La production écrite, souvent désignée
dans la littérature pédagogique par l'expression «
expression écrite » ou par son abréviation « P.E.
», désigne l'activité langagière par laquelle un
sujet rédige un texte en vue de communiquer un message, de structurer sa
pensée ou de répondre à une intention communicative
déterminée. Dans le Cadre Européen Commun de
Référence pour les Langues (CECRL, 2001), la production
écrite est définie comme l'une des deux grandes
compétences de production, à côté de la production
orale, et est envisagée comme une activité complexe,
finalisée et socialement située.1
Dans le Cours de didactique du français langue
étrangère et seconde, ouvrage de référence du
champ, Cuq et Gruca rattachent la production écrite à l'ensemble
des quatre compétences langagières fondamentales
(compréhension orale, compréhension écrite, production
orale, production écrite) que la didactique des langues s'est
progressivement attachée à décrire et à enseigner
de façon spécifique2
Cette activité a connu plusieurs appellations de la
part des didacticiens et des linguistes comme : l'expression écrite,
production scripturale, production de texte, production d'écriture
etc.
Selon Deschênes, l'activité d'écriture
implique non seulement la production matérielle d'un texte, mais
également un travail cognitif d'élaboration, d'organisation et
d'adaptation du message à une situation de communication
donnée.3
Selon Jean-Pierre Cuq, elle désigne «
l'opération par laquelle un scripteur met en oeuvre un ensemble de
savoirs et de savoir-faire pour produire un texte cohérent et
adapté à une situation de communication donnée »
4Elle implique donc la mobilisation simultanée de
compétences linguistiques, textuelles et pragmatiques.
1 Conseil de l'Europe, Cadre européen
commun de référence pour les langues : apprendre, enseigner,
évaluer, Paris, Didier, 2001, pp. 15-18 et pp. 51-57.
2 Jean-Pierre Cuq et Isabelle Gruca, Cours de
didactique du français langue étrangère et seconde,
4? éd., Grenoble, Presses Universitaires de Grenoble, coll. «
Didactique », 2017, pp. 179-180.
3 André-Jacques Deschênes, La
compréhension et la production de textes, Québec, Presses de
l'Université du Québec, 1988, pp. 51-55.
4 Jean-Pierre Cuq et Isabelle Gruca, op.
cit., p. 185.
En didactique du FLE, la production écrite ne se
réduit pas à un simple exercice d'application de règles
grammaticales ou de transposition de l'oral à l'écrit. Elle
constitue une véritable activité d'écriture, au sens fort
du terme, c'est-à-dire un acte de construction textuelle dans lequel le
scripteur mobilise simultanément des savoirs linguistiques, des savoirs
textuels, des connaissances encyclopédiques et des capacités
d'organisation discursive.
1.2. Spécificités de
l'écrit
L'écrit se distingue de l'oral par plusieurs
caractéristiques qui en font une activité cognitivement
coûteuse pour l'apprenant de FLE. D'une part, l'écrit est
différé : contrairement à l'échange oral,
immédiat et co-construit avec un interlocuteur présent,
l'écrit suppose que le scripteur anticipe seul les besoins et les
réactions d'un lecteur absent. D'autre part, l'écrit est durable
et normé : il laisse une trace que le lecteur peut relire et juger, ce
qui impose au scripteur des exigences de correction linguistique (orthographe,
grammaire, syntaxe) généralement moins strictes à l'oral.
Enfin, l'écrit est dense et structuré : il requiert une
organisation explicite de l'information, à travers la ponctuation, les
connecteurs et l'architecture du texte, là où l'oral peut
s'appuyer sur l'intonation, les pauses et le contexte partagé.
Comme le souligne Yves Reuter, « l'écrit est un
objet culturel qui possède ses propres règles de fonctionnement,
ses propres modes de production et de réception ». Cette
spécificité culturelle de l'écrit implique que son
apprentissage ne va pas de soi et nécessite un enseignement explicite et
méthodique.5
Ces spécificités expliquent pourquoi la
production écrite constitue, pour de nombreux apprenants de FLE, une
activité plus exigeante et plus anxiogène que la production
orale, en particulier lorsque la langue cible n'est pas la langue de
socialisation première.
1.3.Finalités de la production
écrite
Au collège, La production écrite poursuit, en
contexte scolaire, une triple finalité. Une finalité
communicative, d'abord : écrire pour informer, raconter, argumenter ou
exprimer des sentiments, comme le soulignent les Orientations
Pédagogiques de 20156. Une finalité cognitive ensuite
: l'écriture est un outil de structuration de la pensée. En
formulant ses idées, l'élève apprend à les
organiser, à les hiérarchiser et à prendre du recul, ce
que Bernard Combettes appelle « la fonction épistémique de
l'écrit ». Une finalité certificative enfin : la
production

7
5 Yves Reuter, Enseigner et apprendre à
écrire : construire une didactique de l'écriture, Paris, ESF
Éditeur, 1996, pp. 57-65.
6 Ministère de l'Éducation nationale,
Orientations pédagogiques pour l'enseignement du français au
cycle secondaire collégial, Rabat, 2009, p. 28.
écrite reste l'un des principaux outils
d'évaluation dans le système scolaire marocain, avec 8 points sur
40 à l'examen régional de 3? A.C.