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Perceptions et représentations socioculturelles des méthodes contraceptives modernes au Tchad: cas du peuple Moussey


par Filina Séraphin
Université de Douala - Master 2 recherche en Anthropologie de la Santé 2024
  

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CHAPITRE PREMIER : DESCRIPTION DU MILIEU DE LA RECHERCHE ET ETHNOLOGIE DES GROUPES HUMAINS

INTRODUCTION PARTIELLE

Le Tchad, pays d'Afrique Centrale, est située à latitude 7è et 24è degrés et 13è et 24è degrés-Est. Il occupe le 5ème rang des pays les plus vastes d'Afrique après le Soudan, l'Algérie, la République Démocratique du Congo et la Libye. Le Tchad est enclavé à l'intérieur par l'insuffisance de voies de communications et à l'extérieur sans accès à la mer. Le Tchad est composé de 256 ethnies, regroupées en douze principales langues inégalement réparties. Les religions les plus pratiquées sont l'islam, le christianisme et les religions traditionnelles. La population est très jeune, et le système de santé tchadien est de type pyramidal. (ED-MICS 2018)

Ce chapitre de notre mémoire offre une perspective globale sur le Tchad et le département de la Kabbia qui a été notre sujet d'étude. En plus, il décrit l'ethno anthropologie du peuple Moussey de manière générale et l'histoire migratoire de ce peuple et leurs organisations socioculturelles, politiques et économiques en particulier.

I- DESCRIPTION DE GOUNOU-GAYA ET ETHNOLOGIE DES MOUSSEY

Gounou-Gaya est le chef-lieu du département de la Kabbia appartenant à la région du Mayo Kebbi Est. L'ancienne sous-préfecture de Gounou-Gaya, qui constitue la plus importante et grande ville de peuple Moussey. Le département de la Kabbia avait une superficie de 2.956 km2 en 1999 et une densité de plus de 50 habitants par km2.

La ville de Gounou-Gaya est composée de 04 sous-préfectures avant 2024 notamment : la sous-préfecture de Gounou-Gaya, sous-préfecture de Pont carol, sous-préfecture de Djodo Gassa et sous-préfecture de Berem. Actuellement, Gounou-Gaya compte 07 sous-préfectures notamment : la sous-préfecture de Gounou-Gaya, sous-préfecture de Pont carol, sous-préfecture de Djodo Gassa, sous-préfecture de Berem, sous-préfecture de Léo, sous-préfecture de Gounou et Sous-préfecture de Domo.

Parlant de la population de la ville de Gounou-Gaya, elle est constituée majoritairement du peuple Moussey.La population Moussey des sous-préfectures du département de la Kabbia et de Mont-Illi, selon les statistiques de 2009 comptait 284.271 habitants. A cela il faut ajouter ceux qui habitent vers Pala et dans différents endroits du Cameroun (le canton Gobo avait 24.243 habitants), plus la colonie du Nigeria et aussi la croissance démographique de la population

1. Historique de la ville de Gounou-Gaya

Notre étude s'est déroulée à Gounou Gaya, Chef-lieu du Département de la Kabbia et dans le village de Domo Dambali et Zabba Kessem. Il est important dans le cadre de notre étude de ressortir l'histoire de la ville de Gounou-Gaya qui constitue notre zone d'étude. En effet il existe peu des sources écrites relatives à l'histoire du peuple Moussey en général et de la ville de Gounou-Gaya en particulier.

Le Département de la Kabbia est l'un des quatre (4) départements que compose la région du  Mayo-Kebbi Est . Son chef-lieu est  Gounou Gaya, la plus grande ville de peuple Moussey.

Le département de la Kabbia a été créé par le décret 355/PR/MISD/199 1 du 1er septembre 1999 avec un ressort territorial plus large : sous-préfectures de Gounou Gaya,  Fianga et Binder. Il a été réorganisé par le décret 415/PR/MAT/200 2 du 17 octobre 2002 : de sous-préfectures de Gounou Gaya, Fianga et Hollom Gamés. Il a été divisé en 2004 lors de la création du département de  Mont d'Illi.

Il correspond à l'ancienne sous-préfecture de Gounou Gaya (1960-1999), issue du poste de contrôle administratif de Gounou Gaya créé en 1950 dans la subdivision de Fianga. Une subdivision de la Kabbia fut créée le 20 février 1946 après suppression des subdivisions de Pala et de Fianga. Son chef-lieu était Pala. Elle fut supprimée le 31 juillet de la même année (retour au statu quo ante). En (1960-1999), issue du poste de contrôle administratif de Gounou Gaya créé en 1950 dans la subdivision de Fianga. Marco Betoni, (2018)

Parlant dont del'origine de la ville de Gounou-Gaya, trois (03) clans étaient à l'origine de la création de la ville de Gounou-Gaya notamment : le clan Gaya, le clan Gounou et le clan Djarao.

Actuellement, la chefferie traditionnelle (Chef de Canton) est dirigée par les originaires du clan Djarao. Actuel Chef de Canton de Gounou-Gya est Lassanou Pirkolossou.

Selon nos récits oraux, ces trois clans (03) ci-dessus sont à l'origine de la création de la ville de Gounou-Gaya. En plus, nous y trouvons également les Moussey venant du Canton Domo, Leo, Berem, Tagal et bien d'autres. Enfin il existe également quelques autres ethnies dans la ville de Gounou-Gaya tel que : les Gambaye, les Toupouri, les Moundang, les Foulbé, les Arabes etc.

Carte 1 : département de la Kabbia

Source :Marco Bétoni, (2018).

2. Histoire migratoire du peuple Moussey

Le peuple Moussey vit principalement au Sud-ouest du Tchad, au nord Cameroun, au Nigeria et au Burkina-Faso. Autrefois les Moussey du Tchad appartenaient tous à la sous-préfecture de Gounou-Gaya, un petit groupe dans celle de Fianga, et un groupe émigré vers Pala et d'autres cantons proches, comme à l'est de Bongor. Marco Betoni, (2018)

Le XIXème siècle, marque l'arrivée de la colonisation dans le pays Moussey cela avait un impact direct sur l'organisation sociale, politique et économique de ce peuple. D'abord, ce sont les Allemands qui arrivèrent vers 1900, et seront remplacés par les Français à la fin de la première Guerre mondiale après 1918. (Marco Betoni : la culture Moussey Tchad : naissance, mariage et funeraille). Le territoire Moussey était très convoité, et toutes les puissances coloniales (Anglais, Allemands et Français) visaient le cours d'eau (Lac Tchad et fleuve Logone), et c'est cela qui a engendré la division des Moussey dont un groupe est resté au Cameroun. (Ibid. Marco Betoni). C'est la colonisation allemande qui a commencé par nommer des chefs et à chercher des gens en leur donnant les symboles du pouvoir ; parfois un fusil ou une chéchia et des habits.

De toute façon, l'administration a été rapidement acceptée par le peuple Moussey et poursuivie par l'état Tchadien et Camerounais. L'introduction de certaines cultures a été aussi faite pour trouver une certaine rentabilité et avoir des ressources où puiser l'impôt. Ainsi la culture obligatoire du coton servait à payer les taxes et fournir des recettes à la colonie.

En revanche, même si les colons ont installé la chefferie, avant cela il y avait l'influence de la civilisation arabe et peul sur le peuple Moussey. Les Moussey ont été attirés par la civilisation arabe et peule en raison de leurs forces, leurs organisations et leurs défilés. Cela on peut le remarquer dans la chefferie des différents Cantons Moussey qui ont pris l'organisation typique « Arabe-Peul » : défilés, parasol, habits, griots, chevaux parés.

Les colons allemands avaient procédé à la nomination des cantons en 1910 et installé un chef à Moulfouday (Djaw), puis à Gamé (Oydo Vandew en 1915), plus d'autres personnes à qui on avait donné des fusils et des habits, qui étaient un peu les chefs sans avoir un titre ou un territoire délimité, hormis leur lignage et leurs associés.

Parlant de la migration du peuple Moussey, il était autre fois dans le lac Tchad, et ils se sont migrés petit à petit sur le long de la rive du Chari et du Logone pour s'installer définitive dans le sud-ouest du Tchad principalement dans les régions de Mayo Kebbi et une partie à l'extrême nord du Cameroun. Igor De Garine, (1978)

Les mouvements migratoires qui ont abouti à la formation de l'ethnie Moussey sont anciens, mais étant donné la culture orale, il est difficile de regrouper les documents pour établir avec précision tous les mouvements et l'installation de cette ethnie. Selon les suppositions, les mouvements auraient commencé vers le 15ème siècle et se seraient prolongés jusqu'à la fin du 17ème.Seignobos, (2017). D'après les sources orales collectées par l'ethnologue Marco Betoni, sur les généalogies du peuple Moussey, pour les plus anciens, un calcul hypothétique avancerait que les gens ont commencé à s'établir sur ce territoire depuis 1750, mais les migrations ont continué jusqu'aux années 1850, et seterminent au début du 20ème siècle que les lignages se sont établis sur le territoire habité actuellement. Si beaucoup de migrations viennent du Nord, actuel pays Massa, et du fleuve Logone, pays Ngabri, Ham ou « Kim », cela ne permet pas d'affirmer que ce sont des Massa ou des Ngabri qui ont émigré. Les gens disent que « c'est un homme venant du pays Masa ou du fleuve ». Toutefois pour affirmer que c'étaient des Massa ou des Ngabri, il faudrait faire des études plus poussées et des recherches historiques dans l'ensemble de ces territoires. De toute façon, il y a eu deux courants migratoires très forts en pays Moussey : l'un venant du Nord- Est (actuel pays Massa) et des bords du fleuve Logone, l'autre venant du Sud-Est (actuel pays Marba, Mesmé). En suivant l'évolution sur le terrain et l'occupation du territoire, on peut noter que les groupes plus «anciens» se trouvent actuellement à l'Ouest du pays, mais presque tous ayant transité par le point d'eau dit Zala à Gounou-Gaya. Donc, l'installation et l'implantation ont été influencées par la présence d'eau ; anciennement vers le fleuve et les « lacs ». Alors, logiquement, le peuplement suit le système hydrographique de la Kabia - Zala - Boro.Marco Betoni, (2018)

Les émigrations se sont produites surtout à cause des querelles internes et dernièrement pour rechercher une terre meilleure. Les émigrations définitives ont eu lieu au début du 20ème siècle, mais continuent par groupes familiaux, même si aujourd'hui il y a une certaine stabilité. Désormais ce n'est plus le lignage qui se déplace, mais de petits groupes qui se mélangent avec les autres, engendrant la perte de l'identité lignagère. Il y a aussi des migrations temporaires au Cameroun, surtout des jeunes, pour le travail de repiquage du sorgho, pour trouver de l'argent et pour le goût de l'aventure, poussés par l'évolution économique et sociale de la société actuelle4(*). Ainsi, depuis quelques années, il y a un mouvement vers N'Djamena, la capitale du Tchad.

L'unité des Mythes d'origine est très étonnante et, en gros, on peut résumer ainsi : « Un chasseur s'égare (ou fuit son groupe) et trouve un point d'eau. Là il épouse une femme du pays et fait souche ».

Donc, l'origine Moussey réside dans de petits groupes anciens qui habitaient ce lieu depuis longtemps, ensuite d'autres sont venus, se sont adaptés et se sont multipliés plus que les originaires. Les premiers occupants sont, normalement, restés « propriétaires » de la terre (Maître et rituels), pourtant il est difficile de faire une hypothèse bien fondée sur les origines des Moussey. Les Moussey s'étaient-ils réfugiés dans cette zone pour échapper aussi aux incursions des Baguirmiens qui cherchaient des esclaves. En effet les Moussey ne connaissent pas le mot esclaveet c'était plutôt vers le sud, au pays des Ngambay appelés « esclaves » (mbààôùbunà), probablement parce que là-bas c'était le lieu d'incursion des esclavagistes. Il semblerait que les Musey ont été épargnés par les grands « esclavagistes », et ils ont vécu de façon marginale ce phénomène. Pour cela le mot esclave n'a pas une connotation trop négative.

3. Ethnologie du peuple Moussey

En ce qui concerne les Moussey du Tchad et leurs voisins proches du Cameroun, nous comptons de nos jours, 10 cantons Moussey, neuf cantons au Tchad et un Canton au Cameroun (Gobo). Ces cantons constituent les chefferies traditionnelles et la succession est héréditaire. En plus nous comptons 05 communes dans le pays Moussey notamment : la commune de Gounou-Gaya, la commune de Gobo au Cameroun, la commune de Pont Carol, la Commune de Djodo Gassa et la Commune de Berem.

Dans son livre intitulé « la culture Musey », l'anthropologue Italien Marco Betoni nous fait comprendre que l'étude généalogique du peuple Moussey, nous renvoie de 12-14 générations pour les plus anciens, et donc, en contant une vingtaine d'années par génération, on peut remonter en arrière de 250 ans.

Dans le passé, le peuple Moussey ne connaissait pas le découpage administratif. L'homme Musey ne connait pas le chef donc le chef de canton, chef de village, chef de quartier voire mêmeles autorités administratives qui sont le préfet, sous-préfet sont des fabrications coloniales. Le peuple Moussey était reparti au contraire avant la colonisation par clan et lignage. Ainsi, chaque clan ou lignage vivait obstruer dans un endroit protégé lui permettant, de temps en temps, de sortir pour la chasse ou pour des incursions contre des ennemis. Faces à des menaces des ennemies ou d'ordre naturels, certains clan et lignage se déplaçait de temps en temps à la recherche d'un endroit meilleur. Il faut noter que le cheval constituait un animal très important chez l'homme Moussey. Car, le cheval était utilisé pour faire la guerre, pour la chasse et doter les femmes. L'homme Moussey ne mange pas le cheval car il est considéré comme un animal proche à l'homme. En cas de la mort d'un cheval, on organisait sa funérailles, effectué les mêmes rites d'enterrement comme l'être humain.Marco Betoni, (2018)

Autrefois, pour les Musey, l'autorité venait de l'habilité à la guerre et à la chasse : il y avait les aînés, les personnalités reconnues à cause d'une divinité, les grands chasseurs, plus un « grand guerrier » (biigàwlà) qui prenait la tête dans les excursions et les combats.

Carte 2 : grands lignages Moussey et leurs voisins

Source : Marco Betoni 2018 ; la culture Moussey (Tchad) naissance, mariage et funérailles

3.1. Organisation Politique du peuple Moussey

L'organisation sociale et le mode de contrôle de l'espace des populations dites païennes du nord Cameroun et sud du Tchad est de type segmentaire, sans pouvoir politique centralisé, incapables de dominer de grands espaces. G. Pontie, (1972) : les sociétés païennes. Ainsi, le peuple Moussey autrefois ne connaissait qu'une répartition territoriale appelée « mbâssà », qui était le territoire occupé par un lignage sous la tutelle d'un chef de terre qui a une fonction politico-religieuse.

Politiquement les Moussey ont toujours vécu de façon autonome et ils étaient acéphales. Pratiquement chaque lignage tissait ses alliances et avait un mode de vie indépendant.

Quelle que soit le lieu et la taille des villages Moussey, il existe toujours un mythe de création. Un individu à qui l'on reconnaît souvent des pouvoirs exceptionnels dans le domaine du religieux ou l'art de faire la guerre, quitte son milieu d'origine et, poursuivant généralement un animal, atteint un lieu qui lui plaît et dans lequel il s'installe. Après, il fait venir ses épouses, ses enfants, parfois ses frères ensuite il crée un nouveau groupe de descendance en même temps qu'il humanise une zone de brousse. Autrefois, pour fonder un nouveau village, on allait d'abord choisir l'arbre de fondation autour duquel on allait s'installer. Si tous avaient déménagé, normalement c'était le Maître de terre qui allait choisir l'arbre et faire une bénédiction. Autrement, c'était l'aîné qui allait faire cela pour que le lieu choisi leur soit propice, et que le village puisse grandir dans la paix. Quand on allait faire une nouvelle installation, « couper un nouveau village »propos de notre enquêté patriarche Azong. Après installation, l'arbre choisi devient sacré. La terre est sacrée chez les Moussey car, elle parle ses habitants à travers le chef de terre, c'est elle qui donne de la nourriture et regorges les âmes des ancêtres. Affirme notre enquêté Azong.

L'hétérogénéité de ce peuple, vivant en groupes (lignages) qui se gèrent de façon autonome, étant par tradition acéphales, et parfois, en conflit entre eux, surtout dans le passé, est très étonnante. Chaque groupe se dit «Banana» (ami), en marquant les liens entre les différents lignages et l'unité entre les groupes. Cela aussi par rapport à la langue, car chaque lignage définit sa façon de parler en se référant à son ancêtre ; ce sont les différents dialectes de cette langue.

L'idéologie et le pilier de la société Musey étaient le cheval et la chasse.La chasse était l'activité principale de tout homme, et tuer des animaux était la plus grande reconnaissance sociale.Autrefois, pour les Musey, l'autorité venait de l'habilité à la guerre et à la chasse : il y avait les aînés, les personnalités reconnues à cause d'une divinité, les grands chasseurs, plus un « grand guerrier » (biigàwlà) qui prenait la tête dans les excursions et les combats. Si les gens étaient autonomes, ils ne vivaient pas dans des circuits fermés ou hermétiques, mais ils avaient des contacts, mêmes irréguliers, comme aux moments de guerre, de famine et de troc de certains objets ou des matières d'échange. Donc, depuis longtemps il y a acculturation et emprunt aux cultures voisines. On peut citer l'exemple de l'initiation que les Musey ont cherchée parmi leurs voisins ; chez les Mesmé, Massa et Toupouri. Igor de Garine, 1975.

3.2. Répartition des rôles sociaux entre les genres chez les Moussey

Comme de nombreuses sociétés traditionnelles tchadiennes, les Moussey ont des rôles sociaux distincts entre les genres, avec des attentes et des responsabilités spécifiques pour les hommes et les femmes au sein de leur société.

La société Moussey est de filiation patrilinéaire avec le principe de résidence patrilocale. La patrilinéarité il faut le rappeler par opposition à la matrilinéarité est une forme d'organisation matrimoniale qui est fondée sur la seule ascendance paternelle en ce qui concerne la filiation, l'organisation familiale, ou sociale d'un clan ou d'un groupe. Cela signifie que chez le peuple Moussey, la transmission d'identité (nom, religion), héritage passe uniquement par les parents paternels. Aucun droit d'héritage de titre, des biens n'est reconnu du côté des parents maternels.

Parlant des rôles sociaux entre les hommes et les femmes Moussey, il y'a une grande division sexuelle de travail et des responsabilités dans la société Moussey.

Cependant, les hommes Moussey sont généralement considérés comme les chefs de famille, les plus forts que les femmes et ont la responsabilité de subvenir aux besoins économiques du foyer. Ils sont souvent impliqués dans la prise de décisions au sein de la communauté et peuvent occuper des postes de leadership. « L'homme c'est le patron de la famille, moi femme je suis une simple domestique car, il m'a doté et je suis considérée au même titre que la vache que mon mari a achetée». Affirme notre enquêtée Aira

Les hommes Moussey sont également ceux qui sont sensés d'aller à la chasse, chargés de protéger, de défendre leur famille et leur communauté en cas de besoin.

Parlant de la division sexuelle des travaux, nous prenons enquise d'exemple le cas de la construction de l'habitat : l'homme pétrie la boue, fabrique les briques et construit la maison. La femme quant à elle se contente de puiser de l'eau pour fabriquer les briques ou construire la maison en plus la femme tisse les pailles. Dans le cas où l'homme puise l'eau, cela engendre des moqueries de la part de son entourage souvent le qualifia comme homme lâche et irresponsable.

Parlant des rôles sociaux des femmes Moussey, elles sont souvent considérées comme les moins fortes que les hommes, elles doivent être obéissantes pour être distinguées d'unebonne femme et on leur confie le rôle de gestion des tâches domestiques, y compris la cuisine, le nettoyage et s'occuper des enfants.

Les femmes Moussey peuvent également être impliquées dans certaines activités économiques telles que l'agriculture, les petits commerces ou l'artisanat.

Comme dans de nombreuses sociétés Tchadiennes, la promotion de l'éducation des filles a joué un rôle important dans le changement des rôles sociaux des femmes au sein de la société Moussey. Car, de nos jours nous avons des femmes Moussey qui sont député, militaire, infirmière, enseignantes ce qui témoigne à suffisance le changement social des rôles des femmes Moussey. Les facteurs tels que l'éducation, l'accès à de nouvelles opportunités économiques et les changements sociaux ont influencé la manière dont les rôles traditionnels sont perçus et pratiqués.

Ainsi, nous pouvons conclure que chez les Moussey du Tchad, il existe traditionnellement une répartition distincte des rôles sociaux entre les hommes et les femmes. Néanmoins ces rôles ne sont pas figés et ont évolué en fonction de la modernisation, des changements socio-économiques et culturels au sein de la communauté.

3.3. Religion du peuple Moussey

Dans l'époque ancienne c'est-à-dire avant la colonisation les Moussey adoraient les plantes, les divinités de l'eau, les divinités des morts et certains clans adoraient également les animaux. Cela nous laisse croire que les croyances anciennes du peuple Moussey reposent sur l'adoration des ancêtres et des esprits de la nature. Les pratiques religieuses des Moussey intègrent des rituels liés à la nature, aux cycles agricoles et à la protection spirituelle. « Chez nous, on adore l'acacia albita c'est lui notre protecteur. En cas de la rareté de pluie, on offrait l'holocauste à l'acacia albita et la pluie tombait pour arroger nos champs. Quand on tombe malade, on partait chez les voyants et les possédés de la divinité des eaux Mununda ». Affirme notre interviewé Mariatna.

De nos jours, trois religions restent dominantes dans la société Moussey à savoir : le christianisme, l'islam et la croyance ancestrale. L'arrivée de l'islam et le christianisme dans le pays Moussey a influencé les pratiques religieuses ancestrales dudit peuple. De nombreux membres de la société Moussey ont adopté l'islam et le christianisme comme leurs religions principales, mais ils continuent souvent à pratiquer des rites traditionnels hérités de leurs ancêtres. Doum-Hani Douksidi Jean, (2023).

Ainsi, parlant de la religion du peuple Moussey, nous réfère à un syncrétisme entre les croyances ancestrales dites traditionnelles et les religions monothéistes (christianisme et l'islam). Cette combinaison unique crée un système de croyances complexe qui guide la vie spirituelle et quotidienne de ce peuple.

Traditionnellement, c'était le chef de Terre qui dirige le déroulement du calendrier agricole, de l'organisation de la fête de récole (vun tilna) et il offre l'offrande aux divinités pour bénir la terre et sa population. Igor de Garine, (1975)

La vision du monde et de l'être chez le peuple Moussey porte sur le système des croyances et des rapports englobant le monde « invisible » qui sont les ancêtres et les dieux puis du monde visible qui sont leur environnement matériel. Ainsi, suite d'une maladie ou d'autres problèmes sociaux, le peuple Moussey invoqués les divinités pour trouver des solutions. Il distingue donc plusieurs dieux qui peuvent l'aider en cas de malaises sociaux parmi lesquels nous avons :

3.3.1. Lona, le dieu créateur et suprême

Contrairement à la pensée occidentale qu'il y'a un seul Dieu suprême, le Moussey pense à l'existence de plusieurs dieux suprêmes d'où chaque individu au sein de la société en possède un (Lonna) mon dieu égoïste. Cependant, en cas de malaises tel que problèmes de santé d'un membre de la famille, on demandait au chef de la famille (buzina) de faire un holocauste à son dieu pour que le malade recouvre la santé.

3.3.2. Mbàssà, La Terre-Mère (dieu de la terre)

Chez le Moussey, on peut maudire ou jurer avec la terre d'un village donnée. Par exemple : « Si j'ai fait ceci, il faut que la terre de tel ou tel village me puni ». Chez les Moussey, il existe une communication entre la terre et les humains. Marco Betoni, (2018)

3.3.3. La divinité de la Mort (Màtnà)

Dans la plupart des cultures africaines, y compris la culture Moussey, la vénération des morts joue un rôle important. Pour les Moussey, les esprits des morts continuent à errer dans le monde et peuvent influencer les vivants. Cette existence spirituelle n'est généralement pas considérée comme éternelle ; les esprits des morts vivent aussi longtemps qu'il y a quelqu'un qui se souvient d'eux. En conséquence, les rois et les héros, qui sont célébrés par la tradition orale, vivent pendant des siècles, tandis que l'esprit du commun des mortels peut disparaître après quelques générations. Igor de Garine, (1975).

Les morts communiquent avec les vivants de différentes manières, par exemple, au travers des rêves, des présages ou par l'intermédiaire de devins spécialement doués. S'ils prennent une forme visible, c'est souvent celui d'un animal (un serpent, un oiseau ou une mante religieuse). « Quand j'avais perdu mon fils, il venait à des heures tardives boire l'eau dans la jarre. Et il arrive de fois que je lui laisse la nourriture dehors sur le hangar et il mange. Les morts vivent seulement dans un pays caché, il nous visite à tout moment ». Affirme Zara notre enquêtée matriarche.

Les vivants, à travers les voyants, les médiums, les devins peuvent s'adresser aux morts afin de recevoir des conseils ou de demander des faveurs. Si un esprit s'offense de quelque chose faite par une personne vivante, il peut causer une maladie ou un malheur à cette personne. Dans ce cas, un voyant peut aider cette personne à corriger son erreur et à calmer la colère des défunts en colère. Les catastrophes, telles que la famine ou la guerre, peuvent être la conséquence du mauvais comportement de toute ou une partie de la communauté.Igor de Garine, (1975).

3.3.4. La divinité des Jumeaux (Ngonira)

D'abord il faut noter que le nom utilisé pour les jumeaux (ngonira) est également le nom de la divinité correspondante ; c'est comme un dieu (lo'o ngonira), et donc on le craint et nombreux sont les rituels à faire. Une fois dedans, par la naissance et l'accouchement, tu es lié à ngonira pour toute la vie. Le mot jumeau « ngonira » désigne toute naissance « hors norme », et on dit cela aussi pour les animaux, notamment pour la vache et la jument. Il y a également les expressions à propos des choses « en double », par exemple celui qui trouve deux choses en un jour il dira avoir « accouché des jumeaux ». Également quand on se donne la main pour la salutation, si deux individus touchent ensemble la main de la même personne on dira « L'an prochain tu accoucheras des jumeaux».

3.3.5. La divinité initiatique Foulla

La divinité initiatique est aussi nécessaire dans le pays Moussey. L'initiation chez le Moussey est non seulement un rite de passage comme le désigne Van Genep mais, une école de formation. Les adeptes apprenez durant leurs séjours dans la forêt sacrée, la gestion de biens familiaux tels que la gestion des produits agricoles, les animaux domestiques et aussi les respects des ainés et des divinités. En plus les initiés durant leurs séjours dans la forêt sacrée apprenaient également la technique de chasse, de la pêche et de lutte face à un adversaire.

A ces divinités ci-dessus, s'ajoute, plusieurs divinités dans la socioculture Moussey que nous ne pouvons tous développer dans le cadre de notre mémoire il s'agit notamment : la divinité de la divination (Gàrirà), les divinités de l'oracle (joppa), la divinité de l'eau (Mounouna).

3.4. Système alimentaire des Moussey

Le peuple Moussey a un système alimentaire basé sur divers aliments de leur environnement local. Leur alimentation est influencée par des facteurs tels que la disponibilité des ressources naturelles, les pratiques culturelles et les habitudes alimentaires traditionnelles.

Les Moussey ont une alimentation traditionnelle qui repose sur une combinaison d'aliments locaux tels les sésames (arachide, poids de terre, haricot, sésame blanc...), les céréales qui sont (les mils rouges, le pénicilaire, le riz), les tubercules (manioc, taro, patates) et les légumes (moringa, feuilles d'oseille etc.). Ces aliments sont issus de la savane environnante et constituent la base de régime alimentaire du peuple Moussey.

En outre, la consommation des boissons culturelles tel que le bil-bil, ergué, font de ce peuple une culture alimentaire spécifique. Il faut également noter que les Moussey sont des chasseurs et des pécheurs donc ils mangent les poissons provenant directement de leurs eaux et la viande des animaux domestiques comme sauvage.

Les Moussey ont développé des pratiques alimentaires spécifiques en fonction de leur environnement. Ils utilisent des pièges pour capturer des animaux sauvages tels que les oiseaux pour compléter leur alimentation en viande. Il pèche avec les filets de petites dimensions pour capturer les poisons. De plus, les Moussey ont mis en place les techniques de conservation des aliments tels que les greniers à mil pour stocker les céréales et assurer une sécurité alimentaire tout au long de l'année.

Malgré une alimentation variée basée sur les ressources locales, les Moussey de nos jours sont confrontés à des problèmes nutritionnels tels que la malnutrition. Cela dû à divers facteurs tels que la mauvaise pluviométrie (inondation, rareté de pluie), les conflits agriculteurs-éleveurs, des conditions économiques précaires ou une disponibilité limitée d'aliments nutritifs.

La plupart des Musey ne mange pas la viande de cheval qui est interdite (yownà), et laquelle est considérée comme celle d'un homme. Mais actuellement, influencés par d'autres cultures, il y a des lignages qui en mangent. Par exemple les Djoro ou d'autres qui, toutefois, le font en utilisant une plante magique dite la plante du vautour (gu bakya).

Le cheval, autrefois, était traité de façon particulière avec beaucoup de soins : l'homme le gardait dans sa case, on provisionnait du foin, il y avait des rituels de protection, des onctions, des plantes magiques, il recevait un enterrement. Si le cheval meurt chez toi c'est la «mort» qui te frappe et les gens du village présentent leurs condoléances. On le transporte en brousse et on le recouvre, puis on le pleure et on pouvait aller se venger pour cela. On plante aussi des pieux, deux ou trois, au- dessus du tombeau, et un bois rouge plus long en y accrochant la queue comme signe spécifique d'un cheval de course qui avait contribué à tuer beaucoup de gros gibier « tabou ».

En effet, pour être un homme valide et respecter par la communauté, il fallait devenir un « grand » chasseur et tuer certains animaux fort et féroces comme le buffle (vunda), la girafe (duk-gahna), le lion (tlona). Dans la société Moussey on y distingue la chasse individuelle de la chasse collective. La première et un engagement individuel et consiste à se procurer en viande pour manger avec sa famille soit pour vendre. Le second est la chasse collective elle est initiatique constitue un moment important de démonstration de ses pouvoirs mystiques à vaincre l'adversaire et on applique cette loi de « contanguinité »5(*) sur les animaux et cette forme de chasse dite collective se limitait à des territoires appartenant à certains groupes, elle rassemblait beaucoup de monde et donnant parfois lieu à des bagarres entre lignages rivaux. (Jean Doum-Hani Douksidi 2023).

Comme dit J. Louatron cité par Marco Bétoni dans son ouvrage laculture Moussey, « le Musey avant d'être agriculteur est cavalier et chasseur ». L'homme Moussey devait défier les animaux de la brousse pour être reconnu.

En fin, le système alimentaire du peuple Moussey est ancré dans l'utilisation d'aliments locaux comme base de leur régime traditionnel. Cependant, des défis liés à la nutrition sont causés par divers facteurs socio-économiques et environnementaux.

3.5. Système économique des Moussey

L'économie du peuple Moussey repose principalement sur l'agriculture, l'élevage, la pêche et l'artisanat. L'agriculture joue un rôle important dans leurs moyens de subsistance, avec des cultures telles que le mil, le sorgho, le riz, le maïs et l'arachide pour leur subsistance. Le peuple Moussey représente une population importante des cotonculteurs au Tchad car, le département de la Kabbia était cité parmi les zones à forte production du coton au Tchad. Le bétail, notamment les bovins, les moutons et les chèvres, constituent également un atout important pour le peuple Moussey, car il lui fournit une source de nourriture, des revenus grâce à la vente ou au commerce et un statut social au sein de sa communauté.

L'agriculture du coton qui était autre fois imposée par le colon, constituent de nos jours une ressource financière au peuple Moussey.

Le commerce a toujours été une composante essentielle de l'économie de Moussey en raison de sa situation géographique à la croisée de différentes régions et frontières avec le Cameroun voisin et non loin du Nigeria

La structure sociale du peuple Moussey influence ses activités économiques. La communauté est organisée autour de liens de parenté et d'affiliations claniques qui jouent un rôle crucial dans la répartition des ressources et la coopération économique. La division du travail au sein de la communauté est souvent basée sur les rôles d'âge et de genre, avec des tâches spécifiques assignées aux hommes, aux femmes et aux enfants. Les Moussey participent également à des activités artisanales telles que la fabrication de poteries, le tissage de textiles traditionnels et la forge. Ces compétences sont transmises de génération en génération et contribuent à la fois aux besoins de subsistance et aux sources potentielles de revenus via les marchés locaux ou les réseaux commerciaux.

Malgré leur riche patrimoine culturel et leurs activités économiques traditionnelles, les Moussey sont confrontés à des défis tels que la dégradation de l'environnement, un accès limité aux technologies modernes pour l'agriculture ou la transformation des produits, la fluctuation des prix du marché des produits agricoles ou de l'élevage, ainsi qu'à des problèmes socio-économiques plus larges qui prévalent dans le pays. Tchad.

3.6. Les patrimoines culturels Moussey

Le peuple Moussey possède un riche patrimoine culturel qui se distingue en patrimoine culturel matériels et immatériels. Parlant des patrimoines culturels matériels en pays Moussey, nous pouvons citer : le Lac Kabbia et ses ressources importantes en Hippopotame, la forêt classique de Yamba Berté qui est la plus grande forêt et dance du Tchad, les produits artisanaux et les mets culturels tel que : holira et djaklamma. Il existe également de patrimoines culturels immatériels qui sont les comtes, les mythes, et toutes connaissances et savoirs ancestraux transmis de génération en génération.

3.6.1. Les patrimoines culturels immatériels du peuple Moussey

v Le Festival Kodomma

Dans la culture Moussey, la fête Kodomma est une tradition ancienne qui commémore la récolte et prête l'holocauste aux divinités et aux chefs de terre dans l'espoir de recevoir des bénédictions de leur part. Il s'agit d'un important héritage culturel immatériel. Quant au festival international Kodomma, il a pour objectif de rassembler et de mettre en valeur les différents kodomma présents dans les différents clans Moussey. Le Kodomma est un festival annuel qui se tient dans les villes de Moussey au Tchad et au Cameroun et qui met en valeur les pratiques culturelles, les traditions et les arts du peuple Moussey.

Le festival International Kodomma constitue une manifestation culturelle extravagante qui réunit les passionnés de la culture Moussey et les participants afin de célébrer l'héritage exceptionnel du peuple Moussey. La programmation du festival comprend de nombreuses activités telles que des danses traditionnelles, des expositions, des courses de chevaux et des représentations d'artistes contemporains et traditionnels.

Photo 1 : Danse Kodomma lors du festival internationnal Kodomma à Gobo au Cameroun

Source : page officielle Facebook Kodomma International

v Le Ndalanga

La danse dalanga est un héritage artistique immatériel de la culture Moussey. Elle se déroule lors des cérémonies importantes comme le Kodomma, l'intronisation d'un chef. Cette danse se pratique en sautant sur ses deux pieds et en articulant le dos. Elle est pratiquée par des femmes Moussey que d'hommes.

v Le Vaîguenga

Auparavant, le vaîguenga était réservé aux initiés. Car, les chansons de vaiguenga sont composées dans les langues des initiés. Depuis nos à la disparition des pratiques Fulina, le vaîguenga est fréquemment chanté lors des célébrations culturelles. Il est important de souligner que les artistes contemporains Moussey s'inspirent davantage de ces valeurs artistiques culturelles dans leur création.

v Fulina (fulla)

Fulina est le pluriel de Fulla. Fulla est une divinité spécifique au peuple Moussey. Les possédés de fullina ont la capacité suprahumaine de voir le monde visible et le monde invisible. Cependant, il faut retenir que le peuple Moussey distingue le fulmunnada qui est la divinité des eaux de fulmadina qui est la divinité des morts. De manière générale la vision du monde et de l'être chez le peuple Moussey porte sur le système des croyances et des rapports englobant le monde "invisible" qui sont les ancêtres et les dieux puis du monde visible qui sont leur environnement matériel. Ainsi, suite d'une maladie ou d'autres problèmes sociaux, le peuple Moussey invoqués les divinités pour trouver des solutions.

v Les contes

Les contes Moussey sont une tradition orale transmise de génération en génération. Ils jouent un rôle important dans la préservation et la transmission de la culture, des valeurs et de la sagesse. La narration de ces comptes est souvent accompagnée des chantes, de cris ce qui en fait un événement social et culturel social. Les contes Moussey racontent les histoires d'origine, les récits moraux, les fables mettant en scènes les animaux, les légendes expliquant les phénomènes naturels.

v Les devinettes

Les devinettes Moussey constituent effectivement un élément important du patrimoine culturel immatériel. Elle constitue en un jeu verbal traditionnel qui constitue un moyen de transmissions des connaissances et sagesses populaire. Les devinettes mousse est une forme d'expression culturelles qui qui stimule la réflexion et la créativité. Elles font souvent références à des éléments de la vie quotidienne, de la nature et de la culture Moussey. Souvent courtes et énigmatique elle dans la nuit pour le divertissement et enrichir les sagesses culturelles.

3.6.2. Les patrimoines culturels matériels du peuple Moussey

v Forêt classique de Yamba Berté

La forêt classique de Yamba Berté dans le département de la Kabbia précisément dans la sous-préfecture de Pont-Carole constitue effectivement un important patrimoine culturel matériel du peuple Moussey. La forêt classique de Yamba Berté abrite également une biodiversité importante, avec diverses espèces végétales et animales. Elle constitue donc non seulement un patrimoine culturel communautaire au peuple Moussey, mais aussi un patrimoine naturel pour la région.

Cette forêt classique est protégée par l'Etat tchadien pour sa richesse faunique et floristique. Le peuple Moussey, pratique dans cette forêt des activités culturelles tel que la chasse collective, des rituels traditionnels et y conserve une partie de son histoire et de sa culture. Cette forêt de nos jours est considérée comme un lieu sacré où résident les esprits des ancêtres et les djinns6(*). Elle joue un rôle crucial dans les pratiques spirituelles et les cérémonies traditionnelles des Moussey. Elle représente un lien tangible entre les générations passées, présentes et futures de cette communauté.

v Le lac Kabbia

Les régions de Mayo-Kebbi et le département de la Kabbia tire leurs appellations du lac Kabbia. Le lac Kabbia est situé dans le département de la Kabbia chef-lieu Gounou-Gaya notamment dans le village Domo Sôh situé de 25Km de la ville de Gounou-Gaya. De son vrai nom « kabiang7(*) » constitue un patrimoine halieutique important pour la région en général et pour le peule Moussey en particulier. C'est un grand lac qui alimente les autres fleuves en eau et poissons.

Pour les Moussey, valeur thérapeutique tel que la prévention contre le ver de guinée. Ce lac a une grande importance culturelle et spirituelle. Il est associé à des croyances et pratiques traditionnelles, notamment des rituels et cérémonies qui se déroulent sur ses rives. Ce lac est également une ressource naturelle importante pour la communauté locale, fournissant de l'eau pour l'agriculture et la pêche saisonnière. Le lac Kabbia se distingue de ses ressources importantes en hippopotame et des poissons. La zone autour du lac Kabbia est en biodiversité, abritant diverses espèces de plantes et d'animaux adaptés à cet environnement lacustre saisonnier.

Photo 2

 : Le lac Kabbia

Source : enquête de terrain

v Les Hippopotames

Les hippopotames qui sont présent dans les lacs et les fleuves en pays Moussey sont en effet un élément important du patrimoine culturel matériel faunique du peuple Moussey. L'administration départementale de la Kabbia utilise la tête de l'hippopotame comme l'emblème départementale. Il est accroché à la l'entrée de la préfecture de Gounou-Gaya la tête de l'hippopotame. Les Moussey, ne perçoivent et représentent pas ces hippopotames comme des simples animaux mais comme des divinités. Il est courant dans le discours des peuples Moussey qu'il existe des personnes qui se transforment en hippopotames. Les hippopotames sont souvent intégrés dans les mythes, légendes et traditions orales locales. Il symbolise la force, et la connexion avec le monde aquatique.

La présence continue de ces animaux dans le lac représente un lien tangible avec le passé et les traditions du peuple Moussey. Leur conservation est donc importante non seulement d'un point de vue écologique, mais aussi culturel.

v Mets traditionnel Holira

Les plats culturels Moussey sont variés faisant usage des céréales, sésames, légumes des viandes domestiques et sauvage. Parlant de Holira appelée communément sauce longue constitue un patrimoine culinaire Moussey. Le holira ou sauce longue est un plat spécifique et culturel pour le peuple Moussey. Il est préparé souvent lors de la fête de la lune, fête de la récolte Kodomma est bien d'autres évènement culturels importants.

v Habitats traditionnel Moussey

Les habitations traditionnelles Moussey sont construites en matériaux locaux tels que la terre, les pailles et les bois. Les maisons sont généralement de forme ronde, carrée ou rectangle, avec un toit recouvert de pailles sèches et logues. La terre est utilisée pour les murs et les fondations. Les branchages quant à eux sont utilisés pour la charpente et les supports. Les pailles sont utilisées pour le toit et les murs et en fin, les fibres végétales sont utilisées pour les cordages et les liens.

Les habitations traditionnelles Moussey ont une fonction culturelle, sociale et spirituelle.Elles sont souvent regroupées en lignage, clan et village, avec des espaces communs pour les activités sociales et culturelles tel que agriculture, espace de jeux, de pause etc. Les maisons sont disposées de manière à former un cercle ou un ovale, avec une place centrale pour les réunions et les cérémonies.

Photo 3: Habitat Moussey patrimoine culturel matériel

Source : page officielle Facebook de Kodomma International

v Artisanat Moussey

Les objets traditionnels d'artisanat en milieu Moussey couvrent large champs incluant des objets d'artisanat pour la pratique de l'agriculture, la pêche, la guerre et la chasse.

Les objets d'artisanat Moussey sont : la houe sa manche fabriquée à base de bois solide tel que le tamarinier, le prosopice africana. La manche des houes est fabriquée par les forgerons à base des pierres ou parfois des fers modifiés, il en est de même pour les dabas. Les lances sont faites de bois dur, avec une pointe en fer ou en pierre, les lances étaient utilisées pour la chasse et la guerre. Les épées faites de fer ou d'acier, les épées étaient utilisées pour les combats rapprochés. Les boucliers : faits de bois ou de cuir, les boucliers étaient utilisés pour se protéger des attaques ennemies. Les cuirasses faitesde peaux d'animaux et feuilles, les cuirasses étaient utilisés pour se protéger le corps des attaques ennemies.

Photo 4: Objets d'artisanat pour la guerre et chasse

Source : enquête de terrain

3.7. Rapports de cohabitation des Moussey avec les autres communautés ethniques de la Kabbia

Il est essentiel dans cette partie de notre travail d'examiner comment le peuple Moussey s'est intégré socialement aux autres communautés ethniques de la région du Mayo-Kebbi Est, d'ailleurs, et dans le monde. Des facteurs tels que les mariages mixtes, la coopération économique, les alliances politiques ont contribué au tissu social de ces interactions.

Le peuple Moussey du Tchad réside dans les régions de Mayo-Kebbi (Mayo Kebbi-est et Mayo Kebbi-Ouest). Il partage des frontières avec plusieurs ethnies notamment le Massa, le Moundang, le Toupouri, le Cados, le Kim, le Ngambaye, le Zimé, le Kéra et bien d'autres. Cependant, il est nécessaire dans le cadre de notre travail de ressortir le mécanisme d'interaction et de relation des Moussey avec les autres communautés ethniques voisine. Cela nous amène notamment à comprendre la dynamique sociale et le paysage culturel de pays Moussey. Le rapport de cohabitation entre les Moussey et les autres ethnies voisines nous renvoi dans le contexte historique. L'histoire des interactions, des conflits, des alliances et des échanges culturels entre les Moussey et les autres groupes ethniques façonne les relations actuelles.

Un aspect à explorer est la manière dont les échanges culturels ont influencé la dynamique de cohabitation. Les pratiques culturelles, les traditions, les langues et les croyances jouent un rôle important dans l'élaboration des interactions entre les différents groupes ethniques. Comprendre comment les Moussey ont partagé et intégré des aspects de leur culture avec d'autres peut donner un aperçu de leurs relations.

Les activités économiques servent souvent de terrain d'entente entre différents groupes ethniques. Les réseaux commerciaux, la dynamique du marché et le partage des ressources ont également contribué au rapprochement des liens sociaux et culturels entre le peuple Moussey et ses voisons des autres cultures.

En raison de la grande valeur que les Moussey accordent à la terre espace d'agriculture et héritage familiale, les conflits entre les éleveurs bororo ou arabe sont reçurent et alarmant. Le dernier conflit est celui de du canton Léo en 2023 qui a entrainé beaucoup des pertes humaines et matérielles dans les deux camps.

En somme, le rapport de cohabitation des Moussey avec les autres communautés ethniques de la Kabbia est une interaction complexe d'héritages historiques, d'échanges culturels, d'interactions sociales, d'engagements économiques et de relations politiques.

Carte de groupes ethniques frontières avec le Moussey

Source : Marco BETONI ; la culture Moussey (Tchad) naissance, mariage et funérailles

4. Cadre physique et géographique de Gounou Gaya

Le département de la Kabbia (chef-lieu Gounou-Gaya) porte le nom du lac Kabbia dans le Canton Domo plus précisément dans le village de Soh situé à une vingtaine de kilomètre de Gounou-Gaya et de 03 KM de village Gali Paris. Le lac Kabbia constitue le plus grand lac du département de la Kabbia est riche en poissons et végétations.

En effet la ville de Gounou-Gaya regorge assez des fleuves dans lequel chaque partie du fleuve porte un nom et appartient à chaque clan ou lien. Il faut noter également que les habitants de Gounou-Gaya savent distinguer les frontières de tous les fleuves disponibles dans leur zone.

Le climat de Gounou Gaya est de Type Soudano-Guinéen. Les études scientifiques de la Compagnie Française pour le Développement des Fibres Textiles portant sur : étude agro-pédologie d'emplacements cotonniers au Mayo Kebbi, nous permet de caractériser avec précision le climat de la ville de Gounou Gaya. Cependant la pluviométrie annuelle de Gounou-Gaya est de 1045,4 mm, fortement supérieur à celui de son voisin Fianga qui est de 852,1 mm par an.

Tableau 2 : précipitation de la Kabbia

MOIS

J

F

M

A

M

J

JL

AO

S

OC

N

D

GOUNOU-GAYA-

0

0

6,2

30,8

88,0

157,2

211,9

269,8

226,0

55,0

0,5

0

FIANGA

0

0

3,0

18,2

62,2

120,0

191,3

240,0

181,4

35,4

0,6

0

Source : Compagnie Française pour le Développement des Fibres Textiles portant étude agropedologioue d'emplacements cotonniers au Mayo Kebbi

La végétation de la ville de Gounou-Gaya est caractérisée par un ensemble de climat soudano-guinéen. Les forêts de cette zone sont hiérarchisées et inégalement réparties dans l'espace. Il faut noter que la forêt constitue un espace à multiple fonctionnalité chez le Moussey. Elle a une fonction sacrée qui constitue un lieu d'initiation, de culte et d'application des certains rites tel que le « bouquet sacré » et le plante divine « gusna lona ». Etant donné la richesse du territoire Moussey va de la savane à la forêt soudanienne, des zones inondables avec des marécages, aux zones plus boisées, la flore aussi présente une grande variété et des richesses diverses.

Dans l'ancien temps, les Moussey ne cultivaient pas les arbres pour avoir des fruits, car leur environnement leur offrait toutes ressources nécessaires en arbres fruitiers et légumineux. Cependant, le peuple Moussey connaissait et savaient exploiter au maximum tous les fruits sauvages. Par exemple : la Pomme cannelle sauvage (Annona senegalensis : kozora) est exploitée pour ses fruits sucrés ses feuilles pour soigner la diarrhée et ses écorses melanger avec d'autres plante pour soigner les problèmes d'infécondité. Le jujubier (wàyàra) ses fruits sont mangeables et ses écorces pour soigner « les problèmes d'insecte des enfants », le karité (gùdira) utilisé aussi pour produire la beure très appréciée, le néré (jijira) les différents types de Ficus, des plantes qui donnent des baies comme Boscia senegalensis (borborra), Sclerocarria birrea (yogoyogora), Detarium microcarpum (gàgàssa).

Dans l'espace Moussey on trouve des endroits boisés des grands arbres comme certains villages situés dans la sous-préfecture de Pont-Carol. Par contre, la sous-préfecture de Léo est caractérisée par sa zone rizicole, les arbres sont rares dans cette brousse et l'espace est inondable en saison de pluie. Tout de même, dans ces zones rizicoles nous trouvons des plantes comme : Terminalia macroptera (gàlapma), Sterculia setigera (slùgudukka), Borassus flabellifer (manawna), Combretum glutinosum (yàmàt happa), Acacia sieberiana (ndùllà).

* 4 Igor Dé Garine Les Massa..., op. cit., p. 15.

* 5 Selon l'anthropologue François Laplante, la constanguinité est une pratique dans laquelle le semble agit sur le semblable

* 6Les mauvais esprits

* 7Appellation locale du lac Kabbia

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