaient à vendre ou parce que dirigeaient des entreprises, somme toute prospères, ou encore parce qu'ils pouvaient continuer à exercer leur profession et à gagner leur vie. Ils restaient aussi bien souvent parce qu'ils n'étaient plus de première jeunesse et qu'ils hésitaient à se lancer dans l'aventure d'une transplantation qui exigeait une complète reconversion ou bien qu'ils attendaient que leurs enfants aient fini leurs études supérieures en France ou qu'ils aient le temps de s'y faire une situation. En somme, il n'y était pas une famille qui ne fût divisé : Tunisie, Israël et France. Cette désunion est provisoire et chaque famille entendait bien mettre fin un jour à une séparation dont elle souffrait. Dès que les circonstances s'y prêtaient, ceux qui étaient restés partaient à leur tour, pour que la famille dispersée fût à nouveau réunie .

S'il est relativement aisé de dégager les raisons multiples qui ont amené les juifs à quitter le pays, il est assez difficile d'établir à quel rythme s'est fait cet exode après l'indépendance. Les statistiques tunisiennes ne distinguent plus , au recensement comme à la sortie ou l'entrée dans le pays, Tunisiens juifs et Tunisiens musulmans. Lors du recensement général de la population du 1er février 1956, les Tunisiens juifs étaient au nombre de 57 786. Au début de l'année 1970 on l'estimait de l'ordre de 10 000 âmes , c'est-à-dire les effectifs se réduisirent de plus des 4/5.

A l'heure où nous sommes( l'année 2007 ), la Communauté juive ne doit pas dépasser trois milles (3 000 )âmes dont le quart se trouve encore à Jerba et la plus grande partie dans la capitale. Il y a peu de jeunes dans cette population, lesquels jeunes vont en France parfaire leurs études ou carrément en Israël effectuer leur "alliah" (1)

Par ailleurs il y a de bonnes raisons de penser que l'exode des juifs vers la France, qu'il est difficile de cerner, s'est fait au même rythme que l'exode des juifs vers Israël sur lequel il y a de données précises. Ce qui est sûre, c'est la destination; ce qui est improbable, c'est le retour .

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"L'ignorant affirme, le savant doute, le sage réfléchit"   Aristote