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Quel impact a eu l'émergence de la trap sur les autres genres musicaux et sur l'industrie musicale ? et dans quelle mesure cette émergence musicale a-t-elle influencé les dynamiques sociales, tant aux états-unis qu'à  l'échelle mondiale ?


par Léo Lataupe
ESRA - Licence 2026
  

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3.2 Le rôle de la femme dans la trap : entre sexisme et émancipation

Depuis plusieurs décennies, le rap, et particulièrement la Trap, est une forme
d'expression socio-culturelle qui permet aux artistes de transmettre des messages,
de prendre la parole d'une manière plus artistique et transformée que de simples
mots. Cependant, cette liberté artistique permet également d'exprimer des pensées
négatives, des critiques, des remarques rabaissantes, particulièrement à l'encontre
des femmes. En effet, dans de nombreux morceaux, la femme est décrite de façon
tranchante, violente, réduite au stade d'objet qu'on utilise à des fins de
consommation sexuelle éphémère.
Par exemple, le rappeur aux millions d'écoutes Travis Scott décrit, dans sa chanson
très populaire « Stargazing », des femmes reléguées à l'arrière-plan de sa propre
mise en scène, simples accessoires de sa réussite, tandis qu'il savoure sa position
de domination, entre alcool et sentiment de toute-puissance. Ici, la femme est décrite
de façon violente comme un accessoire, rien de plus qu'un faire-valoir pour l'égo du
rappeur. Gucci Mane, dans son titre « Wasted », va plus loin encore, se comparant
lui-même à un animal qu'il faudrait tenir en laisse, tout en réduisant la femme qu'il
évoque à un simple objet de conquête nocturne, ramenée chez lui sans le moindre
égard pour son identité propre. À travers ces deux exemples, choisis parmi des
milliers d'autres, nous pouvons constater que les propos sont insultants,
déshumanisants, et que les femmes sont même parfois comparées à des animaux.
Tous ces choix de paroles relèvent de l'hyper-masculinité, un concept très
représenté dans l'univers de la Trap. Il désigne l'idée d'évaluer un homme selon le
nombre de ses conquêtes sexuelles, de dominer les femmes par la force physique et
les paroles violentes, de rejeter tout signe de tristesse, de tendresse, ces derniers
étant associés à de la vulnérabilité. Au-delà des textes, ces propos dégradants à
l'encontre de la femme s'illustrent également de manière visuelle dans les clips
vidéo. Bien souvent, les clips mettent en scène des femmes sans identité propre ou
rôle attribué. Elles sont exhibées comme des trophées, au même titre que des belles
voitures ou des liasses de billets. Leur place est figurative, elles sont dénudées,
dansent de façon vulgaire autour de l'artiste, ce qui renforce l'égo et matérialise la
puissance sexuelle du chanteur.
Pourtant, la trap ne peut être réduite à cette seule facette sexiste. Elle constitue en
réalité les deux faces d'une même pièce : d'un côté, un espace où la femme est
rabaissée et déshumanisée par les textes et les images, de l'autre, un terrain que
certaines artistes ont su retourner à leur avantage pour en faire un véritable outil
d'émancipation. En effet, depuis plusieurs années, les rappeuses assumées font leur
apparition et s'emparent de ces codes pour en faire une véritable marque de
fabrique. Les rapports de force sont inversés, elles assument pleinement ce côté

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vulgaire et provocateur, loin de la honte et de la soumission, elles s'imposent dans
un milieu pourtant très masculin.
Nicki Minaj est la véritable pionnière à avoir assumé et revendiqué ce style
dominateur et arrogant dans la trap, inversant ainsi les rapports de force. Dans les
années 2010, elle a été une des premières à s'imposer légitimement aux côtés des
hommes. À l'époque où personne ne la connaissait encore, en 2008, elle chante déjà
dans son titre « Jump Off » son propre pouvoir de séduction, allant jusqu'à affirmer
qu'un homme serait prêt à dépenser tout son salaire pour elle. En chantant ces
paroles dès ses débuts dans l'industrie du rap et de la trap, elle prouve qu'elle ose
imposer ses propres règles et qu'elle ne cédera jamais sous la pression misogyne de
ses concurrents.
L'ascension progressive de Nicki Minaj jusqu'au sommet a permis, au fil des années,
à une nouvelle génération d'artistes féminines de s'affirmer. Quelques années plus
tard, Cardi B, ancienne strip-teaseuse, s'est-elle aussi faite connaître mondialement,
principalement grâce à son titre « Bodak Yellow ». Sa personnalité, authentique,
brute et sans filtre, a su charmer le grand public et la propulser aux côtés de Nicki
Minaj en tant que figures incontournables. Les deux femmes ont d'ailleurs souvent
été comparées, mises en compétition par les auditeurs et les médias. Pendant de
nombreuses années, Nicki Minaj était la seule femme à occuper cette place de
rappeuse qui ose, qui casse les codes. L'arrivée de Cardi B a totalement bousculé
cette dynamique et a obligé les deux femmes à régner sur le même terrain. Cette
rivalité a été alimentée par le nombre de ventes et d'écoutes, leurs physiques ou
encore leurs clips. Cela démontre le sexisme de l'industrie, qui ne semble pouvoir
laisser la place qu'à une seule artiste au sommet du rap féminin.
Plus récemment, une nouvelle génération d'artistes féminines est apparue sur les
scènes du grand public, à l'image d'Ice Spice en 2022, connue pour son caractère
provocateur et nonchalant, ou encore de GloRilla, qui revendique son indépendance
et son célibat. Dans leurs clips vidéo, toutes ces artistes sont loin d'être passives.
Elles mettent en scène leur arrogance, leur pouvoir, et s'hypersexualisent de façon
volontaire. Dans ce cas précis, l'hypersexualisation des chanteuses s'apparente à
une vision positive : elles montrent leurs corps et parlent de sexe non pas pour faire
plaisir et répondre aux attentes des hommes, mais davantage pour montrer qu'elles
assument avoir des désirs. Elles portent des tenues légères, parfois des sous-
vêtements, et dansent de façon sensuelle. Dans les clips vidéo, elles n'hésitent pas à
exposer leurs liasses de billets, leurs voitures de luxe, tout comme le font
habituellement les hommes dans la Trap traditionnel. Les stéréotypes sont renversés
et constituent une façon symbolique de montrer leur propre indépendance et leur
domination.
Néanmoins, cette sexualité assumée, ces mises en scène de réussite et de richesse,
ne sont pas du tout accueillies de la même manière selon le genre de l'artiste. Quand
c'est un rappeur, cela est un signe de virilité, de pouvoir, de domination. Lorsque
c'est une rappeuse, elle est rapidement qualifiée de « vulgaire ». Cette différence de
jugement montre qu'il existe un double standard et qu'il y a des attentes particulières
que la société projette sur les femmes.
En 2020, Cardi B et Megan Thee Stallion ont sorti « WAP », un titre qui illustre
parfaitement cette dynamique. Dans les paroles, les chanteuses parlent de façon très
crue et libérée de leurs désirs et de leurs préférences sexuelles. Dans leur clip vidéo,
elles font des gestes obscènes, dansent de manière suggestive en sous-vêtements

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ou tenues très légères devant des décors extravagants. Dès sa sortie, le titre a
provoqué une énorme polémique, notamment chez les politiciens et les
conservateurs américains. Selon James P. Bradley, candidat au Congrès américain,
ou encore Ben Shapiro, figure politique conservatrice, le morceau « détruisait la
société ». Pour eux, ce morceau est toxique pour les jeunes filles et les
adolescentes, car il pourrait leur faire croire que s'hypersexualiser est la seule clé de
la réussite. Ben Shapiro a notamment affirmé que ce n'était plus de l'indépendance
féminine mais simplement de la vulgarité, allant jusqu'à qualifier le morceau
d'extrêmement rabaissant. James P. Bradley a, lui, évoqué que ce genre de chanson
est ce qui arrive quand les enfants sont élevés sans Dieu et sans une forte figure
paternelle. Cette chanson est vue comme une attaque directe contre les valeurs
familiales et la morale. Ben Shapiro a même lu les paroles de la chanson à la
télévision américaine pour les critiquer, ce qui a provoqué un énorme buzz sur les
réseaux sociaux. Cela a totalement dépassé le cadre de la musique pour devenir un
vrai débat politique qui dénature le concept d'émancipation féminine.
Pourtant, le rappeur américain mondialement connu Snoop Dogg a lui aussi sorti des
morceaux aux paroles très crues, comme « Sexual Eruption ». Il est aujourd'hui
adoré de tous et a même commenté les Jeux Olympiques à la télévision. Plus
récemment, le chanteur Ty Dolla $ign a chanté « Or Nah », repris plus tard avec The
Weeknd, un morceau dont le texte est qualifié de crudité sexuelle absolue. La
chanson repose sur une conversation avec une femme à qui l'on demande si elle est
prête à accomplir différentes pratiques sexuelles. Le titre a été adoré par le public,
jugé « sexy. Le morceau cumule des centaines de millions de vues et des millions
d'écoutes. Pourtant, aucun homme politique ou conservateur n'a été indigné ou
choqué par les propos du titre. L'image de l'homme n'a pas été salie.
Ces deux exemples de chansons, l'un interprété par des femmes (WAP) et l'autre par
des hommes (Or Nah), montrent que le jugement est altéré selon le genre de
l'artiste. Les morceaux parlent tous deux de sexe, de relations éphémères dominées
par le désir, pourtant, l'un accepté par le public, l'autre est pointé du doigt par les
figures politiques, jugé de vulgaire et de toxique pour la société.
Cette différence de traitement entre les artistes masculins et féminins n'est qu'une
suite logique de la société américaine voir, mondiale. En effet, depuis toujours,
l'inconscient collectif exige d'une femme qu'elle incarne la douceur, la discrétion,
l'élégance et la passivité, notamment sur son corps et sa sexualité. Elle doit être
courtisée et, au contraire, ne pas exiger quelque chose d'un homme. La société
moderne accepte que les femmes réussissent, mais à plusieurs conditions : elle doit
être polie, lisse. Au contraire, un homme a historiquement la place de celui qui
chasse, qui possède le pouvoir et prend les décisions, il accumule les conquêtes
pour prouver sa virilité et sa valeur auprès des autres. Il est celui qui domine. La
différence de jugement entre ces morceaux montre que la société ne juge pas tout le
monde de la même manière. Ce ne sont pas forcément les mots ou le visuel qui
dérangent, ce sont surtout les personnes qui les prononcent. Les textes crus et «
vulgaires » sont acceptés quand cela vient de la part d'un homme, parce que ça colle
à l'image traditionnelle que l'on a de lui. Quant aux femmes, ici Cardi B et Megan
Thee Stallion, le fait qu'elles s'approprient cette vulgarité dérange, car ce n'est pas «
juste » du rap, ce sont de vrais rôles prédéfinis qui s'inversent finalement et des
codes qui sont bousculés. Elles prennent le pouvoir dans un milieu pourtant très
masculin, sans honte ni gêne, sans attendre de quiconque la permission. Elles

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rappellent qu'elles disposent du plein pouvoir sur leur corps et qu'elles prennent leurs
propres décisions.
Il existe bel et bien un double standard dans la trap, et dans la musique en général.
Les dynamiques sociales entre les hommes et les femmes, malgré les progrès de
notre époque, restent différenciées. Et c'est précisément cette tension permanente
entre ces deux visages de la trap, celui qui rabaisse et celui qui émancipe, qui rend
ce genre musical si révélateur des rapports de force entre les sexes dans notre
société. Le rap féminin dérange parce qu'il rappelle que l'égalité ne sera réelle que le
jour où une femme n'aura pas à s'excuser d'être aussi crue, arrogante et puissante
qu'un homme.

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"En amour, en art, en politique, il faut nous arranger pour que notre légèreté pèse lourd dans la balance."   Sacha Guitry