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L'aventure scripturale au coeur de l'autofiction dans Kiffe kiffe demain de Faiza Guène

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par Nadia BOUHADID
Université Mentouri, Constantine - Magistère en science des textes littéraires 2008
  

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L'intitulé générique

Dans les premiers exemplaires (rappelons-le toujours), rien n'a été mentionné à propos de l'appartenance générique de l'oeuvre. Ce silence à la fois de l'auteur et de l'éditeur est sûrement significatif. Ils auraient voulu laisser au lecteur le soin de juger : le texte, le talent de l'auteur et de ce fait pouvoir lui choisir un classement selon les pertinences de chaque lecteur. Cependant, l'éditeur s'est prononcé sur cette appartenance en mentionnant Kiffe kiffe demain comme roman dans la quatrième de couverture :

"Kiffe kiffe demain est d'abord une voix, celle d'une enfant des quartiers. Un roman plein de sève et d'humour."

Approche titrologique

Nous estimons que le titre est l'élément le plus important de cet ensemble paratextuel, car c'est le premier signe que l'oeil du lecteur embrasse avant tout autre chose. Autrement dit, le titre intervient comme intermédiaire entre l'oeuvre et le lecteur. C'est pour cela que nous lui avons réservé une place importante dans cette approche.

1. Définition et fonctions des titres

L'étude des titres ou la titrologie1 s'est imposée depuis un certain nombre d'années comme un outil très important dans l'approche des oeuvres littéraires. Un titre est d'abord "ce signe par lequel le livre s'ouvre : la question romanesque se trouve dès lors posée, l'horizon de lecture désigné, la réponse promise. Dès le titre l'ignorance et l'exigence de son résorbement simultanément s'imposent. L'activité de lecture, ce désir de savoir ce qui se désigne dès l'abord comme manque à savoir et possibilité de le connaître (donc avec intérêt), est lancée."2

1 Léo H. Hoek, La marque du titre : dispositifs sémiotiques d'une pratique textuelle, Paris, Mouton, 1981 .Cité par J-P Goldenstein, Entrées en littérature, Paris, Hachette, 1990, p.68.

2 Grivel, Charles, Production de l'intérêt romanesque, Paris-La Haye, Mouton, 1973, p. 173.

Occupant ainsi une place indéniable dans le péritexte1, le titre joue un rôle très important dans la relation du lecteur au texte. En effet, dans l'absence d'une connaissance précise de l'auteur, c'est souvent en fonction du titre qu'on choisira de lire ou non un roman.

L'auteure de Kiffe kiffe demain est justement l'une de ces jeunes auteurs quasi- inconnus qui se sont imposés dans le monde littéraire grâce à leurs productions originales. En effet, Faiza Guène est un nom qui n'a vu le jour qu'en 2004, date de publication de son premier roman. Cela dit, le titre Kiffe kiffe demain était la seule chose qui pouvait solliciter l'intérêt d'un lecteur. Nous tenterons de découvrir ce que ce titre a d'aussi exceptionnel pour valoir une renommée internationale à sa jeune auteure d'à peine dix-neuf ans. L'impact de ce titre sur le lecteur serait-il dû au fait qu'il soit surprenant? Fascinant? Choquant? Ou enchanteur?

"Le titre est souvent choisi en fonction d'une attente supposée du public, pour les raisons de "marketing"(...) il se produit un feed-back idéologique entre le titre et le public"2. Ainsi, pour qu'un titre "accroche" il doit jouer auprès du lecteur le rôle d'un séducteur et fonctionner de fait comme un texte publicitaire. Claude Duchet définit le titre ainsi :

Le titre est " un message codé en situation de marché : il résulte de la rencontre d'un énoncé romanesque et d'un énoncé publicitaire ; en lui se croisent nécessairement littérarité et socialité : il parle de l'oeuvre en termes de discours social mais le discours social en terme de roman.3 »

1 Genette distingue deux sortes de paratextes : le paratexte situé à l'intérieur du texte (titre, préface, titres de chapitre, table de matière) auquel il donne le nom de péritexte, et le paratexte situé à l'extérieur du livre (entretiens, correspondance, journaux intimes) qu'il nomme épitexte. cette notion de « péritexte » est introduite par Gérard Genette dans Palimpsestes, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Poétique », 1982, puis développée dans Seuils, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Poétique », 1987, p. 8-9.

2 Mitterand, Henri, Les titres des romans de Guy des Cars, in Duchet, C., Sociocritique, Nathan, 1979, p92.

3 Duchet, Claude, «Eléments de titrologie romanesque», in LITTERATURE n° 12, décembre1973.

Nous expliciterons les différents aspects par lesquels le titre de notre jeune auteure rend compte de cette rencontre de littérarité1 et socialité.

Se souciant de répondre aux besoins du "marché littéraire" le titre est travaillé de plus en plus par l'auteur et l'éditeur. Tout comme un texte publicitaire le titre a pour rôle de mettre en valeur l'ouvrage et de séduire un public et dans cette perspective il est évident qu'il peut réunir ces fonctions : la fonction référentielle (il doit Informer), la fonction conative (il doit impliquer) et la fonction poétique (il doit susciter l'intérêt ou l'admiration). "Toutefois le rôle du titre d'une oeuvre littéraire ne peut se limiter aux qualités demandées à une publicité car il est "amorce et partie d'un objet esthétique. "2Ainsi, il est une équation équilibrée entre «les lois du marché et le vouloir-dire de l'écrivain2».

Le titre est également considéré comme emballage et "incipit romanesque"3. Emballage car « il promet savoir et plaisir » constituant ainsi un "acte de parole performatif", incipit romanesque en tant que premier élément introduisant le texte.

En outre, le titre peut assumer deux fonctions principales : "mnésique" quand il sollicite le savoir antérieur (le déjà familier) du lecteur ; de "rupture" quand il s'affiche comme nouveau et original. Pendant que dans le premier cas, le titre cherche à atteindre un public précis ou, comme l'écrit C. Duchet «sélectionne son public», dans le deuxième, le but est plutôt de se faire de nouveaux admirateurs.

Nous tenterons à travers une lecture analytique de démontrer le fonctionnement du titre dans l'oeuvre de Faiza Guène.

1 Roman Jakobson d'finit la littérarité ainsi : « L'objet de la science de la littérature n'est pas la littérature mais la `littérarité', c'est-à-dire ce qui fait d'une oeuvre donnée une oeuvre littéraire » (in : Questions de poétique.- Paris : Seuil, 1974, pp. 11-24 ; p. 15, Trad . Tzvetan Todorov ; éd. orig. Prague, 1921).

2 Achour Christiane, Bekkat Amina , Clefs pour la lecture des récits, CONVERGENCES CRITIQUES II, éditions du Tell, Alger, 2002, p.7 1

3 Léo H. Hoek, La marque du titre : dispositifs sémiotiques d'une pratique textuelle, op. cit.

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