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Les enfants en situation de rue à  Katmandou : étude comparative de la représentation sociale de la vie dans la rue des enfants en situation de rue et des travailleurs sociaux népalais

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par Marion SERE
Université Toulouse - Le Mirail - Master Premiere Année, Psychologie mention clinique interculturelle 2013
  

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9 - Contenu de la représentation sociale de la vie des enfants dans la rue des travailleurs sociaux

Pour cerner la représentation sociale qu'ont les travailleurs sociaux de la vie des enfants en situation de rue, l'analyse transversale reprend les mêmes thèmes que pour les enfants.

Thème 1 : Appréciation de la vie dans la rue

Un environnement dangereux et malsain

Pour Nitesh, « les enfants qui vivent dans la rue, et les enfants qui ramassent les ordures et qui ont des problèmes dans leur famille [...] ce sont les enfants des rues ». Madan les considère comme « le groupe le plus vulnérable dans le monde » et Laxman comme des enfants « privés d'amour et d'attention ». Pour les travailleurs sociaux, personne ne prend soin des enfants et ils n'ont aucune protection. C'est ce qu'ils viendraient chercher, entre autres, dans les centres des ONG, ainsi que de l'affection et de l'amour qu'ils ne trouvent pas dans la rue. Les enfants en situation de rue sont vus comme des enfants malheureux, avec une vie pénible ; le bonheur qu'ils peuvent afficher ne serait que de surface.

L'enfant en situation de rue est un enfant qui travaille. Il passe 24h/24 dans la rue ; il est sale, mal habillé et parle mal. Ce sont aussi des enfants qui ne sont pas guidés et qui ne savent pas ce qui est bien ou mal.

Dans le discours des cinq sujets, on comprend que la rue représente un univers éminemment dangereux et difficile. La vie dans la rue pour les enfants est néfaste, violente et présente de nombreux risques surtout la nuit. C'est aussi une mauvaise voie pour les enfants, voire une impasse.

Dans la rue, les enfants font face à des expériences traumatisantes. Il y a les abus sexuels par les étrangers et à l'intérieur du groupe ; le comportement de la police et celui de la population peuvent aussi être très violents.

Les autres problèmes évoqués de la vie dans la rue sont les maladies dont le sida, les arrestations par la police en cas de vol et la grande difficulté à cesser une consommation considérable de drogues. Les enfants peuvent être rapidement impliqués dans des activités délinquantes, comme le vol, voire criminelles. Sur ce point, la responsabilité de la société est évoquée dans la voie que prennent les enfants : à force d'étiqueter les enfants et de leur renvoyer une image de délinquant, les adultes les poussent sur ce chemin.

Les intervenant sociaux interrogés considèrent aussi que l'enfant en situation de rue est en dehors de la société, il vit dans un environnement complètement différent, un monde inconnu des adultes ; c'est une vie anormale, pas vraiment dans la réalité. Un des sujets ajoute que les enfants utilisent un langage codé pour communiquer entre eux.

Finalement, y'a du plaisir

[...] j'ai parlé avec tellement d'enfants, je leur donne des informations comme «la vie dans la rue est très dangereuse, il y a plusieurs organisations, alors pourquoi tu ne viens pas à l'ONG ?» [...] Ils me disent que dans la rue, ils gagnent 500 roupies par jour. [...] C'est beaucoup d'argent vous savez. [...] Ils me disent «On a une vie très bien dans la rue! Nous avons beaucoup d'argent. Si on va dans une organisation, il y a des règles importantes, [...] donc on veut pas s'adapter à ces règles alors qu'on aime être dans la rue.» [...] C'est du bon temps! Parce qu'ils ont beaucoup d'argent et ils ont une vie de liberté. Ils peuvent faire tout ce qu'ils veulent. »

Extrait de l'entretien avec Krishna.

Quand on interroge les travailleurs sociaux sur le fait que les enfants restent dans la rue alors qu'ils ont la possibilité d'aller dans différents foyers, ils reconnaissent que, pour les enfants, la rue est aussi un espace de liberté et de plaisir ; et les enfants perdent cette liberté en allant dans un foyer. Ils s'amusent beaucoup aussi et ils aiment la rue, trouvant leur vie très bien. Katmandou exerce une forte attraction sur les enfants et offre plus d'opportunités que la vie dans les villages. Ils ont de l'argent et ont accès à « une nourriture délicieuse » meilleure qu'à la maison, selon Laxman. Les services proposés par les ONG sont sources de confort, avec des jeux, la télévision, les repas. À Katmandou, les touristes contribuent à rendre la rue attirante et plaisante.

Prem nuance en disant que si les enfants aiment la rue, ils ne la considèrent cependant pas comme leur maison, et qu'il existe chez eux une ambivalence car ils ont aussi envie de normalité :

[...] ils ont envie, quand ils voient les autres enfants qui vont à l'école, avec leur uniforme, ils ont envie d'aller à l'école. Quand ils voient des enfants qui jouent avec papa, maman dans les parcs, eux aussi ils ont envie de jouer dans les parcs.

Synthèse : Un espace ludique mais déviant

Pour les cinq travailleurs sociaux, la vie dans la rue exposent les enfants à de nombreux dangers et violences. Ils y sont seuls, sans protection, ni amour, sauf s'ils se rendent dans les ONG. L'enfant en situation de rue leur apparaît vulnérable. Mais la rue apparaît aussi comme un espace de déviance, où les enfants penchent vers la toxicomanie et les activités délinquantes et criminelles.

Comparativement à la vie dans leur famille, dans leur village, la vie dans les rues de Katmandou peut offrir aux enfants de meilleures conditions matérielles et de loisirs, et ils ont une liberté qu'ils perdent en allant vivre dans un foyer. Cette liberté et les plaisirs qu'ils trouvent dans la rue contribuent à maintenir les enfants dans la rue.

Enfin, on a l'impression d'avoir à faire à une société des enfants, à une société à part quand les travailleurs sociaux parlent de leur vie anormale, en dehors de la société, avec son langage propre.

Thème 2 : Revenus

Obtention

Trois activités essentielles ont été mentionnées en tant que sources de revenus pour les enfants. La principale constitue à ramasser le plastique pour le vendre aux entreprises de recyclage. Cette activité vaut aux enfants le surnom de kathe, en népalais, soit ramasseur de plastique. Ce qualificatif est très péjoratif et ne plaît pas aux enfants. Pour gagner de l'argent, ils pratiquent aussi la mendicité et le vol.

Une quatrième occupation, indiquée seulement par un éducateur, est la participation des enfants aux activités de prostitution de filles : ils leur trouvent des clients et en échange, ils reçoivent une prime.

Les sujets reconnaissent que les enfants sont capables de gagner leur vie ; ils peuvent obtenir entre 150 et 300 roupies par jour.

Utilisation

L'argent ainsi gagné sert principalement à acheter de la colle, à manger et à faire des économies notamment pour retourner dans la famille lors des grandes fêtes.

L'argent est aussi vu comme ayant une certaine importance dans le parcours de l'enfant ; le terme de dépendance est employé. Selon les intervenants sociaux, les enfants trouvent très dur de se retrouver dans un foyer où ils ne gagnent plus d'argent et ce serait un des facteurs d'échec des réinsertions.

Synthèse : De l'argent, mais à quel prix ?

Concernant les revenus, le discours des travailleurs sociaux tend à dresser un portrait peu valorisant de la situation des enfants. Ils gagnent leur vie, certes, mais par des activités peu enviables : mendicité, ramassage d'ordures, vols. Bien que cet argent serve aux enfants à couvrir des besoins de base et des déplacements, notamment pour rendre visite à leur famille, il leur permet surtout de se droguer. Il se développe en plus un attachement à l'argent, ou au moins une habitude, qui réduit les chances de succès lors de réinsertion en foyer.

Thème 3 : Apprentissage

D'une manière générale, quatre des travailleurs sociaux déclarent que les enfants n'apprennent rien quand ils sont dans la rue, qu'ils ne développent aucune compétence. À la limite, s'ils apprennent des choses, ce sont seulement des « mauvaises choses » ou des « activités criminelles » nous dit Krishna, et s'ils apprennent des bonnes choses, c'est grâce aux ONG.

Le fait que les enfants n'apprennent rien dans la rue est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles un enfant ne voudrait pas retourner dans sa famille ; ce serait trop humiliant pour le garçon s'il revenait sans éducation ni travail.

Quand la question précise est posée, deux sujets répondent finalement que les enfants apprennent à s'adapter, à être très malin, à prendre des décisions rapidement ; plus largement, ils développent la capacité à survivre. Mais ces propos sont en opposition avec ceux tenus spontanément plus avant dans l'entretien.

Synthèse : Rien à apprendre

En terme d'apprentissage, la représentation des interviewés est assez évidente. Les enfants en situation de rue développent certes des capacités liées à la survie dans la rue mais globalement, ils ne peuvent rien apprendre dans cet environnement, ou rien de ce que les travailleurs sociaux jugent bon et utile. Un seul fait mention de la possibilité de bons apprentissages quand les enfants fréquentent les centres des ONG.

Thème 4 : Relations avec les pairs

Relations entre enfants

La plupart des enfants en situation de rue ont des amis ou appartiennent à un groupe ; seulement quelques enfants fonctionnent seuls. Une très bonne unité peut exister entre eux.

Relations entre les enfants en situation de rue semblent synonyme d'influence. Dans le cas d'un enfant qui arrive dans les rues de Katmandou, son parcours peut être très différent selon s'il rencontre en premier des éducateurs de rue ou un groupe d'enfants. Ces derniers l'initieront à la vie dans la rue et lui fourniront les codes nécessaires. Il y a aussi les enfants en situation de rue qui repartent dans leur village et qui, à cette occasion, parleront en termes positifs de la capitale, ce qui a comme effet potentiel d'attirer d'autres enfants dans les rues. Enfin, la pression qu'exerce le groupe peut contribuer à l'échec de l'adaptation des enfants dans les foyers de transit.

Au sein du groupe

Tous les sujets se représentent la plupart des enfants fonctionnant en groupe, avec un leader à leur tête. Les leaders sont décrits comme étant plutôt autoritaires, violents et abusant des plus jeunes. On parle ici d'abus sexuels et d'exploitation : les leaders envoient les plus jeunes travailler et prennent tout ou partie de leurs gains. Certains intervenants considèrent qu'il est important de travailler avec les leaders pour réduire les mauvais traitements et l'impact négatif qu'ils peuvent avoir sur les plus jeunes, notamment en bloquant le travail des éducateurs de rue.

Synthèse : Des relations influentes, pas vraiment bienveillantes

À part un des sujets, qui mentionne une bonne unité entre les enfants en situation de rue, la représentation des relations entre les pairs est plutôt négative. Elle est marquée par la prédominance de l'organisation en groupe avec un leader violent qui abuse de son pouvoir et par l'influence que des enfants exercent sur leurs pairs et qui a comme conséquence de les attirer ou de les maintenir dans les rues.

Thème 5 : Toxicomanie

Consommation

Tous les travailleurs sociaux interrogés s'accordent pour dire qu'un enfant en situation de rue se drogue surtout en inhalant de la colle, mais aussi avec de l'alcool, ou en fumant des cigarettes et de la marijuana. Leur consommation est importante. D'ailleurs presque tout l'argent gagné est utilisé pour acheter de la drogue, et principalement de la colle. Cela fait aussi partie des premières activités à laquelle les enfants en situation de rue initient les nouveaux.

Effet

Les enfants commencent à prendre de la drogue parce qu'ils n'en connaissent pas les effets. Ils deviennent ensuite dépendants et il est très difficile d'arrêter. Cette dépendance est un autre élément important qui retient les enfants dans la rue ; elle rend aussi l'action des travailleurs sociaux encore plus délicate ; deux éducateurs trouvent en effet plus dur de travailler avec les enfants qui sont dans la toxicomanie.

Synthèse : Collés!

Prendre de la drogue, principalement de la colle, est vraiment une activité majeure pour les enfants en situation de rue, dans la représentation des sujets. La dépendance des enfants est très forte et entraîne une double difficulté pour les travailleurs sociaux, à la fois dans leurs interactions avec les enfants et dans le succès des programmes de réinsertion.

Thème 6 : Perspectives d'avenir

Selon les intervenants, un adolescent ou un jeune adulte qui est encore dans la rue, se dirige vers un avenir très sombre, voire une mort précoce, du fait des maladies, accidents ou overdoses. N'ayant pas de compétences, le jeune ne trouvera pas de travail et à cause de son âge, ne gagnera plus d'argent par la mendicité. Ses seules options seront de se tourner vers des activités criminelles ou d'être le leader d'un groupe d'enfants qui travailleront pour lui.

De plus, quand les enfants en situation de rue atteignent un certain âge, la plupart des ONG ne les prennent plus en charge. Il y a aussi une plus grande difficulté à travailler avec des jeunes qui sont dans la rue depuis longtemps.

Synthèse : Un futur sombre

La représentation des cinq sujets sur cette question est claire : les enfants en situation de rue n'ont pas d'avenir ou seulement un avenir sombre, inscrit dans la criminalité ou dans l'exploitation d'enfants en situation de rue plus jeunes. Plus le temps passé dans la rue est long, plus les travailleurs sociaux éprouvent de la difficulté dans leur intervention.

Synthèse générale sur la représentation de la vie des enfants dans la rue de Krishna, Laxman, Madan, Nitesh et Prem

Considérant les résultats présentés, ils permettent de repérer le contenu de la représentation sociale qu'ont les travailleurs sociaux de la vie des enfants en situation de rue. Les éléments se résument ainsi :

- la rue pour les enfants est un espace à la fois ludique, très dangereux, violent et déviant. Elle offre aussi une très grande liberté et l'absence de règles, ceux que les enfants aiment particulièrement ;

- les enfants en situation de rue forment une société des enfants, une société à part, anormale ;

- les enfants s'assurent des revenus par des tâches peu valorisantes avec la collecte du plastique dans les ordures et la mendicité ou par des activités délinquantes en volant ;

- l'argent gagné sert surtout à se droguer mais aussi à couvrir les besoins de bases ou à faire des économies, pour retourner dans les familles par exemple ;

- la vie dans la rue ne permet aucun apprentissage aux enfants ou rien de bien, si ce n'est éventuellement la capacité à survivre ;

- les relations entre les enfants en situation de rue sont marquées par l'organisation en groupe autour d'un leader plutôt violent, abusant de son pouvoir et de conflits entre les plus âgés et les plus jeunes ;

- l'influence des pairs est forte et peu positive sur le parcours des enfants, car cela contribue à l'arrivée d'enfants dans la rue et à l'échec des réinsertions ;

- l'usage de la colle est très répandu parmi les enfants en situation de rue et leur dépendance est forte ;

- vivre dans la rue n'offre aucun futur aux enfants si ce n'est dans la délinquance ou la criminalité ;

- la dépendance ou l'habitude des enfants à la drogue, à l'argent et à la liberté, ou au moins à l'absence de règles sont autant d'éléments qui entravent les missions de réinsertion des travailleurs sociaux.

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