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Dedollarisation : enjeux, regard et perspectives


par Espoir KAHENGA KALEMBO BUTALELE
Université de Lubumbashi - Licence 2014
  

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0.2. HYPOTHESES DE RECHERCHE

L'une des exigences de la recherche scientifique est qu'il ne faut non seulement pas savoir soulever les problèmes en posant certes des questions mais aussi savoir y réserver des réponses hypothétiques, lesquelles réponses servent véritablement de fil conducteur de la recherche puisque c'est également elles qui suggèrent les techniques et les méthodes de recherche à mettre en oeuvre ultérieurement.4(*)

Et PIRETTE RONGERE a définit l'hypothèse de recherche comme : « Une proposition de réponses aux questions que l'on se pose à propos de l'objet de la recherche formulée en des termes tels que l'observation et l'analyse puissent fournir les réponses ».5(*)

Pour OMAR AKTOUK, une hypothèse est en quelque sorte une base avancée de ce que l'on cherche à prouver. C'est la formulation pro-forma de conclusions que l'on compte tirer et que l'on va s'efforcer de justifier et de démontrer méthodiquement et systématiquement.6(*)

L'hypothèse est donc l'élément intellectuel, essentiel et indispensable qui permet à une recherche de dépasser la dimension strictement descriptive pour atteindre un niveau explicatif et compréhensible, c'est-à-dire atteindre un statut scientifique.7(*)

C'est à la lumière de ce qui précède que nous nous proposons les réponses provisoires ci-après :

Pour obtenir des résultats consistants et durables, susceptibles de soutenir le pouvoir d'achat de la monnaie nationale, les stratégies de dédollarisation ne doivent pas consister en une chasse aux cambistes, moins encore en l'interdiction formelle aux citoyens de la détention des devises étrangères. Car, il faut le souligner, la monnaie a toujours constitué en RD Congo un point névralgique de la politique économique, très souvent sujet à beaucoup de controverses depuis la réforme de 1967, la seule qui au moins avait enregistré un franc succès dépassant les limites du moyen terme. Toutes les autres réformes en la matière n'ont eu d'effets positifs que de très courte durée.

En fait, si la dollarisation a toujours créé beaucoup d'épineux problèmes aux différents gouvernements qui se sont succédé au Congo depuis lors dans l'exercice de leur pouvoir régalien de battre monnaie, instrument de la souveraineté sur leur propre territoire, elle a toujours été un refuge efficace pour la trésorerie des ménages et des entreprises face à la dérive qu'a connue la monnaie nationale jusqu'à la fin de la décennie dernière. D'où, l'impérieuse nécessité de conduire la communauté de paiement à abandonner d'elle-même la détention des devises étrangères ; ce, grâce à un bon comportement de la monnaie nationale à la suite d'autres mesures d'encadrement devant accompagner celle de la dédollarisation.

Au nombre de celles-ci figurent d'abord la stabilisation du taux de change qui lui-même est tributaire de l'offre et de la demande des devises étrangères au sein de la communauté de paiement. La situation est généralement favorable pour un pays lorsque ses exportations des ressources naturelles, des produits manufacturés et des services vers l'extérieur assurent des rentrées en devises étrangères qui permettent de financer ses importations des biens et services marchands en provenance de l'extérieur. Depuis 2010, la RD Congo connaît une stabilité du taux de change du franc congolais par rapport aux devises étrangères. On peut penser qu'il y a lieu de se passer des monnaies de refuge. Mais ce n'est pas tout ni suffisant.

Il faut encore contenir les prix à des niveaux qui permettent aux Congolais de faire des prévisions réalisables dans un avenir de plus ou moins long terme.

Toutes choses restant égales par ailleurs, une politique de dédollarisation bien réussie en RD Congo suppose également que le gouvernement maîtrise suffisamment les statistiques des exportations (natures, quantités, valeurs, destinations, exportateurs) et en contrôle bien le rapatriement, par tous les opérateurs économiques concernés, de la quote-part (40%) des recettes en devises telle que prévue par la règlementation de change en vigueur au pays, en vue d'assurer au système bancaire un matelas de devises suffisant pour financer les importations nécessaires. En effet, si la réforme monétaire de 1967 sus évoquée avait connu un franc succès dans le temps, c'était surtout grâce à la bonne santé financière de la Gécamines d'alors (entreprise publique à 100%) qui observait cette disposition importante de la règlementation de change et dont les recettes d'exportation faisaient l'objet d'une totale disposition par l'Etat. Mais aujourd'hui la Gécamines a cédé du terrain aux opérateurs miniers privés jouissant du bénéfice des régimes d'exception, et qui ôtent à l'Etat même le peu dont il croit pouvoir disposer par le biais de la fiscalité indirecte qu'ils ne déclarent pas correctement.

En plus, les autorités monétaires se doivent d'optimaliser la structure de la masse monétaire en circulation, en différentes coupures qui la composent, de manière à créer une meilleure commodité dans leur détention et leur transport, à l'instar du dollar et des autres devises étrangères qui constituent les monnaies de refuge en RD Congo. A cet effet, sans modifier la masse monétaire en circulation, l'émission des coupures de FC 50 000 et de FC 100 000 n'est pas exclue. Cette mesure ne devra aucunement favoriser l'inflation ni la thésaurisation. Pour ce faire, il sied d'encourager les transactions en monnaie scripturale par l'imposition, dans une juste mesure, de celles faites en espèces, à partir d'un certain seuil de facturation.

En matière d'impôts et taxes, enfin, et pour donner un bon exemple, le gouvernement devrait exiger le règlement en monnaie nationale des dettes envers l'Etat afin d'en accroître la demande et ainsi en renforcer le pouvoir d'achat. Si tous les pétroliers producteurs et les opérateurs miniers se soumettent à toutes ces mesures, une fois prises aujourd'hui, il y a lieu de garantir que le franc congolais n'aura pas besoin de six mois pour faire équivaloir sa parité au double de sa pondération actuelle par rapport à d'autres devises sur le marché de change.

Ainsi, pour avoir de résultats durables pour une économie aussi chancelante comme la nôtre, une bonne politique de dédollarisation exige des autorités monétaires ( la BCC et le gouvernement ) d'y aller progressivement, avec des stratégies bien étudiées et ordonnées, pour ne pas réveiller le chat qui dort et qui n'attend qu'un signal pour rebondir dans la sale besogne d'antan, celle de torpiller les actions du gouvernement par l'intox et des appels à la désobéissance civique. Doing business oblige. En revanche, les opérateurs économiques, surtout ceux du secteur minier et les pétroliers producteurs qui tiennent les poumons du commence extérieur dans le pays en ceci qu'ils y assurent le gros des rentrées en devises étrangères, sont invités à se montrer coopératifs vis-à-vis de l'Etat en jouant franc jeu dans l'observance des lois et règlements qui régissent les activités économiques dans le pays. Ils doivent cesser de continuer à se comporter, comme d'aucuns le constatent, en vainqueurs sur un terrain conquis, qui arrachent et emportent à leur passage, minerais, faune, flore et hommes, sans rendre compte à personne, comme du temps de la colonisation, pour ne pas remonter à la traite négrière des caravaniers arabes des siècles d'avant. Transparence oblige.

* 4ALBARELLO, Luc, Apprendre à chercher, éd. De Boeck, Bruxelles, 1999, P. 43.

* 5 P. RONGERE, Méthodes des sciences sociales, Dalloz, Paris, 1979, P. 20.

* 6 OMAR AKTOUK, Méthodologie des sciences sociales et approche qualitative des organisations, Presse de l'Université du Québec, Québec, 1987, P. 58.

* 7 ALBARELLO, Luc, Op. Cit., P. 67.

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