INTRODUCTION
La formation est une forme d'apprentissage à la fois
organisé et institutionnalisé, supposant une relation
formalisée entre un formateur et un formé dans un processus de
transfert de connaissance (Institut national de la statistique et des
études économiques [INSEE], 2025). Or la sage-femme est
considérée comme une professionnelle de santé
spécialisée dans le suivi de la grossesse, l'accouchement et les
soins postnataux. Elle assure également le suivi gynécologique de
prévention (International Confederation of Midwives [ICM],
2023). La formation des sage-femmes vise à renforcer les
capacités de ces professionnels compétents et responsables,
capables d'assurer aux populations des soins de qualité. Investir dans
la formation des « sages-femmes » est une stratégie efficace
pour réduire la mortalité maternelle et néonatale et
améliorer la santé sexuelle, reproductive, maternelle,
néonatale et des adolescents (SSRMNA) (Organisation mondiale de la
Santé [OMS], 2021). D'où la nécessité d'une
formation de qualité de cette cible qui doit répondre aux normes
académiques établies par différentes institutions au
niveau mondial, régional/sous régional, national, etc.
(ICM, 2019).
En effet, dans le monde, les normes de l'ICM pour la formation
des sage-femmes se basent sur les documents essentiels et les
énoncés de position fondateurs de l'ICM. Il est important de
noter que les normes spécifient que les compétences essentielles
pour la pratique du métier de sage-femme sont la base du programme
d'études des sage-femmes (ICM, 2025). En Afrique
Sub-Saharienne, la nécessité d'améliorer la formation des
sage-femmes dans les pays francophones d'Afrique a été reconnue
par l'organisation ouest-africaine de la santé (OOAS) qui coordonne un
exercice pour harmoniser les programmes de formation en fonction des
compétences identifiées par la confédération
internationale des sage-femmes (OOAS, 2014). Au Sénégal, la
formation des sage-femmes est un cursus complet, basé sur les exigences
de l'OOAS, qui prépare les professionnels de santé à jouer
un rôle essentiel dans la santé maternelle et infantile, en
mettant l'accent sur la pratique, l'acquisition de compétences
techniques et la prise en charge globale de la femme et de son/ses enfants
(ICM, 2023 ; OOAS, 2014). L'institut supérieur de santé
de Mbour, en harmonie avec les exigences de l'OOAS, contribue aussi à la
formation des sage-femmes au Sénégal depuis 2007. Et cette
formation dure trois ans sanctionnés d'un diplôme d'Etat. Ceci est
d'autant plus important que le système de formation de base en sciences
infirmières et obstétricales nécessite une attention
particulière à la qualité de l'encadrement des
étudiantes sage-femmes. Une mauvaise formation des futures sage-femmes
peut engendrer plusieurs complications au sein de la population notamment une
augmentation des complications maternelles et néonatales, des erreurs de
diagnostic et de traitement, une diminution de la qualité des soins, et
potentiellement mener à des situations mortelles (OMS 2021).
2
L'intérêt de cette recherche réside dans
l'idéal selon lequel des sages-femmes ayant les compétences
requises pour satisfaire les besoins de la population en santé de la
reproduction seraient mises à la disposition des structures de
santé. Selon Coulibaly (2022), il existe « une insuffisance notoire
des composantes du processus d'enseignement/apprentissage en milieu clinique,
notamment en matière d'organisation et de compétences
pédagogiques des encadreurs ». Cependant la qualité de la
formation spécifique aux sages-femmes n'a pas été
abordée à fortiori à l'Institut Supérieur de
Santé de Mbour (ISS). Pour ce faire, il faut nécessairement
s'intéresser les déterminants liés à la
qualité de la formation des étudiantes en licence des sciences
infirmières et obstétricales, particulièrement l'option
sage-femme d'Etat. La pertinence de ce sujet est avant tout académique
du fait de la nécessité de mettre en place un processus de
démarche sur la qualité de la formation des étudiantes
sage-femmes au sein de l'ISS de Mbour en se basant sur l'évaluation de
la satisfaction des différents acteurs. Il présente aussi une
pertinence sanitaire dans le sens où une amélioration de la
formation met à la disposition des structures sanitaires un personnel de
qualité offrant un service de qualité aux communautés
(Kanabaye B., 2015). Ce dernier illustre une pertinence
socio-économique, dès lors que des services de qualité
augmentent la satisfaction des clientes et par conséquent leur
fréquentation des maternités réduisant ainsi les
complications et coût/dépenses liées à la
santé (OMS, 2017).
Ce travail s'articule en trois parties : une première
après l'introduction constitué par la revue de
littérature, le cadre conceptuel et la problématique ; puis une
deuxième partie en rapport avec la question de recherche, les objectifs
de l'étude et la méthodologie utilisée ; enfin la
troisième partie est constituée par les résultats, la
discussion et les recommandations avant de conclure.
C'est dans ce sens qu'il est important d'étudier les
déterminants liés à la qualité de la formation des
étudiantes en licence des sciences infirmières et
obstétricales, option : sage-femme d'état à l'ISS de Mbour
de 2020 à 2024.
3
1. REVUE DE LA LITTERATURE
La formation professionnelle est définie comme un
processus d'acquisition de compétences pratiques et théoriques en
vue d'un exercice professionnel immédiat ou futur. Elle peut être
formelle offerte par des centres comme l'Office national de formation
professionnelle (ONFP), l'Écoles normales de formation des professeurs
d'école (ENFPE), etc. ; ou non formelle (apprentissage traditionnel,
alternance, etc.). La formation technique et professionnelle désigne
toutes les formes d'apprentissage destinées à doter les individus
de compétences spécifiques utiles au marché du travail
(A.I Kamara, 2024). Le Sénégal s'est engagé depuis les
années 2000 dans la réforme de son système d'enseignement
technique et de formation professionnelle (ETFP), notamment avec la mise en
place des Fonds de financement de la formation professionnelle et technique
(3FPT) et la Stratégie nationale de l'enseignement et formation
techniques et professionnels (EFTP) 2021-2030. La réforme de la
formation professionnelle au Sénégal vise à renforcer
l'offre, améliorer la gouvernance et aligner les formations sur les
besoins du marché du travail. Cela nécessite une bonne
évaluation de ladite formation professionnelle (A.I Kamara, 2024).
En effet, l'évaluation de la formation professionnelle
est un enjeu stratégique pour le développement des
compétences, l'insertion socio-professionnelle des jeunes, et la
compétitivité économique du pays. Au
Sénégal, les réformes successives ont mis l'accent sur la
qualité, l'employabilité et l'adéquation formation-emploi,
mais des défis persistent dans la mise en oeuvre, le suivi et
l'évaluation des dispositifs. Une évaluation efficace permet de
mesurer les effets réels de la formation sur les compétences des
apprenants, leur insertion, et sur le développement du secteur productif
(A.I Kamara, 2024). L'évaluation poursuit plusieurs objectifs à
savoir : mesurer l'efficacité des programmes ; identifier les
écarts entre les compétences acquises et les besoins du
marché ; améliorer la qualité des curricula et de la
pédagogie et rendre compte de l'impact socio-économique. Ainsi,
« une évaluation rigoureuse permet de déterminer si la
formation reçue améliore réellement les chances
d'insertion et de productivité des bénéficiaires »
(Bossuroy, T., Koussoubé, E., & Premand, P., 2020). Pour se faire
plusieurs approches sont mobilisées à savoir : (i)
l'évaluation ex-ante, pour valider la pertinence d'un programme avant
son lancement ; (ii) l'évaluation continue ou formative, durant le
processus afin de le réorienter ; l'évaluation sommative ou
ex-post, pour juger les résultats à la fin. C'est dans ce sens
qu'il est recommandé une triangulation des sources
(bénéficiaires, formateurs, employeurs) pour une
évaluation objective (Bourgeois, I., Buetti, D., & Maltais, S.,
2023). Au Sénégal, l'approche par compétences (APC),
souvent utilisée, implique également une évaluation
axée sur les acquis concrets des apprenants notamment chez les
infirmiers et les sage-femmes. Ces derniers constituent un point phare dans le
système de santé à fortiori les sage-femmes dans le cadre
de la santé de la mère et de l'enfant. Cependant, malgré
les efforts consentis depuis les années 92
4
(Figure 1), les accouchements assistés
par les sage-femmes mériteraient d'être améliorés
surtout en milieu rural (Fauveau V., 2011 ; MSAS, 2019).

Figure 1 : Évolution des accouchements
selon l'assistant et le milieu (rural/urbain) au Sénégal
de 1992 à 2005. (Source : MSAS, 2019).
Dès lors, la formation des sage-femmes constitue un
pilier fondamental du système de santé, notamment dans les
domaines de la santé maternelle, néonatale et infantile. Au
Sénégal, les sage-femmes jouent un rôle essentiel dans la
réduction de la mortalité maternelle et néonatale.
Cependant, la qualité de leur formation reste un sujet de
préoccupation pour les autorités sanitaires, les
établissements de formation et les partenaires techniques et financiers
(MSAS, 2019). Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), une
sage-femme qualifiée est une personne formée conformément
aux normes internationales, capable d'offrir des soins complets pendant la
grossesse, l'accouchement et la période postnatale. Or la formation de
la sage-femme comprend des enseignements théoriques et pratiques
dispensés dans les Instituts de formation en santé, souvent en
partenariat avec les structures de soins pour les stages cliniques (OMS, 2016).
Cette formation initiale est dispensée par des écoles nationales
(ex. École nationale des sage-femmes) et par des instituts privés
agréés comme l'Institut Supérieur de Santé (ISS) de
Mbour. Elle dure généralement trois ans après le bac et
est sanctionnée par un diplôme d'État de sage-femme. Depuis
2014, des réformes récentes ont introduit le système
licence, master, doctorat (LMD) et l'approche par compétence (APC) dans
les programmes (Lecocq, D. 2016). La formation des sage-femmes est
encadrée par : (i) les référentiels de compétences
de l'OMS et de l'OOAS ; les directives des ministères en charge de la
Santé et de l'Enseignement supérieur ; (iii) les normes de l'ICM,
etc. Ces normes visent à garantir
5
que la sage-femme soit apte à offrir des soins
sûrs, et soit compétente et respectueuse envers les droits des
patientes comme le représente la Figure 2 suivante.

Figure 2 : Ensembles de soins essentiels
définis par l'OMS et rôle des compétences de la
sage- femme dans leur prestation. (Sources : OMS, 2010 ; ICM, 2010).
Néanmoins, le système reste marqué par un
pilotage encore trop centralisé et un déficit de
compétences en évaluation. Pour améliorer ce
système il faut : (i) impliquer les acteurs du secteur privé dans
le processus d'évaluation ; (ii) renforcer les capacités
institutionnelles en matière de suivi-évaluation ; (iii)
développer un système d'information intégré sur les
parcours des formés ; (iv) utiliser les résultats pour ajuster
les programmes de formation (Groupe de la Banque africaine de
Développement (Wade, M. 2021). Dans les pays en développement
comme le Sénégal, l'amélioration de cette formation est
une priorité stratégique pour répondre aux défis
liés à la santé maternelle et infantile (Bolan, N.,
Cowgill, K. D., Walker, K., Kak, L., Shaver, T., Moxon, S., & Lincettog, O.
2021). Pour réussir à améliorer ce système, il faut
d'abord évaluer la qualité de la formation des sages-femmes
depuis la première jusqu'à la troisième année de
formation théorique et pratique. Evaluer un établissement ou un
programme consiste à faire émettre un jugement sur le niveau de
qualité par des experts (pairs externes), lors d'une visite sur site et
sur la base d'un rapport d'auto-évaluation, produit par
l'établissement ou par le programme. L'ANAQ-Sup travaille en
collaboration étroite avec les cellules internes d'assurance
qualité des établissements. Ces cellules appuient
l'auto-évaluation des établissements et des programmes sur la
base des référentiels de l'ANAQ-Sup (Anaq-Sup. 2023).
6
2.
Avant tout, il est nécessaire de clarifier
opérationnellement certains concepts utilisés comme suit :
+ Déterminants : Ce sont les
éléments, facteurs ou conditions qui influencent, conditionnent
ou expliquent un événement, une situation ou un processus.
+ Qualité : Caractéristique ou
propriété qui détermine la nature d'une chose et sa
valeur
+ Formation : Processus d'apprentissage
structuré visant à acquérir des connaissances
théoriques, des compétences techniques, des aptitudes et des
attitudes professionnelles
+ Sage-femme : Professionnelle de la
santé dûment formée et autorisée, responsable des
soins durant la grossesse, l'accouchement, le post-partum, et de la
santé reproductive des femmes et des nouveau-nés.
+ Évaluation : Évaluer un
établissement ou un programme consiste à faire émettre un
jugement sur le niveau de qualité par des experts (pairs externes), lors
d'une visite sur site et sur la base d'un rapport d'auto-évaluation,
produit par l'établissement ou par le programme.
+ Santé du couple mère-enfant :
C'est le bien-être physique et mental de la mère et du
bébé, dès la grossesse jusqu'à l'enfance, se
concentrant sur la création d'un lien fort grâce aux soins
couplés, la prévention des complications et le suivi
psychologique.
+ Éthique : C'est une réflexion
philosophique sur les valeurs universelles (le bien, le juste) qui guident la
conduite humaine,
+ Déontologie : est l'ensemble concret
de règles et devoirs spécifiques à une profession (code de
déontologie) pour encadrer les comportements, l'éthique
fournissant les principes et la déontologie les règles
appliquées au quotidien.
+ TP : séances d'apprentissage
où l'on met en application la théorie vue en cours
+ AQSIS : est un projet de coopération
entre le Ministère de la Santé et de l'Action Sociale (MSAS) du
Sénégal et la JICA (Agence Japonaise de Coopération
Internationale) visant à Améliorer la Qualité des Stages
cliniques des Infirmiers et Sages-femmes au Sénégal.
+ Portfolio de stage : un dossier personnel
et organisé qui rassemble les travaux, projets, réflexions et
réalisations d'un étudiant durant son stage, montrant ses acquis,
ses progrès, ses compétences développées
(théoriques et pratiques) et sa capacité à analyser ses
expériences, servant à la fois d'outil de suivi
pédagogique, d'évaluation des apprentissages et de preuve de
professionnalisation pour les recruteurs.
+ Encadreurs cliniques sont des
professionnels expérimentés qui accueillent, supervisent et
forment les stagiaires dans les établissements de santé, assurant
la qualité, la sécurité des soins et le respect des
protocoles.
+ Encadrement clinique : est l'accompagnement
des professionnels (étudiants, aides-soignants) dans la pratique des
soins, axé sur la qualité, la sécurité et le
développement des
7
compétences par le tutorat, l'évaluation
formative, et la transmission du raisonnement clinique, impliquant la
supervision des actes, la planification des soins et l'intégration dans
l'équipe pour garantir des soins optimaux et sécurisés.
+ Organisation pédagogique : est
l'agencement stratégique des éléments (enseignements,
méthodes, espaces, temps) pour structurer l'apprentissage, visant
à atteindre des objectifs éducatifs précis.
Puis sur le plan de l'analyse conceptuelle, le cadre
conceptuel de cette étude repose sur le modèle
d'évaluation de la qualité des soins selon Donabedian, qui est
l'une des approches les plus reconnues pour évaluer la qualité
dans les systèmes de soins. Ce modèle sera adapté et
utilisé dans cette présente étude organisée en
trois dimensions essentielles à savoir la structure, le processus et les
résultats.
La Structure est en rapport avec le nombre
d'encadreur par classe qui répond à des normes de l'approche par
les compétences (APC) pour un suivi de qualité des
étudiants à encadrer. L'accessibilité des terrains de
stage assure une formation de qualité et améliore
l'équité dans l'apprentissage, l'intégration
théories et pratique etc. Les conditions de recrutement des
étudiants dans les établissements de formation permettent aussi
de garantir la qualité des futurs professionnels et de réduire le
taux d'échec et d'abandon.
Le Processus s'adresse plutôt à
la clarté des curricula dont l'insuffisance entraîne des
difficultés de compréhension de programmes par les enseignants
avec des risques d'interprétations divergentes et parfois
d'écarts entre ce qui est prévu et ce qui est réellement
enseigné. L'adéquation entre les cours théoriques et la
pratique constitue un avantage clé pour la qualité des soins avec
des professionnels en mesure de conduire la théorie à la
pratique. Les conditions d'évaluation des apprentissages aussi renvoient
à l'ensemble des modalités, moyens et critères mis en
place pour évaluer les connaissances de même que les
compétences développées par les étudiantes au cours
de leur formation.
Les Résultats sont relatifs aux
compétences relationnelles et éthiques des professionnels
à communiquer de façon adaptée avec les patientes, les
familles et l'équipe soignante. Ceci dans l'empathie, le respect de la
dignité et l'éthique professionnelle. La satisfaction des
patientes est un indicateur essentiel de la qualité des soins et, par
extension, de la qualité de la formation des futures sage-femmes. Enfin,
la qualité des prestations dans le domaine de la formation des
sage-femmes fait référence au niveau de conformité des
soins et services offerts selon les normes, aux besoins des patientes et aux
attentes de la communauté.
L'adaptation de ce cadre conceptuel, comme l'illustre la
Figure 3, va nous permettre de mieux adresser l'étude
sur les déterminants liés à la qualité de formation
des étudiantes en licence des sciences infirmières et
obstétricales, option : sage-femme d'état à l'ISS de Mbour
de 2020 à 2024.

8
Figure 3 : Cadre conceptuel de Donabedian
adapté à l'étude sur la perception des acteurs sur la
qualité de formation des étudiantes en licence des sciences
infirmières et obstétricales, option : sage-femme d'état
à l'ISS de Mbour de 2020 à 2024.
9
|