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Quel impact a eu l'émergence de la TRAP sur les autres genres musicaux et sur l'industrie musicale ? et dans quelle mesure cette émergence musicale a-t-elle influencé les dynamiques sociales, tant aux états-unis qu'à  l'échelle mondiale ?


par léo lataupe
ESRA - Licence ingénieur du son 2026
  

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1.3 Les dérivés de la TRAP

Si la Trap a su se fondre dans des genres préexistants sans en effacer l'identité, elle
a également engendré des courants musicaux entièrement nouveaux, qui n'auraient
simplement pas pu exister sans elle.

On peut prendre comme sous-genre référent de la Trap la Drill. Si elle connaît un
succès mondial fulgurant au début des années 2020, son histoire remonte en réalité
à bien plus longtemps. Née à Chicago au début des années 2010, la Drill va apporter
à la Trap un supplément de radicalité bienvenu, à un moment où cette dernière
commençait à tourner en rond, prisonnière de ses propres codes devenus trop
familiers. En cela, la Drill ne renie pas son héritage : elle le pousse simplement plus
loin, plus loin dans la noirceur, plus loin dans la tension, plus loin dans la brutalité du
propos.

Sur le plan sonore, la Drill reste immédiatement reconnaissable grâce à un rythme de
hi-hats particulièrement saccadé, ainsi qu'à des basses 808 distinctives, souvent
glissantes, capables de chuter ou de grimper d'une octave entière en une fraction de
seconde, créant un effet de vertige et de tension permanente. Cette signature
sonore, à la fois minimale et terriblement efficace, respecte scrupuleusement les
codes posés par la Trap, tout en les radicalisant. Les mélodies, elles aussi, restent
fidèles à l'héritage sombre et ténébreux de la Trap, souvent portées par des lignes
de piano minimalistes et des nappes chorales aux accents religieux, sans paroles
distinctes, qui viennent renforcer une atmosphère presque funèbre. Ces éléments,
empruntés directement à la trap, confirment que la Drill n'est pas une rupture, mais
bien une continuité, une forme d'aboutissement logique de l'esthétique posée plus
d'une décennie auparavant à Atlanta.

Née dans les quartiers défavorisés de Chicago, la Drill trouve en Chief Keef son
précurseur incontesté. C'est lui qui, dès 2012 avec des titres comme « I Don't Like »
ou « Save me », va poser les bases sonores et esthétiques de ce nouveau genre,
alors âgé d'à peine 16 ans, incarnant à lui seul toute la radicalité et la brutalité que la
Drill allait revendiquer. Le succès fulgurant de Chief Keef va rapidement attirer
l'attention au-delà des frontières américaines, et la Drill va alors traverser l'Atlantique
pour s'implanter durablement en Angleterre, où elle va connaître une seconde vie
sous la forme de la UK Drill au début des années 2020. Des artistes britanniques
comme Headie One, Digga D ou encore Central Cee, vont s'emparer de ces codes
sonores pour les réinventer et les ancrer dans un contexte local propre au Royaume-
Uni, donnant naissance à toute une nouvelle scène musicale britannique, à la fois
fidèle à ses origines américaines et profondément singulière dans son exécution.

La radicalisation de l'esthétique trap ne s'arrête pas à la Drill. Un autre courant va
émerger au tournant des années 2020, poussant cette fois la saturation sonore et
l'intensité à leur paroxysme : la Rage. Né lui aussi à Atlanta, comme son
prédécesseur, ce sous-genre hérite naturellement de l'esthétique trap, dont il reprend

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notamment les drums, très similaires dans leur structure et leur rythmique à ceux que l'on retrouve dans la Trap traditionnelle.

La Rage va néanmoins s'en distinguer nettement par ses mélodies, souvent
comparées à des sonorités empruntées à l'univers des jeux vidéo, en raison de
boucles de synthétiseurs particulièrement intenses et saturées, qui occupent l'espace
sonore de bout en bout du morceau, sans véritable répit ni respiration. Cette
omniprésence mélodique, couplée à des productions extrêmement denses et
écrasantes, crée un sentiment d'urgence et d'euphorie presque chaotique, aux
antipodes de la noirceur atmosphérique et du minimalisme propres à la Drill. Là où la
Drill cultive le vide et la tension par l'absence, la Rage cultive le trop-plein et
l'intensité par la surenchère.

Cette rupture esthétique se retrouve également, et peut-être même plus encore, dans les thématiques abordées. Là où la Trap et la Drill cultivent une violence frontale, des textes ancrés dans la réalité de la rue, la criminalité ou la survie, la Rage opère un glissement vers des préoccupations bien différentes.

Les lyrics deviennent souvent plus abstraits, parfois même volontairement absurdes
ou décousus, privilégiant l'effet sonore et le flow sur le sens littéral des mots. Les
thématiques de la rue laissent progressivement place à des sujets plus personnels et
introspectifs, comme les relations amoureuses généralement compliqués, la
consommation de drogues récréatives, ou encore un certain rapport ironique et
désabusé à la célébrité et à l'excès. Cette évolution textuelle traduit un changement
générationnel profond : les artistes de la Rage n'ont pas grandi dans les mêmes
conditions sociales que les pionniers de la Trap ou de la Drill, et leurs
préoccupations, tout comme leur rapport à la violence, s'en trouvent naturellement
transformés. La Rage hérite ainsi du son de la Trap, mais s'éloigne
considérablement de son discours social et politique initial, pour devenir une musique
davantage centrée sur l'expérience individuelle.

Les pionniers de ce genre, à l'image de Playboi Carti, Lil Uzi Vert ou encore Trippie
Redd, vont permettre de populariser cette esthétique, qui va rapidement prendre une
ampleur considérable sur la scène américaine, en particulier auprès d'un public
adolescent biberonné aux cultures du jeu vidéo et de l'internet. On peut notamment
citer le morceau « Miss the Rage », signé par Trippie Redd en featuring avec Playboi
Carti, qui va non seulement devenir une révélation aux yeux du grand public, mais
aussi donner littéralement son nom au genre tout entier, scellant ainsi l'identité de ce
courant musical né de la Trap, mais résolument tourné vers une esthétique nouvelle,
plus chaotique, plus saturée, et profondément ancrée dans la culture numérique de
cette nouvelle génération.

Bien que la Trap ait engendré une multitude de sous-genres différents, tous
partagent, à quelques nuances près, cette même énergie, cette même intensité,
allant même parfois plus loin encore dans cette dimension « hardcore ». Il fallait
néanmoins qu'émerge un sous-genre radicalement différent en apparence, pourtant
bel et bien descendant direct de la Trap : la Plugg.

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Elle nous vient, là encore, tout droit d'Atlanta. Apparue en 2013 sous l'impulsion du
collectif Beatpluggz, composé notamment des producteurs MexikoDro et
StoopidXool, la Plugg va se développer et se propager principalement via la
plateforme SoundCloud, alors en plein essor et particulièrement prisée par toute une
nouvelle génération de producteurs indépendants.

Cette dimension SoundCloud mérite d'ailleurs qu'on s'y attarde davantage, tant elle a
joué un rôle déterminant dans l'émergence même de la Plugg. Contrairement aux
circuits traditionnels de l'industrie musicale, où l'accès à la diffusion restait
conditionné par des maisons de disques, des contrats et des investissements
financiers conséquents, SoundCloud va offrir à n'importe quel adolescent muni d'un
simple ordinateur et d'une connexion internet la possibilité de publier sa musique
instantanément, sans intermédiaire ni filtre éditorial. Cette horizontalité totale de la
diffusion va permettre l'émergence de courants musicaux aussi nichés et
expérimentaux que la Plugg, qui n'auraient probablement jamais trouvé leur public, ni
même leur espace d'existence, au sein des structures traditionnelles de l'industrie.
SoundCloud devient alors un véritable laboratoire à ciel ouvert, où des producteurs
encore mineurs, souvent inconnus voir, anonymes, peuvent expérimenter librement,
sans pression commerciale, et construire une communauté de fans directement
connectée à leur travail. C'est dans cet espace de liberté presque total que la Plugg
va pouvoir se développer, se raffiner et trouver son public, avant de progressivement
déborder du cadre underground pour venir influencer des artistes bien plus installés
dans l'industrie musicale traditionnelle. Cette diffusion par le biais d'internet, plutôt
que par les circuits traditionnels de l'industrie musicale, est d'ailleurs révélatrice d'une
évolution plus large dans la manière dont les sous-genres issus de la Trap allaient
désormais se construire et se diffuser.

Les différences entre la Plugg et la Trap traditionnelle sont nombreuses et touchent
l'ensemble de la composition musicale. Les mélodies, tout d'abord, s'en distinguent
radicalement : souvent qualifiées d'atmosphériques, spatiales et aériennes, elles
évoquent davantage les bandes-son de jeux vidéo que les productions urbaines
classiques. Cette esthétique sonore fait de la Plugg une musique que l'on pourrait
qualifier d'introspective, davantage pensée pour une écoute solitaire et contemplative
que pour une diffusion collective et festive, contrairement à la plupart de son ancêtre,
bien plus immédiats et physiques dans leur impact. Construites généralement autour
de sonorités d'e-piano, parfois enrichies d'instruments à cordes ou à vent, et
systématiquement accompagnées de ses fameuses « bells », clochettes
synthétiques devenues la signature incontournable du genre, les productions Plugg
installent une ambiance planante que l'on ne retrouvait dans aucun autre sous-genre
Trap jusqu'alors.

Les percussions, bien qu'elles conservent certains codes hérités de la Trap, se
réinventent également de façon notable. L'usage des cymbales crash y est
nettement surreprésenté, venant ponctuer les morceaux de respirations sonores
éclatantes. Les caisses claires, quant à elles, viennent fréquemment frapper sur les
demi-temps plutôt que sur les temps forts classiques, créant une rythmique
légèrement décalée et hypnotique. Les 808, enfin, se font plus courtes et nettement

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moins saturées que dans la Trap traditionnelle, contribuant à cette sensation
générale de légèreté et d'épure qui caractérise tout le genre.

Le style vocal des interprètes participe lui aussi pleinement à cette identité sonore
singulière. Les artistes de Plugg adoptent généralement un flow plus calme, plus
relâché, en rupture avec l'urgence et l'agressivité vocale que l'on retrouve dans la
Trap ou la Drill. Ils privilégient également un usage fréquent de « l'off-beat », c'est-à-
dire un placement vocal volontairement décalé par rapport à la mesure classique en
4/4, allant parfois jusqu'à placer des silences précisément là où l'on attendrait
naturellement le moment fort du son. Ce jeu permanent avec les attentes rythmiques
de l'auditeur renforce encore davantage le caractère hypnotique de la Plugg, faisant
de ce sous-genre l'une des dérivées les plus singulières et les plus éloignées
esthétiquement de son genre fondateur, tout en lui restant, structurellement,
profondément fidèle.

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"Un démenti, si pauvre qu'il soit, rassure les sots et déroute les incrédules"   Talleyrand