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Dedollarisation : enjeux, regard et perspectives


par Espoir KAHENGA KALEMBO BUTALELE
Université de Lubumbashi - Licence 2014
  

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CHAPITRE DEUXIEME : THEORIES DE LA DOLLARISATION ET CARACTERISTIQUE DU PHENOMENE

II.1. DOLLARISATION PARTIELLE

La dollarisation partielle peut être appréhendée selon deux critères. Le premier est le motif de la détention de dollars (motifs de transaction, unité de compte et de réserve de valeur), le second est la forme de la détention de dollars (billets et dépôts). Souvent dans littérature, la forme et le motif sont englobés par exemple, la détention de billets en dollars et le motif de transaction pourtant, dans certains cas, la détention de billets en dollars peut aussi répondre à un motif de réserve de valeur. Afin d'identifier les différents cas de figure, nous étudions successivement les motifs et les formes de détention de dollars en proposant à chaque fois un terme spécifique. Ce travail nous permet ensuite de proposer une typologie de la dollarisation partielle en croisant ces deux critères.

II.1.1. LA DOLLARISATION PARTIELLE SELON SON MOTIF

La dollarisation partielle suit en général un processus graduel touchant progressivement les trois fonctions de la monnaie nationale (Calvo et Végh : 1992). Dans un contexte inflationniste, les agents, cherchant à préserver la valeur réelle de leurs actifs libellés en monnaie nationale, les remplacent par des actifs libellés en dollars. Cette substitution répond à un motif de réserve de valeur et correspond au premier stade de la dollarisation partielle. Ce phénomène est très répandu dans les pays en développement car, des trois fonctions de la monnaie, la fonction de réserve de valeur est la plus vulnérable. Ensuite, si le contexte monétaire continue à se détériorer, l'étape suivante consiste à exprimer le prix des biens en dollars (fonction d'unité de compte). Cette étape va alors souvent de pair avec l'usage du dollar dans les transactions de biens (fonction de moyen d'échange) d'abord pour les biens durables puis, éventuellement, pour les biens non durables.

La littérature sur la dollarisation partielle étudie la concurrence de la monnaie nationale par le dollar à travers deux motifs, celui de la réserve et celui de transaction (la fonction d'unité de compte étant indissociable de la fonction de transaction). Dans le point suivant, nous étudions les motifs de transaction et de réserve de valeur associés à la dollarisation partielle. Nous traitons ensuite à part la fonction d'unité de compte.

II.1.1.1. Les motifs de transaction et de réserve de valeur

Il est d'usage dans la littérature de distinguer deux types de dollarisation partielle : la substitution monétaire et la substitution des actifs (Balino et Al, 1999). Cette distinction repose sur le fait que dans un processus de dollarisation partielle la monnaie nationale peut partager ses deux principales fonctions (de transaction et de réserve de valeur) avec le dollar. Lorsque la monnaie nationale est concurrencée dans sa fonction de moyen d'échange on parle de substitution monétaire. Lorsque la monnaie est concurrencée dans sa fonction de réserve de valeur, le phénomène est dénommé par le terme de substitution des actifs.

Il est utile de préciser l'évolution de l'utilisation des termes dans la littérature sur la dollarisation partielle. Les premiers travaux sur la dollarisation partielle (appliqués aux économies développées) utilisaient le terme de substitution monétaire (currency substitution), en le définissant comme l'usage du dollar entant que moyen d'échange.32(*) Cela est compréhensible dans le sens où, dans les pays développés, la principale fonction de la monnaie est celle de moyen d'échange.33(*) La fonction de réserve de valeur de la monnaie est moins importante car la monnaie est généralement dominée dans cette fonction par des actifs non monétaires (les titres).

Par la suite, les travaux appliqués aux pays en développement reprendront le terme de substitution monétaire en le définissant comme une situation où la monnaie nationale est concurrencée dans sa fonction d'échange.

Par la suite, les travaux appliqués aux pays en développement reprendront le terme de substitution monétaire en le définissant comme une situation où la monnaie nationale est concurrencée dans sa fonction d'échange mais aussi dans sa fonction de réserve de valeur.34(*) En effet, dans les économies où le développement des marchés financiers nationaux est faible et où l'accès aux marchés internationaux est difficile, la fonction de réserve de valeur est souvent assurée par des actifs monétaires libellés en monnaie étrangère. Il est important d'avoir à l'esprit cette différence entre économies développées et en développement : alors que la fonction de réserve de valeur de la monnaie dans les pays développés est secondaire (par rapport à la fonction d'échange), cette fonction devient centrale dans les pays en développement car l'accès aux marchés financiers est souvent difficile.

La différence évoquée ci-dessus peut conduire à une certaine confusion dans l'utilisation des termes : la substitution monétaire dans les pays en développement pouvant s'appliquer à l'une ou l'autre des fonctions de la monnaie. Calvo et Végh (1992) proposent de clarifier ce point en réservant exclusivement le terme de substitution monétaire à l'utilisation d'un actif monétaire libellé en dollar pour un actif de transaction. Néanmoins, en suivant Nicolô et al (2003) nous préférons utiliser le terme de « dollarisation des paiements »35(*) qui fait explicitement référence au motif de transaction. Par la suite, le terme de substitution des actifs fut réservé à l'usage d'un actif monétaire libellé en dollar comme moyen de réserve de valeur. Afin de faire explicitement référence au motif, nous préférons utiliser le terme de ``dollarisation pour motif de réserve de valeur'' (ou ``dollarisation de la réserve de valeur'').

* 32 Calvo et Rodriguez, 1977 ; Miles 1978, Bordo et Choudhri 1982, McKinnon 1982 et thomas 1985 pour un survey de la littérature sur la substitution monétaire voir Giovanni et Turteboom 1992

* 33 La fonction d'unité de compte est implicitement comprise dans celle de transaction

* 34Ramisez-Rojas 1985, El-Erian 1988, Melvin 1988

* 35 Par souci de simplification nous omettons le terme ``partielle''

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