1.4. Les enjeux de la production écrite au
collège
Le cycle collégial marocain constitue une
période charnière dans la construction de la compétence
scripturale en français. C'est à ce niveau que
l'élève est censé passer d'une écriture encore
largement guidée, caractéristique du primaire, à une
écriture plus autonome, capable de produire des textes plus longs et
plus complexes, en vue des exigences du cycle qualifiant. Cet enjeu est
d'autant plus important que la production écrite constitue, dans le
système d'évaluation marocain, l'une des composantes majeures des
examens normalisés, locaux comme régionaux, ce qui en fait un
objet d'enseignement à fort enjeu certificatif autant que formatif.
L'enjeu est également social et cognitif : la
maîtrise de l'écrit conditionne, plus largement, la
réussite scolaire de l'élève dans l'ensemble des
disciplines, dans la mesure où la production de textes écrits
(résumés, réponses argumentées, rédactions)
est sollicitée bien au-delà du seul cours de français.
2. Les compétences mobilisées dans
l'écriture
La production écrite est une activité complexe
qui mobilise, de manière intégrée et simultanée, un
grand nombre de compétences que le Cadre Européen Commun de
Référence pour les Langues regroupe en trois pôles.
2.1. Les compétences linguistiques.
Il s'agit de la maîtrise du code de la langue : orthographe,
grammaire, conjugaison, syntaxe, lexique. Sans un socle linguistique minimal,
l'élève ne peut produire un texte recevable. Toutefois, ces
compétences, si elles sont nécessaires, ne sont pas suffisantes :
un élève peut maîtriser la grammaire et l'orthographe et
être incapable de produire un texte cohérent.
2.2. Les compétences textuelles et
discursives. Ces compétences concernent la capacité
à organiser un texte dans sa globalité, à respecter les
contraintes du genre, à assurer la cohérence et la
cohésion, à gérer la progression thématique,
à utiliser à bon escient les connecteurs logiques et temporels,
à organiser les informations selon un plan adapté à
l'intention communicative.
2.3. Les compétences culturelles et
encyclopédiques : Produire un texte, c'est aussi
mobiliser des connaissances sur le monde, des références
culturelles, des représentations partagées. L'écriture est
indissociable d'un rapport au savoir et au monde.
3. Les étapes du processus rédactionnel
3.1. Le modèle cognitif de Hayes et Flower (1980)
L'écriture a longtemps été
considérée comme un processus linéaire : on planifiait,
puis on rédigeait, puis on révisait. Les travaux pionniers de
John R. Hayes et Linda Flower, psychologues cognitivistes
américains, ont profondément renouvelé cette vision
à travers l'ouvrage collectif Cognitive Processes in Writing,
en proposant un modèle cognitif de l'écriture qui met en
évidence la complexité et la nature cyclique du processus
rédactionnel.7
Selon ce modèle, l'écriture comporte trois grandes
composantes :
L'environnement de la tâche : : il
s'agit des contraintes externes qui pèsent sur le scripteur (consigne,
destinataire, objectif, temps imparti, etc.).
La mémoire à long terme du
scripteur, : elle contient les connaissances sur le sujet, les connaissances
sur le destinataire, les connaissances sur les genres textuels et les
règles de la langue.
Les processus rédactionnels, qui se
décomposent eux-mêmes en :
|