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Jean zay, ministre des beaux arts 1936-1939, étude de cas sur sa politique cinématographique


par Lisa Saboulard
Université de Toulouse II Le Mirail - Master 1 Histoire Contemporaine 2010
Dans la categorie: Histoire
   
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3) L'histoire des politiques culturelles : un territoire pour l'historien

Avec cette dernière idée, on touche à l'étude d'une catégorie particulière de l'histoire culturelle : l'étude des politiques et institutions culturelles. À la charnière de plusieurs
champs historiques, celle-ci apparaît bien actuellement comme un des secteurs en pointe de l'histoire culturelle.

En effet, parallèlement à l'observation de la montée en puissance d'une culture de masse, le rôle culturel de l'État est, pour les historiens contemporains, un réel objet d'histoire qui du reste a déjà suscité de féconds débats entre les chercheurs. Pour l'heure, cette histoire privilégie le découpage chronologique afin d'étudier le rôle culturel de l'État tout au long du XXe siècle, mais également l`étude des institutions, comme l'illustre la thèse de Marie Claude Genet-Delacroix, Arts et État sous la IIIe République : le système des beaux-arts : 1870-194020(*).

Mais avant même que cette histoire « s'institutionnalise » et s'élargisse à des horizons de recherche plus larges, Jean Zay et ses actions en tant que ministre sous le Front populaire a été évoqué à plusieurs reprises.

Dans les années 1960, l'action culturelle du Front populaire est évoquée dans un contexte où la politique culturelle de la IVe République est en berne.

En 1955, Jeanne Laurent publie La république et les beaux arts 21(*) et dresse un bilan réquisitoire accablant. Le libéralisme culturel est dénoncé. Seule la politique théâtrale de Jean Zay échappe au ton énonciateur.

En 1956, Robert Brichet, haut fonctionnaire au secrétariat d'État aux arts et aux lettres publie l'article « pour un ministère des beaux arts »22(*) où il stigmatise l'incurie de la IIIe république pour son manque de politique face à la culture. Jean Zay est crédité de la mention de « ministre providentiel » pour son volontarisme dans le domaine du théâtre dramatique et lyrique.

Le progressisme culturel de Malraux fait un usage très sélectif de l'idéal de l'éducation populaire. Celui-ci rend hommage à cet évènement, mais prend aussi une certaine prise de distance, la République gaullienne n'étant pas celle du Front populaire. De fait, toutes dimensions éducatives, civiques et citoyennes sont absentes des prises de position du ministre.

Après 1968, le recours au Front populaire est mobilisé par le parti socialiste lorsqu'il s'agit de définir sa propre politique culturelle dans le cadre du son programme électoral ; le Front populaire est à la fois présenté comme le moment de l'alliance de la classe ouvrière et des intellectuels. Cet usage accompagne, et permet de légitimer par le recours à l'histoire, la manière dont le PCF se positionne par rapport à la « culture nationale » et par rapport à la question de l' « héritage culturel ».

Le parti socialiste mobilise également l'exemple du Front populaire lorsqu'il s'agit de définir sa politique culturelle. Cette démarche militante, qui caractérise l'investissement des questions culturelles par les socialistes, vise à conforter la légitimité du PS sur un terrain peu arpenté par l'ancienne SFIO, et où les positions du PCF sont alors hégémoniques.

Plusieurs historiens, dès le milieu des années 1970 s'approprient avec conviction cette « mémoire politique et culturelle » en l'évoquant au coeur du territoire de l'histoire culturelle afin d'en faire l'objet de leur recherche. Dans ce cadre-là, Pascal Ory, assurant un lien entre le Secrétariat national à l'action et la Nouvelle revue socialiste afin de faire sa thèse, joue un rôle moteur. Il est également un des historiens23(*) dans la mise en oeuvre en mars 75 le colloque intitulé « Léon Blum et la culture » au Sénat. Au cours de la décennie 1980, une appropriation historienne, savante et académique s'impose progressivement.

Néanmoins, en ce qui concerne l'histoire culturelle, en 1981, Pascal Ory propose un état de la question qui révèle un bilan maigre24(*).

Ce même auteur s'est intéressé à la politique culturelle des pouvoirs publics au-delà de la seule époque du Front populaire, accompagné par d'autres historiens tels que Philippe Poirier qui s'est spécialisé dans ses recherches sur l'histoire des politiques publiques de la culture et sur l'histoire des sciences sociales, notamment l'histoire culturelle.

. L'histoire des politiques et des institutions culturelles enregistre une forte expansion au cours des deux dernières décennies. Jusqu'à la fin des années 1980, elle ne mobilisait guère d'historiens, mais plutôt les sociologues qui n'inscrivaient que rarement leur démarche dans la durée. Le colloque de Bourges en 1964 intitulé « recherche scientifique et développement culturel », animé par Augustin Girard expose les premiers résultats de recherche dans ce champ historique. La sociologie de l'art était bel et bien présente avec la prédominance du courant « bourdieusien » qui se consacre plus à l'étude des pratiques culturelles et laisse l'étude des politiques culturelles publiques à d'autres écoles sociologiques. De fait, sur ce chantier déjà ouvert, la complexité d'étude de ce thème pour les historiens est d'ordre méthodologique : faut-il inventer des méthodes d'approches ? Faut-il parler de « politique culturelle » au singulier ou au pluriel ? S'en tenir à l'approche institutionnelle ou rappeler l'initiative sociale ?

Mon sujet renvoie à toutes ses questions d'ordres méthodologiques essentiels dans le cadre de l'histoire culturelle.

* 20 Genet-Delacroix M.C, Arts et État sous la IIIe République : le système des beaux-arts : 1870-1940, Publications de la Sorbonne, Paris, 1992.

* 21 Laurent J., Arts et pouvoirs en France : de 1793 à 1981, histoire d'une démission artistique, CIEREC, Saint-Étienne, 1983.

* 22 Article paru dans Les cahiers de la République, décembre 1956, p 78-92; quelques extraits sont proposés dans ., La politique culturelle en débat : anthologie, 1955-2005 , Sous la direction de Gentil G. et Poirrier P., la Documentation française, Paris, Comité d'histoire du Ministère de la culture, 2006..

* 23 Aux côtés de Daniel Mayer, Ernest Labrousse et Jacques Droz.

* 24 Ory P., L'histoire culturelle de la France contemporaine, question et questionnement, article tiré de 20ème siècle revue d'histoire, 1987, vol 16 n°1, p 67 à 82.

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