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La genèse d'un projet de renouvellement urbain - le cas du bas Chantenay à  Nantes

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par Philippe Lassale
IAUR (Institut d'Aménagement et d'Urbanisme de Rennes) - Université Rennes 2 - Master MOUI (Maîtrise d'Ouvrage Urbaine et Immobilière) 2012
  

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Les enjeux de la programmation d'une mixité de fonctions

Le territoire du Bas Chantenay est majoritairement économique, notamment sur sa partie ouest. Sur la partie est, l'accès au fleuve n'étant plus indispensable comme il l'était à l'époque des chantiers navals, il faut se poser la question de l'introduction d'une certaine mixité par l'habitat, le tertiaire, les commerces, équipements et lieux culturels, comme l'étude de définition de Pierre Gautier l'avait abordé en 2008, et en prenant en compte les préconisations de l'étude économique menée par Nantes Métropole.

Marcel Smets 2011

Il faudra aussi garder en tête la volonté politique de conserver une activité économique dominante sur le quartier, et de faire avec ces acteurs du monde de l'entreprise, en les impliquant dans la conception du projet. Car en effet, comme l'explique simplement Laurent Théry (2009), ancien directeur de la SAMOA aujourd'hui directeur d'Euralille et Grand Prix d'urbanisme, « quand un territoire a un projet, il gagne en attractivité pour les entreprises. Et quand on rencontre des chefs d'entreprises, la plupart du temps, ils s'intéressent en réalité beaucoup moins aux aides financières qu'à l'évolution du tissu dans lequel ils vivent. (...) Quand on est capable de leur montrer que ce tissu est en mouvement, qu'il a un projet, qu'il va quelque part (...), c'est quelque chose qui compte beaucoup dans le développement d'une entreprise. »

Les enjeux règlementaires : intégrer des contraintes fortes

Le Bas Chantenay est un territoire contraint. Par la taille de ses emprises, par l'enchevêtrement de réseaux de transports peu coordonnées, mais aussi par des contraintes latentes que sont la pollution liée à l'histoire industrielle du site et le risque d'innondabilité, ce malgré la présence de berges urbanisées.

Ainsi, si l'eau est un élément très important sur ce territoire et en fait toute la qualité, cet élément représente aussi de fortes contraintes (enclavement, risque d'inondation). Le nouveau PPRI (Plan de Prévention du Risque d'Inondation) est en cours de finalisation et fait ressortir une cartographie plus fine des zones sensibles. Le secteur du Bas Chantenay devrait être ainsi soumis à un aléa inondation moyen à fort sur les berges, et faible à moyen sur certaines zones du territoire plus au nord, notamment des espaces identifiés comme porteurs de projets, tel le boulevard de Chantenay (ancien canal). Cette contrainte forte devra donc influencer les mesures proposées par l'urbaniste, duquel il sera attendu une approche sensible.

En termes de pollution, à priori, le territoire du Bas Chantenay a subi l'influence de deux types de pollution :

- La pollution liée aux produits chimiques et matériaux utilisés pour les activités industrielles elles-mêmes ;

- La pollution des matériaux utilisés pour remblayer, notamment en bord de Loire, et dont l'origine est bien souvent inconnue.

Ces contraintes ne sont pas identifiées précisément aujourd'hui. Elles vont avoir comme conséquences :

- Une intégration de cette préoccupation dès la phase de conception générale avec des orientations adaptées aux niveaux de pollution suspectés ou constatés ;

- Une prise en compte plus fine des faisabilités d'aménagement ou de changement de destination, proposant des morphologies adaptées au confinement ou autres mesures de gestion de la pollution ;

- Une rationalisation des mouvements de terres et mises en décharge.

L'ensemble de ces contraintes est, de manière étonnante, cartographiée par un des candidats, l'équipe formée par Christian Devillers. Nous nous permettons donc de reprendre sa production afin de synthétiser ces enjeux.

Devillers, note d'intention (2012)

Sur la pollution du sol, nous apprécions l'approche de l'atelier Reichen & Robert, qui considère cet élément comme une ressource pour le projet. Comme d'autres équipes, il préconise d'intégrer cette question dès les phases initiales de conception du programme et du projet, afin de s'y adapter au mieux, tout en gardant « une plasticité suffisante au projet pour permettre des adaptations au cours de sa mise en oeuvre ». Mais il aborde aussi une approche pragmatique qui nous semble juste : pour ce candidat, le sol, « matière et ressource, est largement oublié dans la conception des villes aujourd'hui ». Ainsi il affirme vouloir « régénérer, réutiliser, recouvrir ; (car) le sol est une matière vivante, jamais un déchet ». L'équipe réunie autour de GOA propose une approche identique, en affirmant que « l'ensemble doit rester sur le site quelle que soit sa transformation, dépollution, recomposition, remodelage, réutilisation... Les matériaux de déconstruction (...) peuvent être réutilisés pour un nouvel usage : les déblais pour former les reliefs d'un projet, les gravats pour les fonds de chaussées, le bois de charpente pour le mobilier urbain (...). Ces principes participent à l'évolution du site dans le temps, ils lui donnent un visage, une vocation et une organisation spatiale selon les procédés employés ».

De ces contraintes, et particulièrement sur le sujet de l'innondabilité, nous sommes également sensibles à l'approche de l'équipe réunie autour de l'atelier Roland Castro. Ce dernier a produit, dans le cadre du Grand Paris, un travail intitulé « Vivre le fleuve », issu des publications « Les Chemins de l'Urbanité » menées par l'Atelier Castro Denissof et Nexity Ville & Projets, dans lequel il explicite sa vision des possibilités d'urbanisation des berges de cours d'eau.

« Vivre le fleuve », Atelier Castro Denissof et Nexity Villes & Projets (2012)

L'équipe exprime ainsi dans sa note d'intention un argumentaire appuyé pour une culture de projet davantage que le strict respect d'un cadre règlementaire. Il énonce que « la culture juridique du principe de précaution ne prend pas toujours en compte la réalité des territoires, ni le formidable potentiel d'innovations techniques en la matière. Tout en prenant en considération les contraintes imposées par le PPRI, nous promouvons une culture de projet et souhaitons mettre en valeur la géographie, la poésie, la beauté de ce quartier au bord de l'eau ». L'atelier exprimera sa position en ces termes : « L'eau et la végétation pourraient s'installer au sein même du quartier en aménageant par exemple des bassins qui évoqueraient le rivage proche (...) ».

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