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La genèse d'un projet de renouvellement urbain - le cas du bas Chantenay à  Nantes

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par Philippe Lassale
IAUR (Institut d'Aménagement et d'Urbanisme de Rennes) - Université Rennes 2 - Master MOUI (Maîtrise d'Ouvrage Urbaine et Immobilière) 2012
  

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La destruction de l'espace public par le zonage monofonctionnel

Longtemps, composer la ville consistait à dessiner des rues, des places censées à la fois être des lieux du vivre ensemble, du bouger ensemble, de la rencontre, à pied ou à cheval. Les moyens de déplacements étaient limités, aussi le dessin de la ville s'est fait avec une forme de modestie dans l'échelle des compositions. Il fallait lier les espaces de la manière la plus simple bien sûr, mais la moins désagréable aussi, puisqu'à pied on ressent davantage les barrières et autres éléments incongrument placés.

Avec le XXe siècle sont arrivés d'un seul coup dans les villes toutes les mobilités mécaniques, tramways, métros, trains et automobiles. Mais Jean-Marie Duthilleul (2012) estime que les espaces de la ville n'ont pas été reconçus autour de cette nouvelle donne de la vie urbaine. Il explique ainsi que « ces espaces sont devenus de plus en plus encombrés, difficiles à vivre et à gérer, jusqu'à ce que, autour des années 1940, prennent forme des théories qui allaient se révéler dramatiques pour la vie urbaine : les théories de la séparation des réseaux par modes, puis des territoires par fonction. Il s'agissait, pour gérer la complexité, de « séparer les variables ». Ce faisant, on a coupé la ville en morceaux et détruit la fine alchimie d'activités humaines génératrice de la richesse urbaine. Il en a résulté des découpages de la ville en zones, optimisées par fonctions, reliées entre elles par ce que l'on a appelé des transports (...), sans souci de la qualité du trajet si ce n'est son efficacité ».

Regardons le Bas Chantenay : c'est une zone monofonctionnelle (activités industrielles, de stockage et de manutention) dont l'unique accès se fait par la voiture, excepté une ligne de bus au demeurant bien trop esseulée pour un si vaste territoire. Et s'il y a eu desserte par train, elle est aujourd'hui anecdotique puisque la gare de Chantenay, mise à part sa fonction logistique, n'est desservie que par quatre arrêts de TER chaque jour.

Nous avons envie de croire, après ces quelques remarques, que le Bas Chantenay est un laboratoire presque exhaustif pour analyser les carences de qualité urbaine qu'ont engendrées sur un territoire un phénomène bien connu de nos agglomérations françaises. Ce phénomène, ce sont des années d'industrialisation rapide, caractérisées par une apparente absence de stratégie urbaine que l'on pourrait attribuer à la période d'euphorie économique, suivies d'autres années de désindustrialisation qui là aussi ont fait montre d'une absence d'organisation urbaine, liée cette fois-ci peut-être à une déprime, ou une paralysie collective.

On peut s'interroger sur cette érosion de ce qui a été identifié, il y a peu longtemps, comme faisant partie intégrante de l'espace public. Est-ce, comme on vient de l'aborder, lié à une mutation des formes de communication, à un changement radical dans l'organisation de nos sociétés modernes, ou bien à un échec de la fabrique de la ville depuis l'ère industrielle ? Il est possible que tous soient liés, mais il n'en reste pas moins que nous nous devons aujourd'hui, en tant que « dessinateurs de ville » de se pencher avec le maximum d'attention sur ce qui fait l'espace public aujourd'hui.

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