Conclusion,
recommandations et perspectives
VII. Conclusion
À l'issue de cette étude dont l'objectif
général était de contribuer à la promotion et
à l'amélioration de la santé des enfants, à travers
l'analyse de leurs pratiques alimentaires, il ressort ce qui suit :
v Les enfants réfugiés ont des habitudes
alimentaires dominées par une forte consommation de
céréales (88,7 %) et de légumineuses (55,2 %), mais une
très faible diversité alimentaire, avec seulement 36,3 %
atteignant le score minimum recommandé. L'allaitement maternel est
largement pratiqué, mais rarement de manière exclusive, et
l'introduction des aliments complémentaires se fait souvent
précocement.
v Les pratiques alimentaires sont fortement influencées
par des facteurs sociodémographiques et culturels : 79,4 % des
mères n'ont jamais été à l'école et 83,6 %
sont ménagères, ce qui traduit une faible autonomie dans les
décisions nutritionnelles. À cela s'ajoutent les croyances
religieuses, la pauvreté, l'insécurité alimentaire et la
dépendance à l'aide humanitaire, qui limitent
considérablement la qualité de l'alimentation infantile.
v L'état nutritionnel des enfants est alarmant : 40,6 %
souffrent d'émaciation, 72,5 % d'insuffisance pondérale et 67,4 %
de retard de croissance. Une corrélation significative a
été observée entre la diversité alimentaire et ces
différentes formes de malnutrition.
Afin de réduire la malnutrition dans ces camps, il est
indispensable de renforcer les actions de sensibilisation nutritionnelle
auprès des mères, d'améliorer l'accès à une
alimentation diversifiée, d'optimiser les rations distribuées et
de promouvoir les bonnes pratiques alimentaires pour une bonne santé des
enfants. L'amélioration de l'état nutritionnel des enfants passe
également par une éducation sanitaire ciblée, un
accompagnement communautaire renforcé et une meilleure coordination
entre les acteurs humanitaires et sanitaires.
Recommandations
Aux mères, familles et communautés
réfugiées :
v Mettre en pratique les conseils reçus lors des
séances de sensibilisation et appliquer les recommandations sur
l'allaitement, la diversification alimentaire et l'hygiène.
v Participer activement aux activités communautaires
(jardins potagers, clubs de mères, séances de suivi nutritionnel)
pour améliorer l'alimentation et la santé des enfants.
v Valoriser les aliments locaux disponibles et diversifier
autant que possible l'alimentation des enfants, même en période de
pénurie, en s'appuyant sur les ressources du camp et les conseils des
agents de santé.
Au personnel de santé et aux relais
communautaires dans les camps :
v Organiser régulièrement des séances de
sensibilisation et de démonstration sur la préparation de repas
diversifiés à partir des ressources locales et des rations
disponibles.
v Encourager le suivi de la croissance des enfants par des
pesées mensuelles et des conseils personnalisés aux familles, en
mettant l'accent sur l'importance de la diversité alimentaire pour la
prévention de la malnutrition.
Aux bailleurs de fonds et partenaires de
développement :
v Apporter un soutien financier et technique aux programmes de
nutrition communautaire, d'agriculture urbaine et d'accès à l'eau
et à l'hygiène dans les camps de réfugiés.
v Encourager la recherche opérationnelle pour
l'adaptation des stratégies nutritionnelles aux réalités
spécifiques des populations réfugiées soudanaises à
Adré.
Aux organisations humanitaires et partenaires
techniques (PAM, ACF, ACTED, HCR, etc.) :
v Adapter les rations alimentaires en intégrant
davantage de produits frais, enrichis et variés (fruits, légumes,
sources de protéines animales ou végétales), et soutenir
les initiatives de jardins communautaires et de microprojets agricoles dans les
camps.
v Soutenir la création de clubs de mères et de
groupes d'entraide pour l'échange de bonnes pratiques alimentaires, la
préparation collective de repas diversifiés et la diffusion
d'informations nutritionnelles adaptées au contexte culturel.
Au Ministère de la Santé Publique du
Tchad et aux autorités locales de santé :
v Renforcer la formation continue des agents de santé
et des relais communautaires sur la nutrition infantile, la diversification
alimentaire et la prévention de la malnutrition, afin d'assurer un
accompagnement de qualité auprès des mères dans les
camps.
v Intensifier les campagnes de sensibilisation, en langues
locales, sur l'importance de l'allaitement maternel exclusif et du respect de
l'âge de diversification alimentaire (6 mois) et de la diversité
alimentaire, en utilisant les médias communautaires et les leaders
d'opinion.
v Mettre en place un suivi nutritionnel régulier des
enfants dans les camps, avec dépistage précoce des cas de
malnutrition et orientation vers les structures de prise en charge
adaptées.
Perspectives
Pour des études ultérieures, il serait
pertinent :
v Élargir l'enquête à l'ensemble des camps
de réfugiés de la région d'Adré et, si possible,
à d'autres zones accueillant des populations déplacées
comme Hadjer-Adid, Farchana et Metché afin de comparer les pratiques
alimentaires et l'état nutritionnel dans différents contextes et
d'obtenir une vision plus globale de la situation.
v De mener des études sur l'évolution
saisonnière de la disponibilité et de la diversité
alimentaires, afin de mieux cerner l'influence des variations climatiques et
des périodes de soudure sur la malnutrition infantile dans les camps.
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