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Perceptions et représentations socioculturelles des méthodes contraceptives modernes au Tchad: cas du peuple Moussey


par Filina Séraphin
Université de Douala - Master 2 recherche en Anthropologie de la Santé 2024
  

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CONCLUSION PARTIELLE

En somme au terme de chapitre sur la description du milieu de la recherche et ethnologie des groupes humains, nous retenons que le Tchad est peuplé d'une mosaïque de 256 ethnies, regroupées en douze principaux groupes linguistiques inégalement réparties sur l'ensemble du territoire. Les religions les plus pratiquées au Tchad sont l'islam, le christianisme et les religions traditionnelles. La population du Tchad est très jeune, avec les moins de 25 ans représentent 68% du total et les plus de 60 ans représentent 4,5%. Le système de santé tchadien est un système pyramidal à trois niveaux : central, intermédiaire et périphérique.

La culture du Tchad est diversifiée et riche, reflétant l'héritage de divers groupes ethniques. Le pays est un État laïque, mais la religion reste un élément important. Plus de 55,7 % de la population est musulmane, avec 20 % de catholiques et 15 % de protestants. Les pratiques religieuses traditionnelles sont également importantes. Le conflit entre le Nord et le Sud est exacerbé par l'opposition entre deux religions et deux langues : l'arabe et l'islam dans le Nord, le christianisme et le français dans le Sud. De nombreux musulmans tchadiens contestent la constitution laïque actuelle, qui impose une christianisation de l'État. Le Tchad est un pays multilingue, avec le français et l'arabe comme langues officielles depuis 1978.

En fin le département de la Kabbia est l'un des quatre départements de la région de Mayo-Kebbi Est au Tchad, avec Gounou Gaya comme sa plus grande ville et chef-lieu du département. Des communautés locales décentralisées, y compris la Kabbia, ont été créées en 2003 mais n'ont pas encore été mises en oeuvre. En juillet 2024, elle compte sept sous-préfectures.

CHAPITRE DEUXIEME : REVUE LITTERAIRE, CADRE THEORIQUE ET CONCEPTUEL

INTRODUCTION PARTIELLE

Ce chapitre deuxième qui porte sur revue littéraire, cadre théorique et conceptuel a pour objectif de mettre en place les bases théoriques et conceptuelles sur lesquelles repose notre recherche. Au début, nous avons effectué une analyse approfondie de la littérature existante, en examinant les travaux précédents qui étaient pertinents pour notre sujet de recherche. Cette analyse nous a donné l'opportunité de repérer les concepts essentiels, les théories prédominantes et les discussions actuelles dans ce domaine. Dans la suite de notre mémoire, nous exposons les bases théoriques qui ont orienté notre étude, ainsi que les théories et modèles clés que nous avons employées pour interpréter nos résultats. En démontrant leur pertinence par rapport à notre problématique, nous avons justifié le choix de nos théories utilisées. Enfin, nous avons établi le contexte conceptuel de notre étude en précisant les concepts essentiels et en expliquant les liens entre ces concepts. Nous avons utilisé ce cadre conceptuel comme fondement pour formuler nos hypothèses et élaborer notre méthodologie de recherche.

I- REVUE DE LA LITTERATURE

L'étude sur l'utilisation des méthodes contraceptives modernes sous l'angle culturel est cruciale pour la santé de la population en général et pour le bien-être de la famille et de la femme en particulier. Dans un pays comme le Tchad, d'où le taux de besoin non satisfait en espacement et limitation des naissances dépasse désormais 30,2%. (L'Enquête par grappes à Indicateurs Multiples (MICS6-Tchad, 2019 Page 133). Cependant, au Tchad le taux d'utilisation des contraceptifs modernes est de 5,4 % selon l'enquête démographique et de la santé (EDS 2015).

Cette revue de la littérature examine les connaissances et les symbolisations des méthodes contraceptives modernes dans le contexte tchadien en particulier dans la société Moussey. Également notre étude consiste à analyser les facteurs socioculturels qui influencent l'utilisation des méthodes contraceptives modernes. Nous examinons les facteurs de résistances face aux méthodes modernes de contraceptions dans la société Moussey du Tchad en nous appuyant sur les principes anthropologiques en mettant l'accent sur la culture. Ainsi, nous nous sommes intéressés à travers cette étude à la monographie de la culture Moussey pour décrire les discours complexes que tient ce peuple sur les techniques modernes de contraception.

En réduisant les taux de grossesses non désirées, la contraception permet également d'atténuer la nécessité d'avortement à risque et de diminuer le taux de transmission des infections sexuellement transmissibles (IST) tel : le sida, l'hépatite B, la syphilis, le papillomavirus, la gonococcie etc. (OMS, 2023) Les contraceptions modernes peuvent également être bénéfiques pour l'éducation des filles et donner aux femmes la possibilité de participer plus activement à la société, y compris en occupant un emploi rémunéré.

La mise à disposition d'informations et de services en matière de contraception est fondamentale pour la santé et les droits humains de toute personne.

En plus, la prévention des grossesses non désirées contribue à réduire les maladies maternelles et le nombre de décès liés à la grossesse. L'utilisation des techniques modernes de contraception est essentielle en ce qu'elle permet notamment de retarder les grossesses chez les jeunes filles qui sont exposées à un risque accru des problèmes de santé liés à la parturition précoce et d'éviter les grossesses chez les femmes âgées qui sont également davantage à risque.

Selon les estimations de 2017 de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), 214 millions de femmes en âge de procréer vivant dans les régions en développement ne disposent pas des moyens de contraception dont elles ont besoin. Les méthodes de contraception modernes jouent un rôle essentiel dans la prévention des grossesses non désirées. Des études montrent que 85 % des femmes qui ont cessé d'utiliser un moyen de contraception sont tombées enceintes au cours de la première année. Parmi les femmes dont la grossesse non planifiée a mené à un avortement, la moitié avaient abandonné leur méthode contraceptive en raison de problèmes de santé, par crainte d'effets secondaires ou par manque de praticité. « OMS octobre2019 ».

1. La politique nationale du Tchad en matière de santé sexuelle et reproductive

La politique nationale du Tchad en matière de santé sexuelle et reproductive est une question importante qui nécessite une analyse approfondie de la littérature existante. Cette partie de notre travail vise à examiner les politiques, programmes et défis liés à la santé sexuelle et reproductive au Tchad, en mettant en lumière les initiatives prises par le gouvernement et ses partenaires pour améliorer l'accès aux services de santé sexuelle et reproductive au Tchad.

Le Tchad fait face à des défis importants en matière de santé sexuelle et reproductive, notamment la pauvreté, l'accès limité aux services de santé et les normes culturelles et sociales.Ningam Ngakoutou, (2023). Il était essentiel pour nous d'analyser comment ces facteurs interagissent avec les politiques nationales pour façonner le paysage de la santé sexuelle et reproductive au Tchad. Cette partie de notre revue examine également les défis auxquels est confrontée la politique nationale du Tchad, y compris l'infrastructure de santé inadéquate, l'éducation sexuelle incomplète et les inégalités de genre. Elle vise également à identifier des opportunités pour améliorer la situation actuelle et promouvoir une meilleure santé sexuelle et reproductive pour tous au Tchad. En fin dans cette partie de notre état du débat, nous avons examiné les politiques et les stratégies spécifiques mises en oeuvre par le gouvernement tchadien dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive, permettant ainsi une meilleure compréhension des orientations politiques du pays dans ce domaine.

La recherche de l'UNFPA sur l'accès aux services de santé sexuelle et reproductive au Tchad met en lumière les défis auxquels la population est confrontée et les lacunes à combler pour améliorer l'accès. Cetteétude offre une perspective complète sur la politique nationale du Tchad dans ce domaine, en mettant en lumière les défis, les politiques existantes et les recommandations pour l'amélioration. Une autre étude a documenté la prévalence des méthodes contraceptives à long terme à l'Hôpital Universitaire de N'Djamena, révélant que les contraceptifs sont considérés comme un facteur clé dans la réduction de la mortalité maternelle. Foumsou, et al., (2021).L'étude a révélé que l'indice synthétique de la fécondité au Tchad est de 6,2, et la demande de contraception est de 28,6 %. L'étude a également révélé que la méthode contraceptive à long terme la plus utilisée était la Jadelle (81,3 %), mais le suivi par le personnel médical était inégal dans 78,4 % des cas. Les effets secondaires étaient dominés par les saignements (12,6 %) et les problèmes de cycle menstruel. Le choix principal des méthodes contraceptives était l'espacement des naissances. L'étude révèle que les principales raisons de l'abandon de la contraception au Tchad sont les effets indésirables et le désir d'enfants. Le taux d'échec des méthodes contraceptives était de 0,08 %, et toutes les utilisatrices ayant signalé des effets secondaires ont été prises en charge. L'étude conclut que la contraception à long terme a une faible prévalence au Tchad. Pour augmenter cette prévalence, les chercheurs recommandent d'éduquer les filles et d'enseigner les méthodes contraceptives dans les écoles et les universités. Cependant, ils n'ont pas pris en compte les facteurs sociaux et culturels qui entravent l'utilisation des méthodes contraceptives modernes par les femmes et les hommes au Tchad.

L'introduction des méthodes contraceptives modernes est un phénomène récent au Tchad. Jusqu'à l'Enquête Démographique et de Santé de 1996-1997, le niveau d'utilisation des contraceptifs dans le pays n'était pas encore connu au niveau national. Foumsou et al. (2021). Cependant, le niveau de connaissance sur la contraception est extrêmement bas, avec des différences de genre significatives. Les femmes en union ont le même niveau de connaissance que les femmes, avec 44 % des femmes et 46 % des femmes en union connaissant au moins une méthode. Les femmes qui ne sont pas en union mais sexuellement actives ont un niveau de connaissance de la contraception plus élevé que les autres femmes.

La population tchadienne est pronataliste, liée au prestige économique et à la satisfaction économique, une tendance qui a été officiellement exprimée par les représentants du Tchad lors de la conférence internationale sur la population de 1974 à Bucarest. L'auteur aborde le sujet tabou de la planification familiale et de la planification des naissances, qui a longtemps été considéré comme tabou. Cependant, le gouvernement du Tchad cherche continuellement des moyens et des méthodes pour promouvoir l'utilisation des méthodes contraceptives modernes. Une des limites de cette étude est le manque de connaissances locales liées aux techniques contraceptives, car avant l'introduction des contraceptifs modernes, toutes les sociocultures tchadiennes avaient leurs propres méthodes et moyens pour prévenir les infections sexuellement transmissibles. Une étude sur l'endogénétique concernant les techniques contraceptives modernes serait plus nécessaire pour comprendre les enjeux complexes entourant leur utilisation.

Le résultat du mémoire de Lenan Guanguinon, (2009), s'aligne également avec l'analyse des taux d'utilisation des contraceptifs modernes au Tchad. L'auteur a adopté une approche statistique quantitative, basée sur des données existantes provenant de l'Enquête Démographique et de Santé. (EDST). L'analyse a montré une faible utilisation des contraceptifs modernes par les femmes tchadiennes.

En revanche, Lenan n'a également pas pris en compte le rôle des contraceptifs modernes et des facteurs socioculturels qui contribuent à la résistance contraceptive chez les femmes tchadiennes.

En plus, plus loin du territoire tchadien, une étude qualitative au Cameroun révèle une forte prévalence du VIH/SIDA à Kumba au Cameroun, malgré la disponibilité d'informations sur la prévention du VIH/SIDA. Les raisons de cette propagation incluent des partenaires sexuels multiples, des rapports sexuels non protégés, l'ignorance du VIH/SIDA, et la négligence des services de conseil et de dépistage volontaire. Ainsi, les messages de santé ont fourni des connaissances mais pas sur les comportements préventifs. Njikam Savage, (2015).

2. L'accès des populations tchadiennes aux méthodes contraceptives modernes

La population tchadienne est confrontée à d'importants défis en matière de santé reproductive et sexuelle. Selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) la prévalence des méthodes contraceptives modernes au Tchad est parmi les plus faibles au monde. Malgré diverses initiatives et programmes, l'impact direct sur les comportements changeants de la population tchadienne n'est pas aussi visible. Parmi les facteurs qui contribuent aux faibles taux d'utilisation, citons le manque d'information le manque d'éducation sur les méthodes contraceptives modernes, les barrières culturelles et religieuses, les inégalités entre les sexes, l'insuffisance des infrastructures de santé et l'accessibilité financière limitée. Ngakoutou Ningam, (2023). Des études ont montré que l'amélioration des canaux, d'accès aux méthodes contraceptives modernes peut avoir un impact significatif sur la santé maternelle et infantile.

En plus, cela pourra contribuer à réduire les grossesses non désirées, diminuer les taux de mortalité maternelle et infantile et contribuer à l'autonomie des femmes. Malgré ces défis, des progrès ont été réalisés grâce aux efforts de divers acteurs, et il est crucial de continuer à investir dans l'éducation, la sensibilisation et l'accessibilité financière pour garantir que chaque individu ait le droit et la liberté de choisir sa méthode contraceptive.

La lecture d'une étude quali-quantitative menée entre décembre 2015 et mars 2016 dans la ville d'Abeché au Tchad, auprès de 314 femmes et 17 professionnels de santé montre que 35,9 % des femmes n'avaient pas de contraception, le taux de contraceptifs naturels étant de 28,7 % et celui des contraceptifs modernes de 25,2 %. Parmi les obstacles à l'utilisation des contraceptifs modernes, on peut citer l'opposition du mari (15,6 %) et le manque d'information (12,1 %).(Adam Abdel-Mahamoud, 2017)

Adam Abel etal.,(2021) se sont également concentrés sur les facteurs socioculturels influençant l'accès des femmes aux services de planification familiale au Tchad. Ils ont défini la planification familiale comme une composante essentielle de la santé reproductive, permettant aux femmes de retarder leur grossesse et de réduire la mortalité maternelle et infantile. En Afrique subsaharienne, en particulier au Tchad, la mortalité maternelle et infantile est un problème majeur de santé publique, qui peut être résolu par la planification familiale.

L'étude a identifié des obstacles généraux aux besoins non satisfaits des femmes dans les pays en développement, tels que l'absence de réglementation, l'accessibilité géographique et les problèmes de fourniture de contraceptifs. Les résultats ont montré que 28 % des femmes utilisaient des méthodes MAMA et 25 % utilisaient des injectables. L'accessibilité géographique, l'âge et l'appartenance ethnique étaient significativement associés à la non-utilisation de la planification familiale et de la contraception par les femmes. Les obstacles à la planification familiale comprenaient l'opposition du mari, le manque d'information et le personnel de santé qualifié.

3. Le genre et les facteurs de résistance aux méthodes contraceptives modernes chez les populations tchadiennes

La culture est un aspect crucial de la transmission de l'identité d'un groupe et évolue constamment en réponse aux changements sociaux, économiques et technologiques. L'anthropologue Ralph Linton définit la culture comme un héritage social transmis à un individu, en l'adaptant à la société et à son environnement. La culture englobe une gamme de rôles qui définissent la façon dont les individus doivent se comporter dans la société. Le genre est une construction sociale, c'est-à-dire les significations culturelles qui supposent un corps biologique. Le genre est lié au sexe et est une construction du sexe.

Une étude menée par Mamadou Makhtar Mbacké Leye et al., (2015) a révélé que l'âge, la religion, le niveau d'instruction, l'autorisation conjointe et le lieu de résidence avaient un impact sur l'utilisation des contraceptifs modernes par les femmes dans le district de Mbacké au Sénégal. Les critiques de cet article incluent le manque de prise en compte des facteurs socio-économiques et socioculturels qui influencent de manière significative l'utilisation moderne de la contraception.

Il a été constaté que les contraceptifs modernes, tels que les pilules et les injectables, améliorent la santé et permettent une grossesse plus longue. Cependant, il existe également des inquiétudes quant aux effets secondaires de ces produits, tels que la persistance de céphaloïdes et de nausées, et l'impact de l'entourage de l'utilisateur sur leur utilisation. Les pratiques familiales sont souvent tenues secrètes en raison des tabous sociaux et du pouvoir de décision détenu par le mari. Foumsou et al., (2021).

L'étude a également révélé que l'âge n'influence pas de manière significative l'utilisation des contraceptifs modernes. L'utilisation par les adolescentes peut être attribuée aux mariages précoces dans les zones rurales et à la diversification des sources d'information sur la contraception moderne et l'activité économique des femmes. Le statut matrimonial n'est pas un facteur déterminant l'utilisation des contraceptifs modernes. L'étude a également révélé que le lieu de résidence n'a pas d'impact significatif sur l'utilisation des contraceptifs modernes.

Les résultats de cette étude contredisent l'enquête démographique et de santé de 2015 au Tchad, qui montrait que la prévalence contraceptive est 7 fois plus élevée en milieu urbain qu'en milieu rural. L'étude a également révélé que l'existence d'une activité économique chez les femmes avait un lien significatif avec l'utilisation moderne de la contraception.

L'étude met également en évidence les facteurs culturels qui affectent l'accessibilité des Moussey aux services de contraception modernes. Les travaux de la sociologue Arlette Gautier sur les droits des femmes sont également pertinents.

Le droit de reproduction est fondé sur le droit fondamental des couples et des individus de décider librement et avec discernement du nombre et de l'espacement des naissances de leurs enfants et de fournir les informations nécessaires. Ce droit constitue un ensemble de règles et de dispositifs visant à garantir la liberté de tous d'accéder à la meilleure santé en matière de sexualité et de reproduction. Il inclut également le droit de prendre des décisions en matière de reproduction sans provoquer de discrimination, de coercition ou de violence, tel qu'exprimé dans les documents relatifs aux droits de l'homme.

Bien qu'ils soient parfois présentés comme une nouvelle norme internationale, les droits reproductifs ont été continuellement remis en question, y compris sur la scène internationale. Les groupes religieux contestent souvent la santé reproductive et sexuelle, tandis que les groupes néonatalistes manipulent ces droits. La première lutte pour le contrôle des naissances remonte au 19ème siècle, avec l'abolition des lois sur la contraception aux États-Unis en 1969. La Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDEF) ajoute que cette disposition s'applique aux femmes et que des services de santé maternelle sont nécessaires.

Cependant, le faible accès aux services de planification familiale et de santé reproductive est considéré comme un obstacle à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) et de l'Objectif du développement durable d'ici 2030 (ODD2035). Les prestataires de services sont également influencés par les normes médicales d'un pays ou d'une société, comme au Sénégal, où les prestataires donnent des contraceptifs aux femmes qui risquent une nouvelle grossesse. Cela a conduit le personnel somatique à plaider pour une nouvelle règle de contrôle des femmes basée sur la santé plutôt que sur le patriarcat.

Haroun Koumakoi, Jean-Robert Mburano Rwenge, (2022) abordent les facteurs déterminant la polygamie dans la région du Tchad, en se concentrant sur les environnements urbains et ruraux. Les milieux urbains présentent des taux de polygamie plus élevés chez les hommes d'âge avancé et ceux à la recherche d'un plus grand nombre d'enfants, tandis que les milieux ruraux ont des expériences similaires pour les jeunes hommes ayant un bon niveau de scolarité et des caractéristiques communautaires non observées. La polygamie est influencée par les normes et les valeurs sociales, mais les raisons qui la sous-tendent peuvent varier d'un individu à l'autre.

De 1996 à 2015, le taux de polygamie au Tchad est passé de 25 % à 28 %. Malgré la mondialisation et les valeurs occidentales, la préférence pour la polygamie ne cesse de croître. Cela contredit la thèse de Talcott Parsons selon laquelle la modernité et la désintégration culturelle conduisent à la polygamie et à l'extension de la famille.

Les résultats ne révèlent pas tous les risques associés à la polygamie dans le contexte tchadien. Ils suggèrent également que la polygamie est plus répandue dans les sociétés où les distances sociales entre les hommes et les femmes sont grandes, ce qui conduit à une discrimination fondée sur le sexe. Dans les communautés urbaines, le risque de polygamie est plus élevé chez les personnes ayant une forte population agricole. Haroun Koumakoi, (2021).

Villeneuve-Gokalp, (1990), analyse les transformations récentes du comportement conjugal liées aux contraceptifs modernes et aux processus matrimoniaux. Les femmes qui ont suivi des études supérieures ont été les premières à rejeter le mariage, mais celles qui n'avaient pas accès à la contraception étaient depuis longtemps attachées au mariage. Les techniques contraceptives modernes ont permis de cohabiter, mais la période d'émergence de cette nouvelle forme d'union conjugale reste inconnue.

Des études sur la diffusion de la contraception suggèrent que les pratiques religieuses sont l'un des outils les plus puissants pour le changement. Villeneuve-Gokalp soutient l'hypothèse selon laquelle la contraception aurait permis aux mariages consentis de se répandre rapidement et de devenir durables. Sans contraceptifs médicaux, le mariage et l'initiation à la vie conjugale auraient perdu leur nécessité, mais la cohabitation serait une étape temporaire avant le mariage. Villeneuve-Gokalp, (1990)

Les méthodes contraceptives endogènesau Tchad sont plurielles et varient selon les cultures. Akam Evina et Kishimba Ngo soutiennent l'existence de diverses méthodes contraceptives en Afrique, mais certaines méthodes contraceptives modernes semblent inadaptées à certaines cultures et nécessitent des modifications dans leurs comportements. La modernisation et les programmes de planification familiale ont conduit à de nouvelles méthodes contraceptives qui remettent en question les habitudes traditionnelles des femmes.

André Laplante et Bourama Soumaro, (2001) explorent les pratiques contraceptives traditionnelles à Bamako. Ils soutiennent que la biologie occidentale peut interpréter différemment les pratiques traditionnelles, car les femmes qui souhaitent éviter une grossesse s'abstiennent de l'ovulation à la fin des règles. L'utilisation de méthodes contraceptives soulève des questions sur l'inégalité entre les sexes, car dans de nombreuses cultures tchadiennes, la responsabilité de la grossesse incombe aux femmes.

Sosa-Sanchez, (2010), Les inégalités sociales et la santé sexuelle et reproductive au Mexique: entre la médicalisation et l'exclusion sociale). L'article met en évidence l'impact des inégalités sociales sur la santé reproductive au Mexique, faisant référence à la violence institutionnelle et à la violence structurelle dans le secteur de la santé reproductive. Malgré le succès des programmes de planification familiale au Mexique, des études montrent que la santé des femmes et la liberté reproductive sont encore au deuxième niveau, en particulier parmi les femmes les plus vulnérables socialement. Cela inclut l'infraction à la contraception et la stérilisation, qui sont considérées comme des violations des droits des femmes. Des pratiques de maltraitance, telles que les réprimandes et les menaces à l'encontre de femmes qui n'appartiennent pas au corps médical, sont également documentées. Le racisme se manifeste également en milieu hospitalier par des traitements différenciés et des agressions verbales à l'encontre des femmes autochtones ou pauvres. Sosa-Sanchez, (2010).

Les efforts de régulation de la croissance démographique se concentrent parmi les femmes les plus défavorisées, où le taux de natalité est plus élevé. L'étude a utilisé une méthodologie qualitative et une épistémologie constructiviste pour découvrir les problèmes sociaux au centre de chaque récit individuel. Les difficultés décrites dans le texte concernent l'absence d'hommes dans les services de santé génésique, mais la reproduction inclut les deux sexes.L'étude révèle également comment les services de santé reproductive légitiment et reproduisent les inégalités entre les sexes dans l'organisation et la fourniture des services, ainsi que la disponibilité du personnel de santé et son évaluation différentielle des méthodes contraceptives. Sosa-Sanchez, (2010).

Cette étude révèle que les droits sexuels et reproductifs des femmes ne sont pas toujours pris en compte dans le contexte des services de santé reproductive au Mexique. Bien que la prévalence de la stérilisation forcée et des méthodes contraceptives explicites ait diminué, cela ne signifie pas qu'il n'y a pas de pratiques restrictives et de contextes autoritaires qui conditionnent les décisions en matière de reproduction. Des conditions objectives telles que le manque de ressources humaines, la saturation de l'emploi, les conditions de travaux restreints et les qualifications insuffisantes du personnel médical peuvent conduire à de graves violations des droits sexuels et reproductifs des femmes.

Les raisons de la non-utilisation des contraceptifs modernes comprennent des facteurs culturels, religieux, économiques et éducatifs. Les croyances religieuses ou culturelles, le manque d'accès aux services de santé reproductive, la peur des effets secondaires, le manque d'information ou de formation et les pressions sociales ou familiales peuvent tous contribuer à la non-utilisation des contraceptifs modernes.

Une étude réalisée en 2015 par Abel Mukengeshayi Ntambue, Rachel Ngalula Tshiala a examiné la prévalence des contraceptifs modernes et les obstacles liés à leur utilisation chez les couples de la zone de Santé Dibindi, Mbuji-Mayi, République démocratique du Congo. Les résultats ont montré que de nombreuses femmes refusaient d'utiliser les contraceptifs modernes malgré les informations qu'ils fournissaient. Les facteurs qui contribuent à la non-utilisation des contraceptifs modernes comprennent le désir de maternité, l'interdiction religieuse, l'opposition des partenaires, la peur des effets secondaires et l'ignorance des avantages de la planification familiale. En 2015, la prévalence des contraceptifs modernes était de 18,4 % dans la région.Abel Mukengeshayi Ntambue et al., (2015).

Cette étude révèle que les accouchements prématurés, tardifs, nombreux et prématurés sont responsables de plus de 70 % des décès maternels dans les pays à faible revenu. Il existe une corrélation inverse entre la mortalité maternelle et la prévalence contraceptive (CP), une prévalence contraceptive plus élevée entraînant une baisse des taux de mortalité maternelle. Si 60 % des femmes en âge de procréer utilisent des méthodes contraceptives modernes (MCDE), les taux de mortalité maternelle et d'avortement non médical seront nettement inférieurs. La pauvreté est également corrélée à la prévalence de la contraception dans un pays. Cependant, la majorité des pays à faible revenu sont susceptibles d'être pauvres, ce qui entraîne des coûts importants pour les familles nombreuses. Les mesures visant à renforcer l'utilisation de la contraception dans un pays peuvent également améliorer le statut socio-économique des ménages. La contraception moderne permet aux femmes de travailler professionnellement, de contribuer au développement économique de la famille et d'assurer la santé mentale en évitant le stress des grossesses non désirées, en réduisant les dépenses liées aux maladies et en répondant aux besoins de la famille grâce à des économies économiques. En revanche, dans les pays à revenu élevé, plus de 70 % des femmes ont accès à des méthodes contraceptives modernes.Abel Mukengeshayi Ntambue et al., (2015).

Judith HOTTOIS, Catherine JUNG, (2011) ont cherché à la connaissance inégalitaire selon le sexe sur les contraceptifs modernes. La technique adoptée a été la démarche qualitative, et les informations des hommes sur la contraception restent superficielles ou floues. Les hommes ne sont pas en place à une grossesse non désirée, et le préservatif n'aide pas les hommes à dissocier la contraception de la sexualité.

Pranitha Maharaj et John Cleland, (2005) ont également mené des études en Afrique du Sud sur la perception des risques des préservatifs chez les couples mariés. Il est observé que la plupart des efforts de prévention du VIH se concentrent sur le comportement sexuel, prénuptial et extraconjugal. Mais dans les zones à forte prévalence du VIH, les besoins de protection des couples mariés et cohabitants sont aussi importants et souvent non satisfaits. L'utilisation des préservatifs par les couples est généralement faible, avec une résistance de la part des hommes et les normes culturelles comme obstacles à une utilisation accrue.

La croyance commune selon laquelle les hommes sont résistants à l'utilisation du préservatif dans le cadre de relations stables est certaine. Les programmes de prévention du VIH doivent répondre aux besoins de santé reproductive des couples.

L'étude de Hounton, Carabin et Henderson (2005) au Bénin révèle que l'épidémie de VIH/sida est la plus dramatique de l'histoire, causant plus de 3 millions de morts en deux décennies. L'Afrique subsaharienne est fortement touchée, représentant près de 70 % de tous les cas. Malgré les campagnes de sensibilisation et les mesures de prévention, la prévalence des contaminations et des décès liés à la maladie reste faible, notamment en milieu rural. L'étude souligne la nécessité de mieux comprendre les obstacles à l'utilisation des mesures préventives en milieu rural.

Une étude menée au Bénin, en Afrique de l'Ouest, a identifié les obstacles à l'utilisation des préservatifs pour la prévention du VIH/SIDA en se basant sur le modèle du préservatif. Malgré une connaissance satisfaisante de la transmission du VIH/SIDA au Bénin, les participants courent toujours un risque élevé de contracter l'infection. Seulement 36,8 % des hommes et 47,5 % des femmes utilisent des préservatifs, l'absence d'utilisation étant liée à l'efficacité perçue et à la qualité. L'étude a conclu que les stratégies basées sur une augmentation du risque perçu, de la gravité perçue ou d'une connaissance adéquate du VIH/SIDA peuvent ne pas être suffisantes pour encourager l'utilisation de la contraception. Les données collectées seront utiles pour concevoir et améliorer les programmes de prévention du VIH/SIDA en Afrique subsaharienne.

En 2001, Christine Tremblay a enquêté sur la représentation des techniques modernes de contraception au Québec. Elle a constaté un véritable déficit de connaissances et la présence de nombreux préservatifs incorrects qui servent de bases à la prise de décision. L'utilisation appropriée de la contraception et son utilisation sont complexes pour les jeunes adolescents, influencées par leur pensée immature et les attitudes et valeurs sociales déterminantes. Ces résultats soulignent la nécessité d'améliorer la sensibilisation et les stratégies de prévention du VIH/SIDA en Afrique subsaharienne.Christine Tremblay, (2001).

4. Les savoirs endogènes des populations tchadiennes en matière de santé sexuelle et reproductive

Les connaissances endogénétiques se réfèrent aux savoirs et pratiques traditionnels développés par une communauté ou un groupe spécifique au fil du temps, souvent transmis de génération en génération et adaptés aux réalités locales. Ces connaissances incluent la médecine traditionnelle, l'agriculture, l'artisanat, la spiritualité et la gestion des ressources naturelles. Ils sont souvent ancrés dans la culture et la tradition d'une communauté et sont essentiels à sa survie et à son évolution.

Les connaissances endogénétiques sont souvent intégrées dans les programmes de santé sexuelle et reproductive dans la région du Tchad pour mieux comprendre les besoins et les préférences des populations locales et adapter les interventions en conséquence. Les initiatives de santé doivent également respecter la diversité culturelle et les traditions pour encourager l'acceptation et l'adoption des services de santé par la population.

Des auteurs comme Aïssa Diarra, Brahima Diallo et Zakaria Amar,(2023) soulignent les trois barrières structurelles à l'accès et à l'utilisation des services de santé sexuelle et reproductive pour les femmes, les mères et les adolescents au Sahel : les lacunes dans la mise en oeuvre des programmes de santé, les idéologies de référence, et les crises sanitaires, migratoires, sécuritaires et économiques. Malgré ces obstacles, des solutions endogènes existent sur le terrain et peuvent contribuer à améliorer les services de santé sexuelle et reproductive au Sahel. Cet article examine les solutions endogénétiques développées par les acteurs impliqués dans les programmes de santé et les points de prestation de services au Mali, au Niger et en Mauritanie en utilisant une méthodologie qualitative.

De nombreuses politiques de santé publique sont conçues et mises en oeuvre dans le monde entier, souvent sous forme de modèles standardisés. Ces "modèles de voyageurs" sont basés sur une expertise technique et sociale, négligeant souvent les réalités locales et les structures socio-culturelles et économiques. Ce sont principalement des visions de la bonne gouvernance centrée sur l'Occident, qui fonctionneraient en tout lieu donné, tant que les caractéristiques communes des pays en développement suffisent à justifier une telle approche.

En Afrique, les femmes courent un risque de 12 décès pendant la grossesse ou une chance de 4 % de mourir dans les pays riches. L'Afrique représente 29 % de tous les avortements et 62 % des décès qui leur sont attribuables. La principale raison de ces risques est la difficulté pour les adolescents d'accéder aux contraceptifs pour éviter les grossesses non désirées.

La « solution endogénétique » est une stratégie développée et mise en oeuvre par des acteurs locaux pour résoudre les problèmes qui empêchent l'accès à des services de santé de qualité. Le phénomène de la "peur de la pilule", qui s'est répandu depuis la fin des années 1960, conduit généralement à une diminution de la consommation de contraceptifs oraux et à une augmentation des interruptions volontaires de grossesse. (IVG). En France, la crise de la "peur de la pilule" montre une diminution des pratiques contraceptives, avec des femmes âgées de 15 à 49 ans utilisant celle-ci à 50 % contre 41 % entre 2010 et 2013. Cette tendance se poursuit avec une diminution significative de 3,1 % entre 2013 et 2016.

L'échec de la contraception hormonale masculine est largement lié aux représentations dominantes de la sexualité et du contrôle de la fertilité, avec des effets secondaires graves pour les femmes par rapport aux risques de grossesse, tandis que pour les hommes, ils sont comparés à l'absence de contraception.

L'étude d'Aghste Bahi (2008) examine l'acceptation de la méthode contraceptive féminine à l'Université de Cocody-Abidjan (Côte d'Ivoire) et son impact sur les attitudes des femmes françaises. L'étude se concentre sur les raisons pour lesquelles les étudiants acceptent ou rejettent la méthode contraceptive, en mettant l'accent sur les conceptions de la sexualité et les dynamiques de pouvoir qui peuvent influencer l'adoption et l'utilisation de la méthode.

L'étude révèle que les étudiants français sont moins informés sur la contraception que leurs homologues italiens, les hommes étant principalement ignorants du mode de contraception. L'étude montre également que les étudiants français sont moins enclins à avoir des relations sexuelles avec des hommes, car cela réduit leur plaisir sexuel.

L'étude révèle également que les femmes françaises expriment des réactions négatives à l'égard de la méthode contraceptive féminine, y compris des attitudes négatives à son égard. Ils croient que c'est trop grand, vulgaire et peu esthétique, et craignent de le voir. La méthode contraceptive masculine est perçue comme plus petite, belle et pratique, tandis que les étudiantes la trouvent moins agréable.

Malgré le risque perçu de contamination, les femmes françaises semblent réticentes à adopter la méthode contraceptive. L'étude souligne la nécessité d'une plus grande sensibilisation et éducation sur les méthodes de contraception dans la région.

5. La problématique de la limitation des naissances au sein des populations tchadiennes

La question de la limitation des naissances au sein de populations africaines est un sujet complexe et multidimensionnel qui a suscité l'intérêt de nombreux chercheurs dans le domaine des sciences humaines et sociales. Cette problématique soulève des questions démographiques, sociologiques, économiques, culturelles et politiques qui nécessitent une approche de la science de culture8(*) pour être pleinement comprise.

La compréhension de la problématique de limitation des naissances au Tchad, nécessite la prise en compte du contexte culturel et social.

Selon le Deuxième Recensement Général de la Population et de l'Habitat (RGPHT2) le taux d'accroissement annuel moyen intercensitaire est évalué à 3,6%. Le Tchad fait partie de l'un des pays d'Afrique subsaharienne avec une croissance démographique rapide. Cette croissance rapide de la population tchadienne a un impact significatif sur les défis liés à la planification familiale et à la limitation des naissances.

Plusieurs facteurs influencent la décision des familles tchadiennes de limiter leurs naissances. Parmi ces facteurs, on peut citer les normes culturelles et religieuses, l'accès aux services de santé reproductive, l'éducation des femmes, les conditions socio-économiques, les pressions démographiques et environnementales, ainsi que les politiques publiques en matière de planification familiale.

Des études ont été menées pour analyser la problématique de la limitation des naissances au Tchad. Ces recherches abordent divers aspects tels que les motivations individuelles pour limiter les naissances, les obstacles à l'utilisation des méthodes contraceptives, l'impact socio-économique de la fécondité élevée, les interventions gouvernementales en matière de planification familiale, et les dynamiques familiales et communautés liées à la fécondité.

Ces travaux scientifiques sur ce sujet mettent en lumière l'importance d'une approche holistique qui prend en considération les dimensions culturelles, sociales, économiques et politiques dans la promotion de la planification familiale au Tchad. Ces études soulignent également l'urgence d'améliorer l'accès aux services de santé reproductive, de renforcer l'éducation sexuelle et reproductive, d'impliquer les communautés locales dans les programmes de sensibilisation et d'adapter les politiques publiques aux besoins spécifiques du contexte tchadien.

Nous mettons l'accent sur l'article de Nerade Giscard, (2015) : « La planification familiale au Tchad : les déterminants de sa pratique à partir de la population ngambaye de Ngourkosso ». Paris l'harmatan

Pour lui, la planification familiale a été une grande réponse à la croissance démographique, et a également contribué à l'amélioration des conditions de santé de la mère et de l'enfant. Elle a été perçue de différentes manières en fonction des niveaux d'éducation, des conditions socioéconomiques, des politiques des pays, etc. Au Tchad, en dépit des actions menées, la prévalence contraceptive est de 2,8 % et reste parmi les plus faibles au monde. Il ressort de son analyse que des problèmes d'ordre juridique, religieux, institutionnel, socioéconomique et politique favorisent très peu l'utilisation de la planification familiale moderne au Tchad. In fine, il est noté une relation d'interdépendance indissociable qui existe entre ces facteurs qui déterminent l'utilisation de la planification familiale.

II- PRÉSENTATION DES THÉORIES EXPLICATIVES

Toute recherche qui ambitionne de se hisser à un niveau scientifique doit être menée dans un cadre théorique explicite. Ce cadre théorique permet en effet de préciser le sens donné aux concepts manipulés. Il assure une lisibilité du texte tout en permettant une articulation entre les différentes parties, de manière à faire du travail un ensemble cohérent, permettant ainsi une interprétation pertinente des données recueillies. C'est une des conditions à remplir pour partager les résultats avec la communauté scientifique. (Popper, 1973).

Ainsi les théories explicatives l'interactionnisme symbolique et l'ethnométhodologie nous ont permis de préciser l'objet de notre recherche, et de justifier notre démarche méthodologique.

Ces théories nous ont permis de bien camper notre recherche dans le champ de l'anthropologie interprétative de la santé.

1. L'interactionnisme symbolique

Tout d'abord, l'interactionnisme symbolique met l'accent sur la construction sociale de la réalité à travers des interactions sociales. Dans le contexte de la contraception, cela signifie que la perception et la représentation des méthodes contraceptives ne sont pas des entités figées, mais sont construites par les individus à travers leurs interactions quotidiennes.

En mettant l'accent sur comment les symboles, tels que les mots, les gestes et les comportements, sont interprétés, nous pouvons saisir comment les méthodes contraceptives sont perçues et représentées au sein du peuple Moussey.

1.1. La justification du choix de la théorie interactionniste

Le choix de l'interactionnisme symbolique comme cadre théorique pour étudier la perception et la représentation socioculturelle des méthodes contraceptives modernes au sein de la société Moussey est justifié par plusieurs raisons. La première raison est seule de son approche qui met l'accent sur les échanges sociaux entre les individus au sein d'un groupe ou d'une société, la seconde raison est la ressemblance de notre thème à l'image de ladite théorie.

1.2. La présentation concise de la théorie

L'interactionnisme symbolique est une perspective de compréhension de la société qui s'intéresse à la manière dont les êtres humains créent et interprètent des symboles pour donner un sens à leur environnement social et comment ils créent des significations partagées à travers leurs interactions quotidiennes. Selon cette approche, la signification des choses n'est pas donnée a priori, mais émerge de l'interaction entre les individus.

L'interactionnisme symbolique est un courant qui s'est développé dans le champ de la sociologie pour comprendre la société du point de vue de l'interaction des individus. Le concept d'interactionnisme symbolique désigne l'unité minimale des échanges sociaux ou situation ouchacun de membre d'un groupe joue, agit, se comporte en fonction de l'autre. L'interaction est ainsi une microstructure non préétablie mais formée à l'instant T de l'interface et donc le présupposée est donc le partages des significations dans les situations particulières. Blumer Hubert est le fondateur de cette théorie et a forgé le terme d'interactionnisme symbolique pour souligner ses deux principaux principes de base : premièrement, la société est un réseau d'interactions entre les individus ; deuxièmement, les individus agissent sur les choses en fonction des significations qu'ils leur donnent et ils utilisent ces significations, ces symboles dans leurs interactions, ou plus exactement, ces symboles sont produits par l'interaction. Ainsi, les structures sanitaires qui offrent les contraceptions modernes et la culture sont vues comme le produit des interactions.

En outre pour cette théorie, On essaie d'y comprendre les motivations des actions des acteurs en mettant l'accent sur les explications. Ce courant s'inscrit dans une approche qualitative pour laquelle l'observation directe est prioritaire. Cependant, Nous avons porté notre choix sur cette théorie parce que notre thème reflet à son image. En plus, quand nous lisons notre thème les perceptions et les représentations des méthodes contraceptives modernes au Tchad : le cas du peuple Moussey nous pouvons recourir à cette théorie interactionniste symbolique et de la théorie de l'ethnométhodologie pour mener à bien notre recherche. C'est le lieu pour nous de présenter les grands axes de chacune de ces théories à l'avantage de notre présent thème.

L'approche l'interactionniste symbolique se voulait aussi comme étant différente du fonctionnalisme et de l'approche quantitative, elle est née dans le champ de la sociologie américaine plus anciennement au sein de l'école de Chicago et plus récemment du model théâtrale d'Erving Goffman. Pour les partisans de cette théorie, l'apprentissage des symboles à lieu lors de la socialisation « Le monde social est constamment créé et recréé par les interactions à travers des interprétations mutuelles suscitant un ajustement des acteurs les uns par rapport aux autres » Le Breton, (2012).

De plus, nous nous sommes inspirés des principes fondateurs de la démarche interactionniste pour conduire notre recherche. Selon H. Blumer (1937), les humains agissent à l'égard des choses en fonction du sens que les choses ont pour eux. Ce sens provient des interactions de chacun avec autrui. C'est dans un processus d'interprétation mis en oeuvre par chacun dans le traitement des objets rencontrés que ce sens est manipulé ou modifié H. Blumer (1937) cité par Mbonji Edenguèlè (2005) : l'ethno-perspective ou la méthode du discours de l'ethno-anthropologie culturelle Presse universitaire de Yaoundé page 23. Les chefs de file de cette théorie se sont intéressés beaucoup plus à l'analyse des hôpitaux. Ceux-ci considèrent les représentations comme un autre fondement de l'interactionnisme. E. Goffman, (1961) a étudié les interactions entre malades et personnels soignants dans un asile. Il en ressort que les handicapés développent des adaptations secondaires pour échapper aux normes préétablies en tissant des relations entre eux. Il définit en fin l'interaction comme étant « l'influence réciproque que les partenaires exercent sur leurs actions respectives lorsqu'ils sont en présence physique immédiate ».

L'interactionnisme symbolique met également l'accent sur le rôle de la communication dans la construction de la réalité sociale, ainsi que sur la façon concepts tels que le soi et l'identité sont façonnés par les interactions sociales.

L'interactionnisme symbolique est une théorie sociologique et anthropologique qui se concentre sur l'étude de la manière dont les individus créent et interprètent des symboles pour développer leur réalité sociale. En anthropologie, cette théorie est connue sous le nom d'anthropologie interactionniste symbolique ou d'anthropologie symbolique. Elle est apparue comme une perspective théorique importante au milieu du XXe siècle, principalement grâce aux travaux de chercheurs tels qu'Erving Goffman, Victor Turner et Clifford Geertz.

1.3. La présentation des éléments clés de la théorie que nous avons mobilisée

- Symboles : au coeur de l'interactionnisme symbolique se trouve le concept de symboles. Les symboles sont des objets, des gestes, des mots ou des images qui portent des significations partagées au sein d'une culture ou d'une société particulière. Ces symboles sont utilisés par les individus pour communiquer entre eux et construire leur réalité sociale.

- Signification : les interactionnistes symboliques soulignent l'importance du sens dans le comportement humain. Ils soutiennent que les individus agissent en fonction des significations qu'ils attribuent aux objets, aux événements et aux interactions. Ces significations ne sont pas inhérentes mais sont socialement construites à travers la communication et l'interaction avec les autres.

- Interaction : un autre concept clé est l'interaction, qui fait référence au processus par lequel les individus s'engagent les uns avec les autres dans des situations sociales. Les interactionnistes symboliques se concentrent sur la manière dont ces interactions façonnent les identités, les rôles et les relations individuelles au sein de la société.

- Soi et société : l'interactionnisme symbolique met en évidence l'interdépendance entre soi et la société. Selon cette perspective, les individus développent une estime de soi grâce à leurs interactions avec les autres et en internalisant les normes, valeurs et attentes de la société.

- Théorie des rôles : La théorie des rôles est au coeur de l'interactionnisme symbolique. Cela suggère que les individus jouent divers rôles dans différents contextes sociaux, et que ces rôles sont définis par les attentes et les normes sociétales. Les individus négocient activement ces rôles grâce à leurs interactions avec les autres. Mbonji Edjenguèlé (2005)

1.4. L'opérationnalisation de ladite théorie

L'anthropologie interactionniste symbolique utilise des méthodes de recherche qualitatives telles que l'observation participante, les entretiens et les études ethnographiques pour comprendre comment les individus utilisent des symboles pour construire un sens dans leurs interactions sociales. Les chercheurs s'immergent dans le contexte culturel qu'ils étudient pour mieux comprendre comment les symboles façonnent la vie sociale.

L'anthropologie interactionniste symbolique a été appliquée dans diverses études anthropologiques dans différentes cultures et sociétés. Les chercheurs utilisent ce cadre théorique pour explorer des sujets tels que les rituels, la langue, la formation de l'identité, les systèmes de parenté, les dynamiques de pouvoir et les inégalités sociales d'un point de vue symbolique.

En conclusion, l'anthropologie interactionniste symbolique offre une perspective précieuse à travers laquelle les anthropologues peuvent analyser la manière dont les individus créent du sens à travers des symboles et des interactions au sein de leurs mondes sociaux.

2. L'ethnométhodologie

2.1. La justification du choix de la théorie de l'ethnométhodologie

L'ethnométhodologie se concentre sur l'étude des méthodes utilisées par les individus pour interpréter et comprendre la réalité sociale. Dans le cadre de cette étude, cela signifie que nous nous sommes intéressés aux pratiques et aux interactions quotidiennes des membres de la communauté Moussey pour comprendre comment ils donnent du sens à la contraception. L'analyse des interactions entre les membres de la communauté, ainsi qu'avec les professionnels de la santé ou les représentants d'organisations, peut nous aider à saisir comment la contraception est perçue et représentée dans leur contexte socioculturel spécifique.

En utilisant ces deux cadres théoriques de manière combinée, nous espérons obtenir une perspective plus complète et approfondie de la perception et de la représentation socioculturelle des méthodes contraceptives modernes au sein de la société Moussey. Ces approches nous ont permis de comprendre comment les individus construisent et interprètent la contraception dans leur réalité socioculturelle spécifique, en tenant compte à la fois des symboles et des pratiques quotidiennes. Ces théories nous ont donné évidemment une meilleure compréhension des facteurs socioculturels qui influencent l'utilisation des méthodes contraceptives au sein de la société Moussey.

2.2. La présentation concise de la théorie

L'ethnométhodologie pour sa part nous a permis de mettre en relief les « ethnométhodes » du peuple Moussey. Les peuples Moussey ont connaissances spécifiques aux techniques de prévention des maladies et à l'espacement des naissances sans dépendre des contraceptifs modernes. Les ethno méthodes sont des us et coutumes sociales intériorisés par les acteurs (Schutz A. ibib.). Cette théorie porte sur les méthodes des acteurs sociaux. Pour agir, ces derniers mettent sur pied des stratégies qui sont tributaires de leurs représentations et de leur savoir culturel. L'ethnométhodologie fait alors partie de la sociologie compréhensive en ceci qu'elle cherche à montrer pourquoi l'individu X va à droite plutôt que d'aller à gauche. Garfinkel H. déclare à ce sujet : « Ethno semble faire allusion au savoir quotidien de la société en tant que connaissance de tout ce qui est à la disposition d'un membre ». (1985. p.46).

L'ethnométhodologie est une approche sociologique qui étudie la manière dont les individus interagissent et construisent du sens dans leur quotidien. Elle a été développée par Harold Garfinkel dans les années 1960 et se distingue des approches traditionnelles de la sociologie en mettant l'accent sur les méthodes utilisées par les individus pour produire et interpréter du sens dans leurs interactions sociales.

L'ethnométhodologie considère que les individus sont des acteurs sociaux actifs qui utilisent des méthodes et des techniques spécifiques pour naviguer dans le monde social. Elle s'intéresse donc à l'étude des "méthodes du sens commun" que les individus emploient pour interpréter les situations sociales, prendre des décisions et agir de manière appropriée dans un contexte donné.

Cette approche met en lumière le caractère ordinaire et routinier des interactions sociales et cherche à dévoiler les processus par lesquels les individus créent et maintiennent un ordre social cohérent. Elle met également en avant l'importance de la subjectivité et de l'interprétation dans la construction du sens social.

Pour votre mémoire, vous pourriez explorer comment l'ethnométhodologie peut être appliquée à l'étude d'un phénomène social spécifique, en analysant les méthodes employées par les individus pour interagir, négocier et construire du sens dans ce contexte particulier. Vous pourriez également vous pencher sur les implications de cette approche pour la compréhension des interactions sociales et pour la recherche sociologique en général.

2.3. La présentation des éléments clés de la théorie que nous avions mobilisée

Pour étudier la perception et la représentation des méthodes contraceptives à travers le prisme de l'ethnométhodologie, nous avons pris en compte quelques éléments clés de la théorie ethnométhodologie pour élucider notre étude.

- Analyse des interactions sociales : L'ethnométhodologie s'intéresse principalement aux interactions sociales quotidiennes et à la manière dont les individus naviguent dans ces interactions en utilisant des méthodes et des pratiques spécifiques. En étudiant comment les le peuple Moussey discutent, prennent des décisions et agissent concernant les méthodes contraceptives, nous avions mis en lumière les processus par lesquels les normes, les croyances et les connaissances sont construites et partagées.

- Prise en compte du sens commun : l'ethnométhodologie met l'accent sur le sens commun, c'est-à-dire les connaissances tacites et les conventions partagées qui guident les actions des individus. En étudiant la perception des méthodes contraceptives, il était important pour nous de prendre en compte les croyances, les attitudes et les représentations sociales des peuples Moussey qui influent sur les décisions individuelles en matière de contraception.

- Exploration des processus de construction sociale de la réalité : l'ethnométhodologie souligne que la réalité sociale est activement construite par les individus à travers leurs interactions quotidiennes. En analysant comment les méthodes contraceptives sont perçues, choisies et utilisées, nous avons pu également mettre en lumière les processus par lesquels les individus construisent et négocient leur propre réalité sociale en matière de contraception.

- Approche qualitative et microsocio-Anthropologique : l'ethnométhodologie se concentre sur une analyse détaillée des interactions sociales, culturelles et des pratiques ordinaires des individus. Pour étudier la perception et la représentation des méthodes contraceptives, nous avons envisagé des méthodes de recherche qualitative telles que les entretiens, l'observation directe et l'analyse de documents pour recueillir des données riches et contextualisées.

En combinant ces éléments clés de l'ethnométhodologie avec une analyse spécifique de la perception et de la représentation des méthodes contraceptives modernes dans le contexte Moussey, cela nous a permis de déconstruire les réalités sociales et culturelles.

2.4. L'opérationnalisation de ladite théorie

L'opérationnalisation de la théorie ethnométhodologie pour l'étude des méthodes contraceptives implique de traduire les concepts et principes clés de cette approche socio-Anthologique en méthodes de recherche spécifiques pour examiner la perception et l'utilisation des contraceptifs dans les interactions sociales quotidiennes.

Observation des interactions sociales : la théorie de l'ethnométhodologie nous permis de construire notre méthode par des techniques d'observation directe pour étudier comment les individus discutent de la contraception, prennent des décisions concernant son utilisation et interagissent autour de ce sujet dans leur quotidien. Nous nous sommes intéressés des schémas d'interaction, les rôles sociaux et les normes qui émergent lors de ces échanges.

En plus, le choix de cette théorie nous a conditionné d'utiliser les outils de la recherche qualitative tel que : les entretiens semi-structurés, les récits de vie, les focus groupe discussion, avec les populations locales pour explorer en profondeur leurs perceptions, croyances et expériences en matière de méthodes contraceptives. Nous avons utilisé les questions ouvertes pour permettre aux participants d'exprimer leurs points de vue de manière authentique et révélatrice.

En outre le choix de la théorie ethnométhodologie nous a poussé à orienter l'analyse de nos données transcrites vers l'analyse de discours pour examiner comment les discussions sur la contraception sont construites et interprétées dans les interactions sociales. A travers l'analyse de discours nous avons pu identifiez les motifs de langage, les cadres interprétatifs et les significations partagées qui émergent lors de ces échanges.

La mise en application de la théorie ethnométhodologie nous a permis de recueillir des données riches et détaillées sur la perception et la représentation des méthodes contraceptives modernes dans les interactions sociales quotidiennes de peuple Moussey.

III- CADRE CONCEPTUEL

Selon qu'on le nomme carte conceptuelle Novak & Gowin, (1984), le cadre conceptuel ou diagramme interprétatif Strauss, (1995), est un outil pour développer une théorie dans le but de la rendre plus explicite. Il renvoie à : « une manière d'exprimer ce que nous pensons de ce qui se passe avec les phénomènes que nous étudions. Le cadre conceptuel est un essai de théorisation de ce qui se produit et des raisons pour lesquelles cela se produit » Maxwell, (2009). Le cadre conceptuel comme la théorie qu'elle représente, est une image du territoire que nous voulons étudier et non de l'étude elle-même. Il s'agit pour ainsi dire d'une visualisation de notre théorisation en cours, une image de ce que nous pensons à propos du phénomène que nous étudions. Un cadre conceptuel se compose de deux éléments notamment les concepts et les relations entre ceux-ci, usuellement représentés, respectivement par des cercles et des flèches les reliant Maxwell, (2009) p.56.

1. Culture

La culture peut d'abord se comprendre comme ce qui s'oppose à la nature. Elle est ce qui s'oppose à la nature. L'homme a en lui : l'héritage biologique qui se fait indépendamment de l'homme et l'héritage culturel qui signifie une activité d'apprentissage. La culture englobe les arts et les lettres, les modes de vies, les droits fondamentaux de l'être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances. Ralph Linton, (1945)

La culture joue un rôle prépondérant dans la façon dont les individus perçoivent et parlent des méthodes contraceptives. La culture influence les croyances et les taboues autour de la sexualité et de la reproduction, ainsi que les attitudes envers la contraception. Elle façonne les normes sociales et les attentes en matière de fécondité et de planification familiale.

2. Fécondité

La fécondité est l'attitude de l'être vivant à se reproduire. Les méthodes contraceptives modernes sont perçues par la population Moussey de manière différente en termes de leur impact sur la fécondité. Les femmes qui utilisent des contraceptifs modernes sont stigmatisées et marginalisées au sein de la communauté en raison de leur choix de contrôler de la fécondité.

Le concept de fécondité joue un rôle central dans la compréhension des perceptions et représentations des méthodes contraceptives modernes au sein de la communauté Moussey. En explorant ce concept, nous étions en aptes de mieux comprendre les dynamiques culturelles et sociétales qui influencent les choix en matière des contraceptions modernes et de la santé reproductive au Tchad.

3. Procréation

Le concept de « Procréation Médicalement Assistée » (PMA) fait référence aux techniques médicales utilisées pour aider les couples infertiles à avoir un enfant. La PMA implique la manipulation d'un ovule et/ou de spermatozoïdes pour favoriser la grossesse, permettant ainsi aux couples de surmonter certaines difficultés de conception sans nécessairement aborder la cause de l'infertilité. Ce domaine de la médecine soulève des questions complexes sur les normes culturelles et sociales liées à la reproduction ainsi que sur les implications éthiques et morales de l'utilisation des technologies médicales pour la conception.

Certains anthropologues soutiennent que la PMA peut remettre en question les normes culturelles traditionnelles liées à la famille, à la parentalité et à la reproduction. Par exemple, dans certaines cultures, la stérilisation est perçue comme une punition divine, entraînant une stigmatisation et une discrimination sociale pour les couples ayant des difficultés de conception.

Dans le contexte tchadien, le concept de procréation est considéré comme un aspect crucial de leur vie sociale et culturelle, influençant leur perception des méthodes contraceptives modernes. Les croyances et les normes sociales associées à la procréation influencent la manière dont les Moussey perçoivent ces méthodes.

4. Méthodes contraceptives modernes

Les méthodes contraceptives sont définies par l' Organisation mondiale de la santé comme étant « l'utilisation d'agents, de dispositifs, de méthodes ou de procédures pour diminuer la probabilité de  fécondation ou l'éviter ».

Selon l'OMS, en 2021, sur 1,9 milliard de femmes en âge de procréer (15-49 ans) dans le monde, 1,1 milliard avaient besoin de services de planification familiale ; parmi celles-ci, 874 millions utilisaient des méthodes de contraception modernes, et 164 millions n'avaient pas accès à la contraception dont elles ont besoin.

La proportion des femmes en âge de procréer qui utilisent des méthodes modernes de planification familiale est restée faible depuis l'année 2015 et 2022. Mais, cette proportion est passée de 52 % à 58 % en Afrique subsaharienne.

Au Tchad, on note par ailleurs que 2,8% des femmes en union utilisent les méthodes contraceptives s, dont seulement 1,6% pour les méthodes modernes. Ministère de la Santé publique du Tchad : « stratégie nationale pour la communication de la santé de reproduction » octobre 2012. Cette faible utilisation augmente les risques liés à la maternité et expliquent en partie les taux de morbidité et de mortalité observés.

Parlant des besoins non satisfaits au niveau tchadien en matière de planification familiale ils sont de 23%, huit fois plus importants que les besoins actuellement couverts. Si les besoins non satisfaits étaient couverts, la prévalence contraceptive pourrait atteindre 26% (demande potentielle) chez les femmes en union, c'est-à-dire 9 fois le taux actuel. MSPTchad.(2012).

Les méthodes contraceptives modernes protègent les femmes, en particulier les adolescentes, des risques que peuvent présenter les grossesses pour leur santé et, s'agissant de l'espacement des naissances, le taux de mortalité chez les enfants nés moins de deux ans après leur aîné est supérieur de 60 % à celui enregistré lorsque les naissances sont espacées de 3 ans ou plus (4), et de 10 % supérieur chez les enfants nés après un intervalle de 2 à 3 ans.

La contraception offre tout un éventail d'avantages potentiels dans d'autres domaines que la santé, qui vont de possibilités élargies d'éducation et d'autonomisation des femmes à une croissance démographique durable et au développement économique des pays.

Les différentes méthodes contraceptivesmodernes disponibles dans les structures sanitaires en pays Moussey lors de notre enquête sont notamment les pilules contraceptives orales, les implants, les contraceptifs injectables, les dispositifs intra-utérins, les préservatifs, la stérilisation masculine ou féminine, la vasectomie, la ligature des trompes et la connaissance des périodes de fertilité. Ces méthodes ont différents mécanismes d'action et leur efficacité préventive contre une grossesse non désirée varie.

5. Méthodes contraceptives endogènes

Les méthodes contraceptives dites traditionnelles sont des méthodes de contrôle des naissances qui ne nécessitent ni produits chimiques ni dispositifs médicaux. Ils sont basés sur des pratiques culturelles transmises de génération en génération et visent à prévenir la conception. Ces méthodes contraceptives endogènes en milieu Moussey incluent notamment : l'utilisation des plantes médicinales ou de remèdes naturels, des croyances culturelles et religieuses, l'abstinence périodique, le coït interrompu, l'évitement des relations sexuelles pendant l'ovulation, la surveillance des signes de fertilité. Bien qu'ils ne soient pas aussi trop connus que les méthodes contraceptives modernes, ils sont largement utilisés par la population rurale Moussey pour éviter la grossesse. Les méthodes contraceptives traditionnelles en milieu Moussey sont basées sur des techniques traditionnelles et l'utilisation des plantes et herbes médicinales telles que les caïcédras sénégalaisis, le citron, la papaye, le Jatropha, le thé et bien d'autres. Certains marabouts Moussey utilisent des grigris pour éviter la grossesse.

6. Accessibilité aux méthodes contraceptives modernes

L'accessibilité aux méthodes contraceptives modernes fait référence à la facilité avec laquelle les individus peuvent obtenir et utiliser les contraceptifs disponibles pour prévenir les grossesses non désirées. Cela inclut la disponibilité géographique des services de santé reproductive, des contraceptifs abordables, des informations et de l'éducation sur les méthodes disponibles, ainsi que l'absence de barrières culturelles ou sociales qui pourraient entraver l'accès. L'accessibilité est essentielle pour que les individus puissent planifier leur famille et prendre des décisions en matière de santé reproductive.

En plus cela nous pousse à mettre un accent particulier sur la notion du dividende démographique qui fait référence à la croissance économique potentielle, qui peut être considérée comme les changements résultants dans la structure par âge d'une population, suite à une diminution de la natalité et de la mortalité. Pendant cette phase, la fertilité diminue en raison des avancées en matière de planification familiale, tandis que la population en âge de travailler augmente et que la population dépendante diminue. Les interventions publiques dans l'éducation, l'emploi et la santé, en particulier la santé reproductive, sont nécessaires pour tirer parti de ce dividende démographique.

Au Tchad, la loi N°006/PR/2002 promouvant la santé reproductive reconnaît le droit des couples et des individus de choisir librement la taille de leur famille. La connaissance des méthodes contraceptives modernes, y compris des méthodes contraceptives culturelles, est une condition préalable à la demande de contraception. Près de 4 hommes et 3 femmes au Tchad sont informés des méthodes contraceptives, avec plus de personnes dans les zones urbaines que dans les zones rurales. De plus, la connaissance des méthodes contraceptives est plus limitée chez les personnes non instruites.

Les principaux canaux de sensibilisation au Tchad sont la radio, la télévision et les journaux, mais moins de 20 % des hommes et 34 % des femmes sont informés par ces canaux. La plupart des gens sont informés par le bouche-à-oreille ou dans les structures de santé, ce qui soulève des questions sur leur efficacité. La radio n'est pas accessible à la plupart des foyers, et la lecture de journaux n'est pas répandue dans la culture tchadienne. Le téléphone mobile et l'internet sont eux aussi très limités. Les sources d'approbation jouent également un rôle significatif dans la demande de contraception, car elles affectent la disponibilité des méthodes contraceptives. Au Tchad, les ménages s'appuient principalement sur des méthodes modernes provenant des institutions médicales publiques et des secteurs privés non médicaux tels que les boutiques, les bars et les marchés.

7. Perceptions des méthodes contraceptives modernes

La perception des méthodes contraceptives modernes pour sa part est la manière dont les individus perçoivent et évaluent les différentes formes des contraceptions disponibles dans leurs environnements. La perception des méthodes contraceptives modernes varie en fonction de nombreux facteurs tels que les croyances culturelles, religieuses, les connaissances médicales et les expériences individuelles.

Chez les Moussey, certains individus perçoivent les méthodes contraceptives modernes comme étant efficaces, pratiques et nécessaires pour contrôler leur fertilité et prévenir une grossesse non désirée. D'autres par contre ont des préjugés sur ces méthodes, ce qui les dissuadent de les utiliser.

Vue cette contradiction de compréhension sur les méthodes contraceptives modernes dans les sociétés tchadiennes en générale et dans la société Moussey en particulier, il était important pour nous lors de notre présente étude de comprendre et de prendre en compte la perception culturelle des méthodes contraceptives modernes. Car, elle peut influencer la décision d'une personne à utiliser ou non une méthode contraceptive. Une perception positive et une bonne connaissance des méthodes contraceptives peuvent encourager leur utilisation et contribuer à une planification familiale efficace et adaptée aux besoins individuels.

CONCLUSION PARTIELLE

À la fin de ce chapitre consacré à l'analyse de la littérature, comprenant le cadre théorique et conceptuel, nous avons examiné plusieurs travaux précédents qui traitent de notre sujet. De plus, nous avons utilisé la théorie interactionniste symbolique et la théorie de l'ethnométhodologie pour analyser et interpréter nos données de terrain dans le domaine de l'Anthropologie. Nous avons également identifié les motifs derrière les décisions de nos cadres théoriques. Les raisons profondes résultent de la similitude de notre objet d'étude avec ces diverses théories explicatives.

En fin, ce chapitre nous a donné l'occasion d'exposer les concepts essentiels de notre sujet de mémoire.

* 8Science de culture fait référence à la discipline anthropologie

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"En amour, en art, en politique, il faut nous arranger pour que notre légèreté pèse lourd dans la balance."   Sacha Guitry