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La problématique de la gouvernance locale dans la région de l'est-Cameroun: une analyse de la perception du maire par les populations de la ville de Bertoua


par Bertille Arlette JIOKENG NDOUNTIO
Universite Catholique d'Afrique Centrale - Master en Gouvernance et Politiques publiques 2010
Dans la categorie: Droit et Sciences Politiques > Sciences Politiques
   
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III. Définition des concepts

Cette opération a pour objectif principal de replacer ces divers concepts dans le contexte spécifique de notre étude. Il s'agit notamment de : gouvernance locale, perception et maire.

La gouvernance locale est une branche de la gouvernance. Ensemble des procédures institutionnelles, des rapports de pouvoir et des modes de gestion publics ou privés formels aussi bien qu'informels qui régissent l'action politique10(*), la gouvernance, devenue également un concept de la science politique, se définit dans ce cas, selon Patrick LE GALES, comme un « processus de coordination d'acteurs publics et privés, de groupes sociaux, d'institutions [destinés] à atteindre des buts propres discutés et définis collectivement dans des environnements fragmentés, incertains ». Abolissant la distinction public/privé dans la logique d'une relation horizontale et non plus hiérarchique ou verticale entre les « décideurs », cette perspective suppose, par conséquent, que les instances politiques reconnues, telles que l'Etat ou les organisations intergouvernementales, ne détiennent plus le monopole de la conduite des affaires publiques11(*). Dans le même ordre d'idées, STOCKER affirme que « la gouvernance fait intervenir un ensemble complexe d'acteurs et d'institutions qui n'appartiennent pas tous à la sphère du gouvernement; elle traduit une interdépendance entre les pouvoirs et les institutions associées à l'action collective. La gouvernance fait intervenir des réseaux d'acteurs autonomes et part du principe qu'il est possible d'agir sans se remettre au pouvoir de l'État »12(*).

L'économiste Bernard PECQUEUR, dans ses travaux sur le développement local, définit, quant à lui, la gouvernance locale comme « un processus institutionnel et organisationnel de construction d'une mise en compatibilité des différents modes de coordination entre acteurs géographiquement proches, en vue de résoudre les problèmes productifs inédits posés aux territoires13(*) ». Le concept de gouvernance locale apparaît alors comme une forme de régulation territoriale et d'interdépendance dynamique entre agents notamment productifs et institutions locales. Dans cette approche, le territoire contribue à réduire les coûts de transaction entre les firmes et constitue de ce fait un niveau pertinent pour coordonner les actions collectives. Au- delà de la seule efficacité comptable, est alors mis en évidence le fait que les institutions non économiques peuvent faciliter la coordination entre agents, sont donc acteurs à part entière des coordination et décision, des coalitions et négociations14(*).

Il s'agit ainsi d'un ensemble de moyens par lesquels les individus et les institutions publiques et privées, gèrent leurs affaires locales. L'idée d'une gouvernance locale repose sur les capacités des communautés à maîtriser leur territoire et à gérer leurs ressources. Elle implique que les populations ne sont pas seulement l'objet d'une décision ou d'une solution en bout de piste, mais sont partie intégrante de la décision et de la solution.

Tel est le contenu conféré au concept de gouvernance locale qui sera retenu dans le cadre de cette étude. Cette définition est celle qui sied le plus à notre étude car elle a le mérite de mettre l'accent sur un processus plus participatif et d'entrevoir l'action locale comme étant plus proche des populations, paramètre essentiel au développement local.

La perception : Etymologiquement, le mot percevoir signifie : se saisir de. Il a donc un sens actif et s'apparente à une activité mentale par laquelle une connaissance personnelle donne un sens à la réalité. Nous percevons les stimulations auxquelles nous attribuons des significations. Quelquefois, la perception est confondue à la représentation mais Jean PIAGET précise que « la représentation se distingue de la perception. Quand cette dernière est une connaissance des objets résultant d'un contact avec eux, la première consiste soit à évoquer les objets en leur absence, soit qu'elle double la perception en leur présence, à compléter leur connaissance perceptive en ce référant à d'autres objets non actuellement perçus. Ces deux fonctions d'évocation s'expriment toujours dans un rapport « signifié / signifiant », c'est-à-dire dans un rapport de correspondance établi entre ce que l'on veut exprimer (signifié) et le moyen d'expression que l'on utilise à cette attention (signifiant)15(*) ».

De plus, la perception a un caractère subjectif. Une situation sociale n'est jamais identique pour tous les individus. Chacun organise et interprète l'information qu'il reçoit en fonction de son cadre de référence, résultant de ses expériences antérieures, de ses centres d'intérêts, de ses habitudes et de ses motivations qui s'inscrivent dans la configuration unique et régulière constituant sa personnalité. La perception apparaît donc comme une « action de saisir par l'esprit, connaissance » ou un « acte par lequel le sujet se forme la représentation d'un objet appréhendé par les sens »16(*).

Dans notre étude, la perception sera considérée comme la façon pour un individu de se voir et de voir les autres. Cette définition, somme toute simple, nous permettra de comprendre comment l'image que l'on peut avoir de l'autre, en l'occurrence, l'image que peuvent avoir les populations d'un maire, conditionne leur adhésion aux décisions qu'il prend et détermine leurs agissements.

Le maire représente l'autorité municipale. Son rôle et ses attributs sont variables selon les villes ou pays concernés. Au Cameroun, il est élu au scrutin uninominal majoritaire à deux tours au cours de la première réunion du conseil municipal qui doit se tenir durant la première semaine après l'élection du conseil suivant les élections municipales ou après la démission du maire précédent17(*). Il remplit ainsi des fonctions administratives comme, par exemple, la publication des lois et règlements ou l'organisation des élections. Il est chargé, sous l'autorité du « représentant » de l'État dans le département, de l'exécution des mesures de sûreté générale et des fonctions spéciales qui lui sont attribuées par les lois. Il est l'ordonnateur des dépenses et des recettes de la commune. Le maire concourt par son pouvoir de police18(*) à l'exercice des missions de sécurité publique et dispose d'une large compétence en matière de police municipale. Il est notamment chargé d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques, la liberté de la voie publique, la prévention et l'organisation des secours contre les catastrophes19(*).

Dans notre étude, nous verrons le maire d'abord en tant que personnalité dont les attributs et rôles sont définis par la loi, et ensuite, comme personne humaine. Aussi, le maire est une personnalité politique issue d'une population avec laquelle il partage la même histoire, les mêmes valeurs et intérêts, et qui constitue sa base électorale. Dans cette perspective, le maire arbore deux visages qui ne sont pas toujours compatibles. La gestion de ses différentes « casquettes » pour promouvoir sa personne et son action constituent donc des points déterminants pour notre étude. Cela dit, il apparaît opportun de préciser l'intérêt de cette étude.

* 10 G. HERMET (sous la dir. de), et al., Dictionnaire de la science politique et des institutions politiques, 6e édition, 2005, Armand Colin, pp. 138-139.

* 11 G. HERMET (sous la dir. de) et al.,op. cit., p.139.

* 12 G. STOKER., « Cinq propositions pour une théorie de la gouvernance », in Revue internationale des Sciences Sociales, N°155, UNESCO/érès, Paris, 1998.

* 13 B. PECQUEUR, Le développement local, Syros, 2e édition revue et augmentée, 2000.

* 14 F. LELOUP et al., « La gouvernance territoriale comme nouveau mode de coordination territoriale ? », in Géographie, économie, société 4/2005 (Volume 7), pp. 321-332.

* 15 J. PIAGET, La représentation du monde chez l'enfant, Quadrige, Presses Universitaires de France, 2003, p. 14.

* 16 Dictionnaire de l'Académie française, neuvième édition, version informatisée, disponible sur http://atilf.atilf.fr/academie9.htm, consulté le 19 janvier 2010, à 20h.

* 17 Article 60, alinéa 2 de la Loi No 2004/018 du 22 juillet 2004 fixant les règles applicables aux communes.

* 18 Article 86, alinéa 1 de la Loi No 2004/018 du 22 juillet 2004 fixant les règles applicables aux communes.

* 19 Article 87 de la Loi No 2004/018 du 22 juillet 2004 fixant les règles applicables aux communes.

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