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Emancipation et représentations sexuées des femmes dans le système fédéral du tennis français

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par Baptiste Jalleau
Université Paris-Est Créteil - Licence STAPS Management du Sport 2013
  

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III/ Le genre : une explication des différences sexuées

Cette troisième et dernière partie conclura le travail mené en amont (l'énumération des changements et évolutions opérées dans le secteur sportif féminin), avec les questions se rapportant au genre et aux rapports sociaux de sexe. Nous reviendrons sur les termes clés que sont « le genre » et « les rapports sociaux de sexe » pour détailler les facteurs qui interviennent : les traitements pédagogiques et les représentations sociales.

A- Le genre, les rapports sociaux de sexe

Dans cette première sous-partie, nous essayeront de définir les deux termes clés que sont « le genre » et « les rapports sociaux de sexe », en les reliant à notre sujet. Le genre est bien souvent confondu avec le terme « sexe », mais en réalité il faut voir en cette expression une dimension sociale et non biologique.

Ainsi d'après Christine Delphy17, « le genre c'est ce que l'on pourrait appeler « le sexe social », c'est à dire tout ce qui est social dans les différences constatées entre les femmes et les hommes, dans les divisions du travail ou dans les caractères qu'on attribue à l'un ou l'autre sexe »18. La distinction entre le terme « sexe » et « genre » semble donc essentielle. Le sexe est un terme pour désigner la différence biologique entre le male et la femelle.

Le genre est une construction sociale et un système de croyances auxquels sont associés des attributs psychologiques, des rôles et des statuts assignés à chaque catégorie de sexe.19 La notion de « sport féminin », « sport masculin », même si on peut la définir statistiquement à partir de % de pratiquants selon leur sexe, est souvent utilisée pour signifier des sports plus appropriés pour les femmes ou pour les hommes, au regard de prédispositions naturelles (donc biologiques).

Le phénomène socioculturel que sont le sport et les stéréotypes de genre, joue un rôle dans la construction sociale de la masculinité et de la féminité.

17 Christine DELPHY est une militante et théoricienne féministe, coprésidente de la Fondation Copernic et dirigeante de la revue Nouvelles Questions féministes.

18 Site internet : www.lagauche.com, « entrevue de Christine DELPHY : Le genre, sexe social », 02/06/2002

19 HURTIG Marie-Claude, KAIL Michèle et ROUCH Hélène (dir.), « Sexe et Genre. De la hiérarchie entre les sexes », 1991, Paris, CNRS, seconde édition, 2002, p. 13.

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Le sport est souvent perçu comme un berceau de la masculinité, ainsi les femmes pratiquantes peuvent être perçues dans certaines activités comme « masculines ». Néanmoins il est nécessaire de nuancer ces représentations en considérant que le sport peut être l'occasion de redéfinir ce que représentent la féminité et la masculinité plutôt que de réaffirmer les acceptations dominantes des hommes. Du moins en théorie c'est ce que l'on peut dégager, en pratique cela apparaît moins évident de se défaire des stéréotypes de genre.

Si l'on prend l'exemple du football, l'opinion publique considère qu'il est un sport masculin. Une femme qui pratique le football devrait entendre qu'elle pratique un « sport de garçon ». Ainsi, la question de sa féminité serait remise en cause. Au regard de ce que l'on considère comme une « vraie » femme, elle ne serait pas reconnue comme telle socialement. Son statut apparaitrait alors comme non convenable. C'est ce que l'on appelle une « discrimination de genre », sans oublier que le genre est en soi également une discrimination. Celle-ci repose sur la reconnaissance sociale et sur la valorisation qu'on lui accorde. On constate qu'il y a une distribution genré des sports. En ce qui concerne la répartition sexuée des activités (par rapport au sexe biologique attribué à la naissance), on s'aperçoit que c'est une construction sociale : on considère que tel sport est connoté comme féminin, parce qu'il y a des filles et donc on encourage celles-ci à y aller et vice-versa pour les hommes avec des sports connotés comme masculins. Le phénomène s'auto-entretient. Ainsi certaines activités seront connotées féminines (danse, gymnastique, natation synchronisée) et d'autres seront à connotation masculine (boxe, football, rugby) ; alors qu'en réalité, d'un point de vue biologique, les deux sexes peuvent pratiquer tous types de sports.

Des différences de représentations apparaissent selon les sociétés et cultures, ainsi certaines sociétés ont une vision du sport selon laquelle celui-ci est essentiel au bien-être et contribue à la santé physique de la population. Les modèles de masculinité et de féminité (constructions sociales liées au genre) sont multiples. Ils diffèrent selon les cultures, les époques. Il y a des modèles qui sont dominants mais ce n'est pas figé.

On constate que les hommes et les femmes ont des pratiques sportives distinctes, les attitudes à l'égard du sport varient selon le genre. Les femmes, comme certains hommes, peuvent rencontrer des obstacles à leur pratique. En effet, certaines sportives peuvent manquer d'équipements sportifs sûrs et appropriés (d'un point de vue social), ainsi que de ressources et d'assistance technique. Elles sont aussi souvent confrontées au manque de temps dû à leur « rôle familial ». Comparativement aux hommes, celles-ci manquent cruellement de modèles (construction sociale liée au genre), notamment de femmes ayant une fonction de coach ou de leader.

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Elles sont sous-représentées dans les organes de direction des institutions et organisations sportives20. À l'inverse, on constate une part importante de femmes dans les postes non qualifiés d'employés. La notion américaine de « plafond de verre » (« glass ceiling » en anglais) fait apparaître les obstacles auxquels sont confronté les femmes pour accéder à des postes hiérarchiquement élevés professionnellement. L'intérêt de cette expression est de porter une attention particulière aux raisons pour lesquelles les femmes, à compétences égales, accèdent plus difficilement aux organes de direction. D'après le site < scienceshumaines.com>, « les chefs de moyennes et grandes entreprises en France sont à 93% des hommes ». Ce qui va dans le sens d'une inégalité des représentations aux postes à responsabilités.

25%

Taux de féminisation dans quatre
catégories professionnelles en 2002

91%

43%

97%

Secrétaires

Aides soignants Cadres commerciaux Cadres administratifs

Figure 3 - Graphique de taux de féminisation dans quatre catégories professionnelles en 200221

Le graphique ci-dessus nous montre que les femmes sont très présentes sur des postes peu qualifiés comme « secrétaires » et « aides soignants », voire quasi exclusivement.

20 Voir étude sur la place des femmes sur les postes de direction des organisations sportives vu précédemment : CHIMOT C. (2002) Enquête Cnos/Ups

21 Graphique basé sur des données recueillies dans le document : MERON Monique, OKBA Mahrez, VINEY Xavier « Les femmes et les métiers : vingt ans d'évolutions contrastées », Données sociales - La société française, p. 228-229, 2006.

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À l'inverse, celles-ci sont sous-représentées aux postes de « cadres commerciaux » et « cadres administratifs ». D'une façon générale, on observe que les femmes sont bien plus représentées dans les professions peu qualifiées que celles à responsabilité.

Comme on a pu le voir, depuis une dizaine d'années l'égalité hommes-femmes est devenu un objectif essentiel dans le développement du sport en général aux yeux de l'Etat. Cette égalité fait partie des droits civiques, culturels, économiques, politiques et sociaux fondamentaux et universellement reconnus.

Les premières ruptures féministes des années 1970 ont conduit à repenser les rapports sociaux de sexe. Cette notion sociologique fait référence à la place de chaque sexe par rapport à l'autre au départ dans les relations de travail. Les travaux des sociologues féministes ont montré que le système social fonde une domination certaine des hommes sur les femmes ; aujourd'hui il est question de casser certains codes, ou plutôt de les affiner afin de rétablir des positions sociales davantage égalitaires des hommes et des femmes dans l'évolution en marche. La théorie des rapports sociaux de sexe est réellement apparue dans les années 1970 avec les travaux féministes, précurseurs à l'époque d'une idéologie nouvelle.

L'auteur Mathieu en 1971 montre comment « le traitement différentiel appliqué aux catégories de sexe en ethnologie et en sociologie conduit à une impasse méthodologique et à l'impossibilité de dépasser une conception essentialiste du sexe »22. En effet, la femme serait traitée comme objet particulier dans les études, et l'homme comme objet général sur lequel une base comparative s'ensuivrait dans les affirmations avancées. Ce qui mènerait à un déséquilibre déjà présent, donc à un renforcement des inégalités des sexes. Si l'on ramène cette théorie au secteur sportif, l'objectif devient alors de ne plus considérer un genre sexué qu'en fonction de l'autre, mais en revanche de l'étudier dans son entité, dans sa particularité pour l'adapter. Plusieurs auteurs se penchent sur la question et tentent de mettre en place des outils pour tendre vers cette idée de déconstruction des rôles prédéfinis du masculin et féminin dans la société. « Delphy en 1970 élabore une analyse matérialiste de l'oppression des femmes »23. Guillaumin, huit ans plus tard, propose la notion de « système de sexage », selon lui les femmes seraient dans un rapport reposant sur l'appropriation physique de leur corps par les hommes, il souhaite détruire ces représentations.

22 DAUNE-RICHARD et DEVREUX, « Rapports sociaux de sexe et conceptualisation sociologique », Recherches féministes, vol. 5, n°2, p. 08, 1992.

23 Ibid., p. 09

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