![]() |
L'ONU et la résolution des crises en Afrique centrale: le cas de la crise socio-politique centrafricaine de 2013par Alban Paul GAZELE LEMBY Université de Dschang - Master II Recherche 2019 |
Paragraphe 2: L'ingérence des États voisinsRemarquons que les pays voisins se mêlent généralement de ces conflits armés soit pour se prémunir contre de risques de déstabilisation venant de l'extérieur soit pour porter assistance à certains acteurs qu'ils considèrent dignes de leur soutien. Ces jeux de puissances régionales sont également des facteurs de longévité de guerre civile. Mutatis mutandis, la guerre civile en RCA met aux prises plusieurs pays : les uns comme le Tchad soutenant les Séléka musulmans et les autres voisins du sud, étant proches des Anti-balaka chrétiens. L'ingérence de certains États voisins de la République Centrafricaine constitue un handicap au retour à la paix et à la stabilité dans le pays. Deux pays sont accusés dans la persistance de l'insécurité et de l'instabilité en Centrafrique. Il s'agit en l'occurrence du Tchad et du Soudan. Ces pays sont accusés d'avoir soutenu les groupes rebelles et de la mise à leur disposition des mercenaires. En effet, plusieurs facteurs, causes, mobiles, buts, peuvent expliquer l'ingérence du Tchad en Centrafrique, jusqu'à une participation au remplacement de BOZIZE. Le plus évident semble être que le Tchad considère qu'il doit contrôler en grande partie la République Centrafricaine. Depuis 2003, le président tchadien est un protecteur qui veille aussi à ce que la RCA ne s'engage pas avec d'autres partenaires, tel que l'Afrique du Sud. Les réserves de pétrole, situées sous la frontière avec son pays, qui devaient commencer à être exploitées en 2013, le concerne aussi. Pour garder son influence, il a été de mèches avec les rebellions. Selon Thomas Cantaloube, en 2003 comme en 2013, c'est le président tchadien qui est à la manoeuvre, avec l'assentiment de ses collègues100(*). La constitution de la Séléka, la coalition, n'aurait pas été facile sans financement. La logique politique autour de la création de la Séléka laisse croire que le Tchad aurait pu lui aussi financer plusieurs composantes de la rébellion. Selon les témoins bien informés à Ndjaména, le président tchadien aurait recu en 2012, à des dates non précisées, à tour de rôle Djotodja de l'UFDR101(*), et les chefs rebelles centrafricains comme Nourredine Adam de CPJP102(*), Mohamed Moussa Dhaffane de CPSK103(*), et Abdoulaye Miskine de de FDPC104(*). Idriss Deby semble avoir commencé à agir en faveur de la Séléka en libérant, au minimum, Mohamed Dhaffane qui était en prison au Tchad. Selon un le jeune Nelson Ndjadder, qui a rejoint la CPSK puis la Séléka pour la quitter déçu le 3 mars 2013, « j'ai été contacté par Moussa Dhaffane qui m'a mis au parfum de l'action qui était en cours, c'est-à-dire que le Tchad et le Soudan se préparaient à renverser BOZIZE ». Il a tout de même affirmé que plusieurs responsables de la Séléka ont séjournés à Ndjaména.Selon le journaliste de Libération, Maria Malagardis, en mars 2013, il semblerait que le mouvement naissant ait eu dès le départ plusieurs mentors et qu'il ait aussi bénéficié de l'appui décisif du président tchadien, exaspéré par BOZIZE, jugé de plus en plus ingérable et peu fiable. Le Tchad et le Soudan sont et continuent d'être accusés d'avoir financé les groupes rebelles avec les fournitures d'armes et munitions, des mercenaires. Le constat est que les groupes armés font des trafics en passant par ces deux pays limitrophes de la République Centrafricaine. Compte tenu de la porosité des frontières avec Tchad et le Soudan, les rebelles reçoivent facilement des dotations. * 100Thomas CANTALOUBE, Rapport relatif à la situation sécuritaire en Centrafrique, du 27 Décembre 2013, p 26. * 101 Union des Forces Démocratiques pour le Rassemblement. * 102 Convention des Patriotes pour la Justice et la Paix. * 103 Convention Patriotique du Salut du Kodro. * 104 Front Démocratique du Peuple Centrafricain. |
|