WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

Le mouvement syndical haitien: luttes et conquêtes dans le secteur de l'éducation 1986-2000


par Leonel l PIERRE
Université d'état d'Haiti INHAGEI - Licence en admnistration publique 2004
Dans la categorie: Droit et Sciences Politiques > Sciences Politiques
   
Télécharger le fichier original

précédent sommaire suivant

Conclusion et Recommandations

Les problèmes du système Educatif haïtien ne datent pas d'aujourd'hui. Ces problèmes sont liés au passé colonial du pays. En effet, dans la société coloniale l'esclavage était le pivot de la philosophie coloniale, il permet aux colonisateurs d'amasser d'immenses fortunes. L'on comprend bien, une société où l'esclavage est dominant ne peut se doter d'un système Educatif qui irait à l'encontre des intérêts du pays colonisateur, ce qui risquerait d'être un instrument de libération au lieu d'être un instrument de domination.

En effet, dans la composante sociale de la société coloniale il n'y avait pas d'homogénéité car cette société était formée de colonisateurs et de colonisés. Si pour les colonisateurs l'Education a été bien charpentée et utilisée comme instrument de domination, pour les colonisés l'Education était au rabais dans l'unique souci de perpetuer le système colonial, de renforcer l'inégalité, de maintenir le statu-quo donc une éducation qui allait plonger, beaucoup plus, les colonisés dans la servitude. Ce n'est du hasard si le nombre d'écoles était très limité dans la colonie car, l'éducation était sous l'emprise des colonisateurs. C'est pourqoui tout ce qui se faisait à l'époque se faisait en référence à la colonisation. Il est important de souligner qu'Haïti a connu différents types de colonisateurs et chacun d'eux a orienté l'Education suivant ses intérêts. Lors de la colonisation française, le gouvernement français a reconnu que la nécessité d'étendre et de généraliser l'instruction convenable sans doute à l'éducation d'un peuple libre est incompatible avec l'existence de nos colonies qui reposent sur l'esclavage et la distinction de couleur ce serait donc une imprudence bien dangéreuse de tolérer les écoles pour les nègres et pour les gens de couleur (Fouchard 1963 : 67)((*)1) .

Ainsi le système Educatif depuis sa création n'a fait que renforcer les inégalités criantes de la société et conserver le caractère élitiste. Il est important de souligner avec force l'inexistence du syndicalisme à l'époque, l'on comprend bien, que les colonisateurs ne font face à l'existence d'aucune organisation syndicale dans son dessein de pérénniser le système en vigueur à l'époque. A l'époque coloniale la lutte syndicale n'existait donc pas.

Après l'indépendance le 1e Janvier 1804 il était juste de penser que les leaders qui avaient conduit le pays à enrayer la colonisation auraient mis en place un système de justice sociale pour promouvoir le bien être de tous les citoyens Haïtiens. Malheureusement, il n'en a pas été ainsi et on a même vu l'éducation utilisée comme procédé culturel de reconquête de l'idéologie élitiste. Nous avons vu également que l'Education telle qu'elle avait été conçue nous a conduit à un type de société dont les prévisions du développement étaient difficile à faire et cela d'autant plus que le passé colonial dans notre pays avait développé des mentalités et des reflexes d'infériorités. L'Education avait donc pour rôle de transformer l'Haïtien et d'en faire un homme nouveau capable de transformer son pays pour son propre bien. Donc le maintien de l'Education dans le but d'en faire un instrument de mise en place d'une société élitiste comme au temps colonial avait marqué un retour en arrière. Tardieu confirme cette assertion en faisant remarquer que pour Haïti à peine libéré de l'esclavage, l'Education et principalement celle réalisée dans les sillons de l'idéologie judéo-chrétienne instrument privillègié et efficace de reconquête : le néo-colonialisme naissait là même où le colonialisme avait subit la plus retentissante défaîte((*)1). Ainsi malgré l'indépendance le pays n'avait pas divorcé avec le modèle d'éducation coloniale.

Et pour mieux quadriller le secteur éducatif le pouvoir a réussi à empêcher la création du mouvement syndical qui aurait pû libérer et rendre plus autonome ce secteur. Mais contrairement au quadrillement du secteur éducation on a rapidement assisté à la création du premier syndicat dans le milieu ouvrier comme par exemple « le Coeurs Unis des Artisans » crée en 1870 soit 66 années à peine après l'indépendance. Le secteur Educatif, quant à lui, a parcouru un long chemin avant de créer son premier syndicat. Il a fallu attendre les années 50 soit plus qu'un siècle après l'indépendance pour assister à la création du premier syndicat dans ce secteur. Ce retard assez considérable est dû au fait que le secteur de l'Education est hautement politisé. Et jamais, jusqu'à présent l'Education n'a cessé d'être mise au service de la politique pour réaliser les objetifs des dirigeants. D'ailleurs la création du ministère de l'instruction publique à été un acte politique. Ce Ministère crée seulement quarante ans après l'indépendance confié à Honoré Fery sous le gouvernement populiste de Rivière Hérard a justifié cette politisation. Malgré tout, ce pouvoir, bien que populiste, n'a pas donné à ce ministère des moyens en vue d'organiser un système d'Education nationale crédible et efficace. Cette négligence du secteur éducatif est mise en évidence par le caractère éphémère des ministres au sein de ce ministère. En effet, de 1844 qui correspond à la création de ce ministère jusqu'en 1900 soit une période de 56 années on a vu défiler à ce poste le nombre impressionnant de 47 ministres, soit en Moyenne 14 mois de durée pour chaque ministre. Cette situation n'a pas permis de mener en matière éducative une politique de continuité susceptible de permettre la réalisation des objectifs de promotion et de développement de la société haïtienne. Face à cette carence du pouvoir public, les professeurs se sont mobilisés pour changer cet état de fait. Cette mobilisation se justifie par le fait que :

1- les professeurs sont réfractaires à l'orientation donnée au système Educatif

2- l'Etat qui essaie de maintenir le système avec une rectitude absolue pour pouvoir orienter sa politique

3- L'Etat est conservateur et tente d'enfermer la population notamment les professeurs dans un système isolé de toute possibilité d'ouverture qui ne serait autre que celle de sa politique.

Cette lutte est évidente car tout pouvoir est animé de l'instinct de conservation pour prenniser son regime et pour ce faire, le pouvoir utilise le système éducatif. Car si l'Etat avait crée des ouvertures, des possiblités de remise en question ce ne serait pas dans l'intérêt de sa politique; si on avait donné des marges de liberté aux professeurs pour faire des analyses le régime serait fragiliser et risquerait de s'effondrer. C'est ainsi, que le pouvoir joue à double face et sur les professeurs et sur les syndicats. S'il avait tenu les syndicats en isolement parfois de les maintenir de manière ferme ce dans le but de ne pas désorienter la politique mise en place par le régime.

Cependant, malgré toutes les précautions prises par les différents régimes au pouvoir certaines circonstances ont joué en faveur du mouvement syndical qui a ainsi pu connaître un certain épanouissement. Si 66 années après l'indépendance le signal de la tendance au regroupement syndical avait été donné soit 1870 avec le « Coeurs Unis des Artisants » ; la première organisation portant le nom de syndicat allait créer le 24 Mars 1903, depuis lors, le concept syndicat est définitivement intégré dans notre vocabulaire. C'est ainsi qu'en 1946 soit 43 années après, avec la chute du président Elie Lescot et l'élection du président Dumarsais Estimé on allait assister à un tournant dans le monde syndical. Si Lescot a été identifié comme celui qui retarde le développement réel du mouvement syndical par ses mesures anti-démocratiques et anti-populaires, avec Dumarsais Estimé, grandement perçu comme allié du mouvement syndical c'est le contraire, la liste des syndicats allait s'allonger considérablement et les questions ouvrières allaient marquer une avancée considérable. Mais malgré tous ses efforts le mouvement syndical ne s'est pas bien développé en Haïti parceque le pouvoir a cherché toujours à le cadenasser et à le mettre au service de ses intérêts. Il faut ajouter à cela certains moments douloureux qui ont profondément marqué le mouvement par exemple les arrestations, les répressions et la mise à sac de ses locaux... etc. Cependant les luttes socio-politiques et les guerres civiles qui ont plongé le pays dans le chaos et la misère donnent lieu à un sauve qui peu général ont exercé des influences négatives sur l'Education et les dirigeants n'avaient d'autres choix que d'adopter des mesures de reformes. Ces reformes n'avaient pas apportés de bon résultats.

En effet, les vrais problèmes de l'éducation n'avaient pas pu être résolu : l'enseignant continuait toujours à être mal payé, le taux d'analphabetisme reste toujours elevé, le cas des sur-âges qui fréquentent les établissements scolaires officiels reste toujours à la hausse, la carte scolaire reste toujours très faible, les infrastructures scolaires ne sont pas adaptées, le contenu de l'enseignement véhiculé est obsolète et n'arrive pas à former de hommes capables de concevoir une économie moderne. En plus de cela, les enseignants continuent toujours à être mal formés, la majorité de nos écoles continuent à ne pas avoir de bibliothèques sans parler de laboratoire d'informatique alors que nous sommes aujourd'hui à l'ère de l'informatique.

Malgré les tentatives de reforme le système Educatif continue à conserver son caractère élitiste, à agrandir le fossé de l'inégalité sociale. L'enseignant reste le citoyen le plus mal payé dans l'administration publique, il reste un incompri. Son métier ne garantit pas la réussite dans la vie. Le système éducatif ne favorise pas l'excellence, les promotions sont très rares, le métier d'enseignant est méprisé au profit d'autres. L'Etudiant sortant d'une école normale avec sa licence perçoit un salaire de misère par rapport à un autre fonctionnaire dans l'administration publique ayant même niveau de qualification. La pire des choses est qu'un licencié de l'école normale se trouve sur le marché du travail en compétition avec des gens qui n'ont aucune qualification d'éducateur. Parfois, l'influence politique domine à un point tel quelqu'un qui se trouve à la solde d'un leader politique influent pourraît être admis à un poste de travail dont la qualification et la compétence lui font totalement défaut. La recherche est négligée, l'enseignement n'est pas planifié en d'autres termes, les planifications, si elles existent, ne sont pas sérieuses, elles sont sans cadre de référence. L'enseignant continue à être toujours maltraité. Ce mauvais traitement est manifesté par un salaire dérisoire, un environnement de travail inappropriée et enfin par l'absence d'un programme de logement sociaux. Très souvent il entre dans une interminable question d'arriérés de salaries qui le conduit parfois au découragement. Alors que pour ceux qui sont extérieur au système ils le considérent comme un apatride parceque, l'enseignant, dans ses prises de position peut ne pas continuer à travailler et on le fouette avec la conscience professionnelle. Il est considéré comme quelqu'un qui n'a pas de loyer à payer*(*) qui n'a pas d'enfant à envoyer à l'école, qui n'a pas de retraite à préparer parce qu'on le paie toujours en retard. Avec un maigre salaire, il doit payer les conséquences du jeu du marché. Quoi de plus inhumain un enseignant peut travailler pour un minimum de 5 années consécutives sans recevoir de salaires. Tous ces facteurs démotivants s'accumulent et conduisent à un constat d'échec. C'est à partir de ce constat que nous sommes en droit de poser la question suivante : peut on parler d'une industrie rentable c'est-à-dire une école rentable ?

Face à ce constat d'échec des tentatives de réformes, la situation du système Educatif accusant un taux de rendement très faible, un Plan National d'Éducation et de Formation en instance de trépasser ne pouvant générer aucun programme réel, les syndicats comme le GIEL, l'UNNOH, le CONEH la FENATEC et la CNEH formés avec des gens avisés du pays se sont sentis concernés par la degradation du système Educatif. Ils ont formulé leurs révendications autour de ces problèmes que nous venons de citer pour mettre l'Etat devant ses responsabilités constitutionnelles pour stopper la dégringolade du système Educatif qui implique l'intervention de nombreux acteurs. Cependant les syndicats se trouvent confronter à des problèmes majeurs. Ils ne sont pas vraiment présent dans le secteur privé de l'Education alors que c'est un secteur qui est de taille il n'y a pas de développement culturel du syndicalisme ce qui entraîne un sous-développement qui handicape son développement. Les intérêts que défendent les syndicats sont à l'encontre de l'intérêt patronal surtout dans le domaine de l'éducation par exemple les directeurs d'écoles borlettes ne font pas un rapport de bon voisinage avec les syndicats car, ils identifient l'école à un marché où le seul souci c'est le profit à quelque soit le prix. Ils embauchent des gens qui ne sont pas qualifiés et les paient de manière dérisoire d'ailleurs dans l'embauchage il n'y a aucune instance de supervision et de contrôle. Ainsi, ces gens profitent du mode d'organisation du système Educatif pour mettre en place ces écoles qui ne sont autre qu'un aspect de la démocratisation scolaire qui aboutit à la formation des cadres au rabais. Il ne nous est pas étonnant car, notre travail nous a permi de comprendre que dès la mise en place du système Educatif le problème était bien visible.

Etant le produit de ce système nous croyons qu'il faut sortir ce cercle vicieux. Pour en sortir, il faut doter le pays d'une profonde reforme intellectuelle et morale, d'une révolution culturelle susceptible de pousser les Haïtiens à utiliser leur intelligence. Cette réforme, dans son contenu, doit mettre l'accent sur l'acquisition par le jeune Haïtien d'une vaste culture générale doublée de fortes connaissances scientifiques et d'un savoir faire technique par le travail manuel ne saurait aller sans de nouvelles méthodes pédagogiques conciliant le souci de développer l'esprit critique et le besoin de connaissances chez l'élève. Il faut qu'il y ait une volonté politique, celle de faire en sorte que les intérêts de la communauté passent avant les intérêts individuels et de ses alliés. Il faut rechercher le développement intégral qui ne peut être obtenu que par l'éducation.

La bataille pour le développement est une lutte implacable où le facteur premier est la formation des hommes capables de découvrir et d'inventer dans des conditions de libre discussion. Il faut une large vision de l'éducation et préciser la finalité de l'école haïtienne qui doit cesser de reproduire le taux d'échec considérable. Il nous faut une éducation dans un cadre Communautaire d'abord adaptée à notre réalité et ensuite ouverte au monde extérieur.

A partir de l'analyse des différents documents élaborés par les syndicats nous déduisons qu'ils ne sont en réalité que des cris d'alarmes pour sauver l'école haïtienne en périle. Compte tenu de la mission de l'Etat en matière de l'Education garantie par la constitution du 29 Mars 1987, nous pensons qu'il est plus qu'urgent d'agir sur le revenu des enseignants d'établir un partenariat réel avec les syndicats, de faire exister des moyens humains et financiers afin de partir à la conquête de la rentabilité du système. Tels sont les points essentiels qui ont guidé notre hypothèse de travail dans le cadre du devoir de la puissance publique. Ainsi les efforts consentis par les syndicats du secteur de l'Education sont donc louables, les conquêtes sont partielles car la lutte syndicale est une lutte permanente.

Le présent travail nous a permis non seulement de retracer l'histoire de l'Education et du syndicalisme en Haïti mais encore de cerner les différentes actions syndicales et les retombées de la lutte syndicale ce que nous appelons luttes et conquêtes du mouvement syndical. Nous avons essayé de comprendre non seulement l'importance du syndicalisme dans le secteur éducatif mais encore d'analyser les manoeuvres des dirigeants de l'Etat pour ne pas construire un partenariat réel avec les syndicats et ont préféré de chercher à les décourager dans la lutte pour le renforcement de l'Education en un mot toucher du doigt la plaie de l'Education.

Fort de ces constats et de ces considérations tant sur l'Education et sur le syndicalisme nous proposons et recommandons.

1- la reforme du système Educatif haïtien en vue de préciser la finalité de l'éducation axée sur le développement socio-économique du pays.

2- La définition de l'enseignant tout en précisant sa place et son rôle dans la société

3- La plaidoirie en faveur d'une véritable reforme du système éducatif haïtien avec des objectifs clairement définis

4- La prise en charge de l'Education par un Etat coopératif pour établir un partenariat réel avec les syndicats.

5- Le changement de stratégie de lutte des syndicats toujours orientée dans le sens du développement du pays.

6- La création d'une plate-forme des syndicats d'enseignants inscrite dans le cadre d'un combat permanent avec des revendications à la fois quantitatives et qualitatives bien élaborées dans le souci d'une renovation du système éducatif haïtien et au renforcement du mouvement syndical.

7- Le respect intégral des Accords de 1997 signés entre l'Etat et les syndicats en vue d'inspirer la confiance, base d'un partenariat réel.

8- La concertation dans les actions syndicales.

9- La mise en place d'un véritable plan National d'Education qui sera la synthèse des idées de tous les fils et filles de la nation pour une renovation du système Educatif dans la perspective d'enrayer le sous-développement en d'autres termes d'arrêter le développement du sous développement.

10- La dépolitisation de l'école haïtienne.

11- La création et le fonctionnement des syndicats dans le secteur privé de l'Education

12- La ratification et l'application de tous les accords et conventions signés par l'Etat haïtien en matière syndicale.

13- Le renforcement financier des organisations syndicales dans le cadre du budget national.

14- La signature, la ratification et l'application de la convention 135 du BIT de l'année 1971 sur l'immunite syndicale.

15- Le respect du droit et de la liberté syndicale.

* (1) Cité par TARDIEU D. Charles : Op. Cit P 91.

* (1) TARDIEU D. Charles : Op. Cit P 39.

* * aucun programme de logements sociaux n'est mis à la disposition des enseignants constitués, dans sa grande majorité, des gens de petites bourses.

précédent sommaire suivant