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Pratiques alimentaires et malnutrition chez les enfants soudanais de 06 à  59 mois dans les camps de réfugiés à  Adré, Tchad


par Abraham Dema Koussi
University of Dschang - Master Professionnel en Nutrition de Santé Publique, Diététique et Education Nutritionnelle 2024
  

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Conclusion, recommandations et perspectives

VII. Conclusion

À l'issue de cette étude dont l'objectif général était de contribuer à la promotion et à l'amélioration de la santé des enfants, à travers l'analyse de leurs pratiques alimentaires, il ressort ce qui suit :

v Les enfants réfugiés ont des habitudes alimentaires dominées par une forte consommation de céréales (88,7 %) et de légumineuses (55,2 %), mais une très faible diversité alimentaire, avec seulement 36,3 % atteignant le score minimum recommandé. L'allaitement maternel est largement pratiqué, mais rarement de manière exclusive, et l'introduction des aliments complémentaires se fait souvent précocement.

v Les pratiques alimentaires sont fortement influencées par des facteurs sociodémographiques et culturels : 79,4 % des mères n'ont jamais été à l'école et 83,6 % sont ménagères, ce qui traduit une faible autonomie dans les décisions nutritionnelles. À cela s'ajoutent les croyances religieuses, la pauvreté, l'insécurité alimentaire et la dépendance à l'aide humanitaire, qui limitent considérablement la qualité de l'alimentation infantile.

v L'état nutritionnel des enfants est alarmant : 40,6 % souffrent d'émaciation, 72,5 % d'insuffisance pondérale et 67,4 % de retard de croissance. Une corrélation significative a été observée entre la diversité alimentaire et ces différentes formes de malnutrition.

Afin de réduire la malnutrition dans ces camps, il est indispensable de renforcer les actions de sensibilisation nutritionnelle auprès des mères, d'améliorer l'accès à une alimentation diversifiée, d'optimiser les rations distribuées et de promouvoir les bonnes pratiques alimentaires pour une bonne santé des enfants. L'amélioration de l'état nutritionnel des enfants passe également par une éducation sanitaire ciblée, un accompagnement communautaire renforcé et une meilleure coordination entre les acteurs humanitaires et sanitaires.

Recommandations

Aux mères, familles et communautés réfugiées :

v Mettre en pratique les conseils reçus lors des séances de sensibilisation et appliquer les recommandations sur l'allaitement, la diversification alimentaire et l'hygiène.

v Participer activement aux activités communautaires (jardins potagers, clubs de mères, séances de suivi nutritionnel) pour améliorer l'alimentation et la santé des enfants.

v Valoriser les aliments locaux disponibles et diversifier autant que possible l'alimentation des enfants, même en période de pénurie, en s'appuyant sur les ressources du camp et les conseils des agents de santé.

Au personnel de santé et aux relais communautaires dans les camps :

v Organiser régulièrement des séances de sensibilisation et de démonstration sur la préparation de repas diversifiés à partir des ressources locales et des rations disponibles.

v Encourager le suivi de la croissance des enfants par des pesées mensuelles et des conseils personnalisés aux familles, en mettant l'accent sur l'importance de la diversité alimentaire pour la prévention de la malnutrition.

Aux bailleurs de fonds et partenaires de développement :

v Apporter un soutien financier et technique aux programmes de nutrition communautaire, d'agriculture urbaine et d'accès à l'eau et à l'hygiène dans les camps de réfugiés.

v Encourager la recherche opérationnelle pour l'adaptation des stratégies nutritionnelles aux réalités spécifiques des populations réfugiées soudanaises à Adré.

Aux organisations humanitaires et partenaires techniques (PAM, ACF, ACTED, HCR, etc.) :

v Adapter les rations alimentaires en intégrant davantage de produits frais, enrichis et variés (fruits, légumes, sources de protéines animales ou végétales), et soutenir les initiatives de jardins communautaires et de microprojets agricoles dans les camps.

v Soutenir la création de clubs de mères et de groupes d'entraide pour l'échange de bonnes pratiques alimentaires, la préparation collective de repas diversifiés et la diffusion d'informations nutritionnelles adaptées au contexte culturel.

Au Ministère de la Santé Publique du Tchad et aux autorités locales de santé :

v Renforcer la formation continue des agents de santé et des relais communautaires sur la nutrition infantile, la diversification alimentaire et la prévention de la malnutrition, afin d'assurer un accompagnement de qualité auprès des mères dans les camps.

v Intensifier les campagnes de sensibilisation, en langues locales, sur l'importance de l'allaitement maternel exclusif et du respect de l'âge de diversification alimentaire (6 mois) et de la diversité alimentaire, en utilisant les médias communautaires et les leaders d'opinion.

v Mettre en place un suivi nutritionnel régulier des enfants dans les camps, avec dépistage précoce des cas de malnutrition et orientation vers les structures de prise en charge adaptées.

Perspectives

Pour des études ultérieures, il serait pertinent :

v Élargir l'enquête à l'ensemble des camps de réfugiés de la région d'Adré et, si possible, à d'autres zones accueillant des populations déplacées comme Hadjer-Adid, Farchana et Metché afin de comparer les pratiques alimentaires et l'état nutritionnel dans différents contextes et d'obtenir une vision plus globale de la situation.

v De mener des études sur l'évolution saisonnière de la disponibilité et de la diversité alimentaires, afin de mieux cerner l'influence des variations climatiques et des périodes de soudure sur la malnutrition infantile dans les camps.

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