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Les déplacés allemands après la seconde guerre mondiale

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par Fortis Matthieu Copin Raphaël
Paris-Est Marne-la-Vallée - Licence Histoire 2013
  

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V. Le quotidien des expulsés dans les camps

Que ce soit durant les expulsions « sauvages » ou les expulsions sous la tutelle des Alliés, les conditions de vie dans les camps sont exécrables dans les deux cas. En effet, on aurait pu supposer que les gouvernements expulseurs se montrent plus violents vis-à-vis des expulsés du fait qu'ils estimaient se faire justice alors que les Alliés représentaient l'autorité internationale. Il n'en fut rien et les conditions de vie des expulsés ne s'améliorèrent en aucun cas. Tout d'abord, les camps où résidaient les expulsés étaient des anciens camps de concentration du régime nazi. Plusieurs furent ainsi réutilisés par les autorités locales pour y enfermer des Allemands. À Auschwitz, par exemple, la durée écoulée entre la dernière libération de juifs du camp principal et l'arrivée des premiers Allemands ethniques ne fut que de quinze jours.

Linzervorstadt (au sud-ouest de la Tchécoslovaquie, voir carte) représentait l'un des exemples typiques des camps apparus après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le conflit officiellement fini, il se transformait alors en une sorte de « petit Dachau »10(*). Les autorités en place voulaient faire vivre aux civils allemands présents les mêmes souffrances que celles perpétrées par les nazis quelques mois auparavant. Sur le portail des camps, on retirait même la devise des SS Arbeitmachtfrei(Le travail rend libre) pour la remplacer par la formule biblique Okozaoko, zubzazub(« OEil pour oeil, dent pour dent »).

Cet esprit de vengeance, ayant souvent comme motivation première les représailles personnelles, était donc très présent. D'ailleurs, on dénombrait un nombre important de suicides parmi les détenus qui préféraient choisir la mort plutôt que la souffrance des tortures ou des meurtres initiés par gardes et kapos. Les agressions sexuelles et les humiliations étaient monnaie courante dans les camps et témoignaient du désir de vengeance symbolique d'anciennes populations martyrisées par les nazis. Un observateur étranger eut la possibilité de visiter deux camps tchèques en août 1945 et fit part de sa stupéfaction face à de telles pratiques : les femmes « servent de bêtes. Des militaires russes et tchèques viennent y chercher des femmes pour l'usage dont on se doute. ?...? Les conditions des femmes y sont certes plus lamentables que dans les camps de concentration allemands, où rares étaient les cas de viol.» 11(*) Un détenu de Potulice assista d'ailleurs à une scène où une détenue du camp était contrainte de rester assise sur le pied d'un tabouret renversé, ce durant plusieurs minutes alors que le poids entier de son corps reposait sur son périnée.

Parallèlement à ces violences physiques et morales, les expulsés étaient confrontés à des conditions de vie difficiles. Le travail forcé était très répandu et le système mis en place se rapprochait parfois de l'esclavage. Depuis le décret promulgué en septembre 1945 par le gouvernement tchèque, tous les prisonniers Sudetendeutschedes deux sexes pouvaient être soumis au travail forcé, les hommes étant davantage envoyés sur les chantiers alors que les femmes oeuvraient dans les cuisines et blanchisseries. Le 4 novembre 1944, un décret publié par le Comité polonais de libération nationale ordonnait que les Volksdeutsche de plus de treize ans habitant le Gouvernement général fussent immédiatement placés dans des camps et soumis au travail forcé. À peine 90 jours plus tard, ce système était généralisé à l'ensemble du pays. Face au manque de nourriture, de nombreuses famines voyaient le jour et la plupart des patients étaient atteints de cachexie, état dans lequel le corps puise dans ses dernières ressources, notamment le long des bras et des jambes, pour rester en vie.

Dans le camp d'internement de Krusevlje (nord de la Yougoslavie), le travail n'était pas obligatoire mais la nourriture se limitait donc à deux cuillères de bouillie de maïs par jour. La maltraitance n'était pas la seule cause de mortalité dans les camps. Découlant de conditions atroces de détention, de nombreuses maladies - comme le typhus et la dysenterie en mars 1947 au camp de Koszalin (centre de la Pologne) - se propageaient et faisaient plusieurs victimes. Face aux condamnations de diverses ONG, les responsables de ces camps ou du gouvernement préféraient mettre en avant le fait que la situation était difficile pour tous et pas uniquement pour ces Allemands ethniques.

Si plusieurs instances, à l'image du Comité International de la Croix-Rouge (CICR) où du gouvernement britannique, commençaient à faire pression sur les gouvernements quant à la situation dans les camps, le Foreign Office préférait convaincre les autorités yougoslaves de limiter les flux de Volksdeutschevers les zones d'occupation occidentale plutôt que de prendre véritablement à bout de bras le problème des conditions de détention. Britanniques et Américains avaient peur de se mettre à dos les puissances d'Europe centrale en donnant l'impression de favoriser le sort des Allemands plutôt que ceux de ces populations autrefois victimes du nazisme. À partir de mars 1945, la CICR était d'ailleurs interdite de visiter les camps d'internement pour civils Volksdeutscheen Roumanie alors que leurs inspections étaient auparavant autorisées durant la guerre.

Ainsi, le poids des violences nazies influençait le comportement des pays expulseurs, qui adoptaient un comportement de vengeance, et celui des Alliés. Il serait toutefois maladroit d'établir un parallélisme sans faille entre les camps nazis et ceux d'après-guerre. Bien qu'il y ait eu un nombre considérable de faits de violences, entraînant parfois la mort, ou d'humiliations, le but initial de ces camps n'a jamais été l'extermination des Allemands ethniques. D'ailleurs, en Yougoslavie, la plupart des détenus survécurent à leur période d'incarcération.

* 10R. M. Douglas, Les expulsés, p. 153

* 11R.M. Douglas, Les expulsés, p. 163.

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