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L'influence des principes de la doctrine sociale de l'Eglise sur les politiques de ressources humaines des entreprises

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par Ranim EL-HAGE
Université Paris 1 Pantheon Sorbonne - M2 Recherche Economie des ressources humaines et des politiques sociales 2007
  

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I.3.f Ethique sociale et efficacité économique : une compatibilité possible et nécessaire

Toute entreprise à but lucratif doit générer des bénéfices en vendant et/ou louant ses biens et services pour sa survie et son développement. L'éthique des affaires, avec ses valeurs appliquées dans l'entreprise à la recherche de rentabilité, n'est pas uniquement celle qui découle d'une aspiration purement charitable du chef d'entreprise. L'importance de l'éthique des affaires, qui imprègne de plus en plus les modes de gouvernance, quel que soit le background spirituel ou culturel des dirigeants, est saisie au moment où son absence remet en question la rentabilité de l'entreprise et la freine jusqu'à sa vente à perte. L'efficacité de l'éthique apparaît dans les bilans à long terme, et c'est pourquoi elle n'intéresse pas les adeptes du « fast easy money », obnubilés par la rentabilité de court terme mais sans vision pour le lendemain.

Une bonne partie des chefs d'entreprise ont toujours la conviction qu'éthique et intérêts personnels ne peuvent aller de pair. Ils sont convaincus que l'éthique et ses exigences sont un coût fixe pour l'entreprise, sans rentabilité mesurable au rythme de la production et de la mutation de ses processus. Pour certains, il est inconcevable de sacrifier certains bénéfices pour une pérennité plus solide de l'entreprise et son expansion sur les marchés mondiaux. Il est évident qu'en période de crise, l'arbitrage entre éthique et survie de l'entreprise devient un enjeu critique, et la ceinture éthique risque d'être serrée, mais certaines lois éthiques restent toujours incompressibles, même en temps de crise, sous peine de compromettre l'activité de l'entreprise et d'accélérer son écroulement.

Comment expliquer aux « fétichistes » du capital que la responsabilité sociale de l'entreprise est un facteur principal de la performance économique ?

La détérioration du climat social dans l'entreprise entraîne un effet « boule de neige » qui peut s'avérer fatal pour la survie de l'entreprise. Pour cela, il faut prévoir dès le départ des stratégies de gouvernance dans une optique de développement social durable afin d'obtenir des effets bénéfiques assez rapides sur la productivité. La diffusion d'un climat de confiance entre employés est source de motivation personnelle. Leur réunion autour d'un même projet d'entreprise réduit les risques de conflits sociaux et diminue le taux d'absentéisme ainsi que le taux d'accidents de travail liés au stress et à la mauvaise gestion des rotations du personnel, évitant ainsi les grèves et la déstabilisation du collectif de travail. Cette confiance accrue mutualise le risque d'entreprise et donne une meilleure agilité et un plus grand courage à l'expansion de l'entreprise sur le marché. La réputation d'une entreprise en tant que promotrice de climat social sain et de gouvernance loyale lui permet également de réduire les coûts de transactions en réglant de manière informelle des opérations chères mais rentables.

Afin de motiver les grands entrepreneurs à s'engager dans l'éthique des affaires, une gamme d'indices boursiers « éthiques » a été créée. Ces indices sont basés sur des critères exigeants et sélectifs concernant les enjeux sociaux et environnementaux. La perception de l'éthique d'entreprise a été totalement réévaluée à la hausse avec le lancement du premier indice mondial d'éthique, le DJSGI (Dow Jones Sustainability Group Index). Actuellement, les indices éthiques sont plutôt sous-pondérés pour les entreprises des secteurs industriel et énergétique, vu leur génération de pollution et leur impact néfaste sur l'environnement, mais sur-pondérés pour des entreprises de hautes technologies, réputés « socially friendly ». L'existence d'indices éthiques au même titre que les indicateurs financiers classiques révèle désormais que la gouvernance de qualité passe forcément par une promotion durable de l'éthique d'entreprise. Pour toute entreprise, un indice éthique performant élargit considérablement son portefeuille clients par effet de réputation et de notoriété au regard de la société.

***

Pour être au service de la prospérité économique et sociale, l'éthique d'entreprise ne peut se limiter à être un document « hors série » universel, uniforme et publié comme annexe des lois, codes et contrats de chaque entreprise. Toutes les stratégies mondiales sont et doivent être différentes, mais elles doivent aussi orienter toute personne active et productive à regarder dans la même direction que tous ses semblables. Tous les êtres humains actifs et productifs sont égaux en droits et en devoirs au regard de l'éthique ; ce ne sont que les fonctions exécutives sur le terrain qui varient. Le monde a déjà pris le recul nécessaire pour apprécier l'apport effectif de l'éthique à l'économie. Les chefs d'entreprise commencent enfin à se réveiller, car ils ont compris que l'effort qu'on leur demande de consentir n'est pas exclusif, mais englobe tous les partenaires de l'entreprise, et que leur intérêt personnel est non seulement conservé, mais fructifié à terme. La principale qualité d'un bon dirigeant est donc la patience et la lucidité stratégique afin de percevoir ce que lui réserve l'éthique comme prospérité durable et véritable au-delà de l'horizon visible.

II. Les principes de la doctrine sociale de

l'Eglise

Les principes de la DSE constituent la charte concrète de l'Eglise sur les orientations à respecter dans le domaine économique et social à la lumière de la foi chrétienne. Tous ces principes, qui constituent les véritables fondements de l'enseignement social de l'Eglise, reposent sur le principe suprême de la dignité de la personne humaine. Ils cernent les critères de conduite de l'action sociale dans le climat économique actuel incertain où les réseaux industriels et financiers s'entortillent, et où le géant fait de l'ombre au petit artisan. Ils concernent toute personne, active ou inactive, vu que le monde est ouvert, que personne n'est exclu de la misère et que des millions sont condamnés à vivre en marge de la société.

Les principes de la DSE forment un « corpus » éthique de l'Eglise. Le mot latin, qui signifie corps en français, fait référence à la nécessité d'appliquer tous ces principes simultanément pour réaliser un ordre humain juste, un peu comme les organes d'un corps, qui n'est réellement sain que lorsque tous ses organes fonctionnent ensemble correctement. Cette image du corps a déjà été développée par Léon XIII dans Rerum novarum.

II.1 Le bien commun

« Une société qui, à tous les niveaux, désire véritablement demeurer au service de l'être humain, est celle qui se fixe le bien commun pour objectif prioritaire, dans la mesure où c'est un bien appartenant à tous les hommes et à tout l'homme. »1 1 Ce principe recommande à chaque individu d'investir ses capacités intellectuelles, financières et morales de manière à ce que tout ce qui puisse réaliser son « être », le soit « avec » et « pour » les autres, surtout les plus défaillants. Le postulat de bien commun est souvent bouleversé par la conception individualiste de la vie. Cet amour du prochain est inexistant chez les libéraux et les socialistes, car les solidarités et souverainetés

11 Compendium de la Doctrine Sociale de l 'Eglise, n. 165.

corporatives sont combattues au nom de l'individualisme et de la libre concurrence absolue. Le respect du bien commun passe tout d'abord par le respect des droits fondamentaux et de la promotion intégrale de la personne. Le bien commun doit être préservé de manière durable, car il ne s'agit pas uniquement d'en faire bénéficier les autres dans l'immédiat, mais les générations à venir. La participation au bien commun n'est pas un choix à faire. Tous les membres de la société sont responsables de son développement, ainsi que du juste partage de la richesse commune. Chacun doit en avoir la tutelle comme si ce bien était sa propriété privée.

La responsabilité de poursuivre le bien commun revient aux individus, aux corps intermédiaires, à la société dans son ensemble, mais aussi à l'Etat, car « le bien commun est la raison d'être de l'autorité politique. »12 Cette autorité doit garantir la cohésion et l'unité du corps social, mais aussi et surtout le respect des droits humains et des droits communautaires afin que le partage des bénéfices du bien commun se fasse dans une transparence absolue. Pour conduire une vie vraiment humaine, l'individu et la famille ne peuvent vivre « en autarcie ». La socialisation est en elle-même un processus déterminant pour participer au bien commun. Notons que le bien commun doit coexister harmonieusement avec le bien particulier et ne pas le détruire. La démocratie au gouvernement est alors la clé des bonnes décisions, qui le seront d'autant mieux qu'elles visent à faire profiter les démunis et les marginaux des fruits du bien commun. Il est tout aussi important de reconnaître que le bien commun n'est pas une fin en soi. Ce n'est pas un simple bien socio-économique, et sa raison d'être va bien au-delà de la matière. Il vise à épanouir l'homme dans toutes ses dimensions, y compris celle de son ouverture à la transcendance. Le bien commun englobe les diversités culturelles et religieuses d'une société, et est indicateur du degré d'acceptation des différences par les individus. L'entreprise est elle-même une sorte de bien commun, puisque tous ses membres participent simultanément à son développement et à son expansion.

12 Compendium de la Doctrine Sociale de l 'Eglise, n. 168.

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"Piètre disciple, qui ne surpasse pas son maitre !"   Léonard de Vinci