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Le rôle de l'Eglise dans le processus de démocratisation en République Démocratique du Congo (1990-2006) Nécessité et Perspectives


par Jimmy MUNGALA FETA
Abomey-Calavi/ Chaire Unesco pour les droits de la personne et de la démocratie - Diplôme d'Etudes Appronfondies (DEA) 2009
Dans la categorie: Droit et Sciences Politiques > Droits de l'homme et libertés fondamentales
   
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Paragraphe 2 : Les obstacles à l'ascension du clergé catholique à la direction de la conférence nationale

En préliminaire, il convient de relever que l'Eglise catholique avait d'abord exprimé ses réticences à voir son évêque assumer cette importante charge politique au sommet de l'Etat. Elle était désireuse de voir un laïc présider aux destinées de la Conférence Nationale Souveraine, étant entendu que cette responsabilité ne relevait ni de la vocation, ni de la mission pastorale d'un évêque conformément aux dispositions du Saint-Siège interdisant formellement aux prêtres, religieux et religieuses ainsi qu'aux évêques de solliciter ou briguer un mandat politique pour des raisons évoquées précédemment.

Ensuite, deux autres obstacles majeurs sont apparus quant à l'ascension du clergé catholique à la direction des conférences nationales souveraines sur le Continent. En plus du Vatican réticent et attaché à sa position officielle de laisser aux laïcs la charge de gérer la res publica (A), les pouvoirs dictatoriaux en place, soucieux de maîtriser l'orientation de ces conférences nationales, craignaient que l'ascension du clergé à la tête de ces forums ne les fasse échapper à leur contrôle (B).

A. Les réticences du Vatican

Pour comprendre les réticences du Vatican, il importe d'abord d'examiner quelques spécificités du catholicisme, étant donné que Mgr le président du bureau de la CNS en RD Congo en est l'émanation. En effet, selon LUNDIONGO NDOMBASI, deux canons du code de droit canonique de 1983 sont en rapport avec l'engagement politique des ministres de Dieu/clercs (Evêque, Prêtre, Religieux, Diacre, Consacré) à savoir :

1- Le Canon 285, &3 qui dispose : « Il est interdit aux clercs de remplir les charges publiques qui comportent une participation à l'exercice du pouvoir civil ». 33(*)

2- Le Canon 287 &2 qui énonce : Les clercs « ne prendront pas une part active dans les partis politiques ni dans la direction des associations syndicales à moins que, au jugement de l'autorité ecclésiastique compétente, la défense des droits de l'Eglise ou la promotion du bien commun ne le requièrent. Les clercs se limiteront à éclairer les consciences des fidèles laïcs, les former à prendre leurs responsabilités afin d'imprégner le monde d'esprit évangélique ».34(*) 

Dans le même ordre d'idées, les évêques du Congo écrivaient : « Dans les circonstances présentes, même s'il y avait des pressions, il est exclu de penser que le clergé pourrait assumer un rôle quelconque de suppléance dans la conduite des affaires de l'Etat. ».35(*) C'est ici le lieu de saluer la mémoire du Pape Jean-Paul II qui a servi l'Eglise avec détermination et engagement dynamique, car, globalement, son action constante et la contribution diffuse du Saint-Siège dans la réalisation du rêve démocratique dans le monde ont suscité plus qu'un intérêt. Grâce à leur rôle révélateur sur la conscience populaire, ses nombreux déplacements ont provoqué un renouveau dynamique dans le chef des peuples opprimés. Tels furent les cas contre le totalitarisme communiste, la chute du mur de Berlin et la fin des dictatures africaines.

Dans son engagement pour la paix, la liberté et la démocratie, le Pape Jean-Paul II a pris son bâton de pèlerin pour fustiger et dénoncer les affres des pouvoirs dictatoriaux contre la volonté des peuples. Unanimement, il est admis qu'il a joué un rôle capital même dans la chute du mur de Berlin, etc. Cependant, sans le dire ouvertement à ses évêques, le Pape Jean-Paul II avait malgré tout accepté cette voie. En effet, saluant la présence du Pape lors de sa visite officielle au Bénin du 02 au 05 février 1993, le président du Bénin, Nicéphore Dieudonné SOGLO avait clairement mis en exergue « le rôle éminent joué par l'Eglise catholique, en la personne Mgr Isidore DE SOUZA, dans la renaissance de la patrie »36(*).

En réponse, le Pape Jean-Paul II salua l'expérience béninoise comme « un vaste effort de renouvellement qui stimulera les autres nations du continent africain »37(*). Mais, tout en affichant son soutien au processus de démocratisation des Etats africains demeurés sous le joug des dictatures, le Pape Jean-Paul II s'était clairement prononcé sur le fait que « cette action temporelle exceptionnelle de la hiérarchie de l'Eglise devait prendre fin dès que possible »38(*). Tout en saluant et félicitant l'apport de Mgr Isidore DE SOUZA en tant que président de la Conférence des Forces Vives de la Nation, le Saint-Père, devant les sept évêques du Bénin, avait attiré leur attention sur les limites strictes à l'action politique des prêtres : « Je suis très heureux du grand service que la hiérarchie de ce pays, en la personne de Mgr Isidore DE SOUZA, a rendu à la Nation à une heure importante et je vous en félicite. D'une manière générale, je forme le voeu que celui qui a cru devoir accepter exceptionnellement, par esprit évangélique, une mission temporaire d'ordre politique revienne sans tarder à sa mission propre, la charge d'âmes, pour laquelle il a reçu l'ordination. En effet, dans ce domaine, il convient que le relais soit passé aux fidèles laïcs dès que possible, selon ce que déclare le catéchisme de l'Eglise catholique : `'il n'appartient pas aux pasteurs de l'Eglise d'intervenir directement dans la construction politique et dans l'organisation de la vie sociale''».39(*)

Soulignons également avec le professeur AIVO que « le Vatican s'était très subtilement occupé du global comme sa vocation universelle, laissant ainsi aux Eglises nationales, le soin d'un engagement plus ciblé, plus approprié et en proportion avec le degré de dangerosité du régime en place »40(*). Ceci expliqua, entre autres, que le front le plus efficace de la fronde religieuse fut mené de l'intérieur du continent, car, bien que membre de la Société civile, l'Eglise catholique africaine s'est démarquée des autres corps sociaux par « son mode d'action qui a eu au moins le mérite d'avoir placé les pouvoirs africains dans une crise de légitimité morale »41(*).

En RD Congo, l'Eglise catholique se rendit à l'évidence qu'il s'agirait pour Elle et son évêque d'« un service exceptionnel de charité en faveur du bien de la communauté nationale »42(*). Face à ce qui est apparu comme un dilemme cornélien, le Saint-Siège a dû reculer sur les limites édictées en acceptant que des prélats s'impliquent dans ces processus. A ce sujet, la commission pour l'interprétation du code canonique a, dans sa réponse du 25 avril 1992, dit : « Tout en tenant compte de l'intention de la Sacrée Congrégation Consistoriale, cette intention est que , si , en vertu de la Constitution de l'Etat, les Cardinaux, Archevêques ou Evêques sont de droit sénateurs et le Saint Siège a de quelque manière approuvé cette situation, ces derniers précités peuvent, sans permission spéciale, remplir cette fonction, à condition d'assurer l'accomplissement de leurs obligations par leur vicaire général ou d'une autre façon. Dans tous les autres cas, les Cardinaux, les Archevêques et Evêques, tant résidentiels que titulaires, ont besoin de l'autorisation du Saint-Siège »43(*).

Par ailleurs, la hiérarchie épiscopale nationale ajoutera : « au nom de la charité, à la demande de leurs peuples et de leurs conférences épiscopales respectives, le Saint-Siège a autorisé certains Evêques africains, dont Monseigneur Laurent MONSENGWO, à jouer un rôle de premier plan dans les forums à caractère politique»44(*) encore que cette fonction fût provisoire et dépourvue de prérogatives strictement politiques.

Sachant bien que le choix de Mgr MONSENGWO à la tête de la CNS s'imposait dans l'opinion tant politique que sociale, l'Eglise catholique l'avait accepté comme « un engagement social et un service à la Nation »45(*) face à une situation qui procédait de l'exception et du provisoire. Toutefois, il est important de retenir que les clercs ne doivent pas s'éloigner des préoccupations réelles de la société et de la politique, quand bien même il leur est défendu de faire de la politique active. Ainsi, évangéliser devient construire une Nation où Dieu est au centre de tout engagement et où la paix, l'amour, la cohabitation pacifique, la justice sont des donnes capitales à la démocratie.

Mais, l'opposition ouverte du pouvoir en place intervint pour tenter de détourner la direction du vent, qui plus est, de toutes les confessions religieuses, c'est bien Elle qui s'affirmait de plus et apparaissait constamment comme la cible privilégiée à abattre par l'Etat mobutiste.

* 33 LUDIONGO NDOMBASI, Normes canoniques pour l'engagement politique des chrétiens et des ministres sacrés, dans Eglises et démocratisation en Afrique, Actes de la XIXe semaine théologique de Kinshasa du 21 au 17 novembre 1993, Kinshasa, Editions Facultés catholique de Kinshasa, 1994, p. 308.

* 34 LUDIONGO NDOMBASI, ibidem, p.323

* 35 CEZ, Pour une nation mieux préparée à ses responsabilités, Kinshasa, Edition du Secrétariat Général de la CEZ, 1994, n0 34-35, p.8

* 36 Stéphane Dupont, envoyé spécial JAE, Le Souverain pontife prêche la démocratisation, JAE n° 165, Mars 1993, p.88

* 37 Stéphane Dupont, ibidem, p.86

* 38Stéphane Dupont, ibidem, p.86

* 39 Idem ; p.89

* 40 AIVO (FJ), op. cit, p.356

* 41 Voir F. BOILLOT, l'Eglise catholique face aux processus de changement politique du début des années 1990, l'Année Africaine, 1992-1993, pp. 115-114, cité par AIVO (FJ), op Cit.

* 42 Secrétariat Général de la Conférence épiscopale du Zaïre, le processus de démocratisation au Zaïre, Ed. Secrétariat Général CEZ, Kinshasa, 1996, p.40

* 43Voir Pontficia Commisio ad codicis canones authentice interpretandos, (Commission pontificale sur l'interprétation authentique du droit canon) cité par LUNDIONGO NDOMBASI, ibidem, p.308 Par décision papale du 2 juin 1984, Jean-Paul II renomma la commission sous le titre de « commission pontificale pour l'interprétation authentique du droit canon », avec la charge de veiller à l'application du nouveau code de droit canonique publié en 1983. Il prend son nom actuel en 1988 par la constitution apostolique Pastor Bonus. En 1990, la « commission Pontificale pour la réforme du droit canon des Églises orientales » est dissoute, suite à la publication du code des canons des Églises orientales. Une partie de ses compétences est alors confiée au « conseil pontifical pour les textes législatifs ».

* 44 CEZ, Complémentarité des vocations et des missions au sein de l'Eglise pour le service de la Nation, Kinshasa, Editions du Secrétariat Général de la CEZ, 1994, n°16, p.4

* 45 Voir Secrétariat Général de la Conférence épiscopale du Zaïre, le processus de démocratisation au Zaïre, Editions du Secrétariat Général CEZ, Kinshasa, 1996, pp.46-51

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