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Les enfants en situation de rue à  Katmandou : étude comparative de la représentation sociale de la vie dans la rue des enfants en situation de rue et des travailleurs sociaux népalais

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par Marion SERE
Université Toulouse - Le Mirail - Master Premiere Année, Psychologie mention clinique interculturelle 2013
  

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3 - Problématisation

Notre questionnement de départ porte sur les raisons qui amènent certains enfants à vivre dans la rue, parfois pendant plusieurs années, malgré la présence à Katmandou de nombreux foyers. Selon les ONG, de multiples opportunités leur sont offertes, comme par exemple le logement, la nourriture, la scolarisation, une formation professionnelle, ou encore une atmosphère familiale. Plusieurs enfants adhèrent à ces programmes mais il en reste un certain nombre qui ne quittent pas la rue ou d'autres qui vont dans les foyers et finalement retournent dans la rue (Martinez2(*), 2010). Pour éclairer ce phénomène, cette étude se centre sur le travail des ONG, en explorant ce qui met en échec l'aide proposée aux enfants en situation de rue.

Pour répondre à cette question, la manière dont sont considérés les enfants oriente la réflexion. Dans les recherches en sciences sociales (Aptekar & Stoecklin, 1997 ; Lucchini, 1993, 1998 ; Martinez, 2010 ; Panter-Brick, 2001, 2002), nous avons vu que les enfants en situation de rue sont dorénavant pensés comme des individus compétents et capables de prendre des décisions, donc des agents sociaux actifs. Il faut ainsi chercher à connaître la perception qu'ont les enfants de la réalité et la signification qu'ils donnent à leurs expériences, pour mieux comprendre leurs parcours et améliorer le travail social. La nécessité d'obtenir leur participation et de les écouter paraît alors essentielle. En ce sens, l'étude des représentations sociales est un outil de choix. En effet, les représentations sociales, définies précédemment en tant qu' « ensemble organisé et hiérarchisé des jugements, des attitudes et des informations qu'un groupe social donné élabore à propos d'un objet » (Abric, 1996, p.11), permettent d'avoir accès à l'interprétation que l'enfant en situation de rue a de son univers. Jodelet (2006) précise aussi le rapport entre représentations et expériences vécues : la représentation agit comme un savoir local et dépend du vécu subjectif qu'est l'expérience, cette expérience s'insérant elle-même dans la matrice des catégories socialement partagées. Par conséquent, si l'enfant en situation de rue est un agent social actif, savoir ce qu'il pense de son expérience est indispensable pour concevoir une aide adaptée.

Sur l'étude des représentations sociales dans les problèmes d'exclusion sociale (Abric, 1996), nous avons vu l'intérêt de connaître, entre autres, la représentation sociale que la population exclue a du problème auquel elle fait face. Dans le phénomène des enfants en situation de rue, le problème apparaît être la vie dans la rue elle-même. C'est en effet parce que les intervenants sociaux considèrent la vie dans la rue comme non souhaitable et problématique pour les enfants que les programmes mis en place visent à les en sortir, à leur donner un autre cadre de vie. La dénomination couramment employée, «enfants des rues», abonde dans le même sens : c'est parce que la rue comme espace de vie est considérée comme anormale que l'on en réfère jusque dans la terminologie (Glauser, 1990). Pour mieux saisir la réalité subjective des enfants en situation de rue, une approche pertinente est d'établir quelle est leur représentation de la vie dans la rue.

En ce qui concerne les représentations sociales des intervenants, il a été dit plus haut qu'elles influent sur les pratiques (Abric, 1996 ; Baubet 2003 ; Lucchini, 1998 ; Rivard, 2004). Présupposant des besoins des enfants, les programmes sont définis ; ils correspondent à une certaine représentation de l'enfant idéal et de l'enfant en situation de rue qu'ont les différents intervenants sociaux (Baubet, 2003). La réalité subjective de l'enfant népalais en situation de rue est-elle intégrée dans ces représentations ? Pour en rendre compte, il est possible de comparer les représentations sociales des travailleurs et des enfants, sur un même objet de représentation, la vie dans la rue.

Ces réflexions ont conduit à une première hypothèse : la différence entre les représentations sociales de la vie dans la rue des travailleurs sociaux et des enfants nuit à l'efficacité des programmes destinés aux enfants en situation de rue. Si cette hypothèse est confirmée, elle donnera des clés pour repenser le discours et les pratiques des travailleurs sociaux, avec pour but d'apporter aux enfants en situation de rue ce dont ils ont besoin. Cependant, pour traiter ce sujet, étudier l'existence de cette différence s'est révélé être une étape intermédiaire indispensable. Aucun travail sur ce sujet au Népal n'a, à notre connaissance, était réalisé. Étant données les ressources à notre disposition pour cette recherche, il a été choisi de se concentrer sur cette étape en réalisant une étude comparative des représentations sociales des deux groupes en présence. La vie des enfants dans la rue est ici envisagée comme un objet de représentation sociale, sur lequel à la fois les enfants et les travailleurs sociaux peuvent être interrogés. La problématique étudiée est donc la suivante : les enfants népalais en situation de rue ont-ils la même représentation de la vie dans la rue que les travailleurs sociaux népalais ?

Considérant les différents éléments développés, dont, entre autres, le constat des succès mitigés des programmes des ONG à Katmandou et les travaux de Lucchini (1998) montrant un discours conformiste et réducteur des intervenants sociaux, l'hypothèse générale de notre travail se pose finalement en ces termes : Les travailleurs sociaux népalais n'intègrent pas, ou peu, la réalité subjective de l'enfant en situation de rue ; il en résulte un décalage important entre la représentation sociale qu'ont les enfants de la vie dans la rue et celle des travailleurs sociaux népalais.

* 2 Les travaux de Martinez ont été réalisés en Asie, plus précisément aux Philippines, et décrivent une situation très similaire à celle que nous avons pu observée durant six mois à Katmandou, en 2008.

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